jeudi 21 juin 2018

épiphanie









En fin ; à l'esquisse du seuil, la solitude tremble. Esseulée souffrance du leste sur l'étang, l'eau ridée d'algues lentes. Sur le fil la surface perle de soufre, les sexes s'y noient telles des douleurs de vies passées et longues. Lésés ceux qui attendent le diamant du phare dans l'ombre. Mémoires et souvenirs, blasées les veines s'avèrent. Les moires tissent les nues araignées du ciel. Nuages coagulés de poussières blanches. Une brèche rouge orage s'ouvre. Le songe visse la flèche dans la plaie, sans consteller de l'astre mort où s'éploie le vaste affreux. La chute juste avant l'action. Furieuse, dans le golfe fiévreux des tombes. Est utile pour scruter les augures horribles dans le fluide des heurts. Esquisse à l'enfin du seuil, le chant du possible ; une danse, juste avant l'envol des beautés rarissimes.




















dimanche 10 juin 2018

Esthétique de l'artifice




"La vie nuit à l'expression de la vie. Si je vivais un grand amour, jamais je ne pourrais le raconter. 
Je ne sais pas moi-même si ce moi que je vous expose, tout au long de ces pages sinueuses, existe réellement, ou n'est qu'un concept esthétique et faux que j'ai forgé de moi-même. Eh oui, c'est ainsi, je me vis esthétiquement dans un autre. J'ai sculpté ma propre vie comme une statue faite d'une matière étrangère à mon être. Il m'arrive de ne pas me reconnaître, tellement je me suis placé à l'extérieur de moi-même, tellement j'ai employé de façon purement artistique la conscience que j'ai de moi-même. Qui suis-je, derrière cette irréalité? Je l'ignore. Je dois bien être quelqu'un. Et si je ne cherche pas à vivre, à agir, à sentir, c'est - croyez-le bien - pour ne pas bouleverser les traits déjà définis de ma personnalité supposée. Je veux être celui que j'ai voulu être, et que je ne suis pas. Si je vivais, je me détruirais. Je veux être une oeuvre d'art, dans mon âme tout au moins, puisque je ne peux l'être dans mon corps. C'est pourquoi je me suis sculpté dans une pose calme et détachée, et placé dans une serre abritée de brises trop fraîches, de lumières trop franches - où mon artificialité, telle une fleur absurde, puisse s'épanouir en beauté lointaine.
Je songe parfois combien il me plairait, unifiant mes rêves, de me créer une vie seconde et ininterrompue, où je passerais des jours entiers avec des convives imaginaires, des gens créés de toutes pièces, et où je vivrais, souffrirais, jouirais de cette vie fictive. Dans ce monde, il m'arriverait des malheurs, des grandes joies fondraient sur moi. Et rien de tout cela ne serait réel. Mais tout y aurait une logique autonome et superbe, tout obéirait à un rythme de fausseté voluptueuse, tout se passerait dans une cité faite de mon âme même, qui s'en irait se perdre sur un quai le long d'une baie paisible, bien loin au fond de moi, bien loin... Et tout cela net, inévitable, comme dans la vie extérieure, mais aussi comme une esthétique du Soleil."

~ Fernando Pessoa, Le Livre de l'intranquillité

***

après ça, il faut
partir et vivre et
recomposer son cerveau



















mercredi 30 mai 2018

(en correction)






(...

cette musique electro
comme le son d'une chaîne de montage
fabriquant des humains

une copie, Tagore, une copie,
Tagore, une copie, Tagore,
une copie, Tagore, une copie...

...encore et encore
et encore et encore et
encore et encore...

Forêts et L'Offrande lyrique
deux fois cent trois fois
poèmes et dissertations critiques


en attendant
dans les jours diaprés
l'odeur de bois de rose
de ta chevelure
                          inouïe

                                       ...)
















jeudi 24 mai 2018

sonnet




au seuil des solstices où les saisons se dérobent
se révèlent en silence les spectres de jadis
leurs ocelles me rappellent que tu existes
belle comme comète en parade de robes

avant les heures aiguës où les monstres s'éveillent
comptant les étoiles que les rêves replient
je dois te quitter vers les néants accomplis
car je vis malgré moi à l'écart du sommeil

seules muses accumulées en de strates songes
des sueurs froides à mon front que leurs lèvres épongent
quand les constellations télescopent les rythmes

le vin est triste hélas et j'ai bu l'océan
jusqu'à sentir le sang sur la langue des mythes
je m'obstine à apprendre la geste du temps















jeudi 17 mai 2018




"I'm writing this book because we're all going to die---In the loneliness of my life, my father dead, my brother dead, my mother faraway, my sister and my wife far away, nothing here but my own tragic hands that once were guarded by a world, a sweet attention, that now are left to guide and disappear their own way into the common dark of all our death, sleeping in me raw bed, alone and stupid: with just this one pride and consolation: my heart broke in the general despair and opened up inwards to the Lord, I made a supplication in this dream."

~ Jack Kerouac, Visions of Cody




























mardi 15 mai 2018

Énumération





LaSalle, les murs murent beiges, le silence enfermé bêle, la classe elle sera désertée tout l'été, la classe, l'élégance vraie ou fausse, artifice ou apparence, le jour s'affaisse, la salle de classe sans fenêtre, le plafond suinte, les cerveaux pensent, ça passe ou ça casse, le maître s'y lance, tranquille, penchée la plainte est lente, les crayons dansent dans les airs, leur jeunesse, jalouse leur insouciance, fureur et mystère, latence dans le désordre du sang, des souvenirs de baises adolescentes, les étincelles s'éteignent sur les déserts, s'allongent les contingences, les cheveux s'effilent le long des danses, les secondes pleument, tracent l'apparat, éloignent le sable du verre, être pris dans un feu jeune, boire pour l'éteindre, attendre ou passer l'étreinte, souffler sur les braises, des poussières de lèvres oubliées sur les pierres, jeûnes, des fossiles d'haleine, baiser le soufre, accepter les parfums de l'enfer avant d'y être, pauses lascives dans l'airain des hanches, hantées les mains posées sur les courbes, boire tous les tannins de l'ambre, son ventre de lierre rongé, érosion de ses yeux d'un bleu prière, repères, d'yeux à s'y prosterner, déferlement de la gêne en microéclosions des rivières, vaisseaux, éteintes toutes lumières, délié mon sang veut sortir de sa peau, vie et mort se côtoient dans la patience des os, extirper la moelle et la tailler en microbloc de mots, the old void's still get it in him comme l'a si bien dit Ti-Jean, sonder l'ouroboros jusqu'au charme, tous les serpents se mangent, s'entredésirent, délire et beauté des splendeurs atroces, ce n'est qu'un infime moment de tous mes déserts, un instant à se perdre, un rêve, c'est fou ce que le néant fait n'être, lames de visibles éclairs qui scintillent sales, et des larmes à la paupière des anges, c'est fou ce que le néant fait naître.


















lundi 30 avril 2018

haïkus de jours rapaillés





tailler des poèmes
à la hache dans le ventre
épais des nuages
     _____

des mots arrêtés
pour chaque frisson
toutes nos glorieuses fièvres
     _____

tu me décapites
toi si belle émotion
à fendre tous les troncs
     _____

déchirer des lettres
comme on déchire du temps
cris de feuilles mortes
     _____

lascif et bouillant fleuve
un lit poisseux de stupre
perlé de lumière
     _____

les parfums s'éloignent
dans la nuit gisent brûlures
et rêves blessés
     _____

ciel de cendres grises
l'aube indifférente annonce
un jour sans pitié
     _____

un noeud à délier
le vent libre du silence
naissance d'un bruit
     _____

nous nous sommes faits échardes
pour mieux goûter
la pulpe sous nos peaux
     _____

pour une raison simple
tu me donnes envie
de mieux nourrir mon âme
     _____

ceinture le chaos
des vies renaîtront
sur de pareilles courbes
     _____

affronte la nuit
va voir ce que demain
brisera du passé



























mercredi 25 avril 2018

juste un passage parmi tant d'autres



"Narratives are the way we make sense of the world. We parcel existence into events and string them into cause-and-effect sequences. The chemist comparing controls and variables and the child scalded by a hot stove are both understanding the world through narrative. Novels are important because they turn that basic conceptual framework into an art form. A beautiful narrative arc reassures us that the baffling events around us are meaningful---and this is why Ulysses appeared to be an instrument of chaos, an anarchist bomb. Too disrupt the narrative method was to disrupt the order of things. Joyce, it seems, wasn't devoted to reality. He appeared to be sweeping it away.

If you were a modernist---if you believed the order of things was already gone---you thought differently. T.S. Eliot defended Ulysses by objecting to its critics' premise. Life in the age of world war was no longer amenable to the narrative method, and yet Ulysses showed us that narratives weren't the only way to create order. Existence could be layered. Instead of a sequence, the world was  an epiphany. Instead of a tradition, civilization was a day. The chaos of modernity demanded a new conceptual method to make sense of the contemporary world, to make life possible for art. And this is what Ulysses gave us."

~ Kevin Birmingham, The most dangerous book : 
the battle for James Joyce's Ulysses














lundi 16 avril 2018







Un soir de blond perlé, de bleu et de poivre sombre. Au loin les éclairs se lamentent de ne pas naître, de ne pas être de nouveaux tonnerres frappant, l'annonce d'un nouveau printemps aux courbes longues. Tout s'estompe. Côtoyer les parfums, épuiser les odeurs des absences, la brutale chimie des anges de nuit. You are the memories. Les contours des corps font les souvenirs qui traînent dans les peaux mortes gisantes des suaires. Des sueurs épuisées. Des souffles défilés. Désert(s). Au fond de la nuit, les rêves aveuglent en cathédrale de lumières. De voix fanées, l'écho fuit les combats, le nu déstructure. La pulsation attise la nuit altérée de grands froids - promesse fausse d'une saison sur les peaux épousées qui tremblent, les lits attendent leur rivière - mais rien ne sourd quand le vent chante dans les clochers vides et se perd.
















lundi 9 avril 2018

















les silences s'immolent
en nuits confuses de ciel violé
de jets d'étoiles
s'étalent sans cesse et marquent
violets les minuits denses
les heures se dissipent et pansent
des pierres dans le regard jetées
un silence si mol
et lentement s'étiole la ténèbre
et sur le charme défait dansent
des déchets de siècles et d'étoiles





















samedi 31 mars 2018

(pour un ami)




"Je vis toujours au présent. L'avenir, je ne le connais pas. Le passé, je ne l'ai plus. L'un me pèse comme la possibilité de tout, l'autre comme la réalité de rien. Je n'ai ni espoirs ni regrets. Sachant ce que ma vie a été jusqu'à maintenant - c'est-à-dire, si souvent et si largement, le contraire de ce que j'aurais voulu -, que puis-je prévoir de ma vie future, sinon qu'elle sera ce que je ne prévois pas, ce que je ne souhaite pas, et qu'elle m'arrivera du dehors, parfois même par le jeu de ma propre volonté? Rien non plus, dans mon passé, que je puisse me remémorer avec l'inutile désir de le revivre. Je n'ai jamais été que la trace et le simulacre de moi-même. Mon passé, c'est tout ce que je n'ai pas réussi à être. Même les sensations des moments enfuis n'éveillent en moi aucune nostalgie : ce qu'on éprouve exige le moment présent ; celui-ci une fois passé, la page est tournée et l'histoire continue, mais non pas le texte. 

Ombre obscure et fugitive d'un arbre citadin, son léger de l'eau tombant dans un bassin plaintif, vert du gazon régulier - jardin public dans le semi-crépuscule -, vous êtes en ce moment l'univers entier pour moi, car vous êtes le contenu plein et entier de ma sensation consciente. Je ne désire rien d'autre de la vie que la sentir se perdre, au long de ces soirées imprévues, au milieu d'enfants inconnus et  bruyants qui jouent dans ces jardins, confinés dans la mélancolie des rues qui les entourent, et couverts, au-delà des hautes branches des arbres, par la voûte du vieux ciel où recommencent les étoiles."

~ Fernando Pessoa, Le livre de l'intranquillité











jeudi 29 mars 2018

qu'esquisses passent



---lorsque le temps s'évade, quand l'on court plus vite que le jour et que sous un ciel de lumière froide, un soleil sans nuage annonce une saison de taille---quand les princesses de souvenirs affranchis dorment depuis tant de temps déjà (et quand seront-elles baisées par les printemps jaloux? est-ce qu'ils viendront déposer leurs fleurs sur leurs lèvres tendres?)---comme si les notes avaient remplacé les mots, rien que de la musique instrumentale, intrus mental, lecture jazz tantôt sur fond baroque tantôt sur déchaînement symphonique, n'entendre que des voix pluriels, et des échos (peut-être)---la grâce du moment saisie et la fatalité de l'oubli perlé de poussière stérile et lente---marmonner à chaque minute de lecture libre les Visions de Ti-Jean, sadmad poet du déferlement, je sens venir la tristesse et elle sera énorme, de celles qui terminent une vie, craindre l'effondrement à chaque minute insondable du jour texturé d'heures---la nuit est sa femme et vient d'arriver, une seule lampe allumée dans la chambre rouge, sueurs des peaux dans l'air, images violentes de la fusion des sexes, sucres des pulpes goûtées juste avant l'étiolement des mémoires, quand la lumière lustrée de mars baigne encore l'éclat des chairs, à quelques frissons de l'abandon nécessaire au naufrage---des particules flottent imperceptibles tout est serein à l'orée du rêve, sentir venir cet amas de nuit, les formes et les reliefs tout d'ombres mal découpées, c'est---quand la ville désertée des sorcières lance de tout autre charmes devant de nouvelles puissances, frileuse devant l'autorité du calme regagné---le silence qui tranche à chaque battement de sablier et qui dessine cette soirée en apparence banale mais qui commence à définir tranquillement sa substance où tu regagneras ta mue, ton île---qu'est-ce qui se passe lorsque l'on choisit de refuser l'ailleurs pour s'en remettre aux routes infinis du cerveau et lorsqu'il ne suffit que d'un feu de braise pour rendre la parole amoureuse volcan?






















vendredi 16 mars 2018






la lumière coule à la commissure des yeux
des larmes auréolées de rayons d'hiver
les mots jetés se fanent aussitôt il faut
     respecter le silence

sur ses joues froides naissent des rougeurs
elle semble désormais si fragile
on s'échange un regard tendre
     (il y a la mort qui traîne
      en l'arrière-plan des choses)

un sourire faible au bout de pleurs ravalés
ses yeux qui brillent quand même - toute mon impuissance -
elle marche à côté de moi, dans un autre jour déjà
je parle, ne sachant pas me taire
puis me tais, ne sachant pas parler

ses yeux regardent plus loin que le regard
elle égraine le passé, un souvenir à la fois
ses mèches roussies de soleil sculptent les reliefs du vent
elle marche, elle avance
     insondable
     elle est une force qui va

je la devance un peu et lui offre mes pas
- qu'elle emboîte sans réfléchir  -
et je me retire pour mieux
     respecter son silence

















jeudi 22 février 2018






quand la ville n'est
pas assez bruyante
pour enterrer tous les cris
     _____

entre l'éclat et
l'éclatement s'ouvrent
les beautés des failles
     _____

asphalte mouillé
ce parfum salé entre
l'hiver et le printemps
     _____

l'ombre nouée des cordes
vibre par éclairs
par secousses muettes
     _____

errant seul spectres
et nuages fous persistent
en spectacle de cendres
   










































mardi 13 février 2018

flashs



Murs des toilettes archi-graffités - le plus souvent des tags illisibles, des niaiseries et des banalités, et quelques rares traits d'esprit ici et là qui font tantôt sourire tantôt réfléchir - puis repeints encore, quasiment à chaque mois. "Les écrits restent"? Pas tous, dans des toilettes crades d'un bar hipsto-bohème sur Sainte-Cath, certains disparaissent sous des couches de solvant.

*

Après sa bière, un homme assez âgé - un original - m'interpelle : "Avez-vous remarqué? Toutes les femmes ici ont un front assez dégarni, c'est un signe d'intelligence." (Phrénologie? Peut-être est-il plus âgé qu'il n'y paraît.) Il quitte sans attendre de réplique. Et la fille à côté replace sa tuque avec un sourire malaisé.

*

Vers 17h, on annonce un band (se présentant comme du punk-folk) qui s'appelle Spatül. Le band commence à monter son kit. On voit le drum, on craint trop de bruit donc on change de place, on s'en va dans le fond du bar. Finalement, sont pas punk pantoute, c'est un superbe trio jazz; au lieu de tout décrisser, ils ne font que construire une magnifique ambiance.

*

À la table d'à côté, un cliché ambulant : l'étudiante en philosophie de l'UQAM. Elle parle sans arrêt.  Non-fucking-stop. Elle a environ 21 ans et elle chie sur Kant. Ce sont ses mots. J'essaie d'écrire verbatim ce qu'elle dit : "On ne peut pas imposer l'intellectualité masculine à l'intellectualité féminine je ne me considère pas comme une femme selon les standards sociaux de la féminité blablabla..." Je toffe même pas une phrase. Je soupire fort tuseul dans mon coin, si bien qu'elle se retourne, avec toute l'arrogance de sa jeunesse dans le regard, puis continue ses tergiversations (c'est le meilleur mot possible dans le contexte).

*

Après le départ de l'ami, je change de bord de table, question de voir un brin ce qui se passe, question de ne plus avoir que les reflets flous renvoyés par cette tapisserie aluminum sur les murs qui, je le constate, sont complètement immondes. Il y a du monde mais la pièce est vide, sans écho, comme si y'avait rien au-delà du visible; ça pue le connu à plein nez.

*

Sur ma table, une pinte de rousse cheap, mon cours à venir monté ficelé solide, 1000 pages de poésie québécoise et ce livre du mammouth laineux racontant des héroïnes oubliées par l'Histoire. Cette Amérique bâtie guerre sur guerre, dans une suite de génocides ignorés. Le passé a une odeur de sang.

*

La fillosophe de tantôt n'arrête pas, c'est lourd, très lourd. Son pauvre interlocuteur peine à placer deux phrases. Elle est insupportable et ce qu'elle dit est remarquablement abscons. On peut presque entendre les mouches non-consentantes dénoncer, avec raison. J'ai juste envie de lui lâcher un "ta yeule" bien senti. Mais je dois être plus bienveillant, je m'emmure donc dans le silence et je pars...

... Je traverse Berri, dans la station de métro, un junky se shoote live devant tout le monde, la masse arrive en troupeau de la ligne verte et s'engouffre dans une autre artère souterraine - qu'est-ce que je crisse icitte? Je ne vois plus rien. Sauf ses yeux, son sourire.

... Avec cette estie de toune-là dans les oreilles qui ne mourra pas de sitôt (majestueusement intitulée La fin du monde, du très singulier Philippe Brach) : 

Le calme a pris la place du froid
La mer a marché sur les toits
Si les anges ont rendu l'âme
Si les murs s'effondrent à même l'espoir
Si le soleil parle pour la dernière fois
Je veux crever 
Dans tes bras
Avec toi 
Ô toi

Les kamikazes ont perdu la foi
La misère des hommes s'en va
S'en va
Si l'enfer a levé l'encre
Le passé, signé sons testament 
Si enfin les bunkers et les îles se meurent Prends-moi
Dans tes bras 
Avec toi
Ô toi




















samedi 3 février 2018

n'importe quoi (ou presque?)


J'aimerais écrire un texte-monstre où s'incarneraient toutes les peurs puériles et les angoisses sublimées. Inconfort du gravats qui trainent dans la mémoire et des oublis sédimentés : quand la récollection des faits souffre de ce que la poussière endort (paraitrait-il que les souvenirs n'ont pas tous la même importance). Le temps d'un dernier verre de vin ou d'une chandelle qui flambe. 

À cet égard, les regards fuient l'objet inanimé. D'une certaine façon, les choses (lorsque qu'on les considère dans leur plus simple définition, objectives) semblent dénués de transcendance comme d'immanence : des matériaux stériles qui ne prennent vie et sens qu'à travers le prisme de notre perception (donc déformés). 

À cet égard, encore, trois chandelles sur une table remplie de livres. Malgré tous les trésors qu'ils recèlent, ils ne sont rien sans lecteur, comme le verre n'est rien sans l'alcool - bruits du pied de la coupe sur la table, le schiste du vin rouge, celui-ci a quatre ans, il décide de l'aléatoire de l'ivresse. Tout est inanimé. Sauf le vin, sauf l'encre (même si elle meurt si rapidement) et, surtout, sauf la flamme. Lorsque l'on contemple une flamme, l'ennui est impossible : sur le fin contour du feu, ce sont les atomes du temps qui crépitent, ce fameux temps présent

(Le silence est presque complet, l'atmosphère est quasiment sold out ; je m'imagine à croire que le connu est en rupture de stock. Ma pensée fixe le focus de ma curiosité. (Un drone peu souhaitable vient perturber la solitude ; un bruit qui me rappelle les machines partout autour et, surtout, le froid dehors : j'ai toujours détesté février, allez savoir pourquoi (sans blagues, allez-y, sachez!)))

Sonate silencieuse en seul bémol. Un repli nécessaire qui matérialise, qui palpabilise les parties cachées, tous ces moments dont chaque jour a le secret... Spleen du samedi ou hermétique lucidité? Tout fait suite au dialogue : encore une fois, et c'était encore une excellente fois, Dornier et Bibi se sont attardés à épuiser le possible. Le thème de départ : qu'est-ce qui constitue le Moi? Le préambule à cette discussion (sens vs ressentir vs réalité vs temps présent) aura duré trois heures (ou son pendant d'alcool, mais c'est pas grave, sont en mode jedi). Des conclusions? Pas vraiment non. Des hypothèses? Plusieurs. À commencer par celle où le réel n'existe pas en-dehors de la pensée. Erreur, je nuance : celle où le réel existe, mais vraiment juste un tout petit peu. Tout passe par nos perceptions, nos interprétations et notre vocabulaire (pour matérialiser tout ça dans notre imagination, à l'écrit et à l'oral), ce distillat de nos pensées. 

Exemple (ce n'est pas le mien). Au parc La Fontaine, en plein juillet, une fille passe en même temps qu'un coup de vent chaud caresse sa cuisse, relève un peu sa jupe qui révèle un peu de sa précieuse peau. Au loin, deux témoins de la scène, deux interprétations gardées pour soi (ou partager), deux réalités qui n'existent que dans l'obscur onyx de leur cerveau. Deux options : un ; la parole tue le présent, comme si la révélation ne pouvait être unanimement ressentie de la même façon sans manifestation expressive, comme si elle ne pouvait être vécue à plusieurs tout en étant objective, ou deux ; le silence complice (ou pas). L'Idéal serait que l'Un et l'Autre sachent communiquer ou plutôt communier dans un mutisme (donc là où le réel ne serait transgressé par la parole) assujetti aux pouvoirs de l'épiphanie. Le but est de vivre le moment en retrait, pour laisser passer un peu de présent à l'état pur, dénué de tout, pour en ressentir, sans que l'Autre nous en empêche, sa plus spectrale mais pénétrante immanence : cette seconde pouvant devenir une éternité. 

On n'a pas réussi à épuiser le sujet finalement. Les perceptions ne peuvent être intuitivement collectives, cela prend toujours un consensus, et qu'est-ce que le consensus sinon la domestication (donc le refus du laisser-être, cette propension crasse) des coïncidences, du hasard, de l'intuition justement, et de la poésie? Mais je m'égare, ou encore pire peut-être, j'erre... quel luxe qu'hélas (à quelques maigres exceptions) l'on ne se paie plus. (En plus, le vin est mort - mais quelle belle mort! - Vive la bière! Un chin dans le vide comme une perle de silence... et le temps d'un instant, d'un tout petit instant, entre deux souffles imperceptibles, entre deux pas de flamme, j'ai presque cru entendre une larme).

Puis longe un relent de poèmes : Je me noie là où l'eau devient bleu (autant dire partout, misère et corde...) ou là où l'eau devient boue ??? Et cet étrange aphorisme qui sort de je-ne-sais-où : Quelle chance, à l'âge adulte, d'avoir une vie débordante de vide! Ça devient une symphonie, ce silence!... Non, on ne parviendra pas à épuiser les possibles. Donc. Que reste-t-il? La solitude? La fuite? La mort? ("Pourquoi tant de drame? Surtout lorsqu'on peut concilier tout ça dans l'Art", de s'exclamer un surmoi quand même alerte.) Et certaines voix s'élèvent avec force. Musil, Kerouac et Pessoa, toute cette humanité. Et toute cette poétique absurdité! Ce ne sont plus des livres, ce sont des manifestations de l'esprit - inanimées, mortes et éternelles - revivant à chaque page tournée. À travers leurs contradictions, tout au long de leurs longues digressions (mais c'est bien ça tout ça non? (ce qu'on ose appeler la vie?), de longues et lentes digressions... Quitter le sujet pour mieux y revenir...), que des dialogues lus, lus seul avec soi-même. Parce que seuls, nous le serons toujours. Fuyants? On ne fait que déraper sur le temps. Morts? Un peu plusoumoins à chaque pas. Quel sublime pensée de constater - ô paradoxe! - que la vie n'est qu'une poche de pleins dans le tout-vide de la mort... (coudonc, encore une fois, j'ai presque cru entendre une larme, les murs de ma boîte à chaussure sont vraiment minces et mon voisin est triste)... Mais non, y'en n'a pas de larmes, parce que de toute façon, tout ça n'existe pas, le réel non plus et, une fois terminé, ce texte aussi n'existe plus. 
Comme les monstres, d'ailleurs.
















lundi 29 janvier 2018









une conversation de regards
comme un dialogue de sourds
la vitre floue comme seul point de fuite
les pensées noyées de larmes à l'envers
les yeux tremblent et puis hésitent
la valse trouble d'un bal de paupières
sur le tableau de bord le coeur lourd
à un virage sec de tomber à terre
mais ils s'enlignent au halo des lueurs
celles à venir leur donneront raison
la vitre devient nette et le soleil en rayons
se recompose dans le prisme des heures
où lentement complices se retrouvent les repères








vendredi 26 janvier 2018




à la tilivision
à la toute petite vision
dans une émission consacrée à la littérature
l'animatrice et l'écrivain invité
boivent du mousseux cheap
assis en tailleur sur un lit blanc
dans une chambre maculée de blanc
un bol de fraises en premier plan
bien visible
.
.
.

je vais continuer de faire
des haïkus pis des sonnets pis d'autres poèmes
tuseul dans ma boîte à chaussures






























dimanche 21 janvier 2018





Mon réveil ce matin fut comme une lente plainte; le prolongement du souffle de ce que mon sommeil n'a pas souffert de rêve, et tout n'est qu'ennui dans les premières lueurs grises du jour. Je ne sais plus regarder en-dehors de moi. Hier soir encore, vaine tentative de people watching qui n'aura même pas duré cinq minutes; le désintéressement, l'incapacité de sonder l'immanence des êtres à l'apparence tyrannique et mon échec à me comprendre comme sujet dans cette relation assujettie au simple regard unilatéral m'ont rapidement fait décrocher. J'ignore ce que je risque à me défaire des autres pour me plonger dans ma solitude et tenter de polir les aspérités de mon Moi. On pourrait m'accuser d'être égocentrique (parce qu'il faut immanquablement être coupable de quelque chose), mais je ne saurais m'identifier à pareil trait de caractère puisque je sens mon centre vaciller en-dehors de son axe (si telle chose existe; serait-ce cet idéal de soi que tout un chacun est supposé avoir) et je ne sais pas qui je suis. Je ne sais pas rapporter les choses à moi parce que je suis absent lorsque la balle revient, toujours pris dans un constant clair-obscur, je deviens une cible floue et tous les miroirs que l'on m'offre (miroir réel, les livres et l'art en général, les regards des autres, ce texte même que j'écris) m'envoient des reflets inversés, déformés, éphémères et étrangement dénués de signifiance. Car ce texte que je couche ne recèle pas plus de vérités que mon être en contient, sinon ces vérités très pragmatiques qui constituent mon corps humain. À trop chercher qui l'on est, l'on oublie qui l'ont est. La poésie, l'ennui, le calme, l'absence totale de vent dehors et le silence lourd - si ce n'était du crissement de la pointe en métal de mon crayon sur le papier - ne sauraient amoindrir ou donner du sens à la constellation de désirs, pas de besoins mais bien de désirs, qui compose le rêve éveillé de ma propre inanité. Le centre est presque entièrement déchiré et ne tient que par quelques fibres, quelques liens qui persistent à raison de rapports contradictoires. Trouver de sens est vain. Pour le reste du jour, je (s'il s'agit bien de moi) tâcherai de ressentir.



















mercredi 17 janvier 2018

haïkus de fin de carnet, de fin de vacances pis de réunion plate


(je relis mes notes
c'est tellement dégueulasse
qu'j'ai envie d'vomir)
      _____

en un an il s'en
est passé en estie
des affaires de fou
     _____

tous ces horizons ruinés
où meurt ce regard
qui allait trop loin
     _____

et elle lui dit
les yeux dans les yeux
"on mérite mieux que ça"
     _____

une volée d'outardes
crie dans la neige et fuit
un peu en retard
     ______

en ne faisant rien
elle épuise le silence
des jours oubliés
     _____

je m'ennuie de Ti-Jean
de ses petits poèmes
immenses et beaux
     _____

contorsion d'orgasmes
lézards les corps en sueur
tremblent et font peau neuve
     _____

entre quatre murs
des chimères de désir
ouvrent des fenêtres
     _____

Dans le bus, sur le long de la Rivière-des-Mille-Îles, là où y'a pas mille îles pantoute :

sur le lac gelé
des cabanes de pêcheurs
chantent le silence















samedi 13 janvier 2018

immense



24 mars 1930

Je relis passivement - et j'en retire comme une inspiration, comme une délivrance - ces phrases toutes simples de Caeiro, parlant tout naturellement des dimensions modestes de son village, et de ce qui en découle. De là, dit-il, et parce que son village est tout petit, on peut voir davantage de l'univers que depuis la ville ; c'est en quoi le village est plus grand que la ville :

                     "Parce que j'ai la dimension de ce que je vois,
                      Et non pas celle de ma taille."

Des phrases comme celles-là, qui semblent pousser toutes seules, sans être dictées par une volonté quelconque, me lavent de toute la métaphysique que j'ajoute spontanément à la vie. Après les avoir lues, je m'en vais à ma fenêtre, qui donne sur une rue étroite, je regarde le vaste ciel et ses astres nombreux, et je me sens libre, porté par une splendeur ailée dont la vibration frémit dans mon corps tout entier.

"J'ai la dimension de ce que je vois"! Chaque fois que je médite cette phrase, avec l'attention de tous mes nerfs, elle me semble, toujours davantage, destinée à rebâtir astralement l'univers. "J'ai la dimension de ce que je vois"! Quelle puissance mentale sans limites, que celle qui va du puits de nos émotions les plus profondes jusqu'aux étoiles les plus lointaines, qui s'y reflètent et, d'une certaine manière, s'y trouvent ainsi à leur tour.

Dès lors, conscient d'avoir appris à voir, je contemple la vaste métaphysique objective des cieux infinis, avec une assurance qui me donne envie de mourir en chantant. "J'ai la dimension de ce que je vois"! Et la vague clarté lunaire, totalement mienne, commence à abîmer de sa lueur indécise le bleu à demi noire de l'horizon.

J'ai envie de lever les bras en criant des choses d'une sauvagerie inconnue, de lancer des phrases aux mystères des hauteurs, d'affirmer une nouvelle et vaste personnalité face aux grands espaces de la matière vide.

Mais je reviens à moi, et je m'apaise. "J'ai la dimension de ce que je vois"! Et cette phrase devient mon âme tout entière, j'y appuie toutes mes émotions, et voici que descend sur moi, au-dedans, comme sur la ville au-dehors, la paix indéchiffrable d'un clair de lune à l'éclat dur qui s'élargit avec la tombée de la nuit.

~ Fernando Pessoa, Le livre de l'intranquillité








dimanche 7 janvier 2018

thème imposé




pendant que la neige tombe sans se faire mal
je me dissous en une matière trop brute
où l'angoisse que la maladresse m'impute
fait d'un flocon une avalanche horizontale

les névroses immatures disloquent ma peau
plus épaisse est la neige plus creuse est la faille
cette solitude crue que le froid tenaille
où l'hiver me force à déserter le troupeau

je ne suis hélas qu'une confusion de corps
j'aimerais m'unifier et m'appartenir or
les anciens désirs gèlent mais jamais ne meurent

et déposent sur ma nuque un souffle glacial
les abandons réels ne se font pas sans heurts
je m'en remets au chaos d'un hiver lustral












vendredi 29 décembre 2017

Le long d'une route bordurée d'arbres


(Découvrir le poème. Comme si depuis la découverte de cette citation de Skacel, je le ressentais plus que je le créais, le sachant pas loin, dans cet endroit impalpable et imprécis juste derrière les façades ou terrer dans les failles, comme s'il n'y avait que la finesse d'un atome qui séparait l'existence des choses et leur révélation. Il n'en tient qu'à quoi désormais? À l'acuité du regard? À l'intuition et l'écoute des sens? Ou à cette subtilité d'éther qui dissimule ce qui cherche à naître? --- Par les temps qui courent - parce qu'il ne passe plus, le temps, il semble s'être hélas conformé à nous et n'a de cesse de courir désormais - le vers libre m'ennuie, comme s'il était l'avatar réduit (on dirait toujours qu'il faut qu'il soit court l'estie de vers libre) d'un simulacre de liberté, complètement illusoire. Ça va passer, ou courir, j'imagine. Mon esprit fonctionne en haïkus, en sonnets et en rimes idiotes (parce qu'à la fin de l'envoie, je touche); "la liberté dans la contrainte" m'a déjà dit une amie poète. Chercher la fissure, la trouver puis l'agrandir, la structurer en y soufflant des mots-succédanés de désirs et de beautés révélées... En attendant, la prose.)

L'hiver s'est installé. Ici, un jour de nuages assoupis ronflant de gros flocons; là, un soleil bien éveillé s'élançant sur la neige aveuglante. Les jours se suivent sans leur angoisse habituelle, le silence est moins lourd parce qu'habité par les images bienfaitrices d'un sourire bien précis. Les secondes sont plus lentes, plus souples. À l'aller, une tempête gronde dans le Parc des Laurentides. À la brunante, le blanc est devenu bleu. Agnes Obel échoue à calmer les pleurs de ma nièce de 21 mois, mais m'insuffle une patience d'or. Le long d'une route bordurée d'arbres, des kilomètres et des kilomètres de conifères enneigés. Les flocons scintillent comme des feux follets hivernaux dans les phares engouffrant la route et se fracassent dans le vent sur la tôle glacée et fumante de la voiture. Retour aux sources.

Trois jours plus tard, au retour, le froid glacial s'est amené sans être invité. La petite Rose a finalement fini par s'endormir. C'est à cause du Bach qui joue depuis que nous sommes partis j'en suis sûr. Quatre heures de suites anglaise et française et de partitas pour violon seul. Je m'amuse à croire que cette musique est une bénédiction pour cette enfant, qu'elle la calme; si ça peut faire ça pour nous, ça peut faire ça pour elle. Mis-à-part l'accident, des jours comme celui-ci semblent avoir été créés pour une musique comme celle-ci (et non l'inverse). Mon beau-frère conduit comme un irréductible planqué en son fief imprenable. Ma soeur peut finalement relaxer, pu obligée qu'elle est d'entretenir son dialogue de sourd avec sa petite aux besoins primaires, qui comprend pas assez encore. Elle est sur la banquette arrière, elle enlève ses bottes pour pouvoir changer de position et dépose ses pieds en pieds-de-bas sur l'accoudoir entre les sièges passager et conducteur, non sans préciser de ne pas s'inquiéter, que "ses pieds puent pas." Son caniche somnole sur ses cuisses depuis le début du trajet, la passagère exemplaire. On revient du Saguenay avec une trâlée de cadeaux, pis des produits du patelin natal : de la vraie tourtière, de l'orignal, des truites mouchetées et des bières. La valise du char en est pleine. Plus tôt sur la route, dans le Parc, on a croisé un carambolage monstre. Une dizaine de voitures facile, y'en avait qui étaient carrément tranchées en deux, les carcasses métalliques laissaient imaginer le pire, mais non, que des blessures mineures. On partait vingt minutes plus tard, on restait pogné au moins deux heures dans le Parc bloqué; avec la petite Rose pas capable de se tenir, ça aurait été l'enfer mais dans un frette glacial. On partait dix minutes plus tôt, c'était nous qui carambolions pis mon imagination veut pas aller là. Bourrasques de neiges et chaussée glissante due froid extrême qu'ils ont dit aux nouvelles. Tant qu'il y a pas de morts; le reste c'est juste du métal. On avale les kilomètres et passé Trois-Rivières, on voit au loin une longue ceinture de lumière jaune rose annonçant notre destination. Les vitres de la Hyundai sont complètement givrées, un problème de chaufferette (quel mot étrange) et je me demande si un algorithme quelconque définit la création, le déploiement aléatoire du givre sur la vitre. Un jardin, a dit le poète. On dirait en fait l'hiver et le froid en train de dessiner. Les nuages sont revenus sans que je m'en aperçoive, ils voilent les rayons du soleil qui ressemble à une lune de jour, précise, toute blanche. Une heure plus tard, sur le point de se coucher, le soleil, énorme, va enflammer l'horizon; un spectaculaire soleil brutal jaune orange or tirant sur le rose lorsque il touche les nuages bleus.

Je quitte mes origines une autre fois, je retourne chez moi. Le coeur gros de tout ce qu'il a à déposer aux pieds de la douce. (Et cet haïku qui s'obstine dans ma tête : depuis ton départ / la neige tombe et protège / chacun de tes pas). J'ai pas ouvert de livre de la journée mais c'est pas grave, celle-ci me raconte une histoire quand même.


































mercredi 6 décembre 2017





un matin mutilé
nuages déchirés de lumière
où à travers la vitre
le soleil déploie son spectre
des myriades de rayons incomplets
comme des flèches sans arc
les mêmes signes se répètent
de jour en jour
où les sondes
          insuffisantes
peinent à traduire les mystères

(la muse est à bout de
souffle ta magie sur les cendres
et ravive les braises bleues de décembre)

toujours cet entre-deux
toujours pris dans l'étau des contraires
          entre le jour et la nuit
          entre hier et demain
          entre l'idée et l'image
          entre la mémoire et l'oubli
          entre le coeur et la main
à l'intersection des sensations
disséquées à la pointe de la plume
je n'y vois qu'un amas de chemins
                        troubles et brumeux









lundi 4 décembre 2017








Les poètes n'invente pas les poèmes
Le poème est quelque part là-derrière
Depuis très très longtemps il est là
Le poète ne fait que le découvrir.
                                            
                                                        ~ Jan Skacel
 











vendredi 1 décembre 2017

(aphorisme?)





Dans chaque minute se cache une seconde d'éternité.





























lundi 27 novembre 2017

petite épiphanie








Le long de la route menant à toi, les lampadaires se succèdent comme un pouls régulier et gardent froidement le temps. Tes yeux dans chaque lumière, ton sourire dans chaque coup de vent. Sous ces lampadaires une première neige jaunâtre presque d'or rose compose le sujet amené (je corrige trop) de l'hiver. Les rues sont vides et désertes et n'attendent que tes pas, ta démarche fuselée. Plus loin, des forêts d'ombres frissonnent. Squelettes de novembre, les arbres dansent sous le poids d'une nouvelle saison à venir. Sufjan souffle son spleen dans le silence pendant que les fjords défilent, immenses. Mes oreilles ruinées des échos de ta voix rythment ces images pleines de nous. Je vais à toi, sublime vice vital, jusqu'à ce que la nuit diaphane souffle des vaisseaux de lumière glacée sur les talons du jour, illuminant la nécessité de dompter la bête, et l'on naît alors que l'automne se fane dans un crépuscule tressé de flocons de neige incandescents.




















samedi 18 novembre 2017





continue d'épuiser le fulgurant silence
quand le passé souffle ses lueurs diaphanes
arrivé à l'automne d'un été profane
l'hiver se dépose puis le calme s'élance

par-dessus la soirée à l'écume de glace
je tisse ma toile sur le feu endormi
j'entrelace égarés des souvenirs hormis
ceux insistants où elle prend toute la place

à broder le métal des absences inutiles
adviendra lentement une rouille futile
dans les lits sclérosées un baiser agonise

parfum de sulfure des amours embaumés
cette image versée que le temps tétanise
quelques larmes à la mort d'une pure beauté

























mardi 31 octobre 2017





Se tenir droit devant aucun regard constitue l'inutile nécessaire.
























dimanche 29 octobre 2017

haïkus du dimanche


je suis un poète
n'ayant pas publié
un poète inédit
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il nous faut apprendre
à vivre selon le pouls
le rythme des arbres
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pluie torrentielle?
les repères se perdent :
de minuscules tempêtes
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ce qu'il y a
entre le ciel et la terre?
des rafales d'oublis
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des morts heureuses ou
tragiques égrainent le sable
des heures et du vent
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encens et parfums
nos charmes sorciers
un jour qui ne finit plus
     _____

lèvres mordillées
des gemmes brillent, nocturnes,
tues pas ses paupières
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les lits grincent et jouissent
à l'unisson des ébats
des amants secrets
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son visage comme
l'unique faisceau fatal
transgressant la nuit
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son corps océan
frêle mais inépuisable
répare les brèches
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Changes de Lana Del Rey
des larmes muettes
belles, un moment pur
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et elle a laissé
des marques de vernis à ongles
sur le plancher
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mon désir de tout dire
n'a d'égal furieux
que celui de tout vivre