mercredi 21 juillet 2021

nature morte (ou pas)




Ciel gris pâle aux mille flous, sans nuées d'oiseaux dessinant leurs traces, mais qui ont plutôt choisi de paresser en plein coeur de l'été. Un ciel peint par un vent constant qui souffle inépuisable de l'ouest sans cesse depuis plusieurs semaines. À croire que le vent n'a qu'un sens et qu'une origine, trop lointaine pour être visible. Le frémissement touffu des arbres - cette chair implacable - fait mouvoir l'immobile. C'est là le premier spectacle qu'offre ma fenêtre (les autres m'indiffèrent pour l'instant). Sur le bord de celle-ci, deux vases en verre remplis d'herbes séchées - thé des bois, lichens, cèdre, sapin baumier et cocottes pris sur un territoire protégé; on a tous nos petits méfaits - ça ne sent plus grand-chose, c'est juste beau maintenant. À droite, deux petits pots de terre cuite protègent des fleurs sur le point d'éclore. Puis de grosses plantes en pots dont j'ignore les noms habillent le coin inutile et oublié du salon - tout espace a un coin oublié -; l'une ressemble à un petit arbuste penché et une autre, à un tronc mince et court d'où jaillissent quatre énormes feuilles aux nervures saillantes, d'où suintent et s'écoulent de grosses gouttes d'eau trouble. Paresseux supplice de la goutte tombant sur mon plancher innocent et stoïque, marquant le temps qui passe d'une imperceptible érosion. Tout ça me paraît sans odeur, mais si je devais m'en départir, je m'en rendrais compte, tout ça m'apparaît essentiel désormais : j'admire la ténacité des plantes. Au coin opposé, peut-être un peu plus utile, une vieille lampe de lecture sur pied s'enracine dans les craques du plancher et sert de mât aux chétives toiles d'araignées trop fragiles pour que je les enlève. Je n'ai pas de problème avec les petites, mais quand une araignée trop grosse à mon goût se pointe le bout des pattes de dessous le divan, je l'envoie jouer dehors. Deux d'entre elles ont essayé de revenir, mais je sais être ferme dans mes résolutions. Pu capable de m'asseoir à mon ordinateur, étant donné les circonstances de la dernière année, c'est dans mon vieux divan rouge, laid et trop rigide, que j'ai installé mes quartiers estivaux. Il y a des coussins déformés, un vieux plateau de bois en manque de vernis et marqué de cernes de tasse à café, plusieurs sous-verres en carton ondulé d'humidité, une couverture au patron mexicain, un carnet, des stylos, trop de livres et trop de cds - mes anachronismes -, bref toute la nourriture nécessaire à mon repos et à mon indolence où mon cerveau alterne entre le feu doux et l'ébullition, quand il n'est pas à off, vautré dans le tissu stérile de l'été. Les mots des autres, les films des autres, la musique des autres. Je ratisse large dans le spectre halluciné des oeuvres dont je me nourris - faire la dissection de mes influences serait plus complexe qu'il n'y paraît - et si je me défais sans effort du moins digeste, je me laisse charmer, en ultime spectateur, quand je tombe sur une puissante épiphanie. Je les cherche de plus en plus et sais mieux les trouver. Les moments qu'elles me font vivre sont chargés de vie et de poésie, mais elles contribuent également à renforcer mon incapacité chronique à me lancer dans un projet d'une quelconque envergure et une crainte ridicule et l'inaction qui en découle réussissent à distiller une culpabilité absurde qui freine mes élans et confirme ma lâcheté. Peut-être qu'un premier signe de courage est de le reconnaître? Mais qu'est-ce que le courage aujourd'hui de toute façon.

J'écoute le chant du monde et l'orchestre est désaccordé. J'isole certaines partitions et parviens à y trouver des impressions qui ne sont que les miennes en fait. Un ciel aux mille visages, le parcours des nuages, le tremblement des ondes dans le vent, les multiples détails d'une rumeur informe, les vibrations de la maison que j'habite, les odeurs mortes d'un souvenir et la sensualité sublime des nervures d'une grosse et grasse feuille de vivace. Ça ne sert à rien, mais pourtant je vois dans toutes ces teintes le métal souple des corps éclatants. Mes impressions sont hétérogènes, mais leur gestation me souffle des secrets qui évoluent dans une patience concrète et précise que je parviendrai à mettre en mots. Je sais que les images sont bien accordées.


































samedi 3 juillet 2021

 




Me réveiller bien au chaud sous ma lourde couette de plumes, dans l'appartement anormalement froid en cet étrange matin de juillet - deux jours après de grandes chaleurs ne m'ayant qu'abrutit -, toutes fenêtres ouvertes et traversées d'un grand vent chargé de nuit fraîche, à côté son corps endormi plus brûlant encore, voilà ce qui me prédispose à une matinée des plus calmes et sereines. Libéré des soucis du travail depuis plusieurs jours déjà, après m'être posé pour ralentir l'élan, je pourrai enfin me reposer et m'offrir le luxe d'une oisiveté espiègle où je ne serai bon qu'à lire.

Au sortir du lit, les yeux encore pétris de sommeil et le corps se déliant de l'immobilité nécessaire au rêve, le froid est si bon que c'en est une bénédiction. Dehors, je n'entends que la rumeur de l'aube qui s'anime : chants d'oiseaux, bruissements des feuilles, désertions humaines sinon l'écho d'une voiture passant très loin et la somnolence d'un ciel paqueté de nuages. C'est à ce moment, avant le premier café, la première page ou la première musique du jour, que je suis le plus calme possible, proche d'une paix complète avec moi-même, déposé, posé et reposé. 

Et c'est à ce moment que je sens soudainement mes failles travailler, tranchées saillantes, ce qui me plonge dans un paradoxe dont je me passerais bien. Habituellement, dans l'état d'alerte et de tension que provoquent tantôt ma vie professionnelle tantôt ma vie sociale, un élan perpétuel me détourne du repos, m'empêche de me poser et de se ressentir, dans la lenteur et la patience, les faiblesses et les blessures de mon être; je les sais présentes et m'en accommode, je travaille dessus. Mais lorsque mon environnement me dispose au calme et à la tranquillité, lorsque les failles s'activent, désirantes d'être ressenties et considérées, et me refusent le repos complet, ce sont alors elles qui travaillent sur moi.

À savoir si je sors grandi de cette impression paradoxale, je ne saurais répondre. Dois-je chercher le repos et accepter l'éventualité d'une introspection tranchante, ou le mouvement perpétuel de l'action permettant de s'éloigner de ce que tous cherchent à fuir? La question a plus d'importance que la réponse et s'y attarder est probablement plus positif que négatif, mais quand doit-on arrêter le questionnement? On cherche à s'en échapper ou l'on accepte que la réponse nous échappe? Essayer d'être calme sur la corde la plus tendue.






































dimanche 2 mai 2021

impression

 






Par un étrange dérèglement dont j'ignore encore la nature exacte, j'ai vu passer cette semaine plus de jours qu'il y en a eu. Je sais que cent nuages ont passé dans le ciel mais je n'en ai vu aucun. Et pourtant un orage n'a cessé de me suivre comme un voyeur feignant sa nonchalance et les vents ont mis trop de temps à le disperser. Dans cette grisaille dormait une colère bousculée, prête à s'éveiller à tout moment pour s'étirer et se délier des contraintes. Un dédain de soi aux multiples voix concertées s'est fait aller le timbre et le cuivre et a pesé lourd en mon être désordonné. Je me suis multiplié en me scindant, j'ai épuisé toutes les parties de l'ensemble et je me suis désassemblé sans pouvoir me ramasser. Ce n'est qu'au sortir de cette dissipation, dans l'exécution d'une tâche unique visant un seul objectif, atteint de surcroît, que j'ai été en mesure de comprendre mes troubles des derniers jours, et maintenant j'essaie d'aiguiser ma lucidité sur la lumière d'un soleil froid. J'ai failli crier, mais savoir que mon cri irait se perdre dans l'indifférence du monde m'a retenu. Albert Camus a dit de l'absurde qu'il naît quand l'appel humain se confronte au silence déraisonnable du monde. Le mot "silence" est mal choisi ici - le silence serait une bénédiction - car c'est à l'indifférence dissonante du monde que se butent nos appels. Nous sommes tous au fond de l'abîme des autres, nous avons tous notre inexistence. Le silence sait autre chose. Il est l'allié, le prochain langage à apprendre, j'en étudie les mystères et lui écris sans cesse, il est peut-être l'ultime destinataire. Je dois seulement ne pas tomber dans le piège où je m'accuse coupable de n'être pas entendu. Le silence est merveilleusement sauvage, à contempler sans chercher à le dompter. Il s'agit d'en construire lentement la mélodie et le sens, d'observer sa danse et d'entendre mieux ce qu'il dit.

































samedi 17 avril 2021

 




être plus sensible à la mécanique des jours, les secondes les minutes les heures ont toutes leurs engrenages précis, des corps automatiques à la sensualité tantôt apaisante, tantôt dévorante


être plus sensible à leurs alliages, tous ces fils entrelacés tirant chacun vers leur origine, des toiles tissées de multitudes sans que le centre s’écartèle, juste un noyau en expansion, être largesse 


être plus sensible à la méthode avant qu'un fil ne parte en vrille et se torde ou se casse et dérape, voir les outils se multiplier et adapter les formes les unes aux autres, orchestrer ses schémas 


être plus sensible à ces chants, quand la souplesse du son s’installe et que s'adoucissent les angles, être à la fois le craquement et l'empreinte muette, tout est polyphonie quand je est un autre























jeudi 15 avril 2021

 










je suis à l'orée de la perte
toute chair vive gercée d'éraflures
trébuchant tous mes désirs brûlés
du sel dans les plaies
que mes pas empêtrés
mes doigts dans la cendre
éparpillée de nuit mes regards 
lourds d'un feu fatigué
égaré sur la surface de l'ombre
où glisse une promesse de lumière
qui arrêterait ma chute

une sueur froide une colère sourde
mon corps n'est plus à moi
je cherche qui je serai
mais ne trouve que le doute
et la peur à l'orée de la perte
désarmuré de moi
je n'ai vanité aucune
dans le fracas muet des glaces
un éclat de tristesse 
je ne sais plus qui je suis 
je ne suis plus qui j'ai été





















































vendredi 26 mars 2021

 



début de la veillée
à la fin de l'éveil
les vivants racontent l'histoire 
de ce qui a existé
la veille recommence
la nuit se réveille
les rêves raconteront l'histoire 
de ce qui aurait pu être

encore elle passe il passe 
tout passe le présent
s'écrie et ses faces
les identités diffusent 
les images se déplacent
contre ceux qui racontent 
sans voix l'ennui
entre songes et soupirs
je raconte le temps et 
j'obtiens du bruit

habité d'exigence
dépossédé du simple
je m'obstine délesté
du facile et trébuche 
mais j'insiste en silence
et m'obtus à chaque foi

car je sais que tout 
passe à travers nous
toutes les histoires du monde
au coin les cauchemars
où déferle l'avalanche 
et le mystère des monstres
dans la chute dense
et les tambours s'ébrouent
l'étang bourre ses broues
ce dé s'agrège 
tout désaccord des
partitions muettent 
les chorales s'étouffent
en mille éclats de mots 
fous la lumière 
en mille éclats de nuit
































samedi 20 février 2021

 




avec toi c'est tout
c'est une étrange époque
déshabillée de flou






























mardi 16 février 2021

 





    j'étire et les dieux
    les ciels voilent les viols en
    l'inceste des astres
































    samedi 23 janvier 2021

     



    cet esprit lancé
    ma douce mathématique
    de croches enlacées 

























    samedi 26 décembre 2020























    Je deviens de plus en plus attentif à mes petits rituels. Quand je me réveille, les yeux encore poussiéreux de sommeil ou d'insomnie - c'est selon, et imprévisible -, je m'installe lentement dans le matin et, si lors des derniers mois, j'ai répété les mêmes gestes de façon machinale, j'y suis plus sensible ces derniers jours. Il est facile de penser que les répétitions routinières des derniers mois aient pu mettre un peu d'ordre dans le chaos pandémique mais, maintenant que la session est terminée, un sentiment d'étrangeté auréole tous ces gestes. J'ai troqué les nouvelles du matin pour un regard dénué de cible à travers la fenêtre de mon salon et plutôt que de simplement laisser entrer la lumière dans mon appartement, je vais la chercher des yeux. En fait, mes yeux n'arrêtent plus de chercher la lumière (moi qui aime pourtant tant la nuit) et quand ils la trouvent, ils la creusent et s'en nourrissent. Le soleil se lève dans mon angle mort, à gauche vers la fleuve, et bâille sa lumière le long de ma rue. Ce matin, à droite, se soulèvent des nuages qui semblent impitoyables dans leur avancée. Je ne me lasserai jamais du spectacle du ciel. Après avoir systématiquement ouvert mon ordinateur à chaque matin des derniers mois pour prendre mes courriels, cela fait six jours que je ne l'ouvre plus, car je n'en ai plus besoin. Ça ne durera qu'un temps. Ou peut-être que non. Après avoir choisi une musique pour ouvrir le jour et m'être fait un café pour m'ouvrir les synapses, je m'assois dans mon mutisme, la musique entre en moi et sème ses mystères, et le moulin à pensées part sur une chire. C'est qu'il vente fort dans ma tête. Avant l'embardée, je ramène mon attention sur la musique, je cherche les thèmes et le calme revient; les vannes ont lâché un instant, mais ça s'est stabilisé. Le temps suit son cours et moi aussi. Tout est dialogue entre perception et réflexion, entre l'image et la phrase. Je peux maintenant regarder le monde séparément du besoin que j'en ai et m'oublier lentement. Je construis mes rituels - parfois maladroits, souvent ridicules -, mais la précision des actions leur donne un sens. Avant de continuer d'écrire ce qui n'aboutira pas, je vais aller longer le fleuve comme à chaque jour - nos rivières manquent de mythes -, retravailler mes esquisses et livrer mes absurdes combats sans issue. Pourtant, je sais ce que je fais. 
    Et vice versa. 

























    samedi 17 octobre 2020









    mes ellipses creusent
    de longs cris sombres et brumeux
    je sens le silence

    mais je suis lâche
    je m'emboite dans le chaos
    l'horizon est court et tordu
    le reflet du métal dans les yeux

    je trébuche les pieds lourds
    les rotules brisent
    et les larmes goûtent le sang

    les diables dansent macabres
    les nuées s'évadent sur 
    le lointain brisé 
    de l'arc de chrome

    un coup me rappelle à moi
    un fer froid dans la bouche
    oui je suis bien trop lâche
    dans ma solitude

    il ne reste qu'à fermer les yeux
    j'apaise la lumière et je rêve
    je vois courir des chevaux sauvages














































    lundi 21 septembre 2020

     






    Hier j'ai cherché toute la journée à être seul. D'une vraie solitude. Mais depuis la rentrée sans surprise le monde retombe. Comme s'il n'avait rien appris d'une première erreur. Pourquoi cette obstination aveugle à reconnaître ses torts? À qui sert cette vanité? Comment dans l'âme l'orgueil peut-il être un pilier? Qu'est-ce qui amène un humain à croire ça? Je suis sorti dehors chercher la solitude, mais j'y ai trouvé trop de corps emprisonnés dans leur désir de liberté. L'illusion infaillible. La main pesante d'un dieu inexistant. Le long de mon fleuve, j'ai cherché à être seul, mais il y avait du monde partout. La vulgarité de leur insouciance, des centaines de solitude se pilant sur les pieds, les bulles - de savon ou de verre - sont si fragiles. Leur égoïsme arrogant. Je leur écorcherais le visage, à une distance de plus de deux mètres. Pourquoi je fais jamais de télékinésie dans mes rêves? Sur le sentier serpentant le fleuve, des Français loin du Plateau. Égocentriques décentrés. Un en particulier. Il était là, dans le sentier, je voulais passer, il ne bougeait pas, me regardait en souriant du sourire le plus niais que j'ai vu depuis le début de la pandémie. Mes muscles étaient tendus, des loups prêts à bondir. Échos des hurlements insonores dans ma tête, gyrophare du conscient, alerte, sensation d'urgence, de trop-plein, ma patience est plus que jamais sélective, pour eux je n'en ai pas. Je me départis de mon prochain. À tous les jours. Je quittai les courbes du fleuve et remontai, mais le parc fourmillait de gens. Un attroupement, une célébration, une autre illusion. Ils riaient si fort et si gras, sans distance, sans respect, sans aucune modestie. J'ai marché ailleurs mais n'entendais qu'eux - tout le monde n'entendait qu'eux. Ils m'ont privé du remous du fleuve et du vent dans les arbres. J'ai cherché ma solitude ailleurs et je ne l'ai pas trouvée. Des enfants bruyants et innocents, des adolescents complètement largués - une pensée pour ceux et celles qui ne font que leur lancer des cordes, même si elles finissent trop souvent au sol, comme des racines molles et sans vie - des adultes ambigus aux responsabilités feintes. Ce que l'adolescent sera si ça reste ainsi. Ils ne m'inspirent plus rien. Mon empathie est bien confinée. 

    J'ai attendu que la nuit tombe pour ressortir de chez moi, je savais que je serais seul comme je le voulais. Il m'a fallu attendre la nuit. Et encore, certains autres étaient là. La vraie solitude, elle n'existe pas. Mais je me suis contenté quand même, j'ai même fini par entendre le fleuve. Je ne sors plus le soir parce que je ne vois plus rien dans le noir, tout ce qui brille est rendu flou. Mes yeux n'ont jamais autant eu besoin de lumière. Je suis plus ou moins servi ces temps-ci. Enfin la ville était derrière. J'étais sur le quai entre la marina et le Natatorium. Le quai des douchebags. Monosynaptique, hypothermie mentale. Ils sont déjà sur le bord d'hiverner, tandis que l'automne arrive et que tout est en train de commencer. Au bout du quai j'écoutais les vagues. Il y en avait plusieurs. La douceur ondulatoire de l'eau rencontrant l'air. Elles étaient illuminées par les énormes et tristes tours à condos de l'Île des Soeurs en face. J'ai entendu des bruits de crépitements ; sur le petit sentier qui serpente le fleuve - là où les Français aujourd'hui se gaussaient d'exister - un petit feu maitrisé réchauffait le dimanche soir de quelqu'un, il devait chercher sa solitude lui aussi. L'eau devant lui brillait orange de petites flammes aqueuses. On ne se voyait pas, mais j'avais l'impression qu'on se connaissait déjà. Le quai tanguait sous mon poids. Calme du remous. La nature somnolait autour. Légers ronflements. Le vent dans les arbres. Des animaux piaillaient fatigués de leur journée, d'autres se préparaient à vivre leur nuit. Mais le ciel était bien silencieux, lui. Et les étoiles brillaient. Elles étaient floues, mais elles brillaient.





















    mercredi 16 septembre 2020

     










    merci mon ami 
    on a cordé les retailles 
    de la Voie lactée






    ***





    fait que des fils de 
    lumière dans les étoiles
    attendent l'éclair



























































































    lundi 17 août 2020

    Nietzsche on the beach



    Orford, mi-juillet.

    Enclavés entre des montagnes, sur le sable d'une plage isolée, plusieurs corps se prélassent dans l'ivresse caniculaire. Ils sont si loin du soleil, désacralisé, qui darde ses rayons imparables. J'aime la puissance tranquille des astres. Autour, salmigondis de cris d'enfants, quelques alcools adultes flottent dans l'air. Plus loin des adolescents avides de connaître la chair paradent, un peu vulgaires, et tentent des séductions maladroites. Tous veulent être regardés mais peinent à lever les yeux et à sonder vraiment l'être désiré. Être désiré plutôt qu'assumer son désir, être aimé plutôt qu'aimer? (même s'il ne s'agit pas vraiment de cela). Ils sont tous pareils, ils n'ont rien inventé; ils cherchent tous à être le centre. 

    Plusieurs se dirigent vers l'eau froide pour se baigner. Des corps aux cents formes à l'abri du monde qui continue au-delà de cette plage, qui n'existent aujourd'hui que sous mon regard et ceux des nuages impassibles qui passent et s'évadent en silence, le seul réel qui existe. Dans l'eau, les baigneurs, dans leur nudité partielle mais dominante, touchent à l'animal, à une certaine origine; on diraient qu'ils se meuvent insouciants sur des ruines invisibles et boitent difformes sur les cadavres des dieux.

    Au loin, le vent danse dans la montagne que j'ai conquise la veille et les arbres chantent jusqu'ici, bruissements craquants, du feu sans la flamme. Au large l'eau est tranquille, on n'y voit que le remous de l'onde, le soupir du fond du lac. Le soleil a déjà commencé à se coucher, le crépuscule sera superbe et cette nuit nous verrons une comète accrochée au coeur profond et sombre du ciel. D'ici là, autour de nous les gens n'existent plus, n'existeront plus jamais. Mes yeux retombent sur mon livre et sur cette phrase de Nietzsche : "La lumière a fêté ses noces avec la nuit."

    *

    Baie-des-Rochers, une semaine plus tard.

    La marée est basse et des goémons d'algues sèchent au soleil. La plage est isolée par une heure et demie de marche en forêt aux pierres et aux racines bien saillantes. Il y a des insectes partout, nous ne sommes pas les maîtres des lieux et ils nous le font bien savoir. Mille mouches et moustiques nous inspectent et nous goûtent, plus de fourmis qu'on ne peut l'imaginer travaillent et fourmillent, on sent presque le sol grouiller sous nos corps fatigués de montées et de descentes. À la marée haute, ce sont les phoques et les baleines qui viennent rôder sous nos yeux ébahis et nous rappeler que leur beauté n'est jamais vulgaire (eux). Le souffle de quelques baleines en quête de nourriture rythme la soirée puis une nuit sans étoile. Nous faisons un feu et nous endormons dans une solitude calme.

    Le lendemain, nos jambes endolories brûlent des quarante mille pas sur neuf cent mètres de dénivelé faits en deux jours, nous avons vu le coeur montagneux du Québec - monter n'est rien, c'est descendre des sommets qui fait mal - et maintenant, nous nous reposons. Nos peaux de sueur salée bronzent, mais un peu après midi le soleil commence à cracher une chaleur trop crue qui nous force à chercher de l'ombre et le fleuve est trop froid à cette latitude pour que nous puissions nous y baigner. Les lieux imposent le respect, je l'entends et ne fais rien du jour sinon lire dans l'humilité en attendant chaque coup de vent amener l'air frais du large pour goûter à pleins poumons le sel vivifiant. De petits papillons d'un blanc immaculé virevoltent, des goélands pleurent, le battement des ailes d'un grand héron ralentit un temps qui semble déjà suspendu depuis que nous sommes ici. Être à un endroit où l'humain n'a pas pris le dessus est un privilège.

    Dans un superbe paradoxe, le jour passe à une vitesse arrogante, comme disparaît l'éclair. À quoi ai-je réfléchi, saoulé de pensées, et qu'ai-je oublié pendant ce jour unique? Je ne sais plus. Je ne retiens que l'empreinte délébile d'un souvenir sur ma peau brûlée et mordue cent fois par des insectes voraces et des crampes aux jambes d'avoir conquis quelques sommets. Au propre comme au figuré. Mes tempes suent sous cet étrange fardeau. La nuit tombante et le vent viennent consoler mes pensées égarées. Dans la nuit, nous faisons un autre feu, plus grand celui-là, le moment est pur même s'il n'y a pas de baleine ce soir-là. Nous levons la tête et il y a plus d'étoiles que l'on n'en peut compter. Chacune d'entre elles est un déjà-vu impreigné sur la rétine noire du ciel.


















































    mardi 4 août 2020







    Quand s’arrêtera la déferle...

    je rêve de silences purs
    sans crépitements sans hachures
    des arbres ceints d’étoiles vertes
    un lit de racines salées
    où se mêlent toutes les terres
    et l’on ne pense qu’à la lune
    étendus dans nos plaisirs nus
    en-deçà de vices et vertus

    et si l’ennui était un luxe
    profond creuset d’une alchimie
    nouvelle aux alliages puissants
    il faudrait inventer le monde
    avec de plus beaux éléments
    pour enfin voir les nobles lieux
    abandonnés des déjà-vu
    où les désirs seraient précieux

    hélas les jours sans vents sont vains
    plus de frissons aux cœurs des chairs
    l’été agonise stérile
    tombe son corps d’herbe brûlée
    dans la cendre que de périls
    les racines sont fatiguées
    les amants s’évanouissent au sol
    et les ambitions s’évaporent

    les flammes ne font plus de bruit
    tout ce qui vit semble défait
    cherche la pousse dans l’ivraie
    le regard vitrifié de haine
    les traits tirés la folie est
    de passage mais pour rester
    sinon ils sont tous morts déjà
    après tournés le coin de rue

    et les nuages fanés pleurent
    j’exhorte le ciel à grands cris
    avant qu’arrive l’explosion
    ne garde pas le beau pour toi
    fragiles sont les cous pendables
    à un faux pas d’être pendus
    l’exil revêt ses beaux atours
    je pars me dérober du fil

    des fictions à deux dimensions
    sont bues au filtre des écrans
    jusqu’à plus soif jusqu’à plus soi
    ce peu que l’hésitation trouble
    empêchant l’instant d’avancer
    la joie a chanté au passé
    à la fin l’écho sonnera
    l’avenir sera murmuré






























































    dimanche 19 avril 2020

    exercice du dimanche










    arrivera bientôt l’avenir et j’attends
    immobile dans l’aube transpercée d´éther
    à jeun de souvenirs qui d’angoisse déterrent
    la nostalgie du faible fuyant le présent

    je fixe le vide trouble jusqu’à l’ivresse
    des songes amarrés aux tempes où vibre l’horloge
    l’indifférence tait l’élan qui fait l’éloge
    des illusions naïves accrochées aux promesses

    sous le soleil viennent frémir les belles ombres
    du crépuscule pur que les étoiles encombrent
    le vent distille silence et parfums d’orage

    pendant qu’au futur le présent cède le pas
    des cendres de l’ennui naît un calme courage
    sous ma dent se cassent les sinistres appâts




















    mardi 17 mars 2020








    haïkus de nord


    devant tout l'hiver
    être aussi fort que l'arbre
    aussi fort et seul
         _____

    un froid minéral
    tous les lacs gisent gelés
    sur l'eau qui respire
         _____

    des cristaux de neige
    comme du ciel concassé
    brillent dans notre élan
         _____

    en montant au Nord
    les pneus chantaient sur la glace
    vers ce désert blanc
         _____

    des arbres hérissés
    ils saluent notre retour
    vers la ville lourde





















    lundi 24 février 2020










    assurément je vois que mon monde rapetisse
    pour de vrai
    bientôt je ne verrai plus rien
    j'ai pleuré pour la première fois depuis longtemps aujourd'hui
    j'ai lavé le film de l'oeil
           et ça n'a rien arrangé

    mon mal de tête augmente
    chaque fois que je tourne la tête
    quand je regarde plus près
    la mine du crayon faire saigner noir la feuille
    l'encre s'embrouille
    la lame fend la pulpe
             déjà les mots sont fatigués
    mes yeux sont épuisés de lumière
         épris de trouble
    et rampent vers le flou
                           
    mille images en manque de mots
    un kaléidoscope en noir et blanc              
    tous les monochromes
    d'un présent déjà passé - des blues doubles

    l'essence sépia des pages
    inutiles qui ne disent rien mais qui existent
    s'évapore
          et toute sève est desséchée



























    lundi 14 octobre 2019























    un matin d'aurore feutrée le long de l'aqueduc sur un grand terrain vague des outardes en troupeau ou en harde s'engraissaient de gras gazon avant d'éventuellement décrisser en criant pour l'hiver mais ce matin-là c'était dans la brume qu'elles mangeaient ce gras gazon plein de rosée chargée de nuages et je filais plus lentement soudain dans l'air frais du matin les doigts gelés d'hiver à venir le soleil se levait au sud au-dessus du fleuve et déversait sa lumière qui s'effilait comme toile d'araignée immense d'une lumière neigeuse un châle enchevêtré de fibres évanescentes le matin clignait des yeux et ses évanescents cils frottaient toute l'étendue du gras gazon où piaillaient en silence les grosses outardes d'automne pendant que moi je filais invisible le long de tous les fils la fibre animée d'un puissant désir d'automne avec dans ma tête la promesse d'un grand jour et dans mon coeur l'octobre précis et superbe de ses yeux sombres

    c'est dans l'amas du soir que renaît ce souvenir récent parce que finalement l'aube était belle mais le jour est tombé si vite la semaine est passée si vite les derniers mois aussi le temps s'envole et vole sans cesse dans les deux sens du mot c'en est rendu une joke mais le silence a assez fait son travail et l'encre séchée depuis trop longtemps a besoin de lumière maintenant les gros blancs inondant les murs commencent à s'assombrir de nouvelles ratures dans l'intervalle de tension entre la lumière et le fracas une apparition arrive et puis s'en va et peut-être que cette fois j'aurai le temps de m'y souscrire pendant que la mousse sèche sur le verre comme le givre à venir pendant que les amers s'étendent comme des gouttes de mercure roux sur la langue qui n'en finissent plus de durer ce goût herbacé des absinthes d'automne béni ces fées vertes d'aulne rouillé ces parfums de feuilles d'herbe ah cette grasse multitude de l'immense Walt qui me fait de l'oeil à chaque fois à chaque contradiction tout ce vert auréolé des cendres séchées du spectre des couleurs du feu et maintenant attendre la finale une mercuriale attente le blanc révèle désormais des ombres vertes et grises elles s'étirent à l'opposé de ma lampe en griffes flous araignées aux pattes velues et piquantes sur la peau fragile des soirs froids que la langue de l'eau-de-vie réchauffe les lèvres closes et scellent les langages secrets la prose est presqu'empoisonnée elle convulse et triture toute la poésie du silence ébats éparpillés dans la braise des doigts embrassés des corps brûlant les atomes et toujours ce frisson dans la pièce quand elle la traverse et toujours tremblent les émotions liquides sur les nouveaux corps rouges de dieux timides qui regardent, jaloux, les amants amoureux dans l'ébène et l'ivoire de tous les possibles



























































    jeudi 20 juin 2019




    Au milieu d'une nuit bien tombée bien profond, leurs corps se reposaient en silence, repus d'amour, dans le confort d'une satiété rare. Ils étaient couchés en lézards entrelacés aussi nus que la nuit, à l'abandon, et seuls pulsaient leurs deux souffles fondus l'un en l'autre dans une harmonie précieuse.  La lune lançait un halo continu qui se déplaçait lentement sur eux et dessinait ombres et reliefs sur cette tresse de chair. Des doigts aux jambes, courbes et membres épousés, ils continuaient de se trouver, inlassablement, dans leurs regards et ressentaient et vivaient ce privilège comme le feraient les deux seuls survivants d'un naufrage commun. Ils formaient une île, isolés de tout. Après un temps, la pluie vint à naître. Une pluie sans vent dont la vague montait en tombant, remplissant d'une myriade bruyante de clapotements, comme une nuée d'insectes d'eau, un silence jusque-là inviolé. Dans l'attente passive du sommeil, leurs doigts dansaient sur leurs peaux au rythme lent de l'averse, ébène blanc des ongles sur les corps polis par des restants de lune, et lentement ils s'abandonnaient davantage. Quand le sommeil vint par arriver, toute sueur séchée, ils étaient fatigués d'avoir vécu un si beau jour, exténués de la plus belle façon, dans une franchise totale, la plus belle qui soit.





















    jeudi 4 avril 2019

    petite épiphanie




    Je marche sous un ciel encore gris lourd de nuages sombres. Un temps insatiable. L'or d'un jour indifférent. L'horizon au loin fond dans mon regard assoiffé. Lorsque vivre est un désir constant. Je m'entête. Je suis absolument seul, aucun passant, juste des voitures qui filent à toute vitesse à ma droite comme à ma gauche - je me contente avec plaisir du centre - comme si tout le monde avait peur de la pluie. Ou pas le temps de la sentir tomber, toujours trop pressés. Mais je ne les entends pas. J'avance, patient. Que mes bottes claquant dans les flaques. L'hiver s'accroche et des effluves lourdes odorent, le soleil invisible et lointain ronfle doucement et expire sonores les parfums à venir. L'asphalte mouillée, le goudron humide, la tourbe retournée par le dégel, bouette brune et glacée. Puis cette sensation d'effacer un peu de passé à chaque pas. Tout est passage. Le silence prend sa place et son espace. Après, des bruits de pas dans la neige mouillée. Le fracas clair de la glace fendue au loin sur l'aqueduc. Je le longe sur des kilomètres depuis quelques mois déjà, moments si sereins ainsi bercé entre les berges, le retour du printemps fera bientôt tout déborder. Je n'entends plus le bruit des rumeurs et m'en porte infiniment mieux. Je marche dans le silence de mes pensées. Cette orée nocturne juste avant le sommeil et le rêve, ce refuge des fous. Comme des atomes délicats qui sédimentent et disent vrai. Des poussières précieuses dans le relief du flou, fumée de la cendre, parfum de cèdre inouï, d'encens. Je marche par-delà le temps qui n'est terre brûlée. Que des passages. L'éternité défile au compte-gouttes à chaque pas...

    Je me fous de la fin du monde car tout est dans tes grands yeux, tout le monde s'y constelle et je sais maintenant que l'infini existe, je vénère tous les naufrages qui m'ont amené à toi. Je sais maintenant que tous les mots ont plusieurs visages, que chaque phrase est un dé à plusieurs faces. Il suffit de trouver le bon angle jusqu'à ce que le poème naisse et s'obstine

    la mémoire précise de nos corps
    les eaux vives dénuées de troubles
    de nos courbes épousées dans le secret
    il n'y a que toi jusqu'où la vue se perd
    au solstice des distances s'ouvre enfin l'univers




































    mardi 19 mars 2019







    je suis dans l'embrasure de la vie ouverte
    toutes les anciennes pensées emmurées
                 se referment

    dépouilles encore tièdes face contreterre
    dans la fange asséchée lit de poussières
                 froides étouffées

    le jour se relève et souffle
    du bout des lèvres
                 les murmures du brasier













    jeudi 14 mars 2019

    Hasard objectifs - édition session d'hiver 2019


    Petit atelier de création surréaliste fait en classe. Le principe est simple: la moitié des étudiants trouve une question, l'autre moitié trouve une réponse ; on mélange le tout puis on pige. Cette session, j'en n'ai bisbâiller qu'une seule. Voici les perles que ça peut donner. Je ne change absolument rien (d'où les erreurs d'accord en début de phrase parfois) ni pronoms ni déterminants, je n'invente absolument rien non plus (d'où certaines répétitions) et je les transcris dans l'ordre où je les ai pigés. 

    C'est quoi le paradis?
              C'est pour cela que la vie en elle-même n'est faite que de coïncidences.
    C'est quoi la mort? 
              C'est le son des vagues qui glissent sur le sable.
    C'est quoi la vie? 
              C'est la lumière qu'on voit dans un tunnel noir.
    C'est quoi la beauté? 
              C'est une coupe Stanley à Montréal. (C'est drôle ça)
    C'est quoi la mélancolie du bonheur?   
              C'est ce besoin d'apprendre à connaître les personnes si on ne se connait pas soi-même.
    C'est quoi la laideur?
              C'est la malédiction musicale. (???)
    C'est quoi la solitude?
              C'est la perte de l'âme envieuse.
    C'est quoi le sentiment du bonheur?
              C'est le vent qui chante entre les branches des arbres d'une forêt inconnue.
    C'est quoi le devoir?
              C'est les petites choses qui comptent le plus.
    C'est quoi l'univers?
              C'est le frisson qui me parcourt tout le corps.
    C'est quoi le monde souterrain?
              C'est le rouge du sang et des roses.
    C'est quoi la mort inévitable?
              C'est la raison qui pousse l'homme à laisser l'air passer dans ses poumons.
    C'est quoi l'amour?
              C'est une femme charmante.

















    mercredi 26 décembre 2018

    La Symphonie n°9 de Mahler


    Vendredi soir. Fin de la semaine de ma fin de session. Et elle fut bien exigeante celle-là. En fait, elles le deviennent de plus en plus à chaque fois. Peut-être que je suis trop intense ou que je veux trop qu'ils se surpassent, mais au moins les étudiants m'ont quand même bien suivi. C'est donc avec un certain sentiment du devoir accompli que je me suis pointé avec Francis à la Maison symphonique pour aller voir et entendre l'Orchestre Métropolitain de maestro Yannick Nézet-Séguin. Concerto pour piano de Schumann et Neuvième de Mahler. Ce sera la meilleure façon de dissiper cette nostalgie inévitable qui accompagne les fins de session. Hélas, l'iconoclaste et sublime Hélène Grimaud a cancellé le projet une semaine avant le concert pour cause de blessure et je me demande vraiment si c'est un de ses loups qui lui a fait ça!? Cela dit, le concerto de Schumann fut joué proprement, peut-être un peu trop même. De toute façon, c'est Mahler et sa neuvième qui m'intriguaient. 

    Ces fameuses neuvièmes... Beethoven, Schubert, Dvořák et Bruckner n'auront pas pu aller plus loin, Mahler le pressentait et cette crainte, qui est paradoxalement accompagnée d'une acceptation totalement libératrice, s'entend comme c'est pas possible dans sa symphonie. Une autre symphonie écrite dans la tragédie totale et dans l'appréhension de la mort imminente à un beaucoup trop jeune âge, 50 ans. Je l'avais écoutée à peine deux fois, distraitement, chose à ne pas faire parce que Mahler est difficile, très difficile. Je n'avais pas compris grand-chose à cette oeuvre gigantesque, mais le livret du concert s'annonçait prometteur : "Le premier mouvement tarde à nous livrer son premier thème. Nous en entendons d'abord des lambeaux disséminés dans une écriture prophétique (rien de moins) où se relaient les violoncelles, les cors, la harpe et les altos. Puis le premier thème est énoncé par les violons. Et c'est le début d'une grande aventure (c'est moi qui engraisse) où Mahler traduira tour à tour un sentiment de perte irrémédiable, l'horreur devant la mort inéluctable et finalement, non pas la révolte, non pas la douleur désespérée, mais bien une acceptation triste, douce et sereine."  Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre. Et je n'avais aucune espèce d'idée de ce qui m'attendait.

    Puis Yannick Nézet-Séguin est venu parler un peu au micro avant le concert, première fois que je voyais ça à la Maison symphonique, content de voir une salle pleine pour venir écouter autre chose que de la musique de Noël. Il nous a dit aimer la musique de Mahler plus que tout, car cette musique, quoiqu'elle soit difficile d'approche, nous pousse, comme aucune autre peut-être, à une introspection des plus intenses, et il nous invitait tous à faire semblable introspection, question de saisir toute la matière de l'année sur le point de se terminer. Comme la symphonie dure environ une heure et vingt minutes, ce qui est exceptionnel, c'est quasiment un film, ça nous laissait amplement le temps. J'ai donc décidé de ne pas trop chercher les émotions de Mahler dans sa symphonie - dire qu'il est opaque est un euphémisme - ni à les comprendre ou même les ressentir, mais tout simplement (si cela est possible) de chercher en moi pour écouter attentivement les émotions que la symphonie m'inspirerait ou me révèlerait. Ça peut sembler l'évidence même, mais permettez-moi d'en douter, l'art nous révèle des indices le plus souvent inconsciemment ; mais user de sa volonté, en pleine conscience des choses, pour plonger en soi et saisir l'émotion peut nous inspirer le plus glorieux bonheur mais également nous crisser en pleine face toute la vacuité tragique (ou pas) de notre vie humaine. C'est jouer gros. 

    Parce que je ne sais pas lire la musique, elle sera toujours hors de ma portée d'une certaine façon ; je vois le phénomène, mais je ne pourrai jamais en comprendre toutes les subtilités. Au même titre que les neurosciences ou l'astrophysique par exemple. Je serai toujours non pas un acteur mais un spectateur (même si mon écoute est des plus actives). Je vois la musique de Mahler comme une architecture métaphysique totalisante beaucoup trop grande pour moi ; immense et colossale, elle m'impose le plus grand respect et mon écoute fut empreinte de dévotion. Le sacré pour moi relève du spirituel et non du religieux, et j'étais en plein dans cet état d'esprit lors du concert. Quelques fois les yeux fermés, le plus souvent les yeux bien ouverts, mais sans réellement voir ce qui se passait. Tout était voilé dans la salle par le filtre de l'enchantement. J'ai du moins pu constater la jeunesse fougueuse et passionnée de Nézet-Séguin dirigeant son remarquable (le mot est faible) orchestre, pas moins de 88 musiciens, ils étaient tous en parfaite symbiose avec l'édifice monumental de Mahler. Je n'entendais plus personne dans la salle pourtant comble. 

    Dès les premières notes, je suis parvenu facilement à rentrer en moi, mais ça restait non pas superficiel, mais peu profond, trop habituel. Pendant le premier mouvement, l'orchestre s'est mis lentement en marche, étalant les phrases singulières et disparates nécessaires à l'apparition du chaos et des forces de la nature qui ont toujours obsédé Mahler. Le calme est rapidement devenu tempête et plusieurs souvenirs ont commencé à se révéler, mais trop furtivement, comme des flashs photographiques. Images de rires échangés, de regards qui ne durent qu'une seconde, des visages méconnus et d'autres connus ; même les loups d'Hélène Grimaud sont apparus pour hurler à unir la meute dispersée, tout le bois de la salle s'est fait arbre puis forêt, orées silencieuses sous la canopée envahie de bruits, encore une autre année passée, je vois bien la nature de Mahler, il me fait rentrer dans sa nature, dans la Nature, la nature humaine, la mienne, la nature divine, si cela existe, le voile est à près chuter, le voile des derniers mois tissés lourds d'une tragédie que j'évite, tassée dans l'angle mort de ma conscience, novembre sombre, il y a des morts à ne pas fêter... Tout se fractionnait dans ma tête au rythme du mouvement et se multipliait comme à l'habitude en trop de mots, trop d'idées pour que je puisse retenir quelque chose. Les accalmies douces suivant les phrasés brutaux voyaient pâlir les souvenirs inconsistants. Voir des images invisibles est toujours étranges, trop évanescent ; la mémoire interne de l'oeil fait défaut, phosphènes et scotomes valsent malgré soi comme reflets sur flaques floues. Ça m'arrive quasiment tout le temps, ces avalanches chaotiques de signes, ce qu'on appelle trop facilement le hamster tournant dans sa roue ; je ne plongeais pas assez en moi, Proust m'est apparu et je me suis rappelé de ne rien trop forcer, de me laisser aller. Mais c'est difficile à faire lorsque 88 musiciens et leur chef déchaîné nous brassent la cage et nous mettent sur le qui-vive comme c'est pas possible 

    L'ouverture du deuxième mouvement, une légère danse entre cordes et vents, est venue adoucir tout ça et ça m'a carrément accroché un sourire obstiné au visage ; mon corps l'emportait sur mon esprit. Même si chez Mahler, la réjouissance est brève, la danse cède rapidement le pas à la marche, plus droite, ampoulée et fière ; toutes images m'ont quitté à cet instant pour n'installer rien d'autre que l'émotion, l'émotion pure. Sérénité, calme, enchantement, paix, joie ou bonheur, je ne sais plus, et le mot n'a pas d'importance. Rien de précis ne naissait en moi pour suggérer l'émotion, elle était là, tout simplement, comme elle l'a été plus souvent qu'autrement lors de la dernier année. Puis des souvenirs précis ceux-ci, essentiellement des paroles échangés, sont venus me rappeler ce pour quoi il n'y a pas de honte à préférer le bonheur, comme le disait Camus, et que lorsqu'il est là, ben faut pas faire semblant de ne pas le voir. La dernière année aura été celle où je serai parvenu à être qui je suis réellement dans un amour total, tantôt calme, tantôt sauvage, et que c'est à cet amour que je le dois, cet amour qui me force à trouver un nouveau langage à même la moelle et la fureur de ce qu'on appelle, sans réellement saisir tout le poids du mot, la vie. 

    Dans le troisième mouvement, je ne plonge plus, je trébuche en moi (je revendiquerai toujours le droit à la maladresse occasionnelle et inoffensive) pour écouter ce que la musique m'envoie ; je tombe sans cesse puis me relève et cours de plus en plus vite. Spasmes et tornades claires de cordes, hautbois et vents divers, espoir vain de la neige dehors ne demandant qu'une tempête pour enfin voler, le ventre ronflant du soir faisait mine de se reposer plus tôt avant un cataclysmique paroxysme, Yannick Nézet-Séguin est un sorcier, Prospero dans The Tempest, les substantifs sont inutiles dans la transsubstantiation des choses, les langues lèchent le coeur animal, se déchaîne une fureur sans nom sans corps sans image, et ce, malgré les doutes, les doutes constants, mes incertitudes, mes regrets et remords, mes fantômes démunis que j'ai abandonnés au purgatoire, mais je ne dois rien à personne, souffle ininterrompu des cors, tambours battant aux tempes du temps, musique hermétique, Hermès, le messager des dieux qui conduit les âmes aux enfers, Mahler y ressortant suite au décès de sa fille de quatre ans, moi y ressortant après le suicide d'un de mes étudiants, ce n'est pas de ma faute il faut imaginer Sisyphe heureux ça n'aura pas suffit j'ai failli ma peine ma colère ma frustration et mon incompréhension ma marche de quarante minutes le long de l'aqueduc de Verdun pieds nus sur le verre d'un sablier brisé soleil glacial quand j'ai su la nouvelle par un jeudi jour de puissance de tonnerre frappé par la foudre l'éclair sourd de Jupiter le ciel jamais ne fut plus bleu lumière violente dans mon trouble intense mon âme a vomi un peu soif intarissable vérité enfoncée trop loin dans la gorge jour de drame de tragédie de ta vie fauchée par ta main désespérée dans la chair de tes dix-huit ans le retour en classe le lendemain tes camarades en pleurs ma main tremblant mon coeur secoué à jamais ton nom désormais éternel dans l'obscur onyx de mon cerveau perdu dans les entrailles alchimiques du mystère inexplicable des choses eh bien à ta mémoire je te survivrai imparfait il m'en aura coûté de faire la paix avec ta mort qui ressort malgré moi dans les emportements impétueux du final du troisième mouvement la vie dans toute sa puissance de la neuvième de Mahler qui m'a fait lâcher tous les sacres de la langue québécoise dans ma tête devant tant de beauté brutale mais glorieuse. Musique sacrée s'il en est une. 

    Quatrième mouvement. L'impression désormais d'être en filigrane des autres, des choses plus grandes que soi, de Mahler et de sa symphonie ressuscitée à travers le travail du maestro, le travail du maître, je suis un observateur privilégié de l'invisible, le messager des dieux me dit des secrets, me pointe des trésors qui me sont destinés. La conviction ensuite d'être dans l'épiphanie propre, avoir l'exclusivité de la révélation : les astres des derniers mois, dans leurs courses, se sont constellés et forment désormais cet ensemble, un repère qui n'est perceptible que pour moi, un repère hors du temps qui commence mauditement à ressembler au bonheur. Les autres autour de moi cessent d'exister pendant plusieurs instants, sinon Francis et notre amitié, sinon l'aura d'Amélie et notre amour. Mais tant de beautés apporte ses douleurs, un autre voile est tombé : je revois la salle remplie des autres, leur réapparition fut brutale, le malheur rôde autour, la tragédie est pas tuable, ça fait tellement bizarre d'aller bien quand tout autour va mal ; entre ce moment et le final, je suis dans les eaux troubles écartelées des contraires, chaque écho donnant sur l'infini, chaque silence donnant sur l'éternité, j'ai complètement habité mon corps, étourdi je dois, un peu, m'oublier totalement et reprendre mon souffle mental.

    Avant de sortir de la salle sonné, chancelant mais animé d'une force nouvelle, le final. Retour au calme relatif. Relents de beauté pure. Divague à l'âme. Je sens cette paix inexplicable : être bien et non coupable. Sur la dernière note, longue et lente, comme le début de la symphonie venant ainsi boucler la boucle, Histoirouroboros et roue de Vico, des dieux des héros des hommes, le Wake, veillée et éveil, tout l'essence du monde tous les sens du monde dans un seul mot, le Verbe, l'éternel retour du même, tout va toujours revenir, autant bien l'accepter et l'aimer, Amor fati câlisse, se desserrent tous les tourments avant la fin, les regrets et les doutes persistants disparaissent enfin, tout est plus clair avant l'éclosion du silence transcendant absolument tout, finies les révoltes contre ce qui n'existe pas, on ne peut éviter la mort, celles des autres comme la nôtre, autant vivre le plus possible, vivre vraiment, le fardeau et ses joies de lutte glorieuse. La dernière note longue et lente s'essouffle et finit par révéler toute la puissance du silence à prévoir au moment infinitésimal de la mort à venir. The rest is silence. Ça n'a jamais été aussi vrai. Nous sommes silences. Des bruits qui vivent, brament et se taisent. Toi, moi, l'amitié, la vie, le désir, le passé, les autres, la passion, les adieux, la mort, le deuil, l'amour, l'éternel puis le néant. 

    Et c'est parfait comme ça.








































    mercredi 12 décembre 2018

    (en attendant...)









    "Nous attendons de la poésie la même chose que nous attendons d'un amour.

    De l'épanouissement à l'infini."

    - Michel Vézina, Pépins de réalités




















    jeudi 22 novembre 2018














    lentement les chaînes        se délient les ailes        repoussent et se déplient        les chants tonnent les langues        des canons en échos répondent aux exigences      dans un automne vaincu        le vent clame et gouffre        la poésie veut sortir du fourreau        secousses et tremblements du sable effacé        une lumière crue sur le fracas du verre        there is something at work in my soul, which I do not understand             des miroirs éteints        les reflets se sont fanés        les ombres s'allongent et avancent        la mue d'une peau aux écailles noires        relents d'un contrejour de brume        des élans sélectifs        avant de défaire les lambeaux      l'hiver arrivé        rien ne naît du néant        tout vient du chaos        même lorsqu'il revêt le masque du vide        des fragments d'abîme        quelques poussières de ruines        créer à partir de morceaux épars        un novembre baroque        les bribes sédimentent        jour de soleil déversé        toujours le faîte dénudé des arbres        le poème se décompose        si seulement l'éclair pouvait durer        mais non la foudre brûle        le soufre aveugle et donne la nausée        jusqu'à épuiser l'encre perlée        
            je m'efforce à désosser le temps































    mardi 30 octobre 2018

    hasards objectifs - édition session automne 2018


    Petit atelier de création surréaliste fait en classe. Le principe est simple: la moitié des étudiants trouve une question, l'autre moitié trouve une réponse ; on mélange le tout puis on pige. Cette session, j'en n'ai bisbaillé aucune! Voici les perles que ça peut donner. Je ne change absolument rien (d'où les erreurs d'accord en début de phrase parfois) ni pronoms ni déterminants, je n'invente absolument rien non plus (d'où certaines répétitions) et je les transcris dans l'ordre où je les ai pigés.

    C'est quoi l'amour? 
              C'est les défauts qui nous rendent tous uniques.
    C'est quoi la musique? 
              C'est l'essence d'une vérité posée par la subversion des proportions formelles.
    C'est quoi l'amour? 
              C'est un cycle qui ne se termine jamais.
    C'est quoi la liberté?   
              C'est la rencontre entre la terre et la mer 
    C'est quoi la vie?
              C'est la tête qui me tourne en la voyant.
    C'est quoi la lumière du jour?
              C'est vivre une deuxième fois.
    C'est quoi la raison de vivre?
              C'est le bonheur de pouvoir réfléchir.
    C'est quoi une belle écriture?
              C'est l'odeur des fleurs parmi les odeurs qui m'enflamment.
    C'est quoi la réponse à la vie, à la mort et tout le reste?
              C'est l'effet de la vie sur moi.
    C'est quoi la créativité?
              C'est la simplicité.
    C'est quoi tes lèvres dans mon cou?
              C'est un mélange onctueux d'amour et de haine.
    C'est quoi l'homosexualité?
              C'est la façon dont nous réfléchissons.
    C'est quoi la vie?
              C'est le son du cadran quand je me réveille dans ses bras.
    C'est quoi l'âme soeur?
              C'est la passion.
    C'est quoi le passé?
              C'est une projection de notre cerveau.
    C'est quoi le coeur de l'automne?
              C'est toi mon coeur.
    C'est quoi l'amour?
              C'est le parapluie de mes larmes.
    C'est quoi le bonheur?
              C'est la noirceur et la lumière et le blanc, et le tout et le rien.
    C'est quoi la mélancolie?
              C'est une idée qui peut changer le monde.
    C'est quoi le bonheur chez l'enfant?
              C'est la douleur. (ayoye!!!)
    C'est quoi une préoccupation pour les êtres vivants?
              C'est passer du temps avec sa famille. (reayoye!!!)
    C'est quoi l'intelligence?
              C'est un moment d'extase.
    C'est quoi la couleur?
              C'est ce que je veux.
    C'est quoi la vie après la mort?
              C'est la buée qui brouille le cadre sans limite des idées de mon être. (bang!)
    C'est quoi l'innocence?
              C'est de ne pas pouvoir expliquer pourquoi.










    la poésie est là on la crée
























    haïkus de course




    Joyce a entendu
    dans les vagues tous les bruits
    de l'humanité



    pour les faire taire
    Kerouac les a écoutées
    à en devenir fou
































































    jeudi 18 octobre 2018

    impression spontanée





    L'inspiration est un mystère, une bête sauvage m'a dit une ancienne étudiante, c'est une inéquation entre soi et le monde. L'inspiration est métaphysique comme les Muses sont mythologiques, celles-ci sont filles d'un Dieu et filles de la mémoire. Les Muses sont les Filles de la Mémoire. Rien de moins... Dans l'aube bouffie, je suis encore tout plein d'une nuit inutile. À supposer que les Muses viennent la nuit, elles me font fausse route depuis quelques temps déjà. Je dois chercher les mythes ailleurs. Je me réveille et me désaveugle. Jour de grand froid, soleil enchevêtré dans les feuilles rouillées des arbres, les branches dansent décharnées. J'ai la poitrine crispée, les mains moites et les jambes boitent, et la peau du visage en lambeaux. Hypnose du fumet du café, je m'installe dans mon espace, dans mon nouveau lieu. J'y avance comme dans un labyrinthe, le même à chaque fois. Les premiers pas sont simples, comme rarement auparavant, j'en connais les premiers détours, j'ai plus de repères que je n'en ai jamais eus. Certes, l'inconnu est toujours là, mais il murmure et s'essouffle, et l'écho de mes appels s'étiole en silence. J'habite un nouveau lieu, un nouvel espace. J'ai quitté ma boîte à chaussures. Là-bas, pendant un an sur deux, j'en aurai braillé de la poésie tuseul devant des murs vierges mais maculés d'indifférence. Des poèmes écrits à l'encre d'alcools lointains, à s'écharder genoux et poings dans le fond du baril gratté, à quatre pattes dans les eaux froides de sentiments pas toujours beaux à regarder, à tailler vainement des vers à même l'opacité des brumes troubles. Je me retourne et relis et tente de relier le tout, pattes de mouches de l'écriture pognées dans la toile du texte, élongation des cursives et cheminement du phrasé, errances occasionnelles dans les ivresses décompensées, circonvolutions courbes et crochets des lettres typographiées ; je m'y prends mal, je recule dans mes souvenirs pour essayer d'avancer, et pourtant, ceux-ci ont revêtu de nouveaux visages que je ne reconnais plus. Tant de face à face avortés. Juste des quintessence de poussières... Le deuil des peaux mortes est fini même s'il continue de s'écrire dans ma face, et je pense que tout est plus clair, si bien que les reliefs, les contours et les détails se font discrets, plus imperceptibles, me laissant devant de nouveaux murs blancs plus dénués qu'avant. J'habite un nouveau lieu, un nouvel espace - vieil appartement à l'âme latente, les essentiels désordres somnolent et j'entends le chaos ronfler, les premiers repères sont les mêmes mais le centre du labyrinthe s'est désaxé - où une nouvelle poésie est à naître, que j'espère plus belle, plus précise, où un nouveau nous est en train de se former.