dimanche 6 avril 2014

Macbeth

Éteins-toi, éteins-toi courte flamme,
La vie n'est qu'une ombre en marche, un pauvre acteur, 
Qui se pavane et se démène son heure durant sur la scène,
Et puis qu'on n'entend plus. C'est un récit 
Conté par un idiot, plein de bruit et de fureur,
Et qui ne signifie rien.

Out, out brief candle,
Life's but a walking shadow, a poor player,
That struts and frets his hour upon the stage,
And then is heard no more. It is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.

Macbeth (V, V)

Devant le corps de sa femme terrassée par l'ambition, le meurtre, la culpabilité et la folie, alors qu'il a éliminé en véritable tyran innocents, amis et ennemis, Macbeth prononce, dans ses derniers retranchements, attendant une armée en marche contre lui et sachant que sa mort approche, cette perle qui a été récupérée et galvaudée à profusion, si bien que sa force s'en retrouve presque amoindrie. Je crois qu'à travers son désespoir, malgré la gravité du propos, rarement les spasmes de vivre n'ont été si bien distillés : si d'un côté cela rend compte de la possible sinon probable insignifiance de l'existence humaine et que d'un autre cela affirme également à quel point la vie se résume en une série de balbutiements qui forge le destin ; à l'opposé, je trouve que cette phrase transcende une sorte d'humanisme et d'espoir diffus qui en même temps peuvent fouetter l'homme à nourrir le brasier de sa vie pour justement en faire quelque chose de signifiant et lui permettre de trouver dans l'acceptation des forces plus grandes que soi - j'entends là les forces métaphysiques - une scène où construire, avec ses passions, de réelles raisons de vivre. Ce qu'il faut, c'est que tout ce bruit et cette fureur, même s'ils ne signifient rien pour ceux - les autres - qui les entendent, soient intelligibles pour soi.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire