vendredi 10 avril 2026

 

Ce qu'il faut protéger avant que l'aube ne s'enfuit

le grondement voisin du fleuve qui traverse ma fenêtre
toute la sève sous l'écorce comme le ronronnement 
d'une partie du monde dont on néglige la beauté

le chant des oiseaux qui ponctue le silence naturel du matin
derniers soupirs d'une nuit partie dormir au loin
je continue de croire aux mystères que dévoile le jour

précieux chaque geste est plus lent que d'habitude
la conscience du mouvement magnifie la routine 
l'absence de vent impose l'humilité qui ralentit l'usure

dans cette solitude sacrée défaite des simulacres
mes sens et mes idées sont à la fois frêles et alertes
les caresses de l'indicible sont plus apaisantes que la foi

avant que le soleil ne se lève fort d'avoir gravi le ciel 
et ne nous domine dans l'éclat de sa terrifiante superbe
je repousse les dérapes du monde - tous jours se feront chaos 
je m'invisible dans le magma de l'ombre
et je tiendrai toute la journée les promesses de l'aube





























mercredi 11 mars 2026



Le retour des outardes dans le ciel. Elles arrivent avant la tempête. Sur leurs ailes tombera une pluie glacée ; il me semble qu'elles auraient pu attendre encore un peu. 

Ces heures qui précèdent l'orage. Tout ce verglas pourra-t-il abrutir tous les soubresauts d'impatientes colères que j'entends sans arrêt? Ce sentiment que l'horloge recule dans son mécanisme déconstruit. Les engrenages sautent et s'écartèlent. Les repères deviennent flous dans l'hystérie collective d'une race de monde dénuée de rêves. Des éclats de verre remplacent la pensée et beaucoup de coeurs saignent de ne plus savoir où donner de la tête. Toute cette quantité de mal-être distillé dans la haine de l'Autre ; cette haine de plus en plus décomplexée me donne ce vertige qui m'invite à sauter. 

J'espère que la foudre de glace supposée s'abattre sur nous viendra apaiser le sang des fureurs incongrues. L'humain, triste artisan de l'ébullition souillée, inventeur ridicule de nouvelles brutalités. Tous ces regards chassieux de violence à déverser, tous ces yeux incapables de pleurer. Je m'en retournerais dormir juste pour être aveugle un peu, le temps qu'on se soigne de l'embolie universelle. 

Où sont passés les mystères qui fascinent et intriguent? Ils sont rares comme des caresses animales, comme la fine électricité des peaux se jaugeant avant l'embrassade du plus bel abandon. Mais non, les peaux s'armurent en carapace d'écailles à la mue impossible. Ignares, nous sommes prodigieusement en manque de légendes. 

Certains écueils devraient être érigés en autels. Que notre perpétuel mouvement ralentisse jusqu'à s'affirmer dans une pause salvatrice, et que dans l'immobilité et le calme nous parvenions à saisir cette fine frontière entre le passé et l'avenir. Cette faille sans blessure, profonde et douce comme des lèvres. Sans déchirements au coeur du silence, rythmé par la belle chamade des tempes, être le noyau de l'oxymore. 

Ils sont bien vains ces espoirs hélas avalés par le doute et la crainte. Comme des spasmes éperdus qui ne lèvent pas. On dirait que le ciel n'a jamais été aussi maigre. Nous le tirons vers le bas, au niveau de nos pauvres ambitions. Nous serons les fossiles d'une boue diluée, infecte. Le futur nous plaindra. Et avec raison.