dimanche 1 février 2015

Vendredi après 12h

Tronçon crotté crade sur la Sainte et révérée Catherine entre Berri et Beaudry. Un jour sans soleil. Le blanc se superpose au gris et rien ne brille d'aucun feu. De gros badauds sentent le rancie et la pisse dans l'après-midi menant à la fin de semaine. Tout pu aujourd'hui on dirait.

Un être humaimprobable en haut de l'escalier. Il voit mon Kaddish de Ginsberg et il m'interpelle. Une voix impossible, haut perché, asexué ; j'ai dû lui demander son nom pour savoir. Il me dit qu'il est allé à San Francisco quand il avait 15 ans et qu'il est le petit petit petit neveu d'Émile Nelligan. Je le crois, naïvement peut-être, mais je ne pose pas de questions.

Il me dit qu'il écrit de la poésie et qu'il médiumnise. Lorsqu'il lit de la (bonne) poésie, les mots créent des vibrations qui lui permettent d'entrer en contact avec le poète. S'ouvre alors de nouvelles portes de nouvelles perceptions. Je le crois un peu moins.

Ses propos disent vague entre cohérence et confusion. Derrière ses grosses lunettes fumées en mal de soleil se cache l'impénétrable. Je suis las de préjuger. Je l'écoute, souriant tantôt de sa candeur, soupirant ensuite quand il se montre envahissant. Les dix cussions sont terminées et il quitte. Transmigration de l'électron libre dans la nuit qui se lève. Parce que les nuits ne font pas que tomber.

Le sax de Coltrane blow doucement pendant que l'escalier se remplit. Non, vraiment, la nuit se lève et la bière a mer. La semaine vient de muer, elle perd sa vieille peau et s'en fera une neuve pendant le week-end.

Pendant ce temps, les échanges solidifient l'amitié. Il faut tester les piliers de l'existence pour se rappeler leur force et leur importance.

On se lance un défi. Qu'on va relever. L'enjeu? Une bière qu'on boira entre amis. Sans vainqueur ni perdant. Juste des mots. Des mots. Des mots. Des mots.

2 commentaires:

  1. «Le sax de Coltrane me blow doucement tandis que l'escalier me remplit.»

    C'est de toute beauté! (Une choisie parmi tant d'autres)













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  2. Pas "me blow", "blow" tout court ;)

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