vendredi 30 mars 2012

Épiphanie

"Un jour pommelé de nuages marins. La phrase, le décor et le jour s'accordaient harmonieusement. De simples mots pourtant. Était-ce à cause de leurs couleurs? Il vit flamboyer et s'éteindre leurs teintes une à une. Or du soleil levant, rouge et vert des pommeraies, azur des vagues, franges grises au toison des nuages. Non, cela ne tenait pas à leurs couleurs, mais à l'équilibre, à la cadence de la période elle-même. Aimait-il donc le rythme ascendant et retombant des mots mieux que leurs rapports de sens et de couleur? Ou bien était-ce que, faible des yeux et timide de l'esprit, il goûtait moins de plaisir à voir les yeux de l'ardent Univers sensible dans le prisme d'un langage multicolore et somptueusement expressif, qu'à contempler le monde intérieur des émotions individuelles, parfaitement reflétée dans les périodes d'une prose lucide et souple?"
- James Joyce

Estomaqué, je reviendrai toujours à ces mots. À travers cette épiphanie inégalable, véritable chef-d'oeuvre de pureté, toute la démarche de Joyce est là.

4 commentaires:

  1. As-tu lu l'essai de Jung sur l'Ulysse de Joyce?

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  2. Non, je ne l'ai pas lu, mais il est paraîtrait-il très contesté. Tu l'as lu?

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  3. Je ne l'ai pas lu au complet... mais ce que j'ai lu m'a vraiment intéressé. Et je me suis dit que ça t'intéresserait aussi.

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  4. J'en prends bonne note. Merci.

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