samedi 20 février 2021

 




avec toi c'est tout
c'est une étrange époque
déshabillée de flou






























mardi 16 février 2021

 





    j'étire et les dieux
    les ciels voilent les viols en
    l'inceste des astres
































    samedi 23 janvier 2021

     



    cet esprit lancé
    ma douce mathématique
    de croches enlacées 

























    samedi 26 décembre 2020























    Je deviens de plus en plus attentif à mes petits rituels. Quand je me réveille, les yeux encore poussiéreux de sommeil ou d'insomnie - c'est selon, et imprévisible -, je m'installe lentement dans le matin et, si lors des derniers mois, j'ai répété les mêmes gestes de façon machinale, j'y suis plus sensible ces derniers jours. Il est facile de penser que les répétitions routinières des derniers mois aient pu mettre un peu d'ordre dans le chaos pandémique mais, maintenant que la session est terminée, un sentiment d'étrangeté auréole tous ces gestes. J'ai troqué les nouvelles du matin pour un regard dénué de cible à travers la fenêtre de mon salon et plutôt que de simplement laisser entrer la lumière dans mon appartement, je vais la chercher des yeux. En fait, mes yeux n'arrêtent plus de chercher la lumière (moi qui aime pourtant tant la nuit) et quand ils la trouvent, ils la creusent et s'en nourrissent. Le soleil se lève dans mon angle mort, à gauche vers la fleuve, et bâille sa lumière le long de ma rue. Ce matin, à droite, se soulèvent des nuages qui semblent impitoyables dans leur avancée. Je ne me lasserai jamais du spectacle du ciel. Après avoir systématiquement ouvert mon ordinateur à chaque matin des derniers mois pour prendre mes courriels, cela fait six jours que je ne l'ouvre plus, car je n'en ai plus besoin. Ça ne durera qu'un temps. Ou peut-être que non. Après avoir choisi une musique pour ouvrir le jour et m'être fait un café pour m'ouvrir les synapses, je m'assois dans mon mutisme, la musique entre en moi et sème ses mystères, et le moulin à pensées part sur une chire. C'est qu'il vente fort dans ma tête. Avant l'embardée, je ramène mon attention sur la musique, je cherche les thèmes et le calme revient; les vannes ont lâché un instant, mais ça s'est stabilisé. Le temps suit son cours et moi aussi. Tout est dialogue entre perception et réflexion, entre l'image et la phrase. Je peux maintenant regarder le monde séparément du besoin que j'en ai et m'oublier lentement. Je construis mes rituels - parfois maladroits, souvent ridicules -, mais la précision des actions leur donne un sens. Avant de continuer d'écrire ce qui n'aboutira pas, je vais aller longer le fleuve comme à chaque jour - nos rivières manquent de mythes -, retravailler mes esquisses et livrer mes absurdes combats sans issue. Pourtant, je sais ce que je fais. 
    Et vice versa. 

























    samedi 17 octobre 2020









    mes ellipses creusent
    de longs cris sombres et brumeux
    je sens le silence

    mais je suis lâche
    je m'emboite dans le chaos
    l'horizon est court et tordu
    le reflet du métal dans les yeux

    je trébuche les pieds lourds
    les rotules brisent
    et les larmes goûtent le sang

    les diables dansent macabres
    les nuées s'évadent sur 
    le lointain brisé 
    de l'arc de chrome

    un coup me rappelle à moi
    un fer froid dans la bouche
    oui je suis bien trop lâche
    dans ma solitude

    il ne reste qu'à fermer les yeux
    j'apaise la lumière et je rêve
    je vois courir des chevaux sauvages














































    lundi 21 septembre 2020

     






    Hier j'ai cherché toute la journée à être seul. D'une vraie solitude. Mais depuis la rentrée sans surprise le monde retombe. Comme s'il n'avait rien appris d'une première erreur. Pourquoi cette obstination aveugle à reconnaître ses torts? À qui sert cette vanité? Comment dans l'âme l'orgueil peut-il être un pilier? Qu'est-ce qui amène un humain à croire ça? Je suis sorti dehors chercher la solitude, mais j'y ai trouvé trop de corps emprisonnés dans leur désir de liberté. L'illusion infaillible. La main pesante d'un dieu inexistant. Le long de mon fleuve, j'ai cherché à être seul, mais il y avait du monde partout. La vulgarité de leur insouciance, des centaines de solitude se pilant sur les pieds, les bulles - de savon ou de verre - sont si fragiles. Leur égoïsme arrogant. Je leur écorcherais le visage, à une distance de plus de deux mètres. Pourquoi je fais jamais de télékinésie dans mes rêves? Sur le sentier serpentant le fleuve, des Français loin du Plateau. Égocentriques décentrés. Un en particulier. Il était là, dans le sentier, je voulais passer, il ne bougeait pas, me regardait en souriant du sourire le plus niais que j'ai vu depuis le début de la pandémie. Mes muscles étaient tendus, des loups prêts à bondir. Échos des hurlements insonores dans ma tête, gyrophare du conscient, alerte, sensation d'urgence, de trop-plein, ma patience est plus que jamais sélective, pour eux je n'en ai pas. Je me départis de mon prochain. À tous les jours. Je quittai les courbes du fleuve et remontai, mais le parc fourmillait de gens. Un attroupement, une célébration, une autre illusion. Ils riaient si fort et si gras, sans distance, sans respect, sans aucune modestie. J'ai marché ailleurs mais n'entendais qu'eux - tout le monde n'entendait qu'eux. Ils m'ont privé du remous du fleuve et du vent dans les arbres. J'ai cherché ma solitude ailleurs et je ne l'ai pas trouvée. Des enfants bruyants et innocents, des adolescents complètement largués - une pensée pour ceux et celles qui ne font que leur lancer des cordes, même si elles finissent trop souvent au sol, comme des racines molles et sans vie - des adultes ambigus aux responsabilités feintes. Ce que l'adolescent sera si ça reste ainsi. Ils ne m'inspirent plus rien. Mon empathie est bien confinée. 

    J'ai attendu que la nuit tombe pour ressortir de chez moi, je savais que je serais seul comme je le voulais. Il m'a fallu attendre la nuit. Et encore, certains autres étaient là. La vraie solitude, elle n'existe pas. Mais je me suis contenté quand même, j'ai même fini par entendre le fleuve. Je ne sors plus le soir parce que je ne vois plus rien dans le noir, tout ce qui brille est rendu flou. Mes yeux n'ont jamais autant eu besoin de lumière. Je suis plus ou moins servi ces temps-ci. Enfin la ville était derrière. J'étais sur le quai entre la marina et le Natatorium. Le quai des douchebags. Monosynaptique, hypothermie mentale. Ils sont déjà sur le bord d'hiverner, tandis que l'automne arrive et que tout est en train de commencer. Au bout du quai j'écoutais les vagues. Il y en avait plusieurs. La douceur ondulatoire de l'eau rencontrant l'air. Elles étaient illuminées par les énormes et tristes tours à condos de l'Île des Soeurs en face. J'ai entendu des bruits de crépitements ; sur le petit sentier qui serpente le fleuve - là où les Français aujourd'hui se gaussaient d'exister - un petit feu maitrisé réchauffait le dimanche soir de quelqu'un, il devait chercher sa solitude lui aussi. L'eau devant lui brillait orange de petites flammes aqueuses. On ne se voyait pas, mais j'avais l'impression qu'on se connaissait déjà. Le quai tanguait sous mon poids. Calme du remous. La nature somnolait autour. Légers ronflements. Le vent dans les arbres. Des animaux piaillaient fatigués de leur journée, d'autres se préparaient à vivre leur nuit. Mais le ciel était bien silencieux, lui. Et les étoiles brillaient. Elles étaient floues, mais elles brillaient.





















    mercredi 16 septembre 2020

     










    merci mon ami 
    on a cordé les retailles 
    de la Voie lactée






    ***





    fait que des fils de 
    lumière dans les étoiles
    attendent l'éclair



























































































    lundi 17 août 2020

    Nietzsche on the beach



    Orford, mi-juillet.

    Enclavés entre des montagnes, sur le sable d'une plage isolée, plusieurs corps se prélassent dans l'ivresse caniculaire. Ils sont si loin du soleil, désacralisé, qui darde ses rayons imparables. J'aime la puissance tranquille des astres. Autour, salmigondis de cris d'enfants, quelques alcools adultes flottent dans l'air. Plus loin des adolescents avides de connaître la chair paradent, un peu vulgaires, et tentent des séductions maladroites. Tous veulent être regardés mais peinent à lever les yeux et à sonder vraiment l'être désiré. Être désiré plutôt qu'assumer son désir, être aimé plutôt qu'aimer? (même s'il ne s'agit pas vraiment de cela). Ils sont tous pareils, ils n'ont rien inventé; ils cherchent tous à être le centre. 

    Plusieurs se dirigent vers l'eau froide pour se baigner. Des corps aux cents formes à l'abri du monde qui continue au-delà de cette plage, qui n'existent aujourd'hui que sous mon regard et ceux des nuages impassibles qui passent et s'évadent en silence, le seul réel qui existe. Dans l'eau, les baigneurs, dans leur nudité partielle mais dominante, touchent à l'animal, à une certaine origine; on diraient qu'ils se meuvent insouciants sur des ruines invisibles et boitent difformes sur les cadavres des dieux.

    Au loin, le vent danse dans la montagne que j'ai conquise la veille et les arbres chantent jusqu'ici, bruissements craquants, du feu sans la flamme. Au large l'eau est tranquille, on n'y voit que le remous de l'onde, le soupir du fond du lac. Le soleil a déjà commencé à se coucher, le crépuscule sera superbe et cette nuit nous verrons une comète accrochée au coeur profond et sombre du ciel. D'ici là, autour de nous les gens n'existent plus, n'existeront plus jamais. Mes yeux retombent sur mon livre et sur cette phrase de Nietzsche : "La lumière a fêté ses noces avec la nuit."

    *

    Baie-des-Rochers, une semaine plus tard.

    La marée est basse et des goémons d'algues sèchent au soleil. La plage est isolée par une heure et demie de marche en forêt aux pierres et aux racines bien saillantes. Il y a des insectes partout, nous ne sommes pas les maîtres des lieux et ils nous le font bien savoir. Mille mouches et moustiques nous inspectent et nous goûtent, plus de fourmis qu'on ne peut l'imaginer travaillent et fourmillent, on sent presque le sol grouiller sous nos corps fatigués de montées et de descentes. À la marée haute, ce sont les phoques et les baleines qui viennent rôder sous nos yeux ébahis et nous rappeler que leur beauté n'est jamais vulgaire (eux). Le souffle de quelques baleines en quête de nourriture rythme la soirée puis une nuit sans étoile. Nous faisons un feu et nous endormons dans une solitude calme.

    Le lendemain, nos jambes endolories brûlent des quarante mille pas sur neuf cent mètres de dénivelé faits en deux jours, nous avons vu le coeur montagneux du Québec - monter n'est rien, c'est descendre des sommets qui fait mal - et maintenant, nous nous reposons. Nos peaux de sueur salée bronzent, mais un peu après midi le soleil commence à cracher une chaleur trop crue qui nous force à chercher de l'ombre et le fleuve est trop froid à cette latitude pour que nous puissions nous y baigner. Les lieux imposent le respect, je l'entends et ne fais rien du jour sinon lire dans l'humilité en attendant chaque coup de vent amener l'air frais du large pour goûter à pleins poumons le sel vivifiant. De petits papillons d'un blanc immaculé virevoltent, des goélands pleurent, le battement des ailes d'un grand héron ralentit un temps qui semble déjà suspendu depuis que nous sommes ici. Être à un endroit où l'humain n'a pas pris le dessus est un privilège.

    Dans un superbe paradoxe, le jour passe à une vitesse arrogante, comme disparaît l'éclair. À quoi ai-je réfléchi, saoulé de pensées, et qu'ai-je oublié pendant ce jour unique? Je ne sais plus. Je ne retiens que l'empreinte délébile d'un souvenir sur ma peau brûlée et mordue cent fois par des insectes voraces et des crampes aux jambes d'avoir conquis quelques sommets. Au propre comme au figuré. Mes tempes suent sous cet étrange fardeau. La nuit tombante et le vent viennent consoler mes pensées égarées. Dans la nuit, nous faisons un autre feu, plus grand celui-là, le moment est pur même s'il n'y a pas de baleine ce soir-là. Nous levons la tête et il y a plus d'étoiles que l'on n'en peut compter. Chacune d'entre elles est un déjà-vu impreigné sur la rétine noire du ciel.


















































    mardi 4 août 2020







    Quand s’arrêtera la déferle...

    je rêve de silences purs
    sans crépitements sans hachures
    des arbres ceints d’étoiles vertes
    un lit de racines salées
    où se mêlent toutes les terres
    et l’on ne pense qu’à la lune
    étendus dans nos plaisirs nus
    en-deçà de vices et vertus

    et si l’ennui était un luxe
    profond creuset d’une alchimie
    nouvelle aux alliages puissants
    il faudrait inventer le monde
    avec de plus beaux éléments
    pour enfin voir les nobles lieux
    abandonnés des déjà-vu
    où les désirs seraient précieux

    hélas les jours sans vents sont vains
    plus de frissons aux cœurs des chairs
    l’été agonise stérile
    tombe son corps d’herbe brûlée
    dans la cendre que de périls
    les racines sont fatiguées
    les amants s’évanouissent au sol
    et les ambitions s’évaporent

    les flammes ne font plus de bruit
    tout ce qui vit semble défait
    cherche la pousse dans l’ivraie
    le regard vitrifié de haine
    les traits tirés la folie est
    de passage mais pour rester
    sinon ils sont tous morts déjà
    après tournés le coin de rue

    et les nuages fanés pleurent
    j’exhorte le ciel à grands cris
    avant qu’arrive l’explosion
    ne garde pas le beau pour toi
    fragiles sont les cous pendables
    à un faux pas d’être pendus
    l’exil revêt ses beaux atours
    je pars me dérober du fil

    des fictions à deux dimensions
    sont bues au filtre des écrans
    jusqu’à plus soif jusqu’à plus soi
    ce peu que l’hésitation trouble
    empêchant l’instant d’avancer
    la joie a chanté au passé
    à la fin l’écho sonnera
    l’avenir sera murmuré






























































    dimanche 19 avril 2020

    exercice du dimanche










    arrivera bientôt l’avenir et j’attends
    immobile dans l’aube transpercée d´éther
    à jeun de souvenirs qui d’angoisse déterrent
    la nostalgie du faible fuyant le présent

    je fixe le vide trouble jusqu’à l’ivresse
    des songes amarrés aux tempes où vibre l’horloge
    l’indifférence tait l’élan qui fait l’éloge
    des illusions naïves accrochées aux promesses

    sous le soleil viennent frémir les belles ombres
    du crépuscule pur que les étoiles encombrent
    le vent distille silence et parfums d’orage

    pendant qu’au futur le présent cède le pas
    des cendres de l’ennui naît un calme courage
    sous ma dent se cassent les sinistres appâts




















    mardi 17 mars 2020








    haïkus de nord


    devant tout l'hiver
    être aussi fort que l'arbre
    aussi fort et seul
         _____

    un froid minéral
    tous les lacs gisent gelés
    sur l'eau qui respire
         _____

    des cristaux de neige
    comme du ciel concassé
    brillent dans notre élan
         _____

    en montant au Nord
    les pneus chantaient sur la glace
    vers ce désert blanc
         _____

    des arbres hérissés
    ils saluent notre retour
    vers la ville lourde





















    lundi 24 février 2020










    assurément je vois que mon monde rapetisse
    pour de vrai
    bientôt je ne verrai plus rien
    j'ai pleuré pour la première fois depuis longtemps aujourd'hui
    j'ai lavé le film de l'oeil
           et ça n'a rien arrangé

    mon mal de tête augmente
    chaque fois que je tourne la tête
    quand je regarde plus près
    la mine du crayon faire saigner noir la feuille
    l'encre s'embrouille
    la lame fend la pulpe
             déjà les mots sont fatigués
    mes yeux sont épuisés de lumière
         épris de trouble
    et rampent vers le flou
                           
    mille images en manque de mots
    un kaléidoscope en noir et blanc              
    tous les monochromes
    d'un présent déjà passé - des blues doubles

    l'essence sépia des pages
    inutiles qui ne disent rien mais qui existent
    s'évapore
          et toute sève est desséchée



























    lundi 14 octobre 2019























    un matin d'aurore feutrée le long de l'aqueduc sur un grand terrain vague des outardes en troupeau ou en harde s'engraissaient de gras gazon avant d'éventuellement décrisser en criant pour l'hiver mais ce matin-là c'était dans la brume qu'elles mangeaient ce gras gazon plein de rosée chargée de nuages et je filais plus lentement soudain dans l'air frais du matin les doigts gelés d'hiver à venir le soleil se levait au sud au-dessus du fleuve et déversait sa lumière qui s'effilait comme toile d'araignée immense d'une lumière neigeuse un châle enchevêtré de fibres évanescentes le matin clignait des yeux et ses évanescents cils frottaient toute l'étendue du gras gazon où piaillaient en silence les grosses outardes d'automne pendant que moi je filais invisible le long de tous les fils la fibre animée d'un puissant désir d'automne avec dans ma tête la promesse d'un grand jour et dans mon coeur l'octobre précis et superbe de ses yeux sombres

    c'est dans l'amas du soir que renaît ce souvenir récent parce que finalement l'aube était belle mais le jour est tombé si vite la semaine est passée si vite les derniers mois aussi le temps s'envole et vole sans cesse dans les deux sens du mot c'en est rendu une joke mais le silence a assez fait son travail et l'encre séchée depuis trop longtemps a besoin de lumière maintenant les gros blancs inondant les murs commencent à s'assombrir de nouvelles ratures dans l'intervalle de tension entre la lumière et le fracas une apparition arrive et puis s'en va et peut-être que cette fois j'aurai le temps de m'y souscrire pendant que la mousse sèche sur le verre comme le givre à venir pendant que les amers s'étendent comme des gouttes de mercure roux sur la langue qui n'en finissent plus de durer ce goût herbacé des absinthes d'automne béni ces fées vertes d'aulne rouillé ces parfums de feuilles d'herbe ah cette grasse multitude de l'immense Walt qui me fait de l'oeil à chaque fois à chaque contradiction tout ce vert auréolé des cendres séchées du spectre des couleurs du feu et maintenant attendre la finale une mercuriale attente le blanc révèle désormais des ombres vertes et grises elles s'étirent à l'opposé de ma lampe en griffes flous araignées aux pattes velues et piquantes sur la peau fragile des soirs froids que la langue de l'eau-de-vie réchauffe les lèvres closes et scellent les langages secrets la prose est presqu'empoisonnée elle convulse et triture toute la poésie du silence ébats éparpillés dans la braise des doigts embrassés des corps brûlant les atomes et toujours ce frisson dans la pièce quand elle la traverse et toujours tremblent les émotions liquides sur les nouveaux corps rouges de dieux timides qui regardent, jaloux, les amants amoureux dans l'ébène et l'ivoire de tous les possibles



























































    jeudi 20 juin 2019




    Au milieu d'une nuit bien tombée bien profond, leurs corps se reposaient en silence, repus d'amour, dans le confort d'une satiété rare. Ils étaient couchés en lézards entrelacés aussi nus que la nuit, à l'abandon, et seuls pulsaient leurs deux souffles fondus l'un en l'autre dans une harmonie précieuse.  La lune lançait un halo continu qui se déplaçait lentement sur eux et dessinait ombres et reliefs sur cette tresse de chair. Des doigts aux jambes, courbes et membres épousés, ils continuaient de se trouver, inlassablement, dans leurs regards et ressentaient et vivaient ce privilège comme le feraient les deux seuls survivants d'un naufrage commun. Ils formaient une île, isolés de tout. Après un temps, la pluie vint à naître. Une pluie sans vent dont la vague montait en tombant, remplissant d'une myriade bruyante de clapotements, comme une nuée d'insectes d'eau, un silence jusque-là inviolé. Dans l'attente passive du sommeil, leurs doigts dansaient sur leurs peaux au rythme lent de l'averse, ébène blanc des ongles sur les corps polis par des restants de lune, et lentement ils s'abandonnaient davantage. Quand le sommeil vint par arriver, toute sueur séchée, ils étaient fatigués d'avoir vécu un si beau jour, exténués de la plus belle façon, dans une franchise totale, la plus belle qui soit.





















    jeudi 4 avril 2019

    petite épiphanie




    Je marche sous un ciel encore gris lourd de nuages sombres. Un temps insatiable. L'or d'un jour indifférent. L'horizon au loin fond dans mon regard assoiffé. Lorsque vivre est un désir constant. Je m'entête. Je suis absolument seul, aucun passant, juste des voitures qui filent à toute vitesse à ma droite comme à ma gauche - je me contente avec plaisir du centre - comme si tout le monde avait peur de la pluie. Ou pas le temps de la sentir tomber, toujours trop pressés. Mais je ne les entends pas. J'avance, patient. Que mes bottes claquant dans les flaques. L'hiver s'accroche et des effluves lourdes odorent, le soleil invisible et lointain ronfle doucement et expire sonores les parfums à venir. L'asphalte mouillée, le goudron humide, la tourbe retournée par le dégel, bouette brune et glacée. Puis cette sensation d'effacer un peu de passé à chaque pas. Tout est passage. Le silence prend sa place et son espace. Après, des bruits de pas dans la neige mouillée. Le fracas clair de la glace fendue au loin sur l'aqueduc. Je le longe sur des kilomètres depuis quelques mois déjà, moments si sereins ainsi bercé entre les berges, le retour du printemps fera bientôt tout déborder. Je n'entends plus le bruit des rumeurs et m'en porte infiniment mieux. Je marche dans le silence de mes pensées. Cette orée nocturne juste avant le sommeil et le rêve, ce refuge des fous. Comme des atomes délicats qui sédimentent et disent vrai. Des poussières précieuses dans le relief du flou, fumée de la cendre, parfum de cèdre inouï, d'encens. Je marche par-delà le temps qui n'est terre brûlée. Que des passages. L'éternité défile au compte-gouttes à chaque pas...

    Je me fous de la fin du monde car tout est dans tes grands yeux, tout le monde s'y constelle et je sais maintenant que l'infini existe, je vénère tous les naufrages qui m'ont amené à toi. Je sais maintenant que tous les mots ont plusieurs visages, que chaque phrase est un dé à plusieurs faces. Il suffit de trouver le bon angle jusqu'à ce que le poème naisse et s'obstine

    la mémoire précise de nos corps
    les eaux vives dénuées de troubles
    de nos courbes épousées dans le secret
    il n'y a que toi jusqu'où la vue se perd
    au solstice des distances s'ouvre enfin l'univers




































    mardi 19 mars 2019







    je suis dans l'embrasure de la vie ouverte
    toutes les anciennes pensées emmurées
                 se referment

    dépouilles encore tièdes face contreterre
    dans la fange asséchée lit de poussières
                 froides étouffées

    le jour se relève et souffle
    du bout des lèvres
                 les murmures du brasier













    jeudi 14 mars 2019

    Hasard objectifs - édition session d'hiver 2019


    Petit atelier de création surréaliste fait en classe. Le principe est simple: la moitié des étudiants trouve une question, l'autre moitié trouve une réponse ; on mélange le tout puis on pige. Cette session, j'en n'ai bisbâiller qu'une seule. Voici les perles que ça peut donner. Je ne change absolument rien (d'où les erreurs d'accord en début de phrase parfois) ni pronoms ni déterminants, je n'invente absolument rien non plus (d'où certaines répétitions) et je les transcris dans l'ordre où je les ai pigés. 

    C'est quoi le paradis?
              C'est pour cela que la vie en elle-même n'est faite que de coïncidences.
    C'est quoi la mort? 
              C'est le son des vagues qui glissent sur le sable.
    C'est quoi la vie? 
              C'est la lumière qu'on voit dans un tunnel noir.
    C'est quoi la beauté? 
              C'est une coupe Stanley à Montréal. (C'est drôle ça)
    C'est quoi la mélancolie du bonheur?   
              C'est ce besoin d'apprendre à connaître les personnes si on ne se connait pas soi-même.
    C'est quoi la laideur?
              C'est la malédiction musicale. (???)
    C'est quoi la solitude?
              C'est la perte de l'âme envieuse.
    C'est quoi le sentiment du bonheur?
              C'est le vent qui chante entre les branches des arbres d'une forêt inconnue.
    C'est quoi le devoir?
              C'est les petites choses qui comptent le plus.
    C'est quoi l'univers?
              C'est le frisson qui me parcourt tout le corps.
    C'est quoi le monde souterrain?
              C'est le rouge du sang et des roses.
    C'est quoi la mort inévitable?
              C'est la raison qui pousse l'homme à laisser l'air passer dans ses poumons.
    C'est quoi l'amour?
              C'est une femme charmante.

















    mercredi 26 décembre 2018

    La Symphonie n°9 de Mahler


    Vendredi soir. Fin de la semaine de ma fin de session. Et elle fut bien exigeante celle-là. En fait, elles le deviennent de plus en plus à chaque fois. Peut-être que je suis trop intense ou que je veux trop qu'ils se surpassent, mais au moins les étudiants m'ont quand même bien suivi. C'est donc avec un certain sentiment du devoir accompli que je me suis pointé avec Francis à la Maison symphonique pour aller voir et entendre l'Orchestre Métropolitain de maestro Yannick Nézet-Séguin. Concerto pour piano de Schumann et Neuvième de Mahler. Ce sera la meilleure façon de dissiper cette nostalgie inévitable qui accompagne les fins de session. Hélas, l'iconoclaste et sublime Hélène Grimaud a cancellé le projet une semaine avant le concert pour cause de blessure et je me demande vraiment si c'est un de ses loups qui lui a fait ça!? Cela dit, le concerto de Schumann fut joué proprement, peut-être un peu trop même. De toute façon, c'est Mahler et sa neuvième qui m'intriguaient. 

    Ces fameuses neuvièmes... Beethoven, Schubert, Dvořák et Bruckner n'auront pas pu aller plus loin, Mahler le pressentait et cette crainte, qui est paradoxalement accompagnée d'une acceptation totalement libératrice, s'entend comme c'est pas possible dans sa symphonie. Une autre symphonie écrite dans la tragédie totale et dans l'appréhension de la mort imminente à un beaucoup trop jeune âge, 50 ans. Je l'avais écoutée à peine deux fois, distraitement, chose à ne pas faire parce que Mahler est difficile, très difficile. Je n'avais pas compris grand-chose à cette oeuvre gigantesque, mais le livret du concert s'annonçait prometteur : "Le premier mouvement tarde à nous livrer son premier thème. Nous en entendons d'abord des lambeaux disséminés dans une écriture prophétique (rien de moins) où se relaient les violoncelles, les cors, la harpe et les altos. Puis le premier thème est énoncé par les violons. Et c'est le début d'une grande aventure (c'est moi qui engraisse) où Mahler traduira tour à tour un sentiment de perte irrémédiable, l'horreur devant la mort inéluctable et finalement, non pas la révolte, non pas la douleur désespérée, mais bien une acceptation triste, douce et sereine."  Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre. Et je n'avais aucune espèce d'idée de ce qui m'attendait.

    Puis Yannick Nézet-Séguin est venu parler un peu au micro avant le concert, première fois que je voyais ça à la Maison symphonique, content de voir une salle pleine pour venir écouter autre chose que de la musique de Noël. Il nous a dit aimer la musique de Mahler plus que tout, car cette musique, quoiqu'elle soit difficile d'approche, nous pousse, comme aucune autre peut-être, à une introspection des plus intenses, et il nous invitait tous à faire semblable introspection, question de saisir toute la matière de l'année sur le point de se terminer. Comme la symphonie dure environ une heure et vingt minutes, ce qui est exceptionnel, c'est quasiment un film, ça nous laissait amplement le temps. J'ai donc décidé de ne pas trop chercher les émotions de Mahler dans sa symphonie - dire qu'il est opaque est un euphémisme - ni à les comprendre ou même les ressentir, mais tout simplement (si cela est possible) de chercher en moi pour écouter attentivement les émotions que la symphonie m'inspirerait ou me révèlerait. Ça peut sembler l'évidence même, mais permettez-moi d'en douter, l'art nous révèle des indices le plus souvent inconsciemment ; mais user de sa volonté, en pleine conscience des choses, pour plonger en soi et saisir l'émotion peut nous inspirer le plus glorieux bonheur mais également nous crisser en pleine face toute la vacuité tragique (ou pas) de notre vie humaine. C'est jouer gros. 

    Parce que je ne sais pas lire la musique, elle sera toujours hors de ma portée d'une certaine façon ; je vois le phénomène, mais je ne pourrai jamais en comprendre toutes les subtilités. Au même titre que les neurosciences ou l'astrophysique par exemple. Je serai toujours non pas un acteur mais un spectateur (même si mon écoute est des plus actives). Je vois la musique de Mahler comme une architecture métaphysique totalisante beaucoup trop grande pour moi ; immense et colossale, elle m'impose le plus grand respect et mon écoute fut empreinte de dévotion. Le sacré pour moi relève du spirituel et non du religieux, et j'étais en plein dans cet état d'esprit lors du concert. Quelques fois les yeux fermés, le plus souvent les yeux bien ouverts, mais sans réellement voir ce qui se passait. Tout était voilé dans la salle par le filtre de l'enchantement. J'ai du moins pu constater la jeunesse fougueuse et passionnée de Nézet-Séguin dirigeant son remarquable (le mot est faible) orchestre, pas moins de 88 musiciens, ils étaient tous en parfaite symbiose avec l'édifice monumental de Mahler. Je n'entendais plus personne dans la salle pourtant comble. 

    Dès les premières notes, je suis parvenu facilement à rentrer en moi, mais ça restait non pas superficiel, mais peu profond, trop habituel. Pendant le premier mouvement, l'orchestre s'est mis lentement en marche, étalant les phrases singulières et disparates nécessaires à l'apparition du chaos et des forces de la nature qui ont toujours obsédé Mahler. Le calme est rapidement devenu tempête et plusieurs souvenirs ont commencé à se révéler, mais trop furtivement, comme des flashs photographiques. Images de rires échangés, de regards qui ne durent qu'une seconde, des visages méconnus et d'autres connus ; même les loups d'Hélène Grimaud sont apparus pour hurler à unir la meute dispersée, tout le bois de la salle s'est fait arbre puis forêt, orées silencieuses sous la canopée envahie de bruits, encore une autre année passée, je vois bien la nature de Mahler, il me fait rentrer dans sa nature, dans la Nature, la nature humaine, la mienne, la nature divine, si cela existe, le voile est à près chuter, le voile des derniers mois tissés lourds d'une tragédie que j'évite, tassée dans l'angle mort de ma conscience, novembre sombre, il y a des morts à ne pas fêter... Tout se fractionnait dans ma tête au rythme du mouvement et se multipliait comme à l'habitude en trop de mots, trop d'idées pour que je puisse retenir quelque chose. Les accalmies douces suivant les phrasés brutaux voyaient pâlir les souvenirs inconsistants. Voir des images invisibles est toujours étranges, trop évanescent ; la mémoire interne de l'oeil fait défaut, phosphènes et scotomes valsent malgré soi comme reflets sur flaques floues. Ça m'arrive quasiment tout le temps, ces avalanches chaotiques de signes, ce qu'on appelle trop facilement le hamster tournant dans sa roue ; je ne plongeais pas assez en moi, Proust m'est apparu et je me suis rappelé de ne rien trop forcer, de me laisser aller. Mais c'est difficile à faire lorsque 88 musiciens et leur chef déchaîné nous brassent la cage et nous mettent sur le qui-vive comme c'est pas possible 

    L'ouverture du deuxième mouvement, une légère danse entre cordes et vents, est venue adoucir tout ça et ça m'a carrément accroché un sourire obstiné au visage ; mon corps l'emportait sur mon esprit. Même si chez Mahler, la réjouissance est brève, la danse cède rapidement le pas à la marche, plus droite, ampoulée et fière ; toutes images m'ont quitté à cet instant pour n'installer rien d'autre que l'émotion, l'émotion pure. Sérénité, calme, enchantement, paix, joie ou bonheur, je ne sais plus, et le mot n'a pas d'importance. Rien de précis ne naissait en moi pour suggérer l'émotion, elle était là, tout simplement, comme elle l'a été plus souvent qu'autrement lors de la dernier année. Puis des souvenirs précis ceux-ci, essentiellement des paroles échangés, sont venus me rappeler ce pour quoi il n'y a pas de honte à préférer le bonheur, comme le disait Camus, et que lorsqu'il est là, ben faut pas faire semblant de ne pas le voir. La dernière année aura été celle où je serai parvenu à être qui je suis réellement dans un amour total, tantôt calme, tantôt sauvage, et que c'est à cet amour que je le dois, cet amour qui me force à trouver un nouveau langage à même la moelle et la fureur de ce qu'on appelle, sans réellement saisir tout le poids du mot, la vie. 

    Dans le troisième mouvement, je ne plonge plus, je trébuche en moi (je revendiquerai toujours le droit à la maladresse occasionnelle et inoffensive) pour écouter ce que la musique m'envoie ; je tombe sans cesse puis me relève et cours de plus en plus vite. Spasmes et tornades claires de cordes, hautbois et vents divers, espoir vain de la neige dehors ne demandant qu'une tempête pour enfin voler, le ventre ronflant du soir faisait mine de se reposer plus tôt avant un cataclysmique paroxysme, Yannick Nézet-Séguin est un sorcier, Prospero dans The Tempest, les substantifs sont inutiles dans la transsubstantiation des choses, les langues lèchent le coeur animal, se déchaîne une fureur sans nom sans corps sans image, et ce, malgré les doutes, les doutes constants, mes incertitudes, mes regrets et remords, mes fantômes démunis que j'ai abandonnés au purgatoire, mais je ne dois rien à personne, souffle ininterrompu des cors, tambours battant aux tempes du temps, musique hermétique, Hermès, le messager des dieux qui conduit les âmes aux enfers, Mahler y ressortant suite au décès de sa fille de quatre ans, moi y ressortant après le suicide d'un de mes étudiants, ce n'est pas de ma faute il faut imaginer Sisyphe heureux ça n'aura pas suffit j'ai failli ma peine ma colère ma frustration et mon incompréhension ma marche de quarante minutes le long de l'aqueduc de Verdun pieds nus sur le verre d'un sablier brisé soleil glacial quand j'ai su la nouvelle par un jeudi jour de puissance de tonnerre frappé par la foudre l'éclair sourd de Jupiter le ciel jamais ne fut plus bleu lumière violente dans mon trouble intense mon âme a vomi un peu soif intarissable vérité enfoncée trop loin dans la gorge jour de drame de tragédie de ta vie fauchée par ta main désespérée dans la chair de tes dix-huit ans le retour en classe le lendemain tes camarades en pleurs ma main tremblant mon coeur secoué à jamais ton nom désormais éternel dans l'obscur onyx de mon cerveau perdu dans les entrailles alchimiques du mystère inexplicable des choses eh bien à ta mémoire je te survivrai imparfait il m'en aura coûté de faire la paix avec ta mort qui ressort malgré moi dans les emportements impétueux du final du troisième mouvement la vie dans toute sa puissance de la neuvième de Mahler qui m'a fait lâcher tous les sacres de la langue québécoise dans ma tête devant tant de beauté brutale mais glorieuse. Musique sacrée s'il en est une. 

    Quatrième mouvement. L'impression désormais d'être en filigrane des autres, des choses plus grandes que soi, de Mahler et de sa symphonie ressuscitée à travers le travail du maestro, le travail du maître, je suis un observateur privilégié de l'invisible, le messager des dieux me dit des secrets, me pointe des trésors qui me sont destinés. La conviction ensuite d'être dans l'épiphanie propre, avoir l'exclusivité de la révélation : les astres des derniers mois, dans leurs courses, se sont constellés et forment désormais cet ensemble, un repère qui n'est perceptible que pour moi, un repère hors du temps qui commence mauditement à ressembler au bonheur. Les autres autour de moi cessent d'exister pendant plusieurs instants, sinon Francis et notre amitié, sinon l'aura d'Amélie et notre amour. Mais tant de beautés apporte ses douleurs, un autre voile est tombé : je revois la salle remplie des autres, leur réapparition fut brutale, le malheur rôde autour, la tragédie est pas tuable, ça fait tellement bizarre d'aller bien quand tout autour va mal ; entre ce moment et le final, je suis dans les eaux troubles écartelées des contraires, chaque écho donnant sur l'infini, chaque silence donnant sur l'éternité, j'ai complètement habité mon corps, étourdi je dois, un peu, m'oublier totalement et reprendre mon souffle mental.

    Avant de sortir de la salle sonné, chancelant mais animé d'une force nouvelle, le final. Retour au calme relatif. Relents de beauté pure. Divague à l'âme. Je sens cette paix inexplicable : être bien et non coupable. Sur la dernière note, longue et lente, comme le début de la symphonie venant ainsi boucler la boucle, Histoirouroboros et roue de Vico, des dieux des héros des hommes, le Wake, veillée et éveil, tout l'essence du monde tous les sens du monde dans un seul mot, le Verbe, l'éternel retour du même, tout va toujours revenir, autant bien l'accepter et l'aimer, Amor fati câlisse, se desserrent tous les tourments avant la fin, les regrets et les doutes persistants disparaissent enfin, tout est plus clair avant l'éclosion du silence transcendant absolument tout, finies les révoltes contre ce qui n'existe pas, on ne peut éviter la mort, celles des autres comme la nôtre, autant vivre le plus possible, vivre vraiment, le fardeau et ses joies de lutte glorieuse. La dernière note longue et lente s'essouffle et finit par révéler toute la puissance du silence à prévoir au moment infinitésimal de la mort à venir. The rest is silence. Ça n'a jamais été aussi vrai. Nous sommes silences. Des bruits qui vivent, brament et se taisent. Toi, moi, l'amitié, la vie, le désir, le passé, les autres, la passion, les adieux, la mort, le deuil, l'amour, l'éternel puis le néant. 

    Et c'est parfait comme ça.








































    mercredi 12 décembre 2018

    (en attendant...)









    "Nous attendons de la poésie la même chose que nous attendons d'un amour.

    De l'épanouissement à l'infini."

    - Michel Vézina, Pépins de réalités




















    jeudi 22 novembre 2018














    lentement les chaînes        se délient les ailes        repoussent et se déplient        les chants tonnent les langues        des canons en échos répondent aux exigences      dans un automne vaincu        le vent clame et gouffre        la poésie veut sortir du fourreau        secousses et tremblements du sable effacé        une lumière crue sur le fracas du verre        there is something at work in my soul, which I do not understand             des miroirs éteints        les reflets se sont fanés        les ombres s'allongent et avancent        la mue d'une peau aux écailles noires        relents d'un contrejour de brume        des élans sélectifs        avant de défaire les lambeaux      l'hiver arrivé        rien ne naît du néant        tout vient du chaos        même lorsqu'il revêt le masque du vide        des fragments d'abîme        quelques poussières de ruines        créer à partir de morceaux épars        un novembre baroque        les bribes sédimentent        jour de soleil déversé        toujours le faîte dénudé des arbres        le poème se décompose        si seulement l'éclair pouvait durer        mais non la foudre brûle        le soufre aveugle et donne la nausée        jusqu'à épuiser l'encre perlée        
            je m'efforce à désosser le temps































    mardi 30 octobre 2018

    hasards objectifs - édition session automne 2018


    Petit atelier de création surréaliste fait en classe. Le principe est simple: la moitié des étudiants trouve une question, l'autre moitié trouve une réponse ; on mélange le tout puis on pige. Cette session, j'en n'ai bisbaillé aucune! Voici les perles que ça peut donner. Je ne change absolument rien (d'où les erreurs d'accord en début de phrase parfois) ni pronoms ni déterminants, je n'invente absolument rien non plus (d'où certaines répétitions) et je les transcris dans l'ordre où je les ai pigés.

    C'est quoi l'amour? 
              C'est les défauts qui nous rendent tous uniques.
    C'est quoi la musique? 
              C'est l'essence d'une vérité posée par la subversion des proportions formelles.
    C'est quoi l'amour? 
              C'est un cycle qui ne se termine jamais.
    C'est quoi la liberté?   
              C'est la rencontre entre la terre et la mer 
    C'est quoi la vie?
              C'est la tête qui me tourne en la voyant.
    C'est quoi la lumière du jour?
              C'est vivre une deuxième fois.
    C'est quoi la raison de vivre?
              C'est le bonheur de pouvoir réfléchir.
    C'est quoi une belle écriture?
              C'est l'odeur des fleurs parmi les odeurs qui m'enflamment.
    C'est quoi la réponse à la vie, à la mort et tout le reste?
              C'est l'effet de la vie sur moi.
    C'est quoi la créativité?
              C'est la simplicité.
    C'est quoi tes lèvres dans mon cou?
              C'est un mélange onctueux d'amour et de haine.
    C'est quoi l'homosexualité?
              C'est la façon dont nous réfléchissons.
    C'est quoi la vie?
              C'est le son du cadran quand je me réveille dans ses bras.
    C'est quoi l'âme soeur?
              C'est la passion.
    C'est quoi le passé?
              C'est une projection de notre cerveau.
    C'est quoi le coeur de l'automne?
              C'est toi mon coeur.
    C'est quoi l'amour?
              C'est le parapluie de mes larmes.
    C'est quoi le bonheur?
              C'est la noirceur et la lumière et le blanc, et le tout et le rien.
    C'est quoi la mélancolie?
              C'est une idée qui peut changer le monde.
    C'est quoi le bonheur chez l'enfant?
              C'est la douleur. (ayoye!!!)
    C'est quoi une préoccupation pour les êtres vivants?
              C'est passer du temps avec sa famille. (reayoye!!!)
    C'est quoi l'intelligence?
              C'est un moment d'extase.
    C'est quoi la couleur?
              C'est ce que je veux.
    C'est quoi la vie après la mort?
              C'est la buée qui brouille le cadre sans limite des idées de mon être. (bang!)
    C'est quoi l'innocence?
              C'est de ne pas pouvoir expliquer pourquoi.










    la poésie est là on la crée
























    haïkus de course




    Joyce a entendu
    dans les vagues tous les bruits
    de l'humanité



    pour les faire taire
    Kerouac les a écoutées
    à en devenir fou
































































    jeudi 18 octobre 2018

    impression spontanée





    L'inspiration est un mystère, une bête sauvage m'a dit une ancienne étudiante, c'est une inéquation entre soi et le monde. L'inspiration est métaphysique comme les Muses sont mythologiques, celles-ci sont filles d'un Dieu et filles de la mémoire. Les Muses sont les Filles de la Mémoire. Rien de moins... Dans l'aube bouffie, je suis encore tout plein d'une nuit inutile. À supposer que les Muses viennent la nuit, elles me font fausse route depuis quelques temps déjà. Je dois chercher les mythes ailleurs. Je me réveille et me désaveugle. Jour de grand froid, soleil enchevêtré dans les feuilles rouillées des arbres, les branches dansent décharnées. J'ai la poitrine crispée, les mains moites et les jambes boitent, et la peau du visage en lambeaux. Hypnose du fumet du café, je m'installe dans mon espace, dans mon nouveau lieu. J'y avance comme dans un labyrinthe, le même à chaque fois. Les premiers pas sont simples, comme rarement auparavant, j'en connais les premiers détours, j'ai plus de repères que je n'en ai jamais eus. Certes, l'inconnu est toujours là, mais il murmure et s'essouffle, et l'écho de mes appels s'étiole en silence. J'habite un nouveau lieu, un nouvel espace. J'ai quitté ma boîte à chaussures. Là-bas, pendant un an sur deux, j'en aurai braillé de la poésie tuseul devant des murs vierges mais maculés d'indifférence. Des poèmes écrits à l'encre d'alcools lointains, à s'écharder genoux et poings dans le fond du baril gratté, à quatre pattes dans les eaux froides de sentiments pas toujours beaux à regarder, à tailler vainement des vers à même l'opacité des brumes troubles. Je me retourne et relis et tente de relier le tout, pattes de mouches de l'écriture pognées dans la toile du texte, élongation des cursives et cheminement du phrasé, errances occasionnelles dans les ivresses décompensées, circonvolutions courbes et crochets des lettres typographiées ; je m'y prends mal, je recule dans mes souvenirs pour essayer d'avancer, et pourtant, ceux-ci ont revêtu de nouveaux visages que je ne reconnais plus. Tant de face à face avortés. Juste des quintessence de poussières... Le deuil des peaux mortes est fini même s'il continue de s'écrire dans ma face, et je pense que tout est plus clair, si bien que les reliefs, les contours et les détails se font discrets, plus imperceptibles, me laissant devant de nouveaux murs blancs plus dénués qu'avant. J'habite un nouveau lieu, un nouvel espace - vieil appartement à l'âme latente, les essentiels désordres somnolent et j'entends le chaos ronfler, les premiers repères sont les mêmes mais le centre du labyrinthe s'est désaxé - où une nouvelle poésie est à naître, que j'espère plus belle, plus précise, où un nouveau nous est en train de se former. 



























    mardi 25 septembre 2018






    à l'aube de nouveaux désordres
    écrire pendant dix pages
    crier à remplir dix jours
    et en arriver à ça
          juste ça

                  ne pas arrêter
                  vivre jusqu'au bout de tout
                  emmerder la mort



























































    vendredi 21 septembre 2018











    mains froides mais vivantes
    je lis Bashō en marchant
    début d'automne































    jeudi 6 septembre 2018







    ce silence juste avant le cri
               obstiné où
    je n'entends plus les autres
    j'écris des lettres qui font des mots
                           qui font des phrases
                        qui font des lettres
                                                  que je n'enverrai pas
         des ailleurs en deuil sans le savoir
         bénis d'ignorance

    des absences à honorer
    parce que la vie est d'hommage 
              faut rester simple dans ses murmures
    mais je m'épuise
    j'ai offert tous mes passés
              mais tout est discontinué

    - le doute tombe
    goutte à goutte
    sur les fronts communs
    l'indifférence divise
          à la hache
    disjoints nous sommes
    des forêts d'arbres seuls -

    je m'épuise sur un moi défait
    loin de l'alignement des choses
    décentrés des focales de forces denses
             les points de fuite nous désertent

    les ciels se bercent
    puis l'orage avalanche
    au loin l'horizon s'étiole en flammes
    au loin s'étend la voie droite
    que je laisse à qui la veut bien

    je choisis la déroute
    j'emboite le pas perdu
              faut mériter son labyrinthe
    jusqu'à ce que la vue d'ensemble révèle l'origine

    je peux presque voir les mots tomber
              faut rire à la barbe du temps
              qui n'est que brouillon
    dans mes broussailles d'encre un peu d'intime
              quelques quintes de tout
    et d'ici le prochain souffle
    accumuler des haïkus écrits à la lumière de ta poussière

























    jeudi 23 août 2018

    des choses simples







    en plein parc La Fontaine
    sous un soleil frais
    un faucon est en train
           de déchiqueter sa proie
               - un petit écureuil, on dirait -
           viscères sanglantes dans le bec
           les serres dans la chair
           concentré, indifférent à ce qui l'entoure
                  tueur majestueux
    pendant qu'une trentaine de passants
          le regardent
                   complètement fascinés































    vendredi 27 juillet 2018

    3369 kilomètres



    Fait qu'on a pris la route 155, la route de la St-Maurice, en passant par La Tuque, pour se rendre au Lac-St-Jean, les longs vallons s'étiraient beaux dans l'heure bleue avant d'arriver, Lac Bouchette s'est offerte dans un coucher de soleil magnifique mais aveuglant, tellement qu'on a dû s'arrêter à un moment donné quand il y a eu trop de soleil, je sentais l'horizon du Lac St-Jean juste après la lumière, le lendemain il nous offrirait des horizons à perte de vue à l'intérieur des terres, le Lac serait bien mouvementé, comme une mer intérieure, fait que c'est comme ça qu'on a commencé notre road trip.

    Le lendemain, on a vu de ma famille, ma mère rapetisse à vue d'âge pis ça me fait mal, elle a trop d'énergie dans un corps qui suit plus, sur le bord du Lac, devant une eau juste assez frette, on a jasé pis rattrapé le temps perdu, je la vois taire la douleur de son corps rendu chétif qui souffre, plus d'orgueil bien placé dans ma mère de 4 pieds onze que dans tout ceux que je connais, en ce qui me concerne, me semble que plus on vieillit pis plus on aime, sinon la vie fait juste aucun sens.

    Ensuite à Alma un deuxième show du Québec Redneck Bluegrass Project en deux semaines, après les avoir vus en grande rentrée montréalaise au Club Soda, on avait la chance de les voir dans un contexte complètement différent, deux membres du band viennent d'Alma pis ça faisait trop longtemps qu'ils n'avaient pas joué là, la crowd était vraiment vraiment jeune, le band était au somment de son art, en cohésion totale, juste assez chaud pour pogner l'instant, c'était un lundi, y'avait plu menaçant en crisse pendant toute la journée mais on a eu le show sec et sauf, Marie-Jeanne aidant, le show fut bien unique, juste à nous, on s'est dit qu'il fallait continuer de vivre les choses comme si c'était la première fois, à chaque fois.

    Le but était de partir manger de l'asphalte, jusqu'à pu faim, un char pis une barge de bitume, sauce macadam, après le Lac, les Monts-Valin, le Nord du Saguenay comme l'antichambre de l'immensité du Grand Nord qui se pointe en haut de nous, on est juste capable de regarder au sud, le nord est trop loin et trop grand, on fait deux hikes, un tranquille, l'autre juste assez intense, je ne me lasserai jamais de gravir des montagnes, rendus en haut, elle et moi on se regarde, on dit rien et on se comprend trop, ça va être comme ça pendant toutes nos vacances parce que c'est toujours comme ça anyway, un moment donné, sans faire exprès, elle m'a révélé son plus beau profil depuis que je la connais, un profil où son regard traversait toute, j'ai croqué l'instant, c'est rendu ma photo préférée. 

    Après, le Saguenay, post-déluge depuis plus de vingt ans déjà, "T'étais où pendant le déluge?" partout et nulle part que je lui ai dit, on a été chanceux, on a rien perdu, je lui montre tous les endroits importants de ma jeunesse, ceux qui m'ont construit, la maison et le quartier de l'enfance, mon école secondaire (mon école primaire a été rasée), le cégep, l'université, mes premiers appartements, là où j'ai travaillé, etc... Chicoutimi n'est plus ce qu'elle était, enfin c'est l'impression que j'ai, je ne me reconnais plus dans cette ville, je serai toujours fier de mes origines et de ma ville natale, quasiment chauvin même, mais je ne pense plus appartenir à cet endroit, comme à aucun endroit d'ailleurs, et je me demande si c'est une bonne chose, rien ne vaut mieux que bouger dans ces cas-là.

    On a vu ma soeur et des amis avant de partir pour la Côte Nord, là où le vrai road trip a commencé, à Tadoussac, on est allé se poser où la confluence des eaux à lieu, là où le fleuve et le Saguenay se rentrent dedans, ensuite on a entrepris notre montée vers le nord, je ne connaissais rien au-delà des Bergeronnes, de là à Sept-Îles, les paysages étaient magnifiques, tantôt à flanc de falaise, tantôt à flanc de montagne, on a écouté de la musique à en avoir de la corne sur les tympans, tout le meilleur du kéb et du classique, c'était beau et prenant et fort, je l'ai regardée, amoureux, et je l'ai vue amoureuse, comme rarement je l'ai vue, les heures changeaient, s'acclimataient à son visage et dessinaient sur lui de nouveaux phares, dehors, la route était sinueuse à souhait, mais c'est elle qui nous épousait.

    Après un show de Galaxie à Sept-Îles tout ce qu'il y a de plus percutant, encore fébriles et plein d'énergie, on est parti vers Natashquan, on s'est enfoncé en plein dépaysement, on avait quand même observé, entre Baie-Comeau et Sept-Îles, le délabrement des lieux, sur les routes, on a l'impression que les maisons périssent et meurent, pourrissent un peu ayant vieilli prématurément, secouées un peu trop fort par le vent, dans une région négligée où nos bons dirigeants brassent pu grand-chose, ça nous a rentré dedans quand même, ensuite, vers Natashquan, ce qui m'a secoué, c'est l'aridité des landes, la pessière et le début de la taïga, les baies à marées basses, les humains amarrés bas, toujours prêts à partir, au loin ou pas, sur le fleuve, et nulle part ailleurs, où le regard s'épuise, le fleuve qu'on a vu toujours retiré au loin, tantôt séduisant, tantôt agaçant, mais jamais furieux, alors que j'avais trop envie de voir sa violence, mais non, dans les baies, le sable respirait en attendant, dans un calme sur lequel ventait le froid.

    "Dans toutes les toilettes des femmes, il y a des pubs dénonçant la violence conjugale avec des numéros où appeler", qu'elle m'a dit à un moment donné, j'avais pas idée que ce fléau touchait la région, et ça m'a fait mal ça aussi, ça m'a rendu triste, la région se meurt, sans le tourisme et Hydro, elle serait déjà morte, les heures de gloire de la pêche sont bien loin derrière, entre Natashquan et Kegaska, j'avais le sentiment de rouler sur une route gravelée d'injustices et d'inégalités, discrètement on a fait l'étalage de nos hontes et de notre culpabilité héréditaire en tant que nation colonialiste, les réalités des autochtones nous happaient, on s'est senti vraiment mal, le long de la route s'accumulaient les beautés tristes, les épinettes étaient maigres, dans les vapeurs et les nuages, des paysages découpés aigus d'épinettes effilochées et dégriffées, ça a sorti comme ça dans mon carnet, le Québec est une belle province pleine de routes tristes.

    Aller jusqu'au bout d'une route, c'était ça qu'on voulait, pourquoi? je saurais pas dire, juste aller au bout de quelque part, juste avant Kegaska, les nuages s'affaissaient sur la taïga, tout semblait stérile, à force de faire du char, des fois tu te demandes pourquoi tu vas si loin, mais ça n'a plus d'importance, une fois arrivé là-bas, ils étaient au ras du fleuve rendu golfe, les nuages étaient rendus si bas sur l'eau qu'on les goûtait, c'était frais, clair et vif, aucune odeur, mais je peux dire que dans ma vie j'ai goûté à un nuage, pis ceux qui me croiront pas, ben c'est parce que ça ne leur ait jamais arrivé encore, on a trempé nos pieds dans l'eau étonnamment chaude, placé nos mains sur la pancarte "route 138 fin", pis on est reparti avec le sentiment du devoir accompli, c'était un devoir un peu absurde, mais on a eu A+, on a trouvé du calme dans notre chaos.

    Fait qu'on a fait demi-tour pis on a recommencé à revenir chez nous, encore plus sereins, pendant tout le long de notre road trip, elle et moi aurons été sur la note, synchros, j'aurai pas vu le fleuve en maudit, mais je vais avoir vu là où l'horizon rend la route miroir et où son reflet s'assèche et s'évapore à mesure qu'on avance, on aura bu les meilleures bières du monde, plus de soixante, avec tous les parfums et saveurs inimaginables typiquement d'ici, ça fleurait bon les épices sauvages, on aura senti de l'orage pis de la mer à en créer de nouveaux souvenirs, pis des plus beaux à part ça, on aura survécu aux légions d'estie de mouchetiques (y'a pas de faute ici), on aura écouté de la toune d'amour à nous loader de rêves et d'espoir, j'aurai été capable de faire un peu de ménage dans ma tête, mon coeur et ma vie... et je suis désolé si mon amour n'a pas les formes simples des chansons qu'on écoute, s'il s'exprime selon les détours confus de mon esprit assoiffé de toi, mais sache que ton coeur qui bat sourd dans le silence des kilomètres avalés, nos sourires complices et mes regards qui peinent à s'épuiser sur l'infini de ton corps ne sont que les pauvres mais ô combien vraies métaphores et conjurations étranges de mon coeur amoureux de toi.


































    samedi 21 juillet 2018

    réouverture temporaire - haïkus à Mélie



    de petits mots denses
    désamarrent les encres
    les ancres volent et dansent
         _____

    la route m'avale
    me recrache auprès de toi
    couronné d'étoiles
         _____

    aller dans le jour
    une émotion à la fois
    au bout de nos vies
         _____

    au bord de la route
    nos fantômes font du pouce
    mais le char est plein
         _____

    la lumière verte
    sur le cuivre de tes yeux
    des diamants sauvages
         _____

    attiser la nuit
    pour amoindrir nos violences
    et s'aimer enfin
         _____

    de fausses promesses
    d'orages - la lune nous
    sourit dans le soir
         _____

    j'ai espoir en nous
    les prémisses du sommeil
    dissipent nos peurs
         _____

    je peine à trouver
    l'animale que tu es
    tu es en plusieurs
         _____

    le lierre aviné
    de l'ivresse grimpe sur
    nos tendres tristesses
         _____

    la pluie sur la tôle
    le vent dans les fleurs sauvages
    ta beauté nacrée
         _____

    on garde nos larmes
    pour ces instants de joie
    que le soleil jalouse
         _____

    elle était toxique
    la muse des mauvais sorts
    toi tu es magique
         _____

    accorder les heures
    où je me déploie en toi
    poussé par un souffle
         _____

    de sueur fanée
    le pouls de l'aube se pose
    léger sur ton sein



























    jeudi 5 juillet 2018














    La chaleur dans les chairs. Dans la canicule, les gyrophares chantent. Les sirènes n'ont pas toutes des queues de poisson. Ça ne pouvait qu'imploser---ou pas---dans une déflagration d'images de songes éclatés de lumière sombre. Des brèches, des failles et des plaies où pulsent d'obstinés souvenirs rampant comme lierres trop touffus, où poussent les grappes des alcools d'hier. Trop de mots, trop de lettres, écrites ou non, lues et relues, envoyées ou non. Être en manque de correspondance. C'est la faute à Jack Kerouac. And his madlongletters pleines de flamboyance. Surtout celles au tournant de 1950-1951 lorsqu'il vient de découvrir sa façon d'écrire, quatre mois avant l'état de transe qui amènera On the road, lorsqu'il sait qu'il doit trouver le It qu'il fera chanter dans toutes ses oeuvres à venir. Lire et constater et voir---lettre par lettre, les unes après les autres---la voix de Ti-Jean naître, parce que the voice is all... Sentir que dans certaines lettres, c'est à moi qu'il écrit et personne d'autre. 
        Écrire à défaut d'aller voir son monde. Ça ça ferait changement. Mais encore là, pas le temps. Dans la catégorie des poèmes du quotidien un peu niaiseux : prendre le temps/de faire les choses. On pourrait ajouter "défaire les choses". Parce que tout est toujours faire ou refaire, ce qui équivaut à défaire ce qui était---et on parle même pas de parfaire. Mais pas le temps---étrangement. Se sentir en dette, comme si je devais quelque chose à tout un chacun. (Y'avait huit rencontres à avoir, des bières entre amis, connaissances et esprits, j'en ai eu deux, j'en ai relancé trois, qui pouvaient pas ; j'ai bu à la santé de tous.) 
       Écrire à la place? Prendre le temps de faire les choses. (Je devrais mettre à exécution mon désir d'écrire une lettre à personne et à tout le monde, à soi et à autrui, mais sans superadressé. En fait sans autre superadressé que celui qui ne l'a jamais été, que celui qui n'existe pas---Yes, the "mysterious reader") Cinquante pages de notes not nuts manuscrites non retranscrites à accumuler les haïkus, à lettrer les épiphanies comme on chiffre l'univers, à lire les ratures, à grappiller citations de Joyce, Pessoa et Kerouac qui constituent la quasi-entièreté d'une attention, plus que singulière mettons, depuis beaucoup (trop?) de temps déjà---Dois-je me surprendre être intrigué par les mythes à ce point? (Là-dessus, chapeau Fernando! La palme du lucide te revient : Myth is the nothing that is everything. Bravo Personne! (Non, mais tsé...)) Cinquante pages à la calligraphie changeant selon le temps, l'émotion et l'espace, finding patterns into chaos that shouldn't be there. Dois-je me surprendre que toutes questions et hypothèses ou réponses s'accumulent tout le long droit de pages obliques pour en arriver à la fin du carnet à cet unique mot écrit en grosses lettres : INTIMITÉ---??? (depuis beaucoup de temps déjà)). Mais quoi dire. Le serpent siffle : "Tous ces cents vicieux secrets!" Quand l'in- devient l'ex-. Cinquante pages de notes à partager à parsonne. À part faire. À parfaire.
       ---Peser sur pause un peu. Prendre le temps. Savoir le faire. Savoir. Savoir-faire. Savoir-vivre. Savoir vivre. Vivre. Peser sur pause pour quelques temps, question de le retrouver et le prendre. Écrire le temps. Kerouac : "And anything I write from now on is my own business and my own possession and I have no fear that it will be useless." Ça semble si simple. Tout accumuler l'inutile jusqu'à ce qu'il s'avalanche, blanc sourd et noir criard (ou l'inverse) de mots enrobant le silence seul---un silence pour chacun, pour chaque mysterious reader, jusqu'à épuisement des stocks.
        D'ici là, je serai fermé pour rénovations.
        Je suis parti manger de l'asphalte.
        Je suis parti embrasser le frette.