Le long de la route menant à toi, les lampadaires se succèdent comme un pouls régulier et gardent froidement le temps. Tes yeux dans chaque lumière, ton sourire dans chaque coup de vent. Sous ces lampadaires une première neige jaunâtre presque d'or rose compose le sujet amené (je corrige trop) de l'hiver. Les rues sont vides et désertes et n'attendent que tes pas, ta démarche fuselée. Plus loin, des forêts d'ombres frissonnent. Squelettes de novembre, les arbres dansent sous le poids d'une nouvelle saison à venir. Sufjan souffle son spleen dans le silence pendant que les fjords défilent, immenses. Mes oreilles ruinées des échos de ta voix rythment ces images pleines de nous. Je vais à toi, sublime vice vital, jusqu'à ce que la nuit diaphane souffle des vaisseaux de lumière glacée sur les talons du jour, illuminant la nécessité de dompter la bête, et l'on naît alors que l'automne se fane dans un crépuscule tressé de flocons de neige incandescents.
lundi 27 novembre 2017
samedi 18 novembre 2017
continue d'épuiser le fulgurant silence
quand le passé souffle ses lueurs diaphanes
arrivé à l'automne d'un été profane
l'hiver se dépose puis le calme s'élance
par-dessus la soirée à l'écume de glace
je tisse ma toile sur le feu endormi
j'entrelace égarés des souvenirs hormis
ceux insistants où elle prend toute la place
à broder le métal des absences inutiles
adviendra lentement une rouille futile
dans les lits sclérosées un baiser agonise
parfum de sulfure des amours embaumés
cette image versée que le temps tétanise
quelques larmes à la mort d'une pure beauté
dimanche 29 octobre 2017
haïkus du dimanche
je suis un poète
n'ayant pas publié
un poète inédit
_____
il nous faut apprendre
à vivre selon le pouls
le rythme des arbres
_____
pluie torrentielle?
les repères se perdent :
de minuscules tempêtes
_____
ce qu'il y a
entre le ciel et la terre?
des rafales d'oublis
_____
des morts heureuses ou
tragiques égrainent le sable
des heures et du vent
_____
encens et parfums
nos charmes sorciers
un jour qui ne finit plus
_____
lèvres mordillées
des gemmes brillent, nocturnes,
tues pas ses paupières
_____
les lits grincent et jouissent
à l'unisson des ébats
des amants secrets
_____
son visage comme
l'unique faisceau fatal
transgressant la nuit
_____
son corps océan
frêle mais inépuisable
répare les brèches
_____
Changes de Lana Del Rey
des larmes muettes
belles, un moment pur
_____
et elle a laissé
des marques de vernis à ongles
sur le plancher
_____
mon désir de tout dire
n'a d'égal furieux
que celui de tout vivre
vendredi 27 octobre 2017
mercredi 25 octobre 2017
mardi 24 octobre 2017
mercredi 18 octobre 2017
Créer, c'est vivre deux fois.
[...]
Travailler et créer "pour rien", sculpter dans l'argile, savoir que sa création n'a pas d'avenir, voir son oeuvre détruite en un jour en étant conscient que, profondément, cela n'a pas plus d'importance que de bâtir pour des siècles, c'est la sagesse difficile que la pensée absurde autorise. Mener de front ces deux taches, nier d'un côté et exalter de l'autre, c'est la voie qui s'ouvre au créateur absurde. Il doit donner au vide ses couleurs.
~ Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe
lundi 16 octobre 2017
plus les jours passent plus
je n'ai rien à faire ici
et me referme
_____
un cri sourd apporté
par l'écho, une porte
donnant sur le vide
_____
une main imprévue
m'effleure, je suis rendu
à bout de masques
_____
ciel ivre d'orage
un corps blessé de désir
le coeur bat, pesant
_____
être un présent
que personne ne consomme
un éclair en avance
_____
elle ouvre la voie
puis la referme, son ombre
s'éteint dans la brume
_____
un effondrement
le miroir s'obscurcit
en strates de contraires
jeudi 12 octobre 2017
hasards objectifs
Petit atelier de création surréaliste fait en classe. Le principe est simple: la moitié des étudiants trouve une question, l'autre moitié trouve une réponse ; on mélange le tout puis on pige. Des fois ça donne n'importe quoi, mais c'est rare, j'en ai bisbaillé à peine une dizaine. Voici les perles que ça peut donner. Je ne change absolument rien (d'où les erreurs d'accord en début de phrase parfois) ni pronoms ni déterminants, je n'invente absolument rien non plus (d'où certaines répétitions et un petit manque d'originalité ici et là) et je les transcris dans l'ordre où je les ai pigés.
C'est quoi les jours qui passent?
C'est un courant d'air glacial.
C'est quoi la terre?
C'est la douceur d'une brise d'automne.
C'est quoi une rivière de larmes dans l'océan?
C'est la distance entre les étoiles.
C'est quoi la vie d'un amoureux fou?
C'est les murmures de ta belle-mère. (c'est hilarant ça)
C'est quoi la faim qui gruge dans le regard?C'est la voix de la raison.
C'est quoi le visage de l'amour?
C'est le temps qui passe.
C'est quoi le souvenir?
C'est une prison.
C'est quoi la peau?
C'est le vent qui souffle sur les champs de blé.
C'est quoi la pensée?
C'est le bonheur d'entendre ta voix.
C'est quoi le sang qui coule dans tes veines?
C'est l'émerveillement.
C'est quoi la vie sans toi?
C'est l'image qu'on retrouve dans les nuages.
C'est quoi la conscience?
C'est inspirer du bonheur.
C'est quoi être vivant?
C'est toute une aventure.
C'est quoi la vie?
C'est le temps qui passe.
C'est quoi le sentiment amoureux?
C'est ton regard plein de silence.
C'est quoi le savoir?
C'est l'amour.
C'est quoi le bonheur?
C'est un rideau qui flotte au vent.
C'est quoi la vie?
C'est n'importe quoi.
C'est quoi ce beau sourire qui s'affiche sur ton visage?
C'est l'écho de son coeur qui bat.
C'est quoi ce frisson que j'ai en te regardant?
C'est ton regard sublime qui me traverse le corps.
C'est quoi le bonheur?
C'est prendre son courage pour répondre à son désir.
C'est quoi la vie à tes côtés?
C'est ton visage plein d'automne.
C'est quoi l'amour?
C'est la chaleur de ton corps.
C'est quoi la beauté de la nuit?
C'est la couleur rouge.
C'est quoi cette couleur provenant du ciel?
C'est le sourire que tu as sur les lèvres.
C'est quoi cette émotion charitable qui émane de ton être?
C'est la joie de pouvoir ressentir de nouveau.
C'est quoi la mort?
C'est ça qui est ça.
C'est quoi un souvenir oublié?
C'est ton souffle sur ma peau comme la brise du matin sur l'herbe.
C'est quoi la brise qui m'étouffe?
C'est une amère jalousie pénétrant ton âme.
C'est quoi un baiser de ta part?
C'est le brouillard qui tombe silencieux sur la mer.
C'est quoi la chaleur du vent?
C'est l'espoir qui fait vivre.
C'est quoi l'homme?
C'est l'odeur du matin.
C'est quoi une vague?
C'est le temps perdu.
C'est quoi le vide?
C'est un ciel étoilé qui se reflète dans tes yeux.
C'est quoi le rire d'un enfant?
C'est ce champ de blé comme tes cheveux blonds.
C'est quoi cet éclat dans ton regard?
C'est deux camions qui se rentrent dedans.
C'est quoi la peur?
C'est la chaleur de ton amour.
Et un dernier que j'ajoute et qui n'est pas objectif pantoute :
C'est quoi la poésie?
C'est ce qu'on attend pas, qui arrive de nulle part et qui se trouve n'importe où.
samedi 7 octobre 2017
Une langue lacée inconnue. Les lentes progressions de Godspeed you! Black emperor marquent le rythme de l'aube. Les trottoirs sont déserts. De l'asphalte vide. Sédiments de poussières des passants, des couches de pas invisibles. Belles âmes-en-peine au gré du vent. Le ciel aux cent tons du soleil qui se lève. Du rose au pourpre. Anthem for no state. Juste avant l'asphyxie, l'horizon est en feu. Les rues désertes comme des gouffres bleus prêts à encaisser les souvenirs à construire ; parades des petites routines, a great vain carnival!! L'écho de la ville endormie résonne. Tranquillement, les rues se rempliront pendant la journée d'encore plus de vide. Au bout de la rue, la montagne domine sous un sombreciel. Elle semble être dans un autre pays, toute recouverte d'ombre. Les arbres grondent, les rues nous avalent pour mieux nous recracher le soir. Nous aurons été un peu plus digérés. Jusqu'à l'effondrement, la disparition. Et le temps qui ne se lasse pas de nous tendre des miroirs changeants, comme si chaque pensée chaque visage chaque souvenirs étaient pluriels. Infinis. Un éternel maintenant à contrecoup des ailleurs inexistants. Les autres arrivent. Les fossiles s'amoncellent. Tous des borgnes maîtres d'aucun royaume sinon leur nombril. Échines courbées sur le sacro-saint-écran. L'on ne peut rien bâtir sur des colonnes molles. Atonie des corps pliés, comateuse volonté... Que des soupirs tus. Que des encens obscurs. Des doigts de fumée dansent. Effluves. Douceur et délicatesse du bruit chaorchestré. Qui du monde ou moi éprouve l'autre? Le derme effleuré, la peau comme écorce rouillée. Des veines tranchées. Dans les larmes de la lame, une lave pâle.
Du rouge, presque transparent.
vendredi 29 septembre 2017
sonnet
claustrale solitude dans la nuit nocturne
fardeau et silence du Sisyphe moderne
des fouets de lumières d'une lente lanterne
éclairent et nourrissent de cendres riches l'urne
alternent deuils et mémoires au parfum voilé
où luit la taille lactée d'un proche infini
à toi nymphe omise ton office in-fini
t'as oublié tes mains sur mon torse étoilé
tous ces ongles d'onyx farfouillant l'épiderme
et trouvant le rêve dans la fièvre des thermes
nébuleuse effilée d'un obstiné mirage
si près dans l'ombre des murmures de désastre
sitôt chassés par la promesse d'un visage
Sisyphe continue de respirer les astres
mardi 26 septembre 2017
dimanche 24 septembre 2017
"We'll take up where we left off, Esther," she said, with her sweet martyr's smile. "We'll act as if all this were a bad dream."
A bad dream.
To the person in the bell jar, blank and stopped as a dead baby, the world itself is a bad dream.
A bad dream.
I remember everything.
I remember the cadavers and Doreen and the story of the fig-tree and Marco's diamond and the sailor on the Common and Doctor Gordon's wall-eyed nurse and the broken thermometers and the negro with his two kinds of beans and the twenty pounds I gained on insulin and the rock that bulged between sky and sea like a grey skull.
Maybe forgotfulness, like a kind snow, should numb and cover them.
But they were part of me. They were my landscape.
~ Sylvia Plath, The Bell jar
mardi 19 septembre 2017
que des jours horloges
les battements des tempes
réglées horloges aux temples
au crépuscule violet
et les nuages jurent jouets
semblant blasphèmes durs
des jours aux puérils caprices
qui passent révoltes latentes
s'affalant sur les azurs lisses
l'asphalte brûlant des augures
la fugue d'une antique toge
révèle pure la nuit éclatante
dimanche 17 septembre 2017
ah pis fuck la ponctuation l'ami m'a conseillé d'écrire un texte question d'extérioriser le spleen des derniers jours pis parce que j'écris pas assez ces temps-ci mais écrire sur quoi quand des acouphènes d'inepties se montrent trop pinsistants partout autour des rumeurs dans la rue des visages indifférents indifférés dans les artères bouchées de la ville cette impression que la crise est imminente et le pontage impossible quand ce n'est pas une insouciance généralisée ou une vacuité crasse et déprimante l'absolu est porté disparu et personne à part quelques anachroniques le cherche un tant soit peu quoi écrire quand tout ces petits irritants s'immiscent malgré soi entre l'arbre et l'écorce ou entre l'Arabe et le Corse comme disait l'autre par exemple au parc cette fille prenant un selfie devant une fontaine prenant un autre selfie à côté de canards prenant un autre autre selfie à côté d'écureuils la tête savamment de biais semi-profil étudié qui saura la rendre plus belle cette self-obsession de la beauté physique si banale parfois parce que décidément dénuée de poésie inhérente parce que complètement stagée cette beauté tout sauf naturelle parce que complètement désertée par le feu comme un volcan complètement mort quoi écrire quand je me suis tellement garroché dans ma rentrée que j'ai de la difficulté à prendre le temps d'écrire trop pris que je suis dans mes lubies et mes obsessions par la littérature cette vie pleinement vécue encore lui Marcel le clairvoyant comme si j'avais sacrifié l'appréciation de ma solitude pour 140 étudiants à qui j'ignore s'ils le savent je donne absolument tout ce que j'ai une vocation qu'ils disaient pfff le mot est faible quoi écrire quand depuis trois jours déchirés ce goût de cendres froides dans la gorge comme du goudron séché sur quoi j'écrirais de toute façon sûrement pas sur toute l'énergie que je déploie à expliquer Baudelaire Rimbaud Mallarmé Proust et Joyce à des étudiants qui ne lisent pratiquement pas cette génération d'humains courbés distraits de l'ici et qui sont nulle part avec passion comme disait Luchini même si je sais qu'au final ils ne l'oublieront pas quinze semaines à forger un souvenir quand même incertain ou peut-être que je devrais écrire à propos de cette étudiante venue me voir me disant qu'elle a un projet de livre et qu'elle aurait besoin de mon aide pour l'épauler parce qu'elle veut écrire un essai sous forme de lettres adressées à ceux qui l'ont agressée lorsque qu'elle était prise dans l'engrenage débile d'une gang de rue non mais qu'est-ce que je peux écrire alors que son aveu me trouble tellement mais pourquoi câlisse qu'elle est venue me dire ça à moi quoi écrire sinon que j'accumule les fantômes ces êtres qui m'ont ghosté parce que je leur ai montré juste un tout petit peu d'absolu par-delà les aubes en lambeaux que j'ai envie de déchirer de la vitre en arpentant les rues d'une ville complètement déserte les pieds pris dans la terre à m'enivrer de la poussière des promontoires stériles dessinant des reliefs bâclés faut écrire en bloc amener la gloire tu disais l'ami n'est-ce pas si tu passes comme dans un rêve sache que je passe comme dans un cauchemar quoi écrire sinon sur des yeux en éclipses de feu ou sur mes yeux qui se perdent au rythme du déhanchement des reines ou encore sur les parfums laissés les souvenirs maquillés comblant les sillages des départs irréversibles ou encore écrire sur ce poème impossible complètement hallucinant écrit pour moi et personne d'autre par Emily Dickinson il y a plus de 150 ans c'est fou à quel point l'arc des astres semble parfois à portée d'atteinte il suffit juste d'un pincement de doigts pour lancer des flèches au coeur de l'infini sur cet été qui ne finit plus ce sale soleil que j'ai juste envie de défenestrer abruti que je suis comme Meursault complètement étranger abruti par cette chaleur accablante sur quoi écrire sûrement pas sur les cheveux que je ne trouve plus ici et là avec des yeux et des sourires pendus après vieux restants de passions tellement éphémères ces moments où l'on a envoyé la nuit et le temps se coucher des corps étrangers sur le sol et des faces plein ma tête et un vide un inévitable vide le monde cet incapable de m'apporter ce que j'attends de lui la chair est triste hélas et j'ai lu tous les livres non ce n'est pas facile d'écrire sur rien mais je continuerai quand même de faire vibrer la corde tendue aussi discordante soit-elle de l'inexprimable à l'exprimé même si ça se fera pour l'instant à coups d'inoffensifs haïkus
_____
un été étrange
à compter les fantômes
les espoirs incréés
_____
tout ce que j'ai à offrir
ce sont mes mains
pleines d'un peu de foudre
_____
arrive automne
viens déposer tout autour
la rouille de l'été
samedi 9 septembre 2017
je suis las de cette nuit insistante
aux formes fatiguées d'ébène bleue
comme si elle était insuffisante
à défaire les inlassables noeuds
aux limites des canopées de pluie
poli de nuages inconnues le soir
déchante seul son chagrin de minuit
une tristesse perdue dans la moire
plus loin les éclats d'un silex flou
vaguent sur le fil de nuits invisibles
où sur un étang de sang noir le fou
danse nu sa partition illisible
vendredi 8 septembre 2017
mon cerveau vit, meurt et renaît...
à chaque fois...
"Mon crime, c'est d'avoir, gai de vaincre ces peurs
Traîtresses, divisé la touffe échevelée
De baisers que ces dieux gardaient si bien mêlée;
Car à peine j'allais cacher un rire ardent
Sous les replis heureux d'une seule (gardant
Par un doigt simple, afin que sa candeur de plume
Se teignît à l'émoi de sa soeur qui s'allume,
La petite, naïve et ne rougissant pas :)
Que mes bras, défaits par de vagues trépas,
Cette proie, jamais ingrate, se délivre
Sans pitié du sanglot dont j'étais encore ivre."
~ Stéphane Mallarmé
mercredi 30 août 2017
sonnet en hendécasyllabes
terrassé et subjugué d'odieuses entraves
je fuis malade en solitude brumaire
ce sillon ton corps robe d'odeurs amères
ton corps nuité de brume et de grandes draves
l'écart entre nous que le silence lisse
et vaine essence qu'on inhale les lèvres
exsangues sous la morsure de la fièvre
rendent éphémères nos délires complices
exhalaisons de l'échancrure du gouffre
sans toi ma peau distille sueur et soufre
ma gorge sèche à l'outre du souvenir
mon être ce fjord attend un nouveau schisme
mais les amours ces démons déploient leur rire
et chassent cruels l'essentiel exorcisme
samedi 26 août 2017
Pédagogie
Les murs sont beiges, sans fenêtres. Quarante étudiants regardent le prof, ils sont blasés et ils ont juste hâte de s'en aller parce que la première semaine fut brutale.
LE PROF
Donc, comme je le disais, vous devez commencer la lecture de
Dublinois en fin de semaine et question de vous imprégner de la
culture irlandaise un peu, - on vient de voir que vous aviez du
rattrapage à faire à ce sujet - vous devrez aller dans un des
nombreux pubs irlandais de Montréal boire une pinte de Guinness.
rattrapage à faire à ce sujet - vous devrez aller dans un des
nombreux pubs irlandais de Montréal boire une pinte de Guinness.
Pas une rousse, une blonde ou n'importe quelle bière, une Guinness.
Et ce n'est pas une suggestion, c'est un devoir.
(Les étudiants prennent à la légère cette boutade, la plupart d'entre eux sourit. Le prof ne démord pas et affiche un faciès imperturbable. Antoine le remarque, son sourire s'estompe.)
ANTOINE (interloqué)
Euh, vous êtes sérieux monsieur?
LE PROF
Absolument. Est-ce que j'ai l'air de blaguer?
(Les étudiants cessent de rire, un silence s'installe rapidement.)
Est-ce que quelqu'un y voit une objection?
(sans leur laisser le temps de répondre) Non? Parfait excellent!
Par solidarité, évidemment, je vais m'imposer ce devoir aussi.
Bonne lecture et bonne fin de semaine!
(sans leur laisser le temps de répondre) Non? Parfait excellent!
Par solidarité, évidemment, je vais m'imposer ce devoir aussi.
Bonne lecture et bonne fin de semaine!
(Les étudiants se lèvent et sortent en blaguant, l'esprit léger, contents de cette première fin de semaine qui commence, contents de leur premier devoir.)
quelle fin
"As he sat there, living over his life with her and evoking alternately the two images in which he now conceived her, he realised that she was dead, that she had ceased to exist, that she had become a memory. He began to feel ill at ease. He asked himself what else could he have done. He could not have carried on a comedy of deception with her; he could not have lived with her openly. He had done what seemed to him best. How was he to blame? Now that she was gone he understood how lonely hey life must have been, sitting night after night alone in that room. His life would be lonely too until he, too, died, ceased to exist, became a memory -- if anyone remembered him.
It was after nine o'clock when he left the shop. The night was cold and gloomy. He entered the Park by the first gate and walked along under the gaunt trees. He walked through the bleak alleys where they had walked four years before. She seemed to be near him in the darkness. At moments he seemed to feel her voice touch his ear, her hand touch his. He stood still to listen. Why had he withheld life from her? What had he sentenced her to death? He felt his moral nature falling to pieces.
When he gained the crest of the Magazine Hill he halted and looked along the river towards Dublin, the lights of which burned redly and hospitably in the cold night. He looked down the slope and, at the base, in the shadow of the wall of the Park, he saw some human figures lying. Those venal and furtive loves filled him with despair. He gnawed the rectitude of his life; he felt that he has been outcast from life's feast. One human being had seemed to love him and he had denied her life and happiness: he had sentenced her to ignominy, a death of shame. He knew that the prostrate creatures down by the wall were watching him and wished him gone. No one wanted him; he was outcast from life's feast. He turn his eyes to the grey gleaming river, winding along towards Dublin. Beyond the river he saw a goods train winding out of Kingsbridge Station, like a worm with a fiery head winding through the darkness, obstinately and laboriously. It passed slowly out of sight; but still he heard in his ears the laborious drone of the engine reiterating the syllabes of her name.
He turned back the way he had come, the rhythm of the engine pounding in his ears. He began to doubt the reality of what memory told him. He halted under a tree and allowed the rhythm to die away. He could not feel her near him in the darkness nor her voice touch his ear. He waited for some minutes listening. He could hear nothing: the night was perfectly silent. He listened again: perfectly silent. He felt that he was alone."
- James Joyce, A painful case
jeudi 24 août 2017
haïkus de fin de vacances, de rentrée, épars ici épars là-bas
arpenter la ville
aux aléas de nos soifs
la nuit est à nous
_____
chaque fois que la
porte sonne je fais un
tabarnac de saut
______
une canicule
le soleil plie le métal
l'asphalte suffoque
_____
il faudrait écrire
un poème de pure eau
froide de silence
_____
le plus souvent les
mots ne servent qu'à
habiller notre néant
_____
estie qu'y a des gens
sur le Mont-Royal
qui courent comme d'la marde
_____
(faut tellement pas
prendre tout ce que j'écris
au premier degré)
_____
à chaque poème
de Mallarmé mon cerveau
vit meurt et renaît
_____
elle me sourit
une aut' fois de même
et je lui mange les jambes
_____
en te regardant
elle mordillait sa lèvre
un désir brûlant
_____
une peau de bronze
effleurée par mille vents
et mes deux mains vaines
samedi 19 août 2017
aphorisme de comptoir de binerie
"Accept the fact that some days you are the pigeon and some days you are the statue."
vendredi 18 août 2017
(c'est l'fun les sonnets)
au grand déraillement on déchiffre les vagues
l'écume épileptique des terreurs marines
le salin fretin d'une lépreuse narine
humecte la poupe les sirènes divaguent
le mat du radeau scinde l'horizon l'hypnose
radieuse l'or d'un néant déguisé détonne
les regards se blessent sur la mer monotone
et ils se noient tous en une vibrante osmose
dans la nuit l'eau verte souffle un vent acéré
sur les souvenirs cannibales sidérés
se nourrissant de chair plutôt que de sextant
quand l'errance la folie revêt plusieurs formes
déroutes borgnes et coites des astres existants
sereins les egos s'égarent en noyades et normes
jeudi 17 août 2017
les pierres du soleil auréolé d'Orient
jadis ramenèrent les éclipses égarées
les vestales aveugles de prières amarrées
transpercent les paupières d'un chant luxuriant
augures confus et dithyrambe païen
au berceau des symboles ont exposé les lieux
où le silence le seul signe des dieux
chante la bacchanale d'un corps mitoyen
ivre la valse étranglée des amants profanes
larmes et sueurs suspendus aux cils diaphanes
ils se sont retrouvés dans l'abandon des fauves
faisant fi des devins des auspices et du temps
leurs chevelures empêtrées dans le matin mauve
étendent encore l'éternité de l'instant
mercredi 16 août 2017
mardi 15 août 2017
délire en décasyllabes
d'un coeur résineux les rythmes hérétiques
cadencent la marche d'un jour plus vieux
le tambour d'un requiem archaïque
la conduit aux inévitables aveux
nous avons enfoncé nos sexes dans
l'éternité noire d'une nuit douce
l'équation multicolore du vent
sur nos corps suant et mouillés de mousse
tous nos nus exténués de tendresse
les doloires enflammés de nos étreintes
brasiers infirmes de pures caresses
les promesses de nos nobles absinthes
fendre l'écorce d'un arbre serein
tout mon espoir adopté à tes vices
nos échecs et errances sans lent demain
l'épave de nos naufrages complices
des yeux inconnus assoient sur ma page
les églogues affamés des premiers jours
voir dans le prisme glorieux du langage
toutes les variables inouïes d'un détour
le jade joyaux sublime dès l'or
et ta perte en l'escalier aboli
nimbée d'étoiles la poussière dort
gracieuse nymphe des plaines accomplies
la torche funéraire d'une ombre fine
permets-moi de mourir un tant soit peu
tes égarements de panthère opaline
à l'orée éphémère de tes yeux
samedi 12 août 2017
immense
After long silence
Speech after long silence ; it is right,
All other lovers being estranged or dead,
Unfriendly lamplight hid under its shade,
The curtains drawn upon unfriendly night,
That we descant and yet again descant
Upon the supreme theme of Art and Song :
Bodily decrepitude is wisdom ; young
We loved each others and were ignorant.
- William Butler Yeats
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