vendredi 29 mars 2013

pensée

Samuel Beckett, ou comment néantiser le néant - l'existence et l'être - dans un foisonnement minimaliste d'écriture s'auto-dévorant.

lundi 25 mars 2013

Peut être

Il est assis à son bureau et regarde dans le vide. Dedans comme dehors, il fait un temps incertain. Il se surprend à rêver un peu puis revient. Il se prend la tête et tente tant bien que mal de s'extirper de l'instant. Les mots doivent glisser par-dessus l'instant au-delà du moment et viser l'intemporel. Mais rien, ça s'éteint pris dans un sablier. Il fait le constat de l'énormité de sa solitude, un sourire en coin, tantôt jaune tantôt vrai. Puis survient l'autre et revient ce regard trouble, ce regard perdu dans l'azur vert des rêves récurrents.

jeudi 21 mars 2013

a(bs)ttraction

exposer une métaphysique de l'instant
et dans le frémissement de l'onde
l'explosion des tremblements

jeudi 14 mars 2013

espace

j'expose une quête en apparence immobile
dans l'inéquation des changements et des instants
j'insiste, inutile, et continue de croire que l'homme est à refaire
Et je contemple les murmures blancs
ces espaces où fusionnent le réel et l'imaginaire

lundi 11 mars 2013

traces


Emporté, je suis la traînée que laisse le sillon des mots.
Incapable d'écrire. Que lire, lire, lire et relire.
Pendant que lentement, les mémoires sédimentent.

mardi 26 février 2013


dans le poème brumeux du matin
alors que les outils affûtent le temps
j'ai senti éclore et battre le pouls du jour

samedi 23 février 2013

Temps des jours

"Au fond, je ne suis qu'une série de vagues successives mais indépendantes les unes des autres, tantôt pacifiques et tantôt démontées. C'est pourquoi tout projet est appelé à fuir à la surface même de moi, parce que je suis incapable de pénétrer à l'intérieur."                                 
- Victor-Lévy Beaulieu

Les mots passent comme la neige ce matin qui frôlent les lambeaux de l'aube. Les phrases créent le jour dans lequel l'on se lasse ou se lance. Cette valeur de l'instant lorsqu'on se rend compte que l'on s'accorde un peu de temps.

mercredi 13 février 2013

Polyphonie

Ce qu'il y a d'absolument extraordinaire lorsqu'on lit le meilleur de Victor-Lévy Beaulieu, c'est qu'en plus de bénéficier des mots d'un ultime homme de lettres, c'est-à-dire d'un écrivain pénétrant doublé d'un lecteur inouï, on ne lit pas un mais une multitude de romans à la fois, l'histoire se déclinant en une pluralité de voix dialoguant dans la vivifiante vérité, respectant les partitions de l'autre et s'harmonisant au bon moment pour créer une totalisante polyphonie universelle.

lundi 11 février 2013

Avant l'aube

Parce qu'absolument incapable de dormir, je lis ce long rêve. Aux lueurs des chandelles s'amenuise et s'étiole dans la nuit tout le monde autour. Dans Monsieur Melville, de minuscules caractères déploient une extraordinaire immensité (Hénaurmes lettres lorsque mots sont titans!), VLB délire et délivre les secrets noyés des océans de Melville qui ne lutta contre aucune baleine parce qu'engouffré dans une. On est tous à un moment ou l'autre avalé dans la panse d'une baleine. (Surtout dans l'insomnie)

vendredi 8 février 2013

variation sur un même thème

"Le désir non comblé mais cherchant à l'être est une force vivifiante. Le désir satisfait n'est plus rien puisque rien ne saurait jamais se voir fixé et puisqu'il est dans le commun des choses que tout ne fasse que se laisser détruire, entraînant n'importe quelle création dans son sillage."
- Victor-Lévy Beaulieu

mardi 5 février 2013

les bruits blancs

Les bruits blancs naissent dans les premiers fuseaux du jour, aux abords du précipice mat où l'on se perd. On les étouffe avec l'insuffisance des mots, avec leurs prolongements du passé au présent, qui vont jusqu'au futur comme les fossiles réincarnés des émotions d'alors. Les mots pris dans les pluriels multiples. Cette lutte entre les bruits blancs et les assises de l'inachèvement.

Prudence

"À force de vivre avec l'autre, dans le monde des mots de l'autre, on en oublie sa puissance, on la fait devenir quotidienne, on la désamorce en quelque sorte, on y tue toute la beauté qu'on y avait vu et de laquelle on se nourrissait. Ce qui guette le livre à faire, c'est l'épuisement des images qui vous sont venues de lui, qui se sont inscrites en vous à un point tel que vous finissez par les faire vôtres, sans aucune réciprocité."
                                                                                            - Victor-Lévy Beaulieu

vendredi 25 janvier 2013

exercice de style

Huitain (oeillade à Villon)

De fils décousus entouré
Ici et là-bas je me lance
De n'arrêter une pensée
Sans que déjà une autre attende
Et dans ma tête échevelée
Se découpent en petits ensembles
Pour que ces fils soient démêlés
Qu'un peu de temps je ne demande

vendredi 18 janvier 2013

immense

"Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la Beauté."    -René Char

jeudi 17 janvier 2013

essai

"Le poème est l'amour réalisé du désir demeuré désir." -René Char

Le poème est le lieu d'une disparition, d'une parenthèse et d'une rupture avec le réel et l'uniforme. Il survient dans ce lieu des irruptions décalées ou oniriques comme des spasmes étranges qui valsent avec le temps, le réel et le saisissable. Et le poème est avant tout un lieu de contradictions où les sens sont questionnés par l'imprévisible que l'on conscientise pour donner une signifiance à l'abstrait. C'est un lieu où l'on se refuse et s'abandonne - je est un autre inconnu - et où l'on laisse à l'aléatoire les altérités du soi. 

mercredi 16 janvier 2013

musique du jour

Holding you, good at being alone, une traînée d'avion se défait laiteuse et ceinture le ciel encore bleu avec ses teintes de rose et de jaune loving you, could it be alone le jour se fait tard et la soirée arrive tranquillement et se répand comme nuée, nous sommes en plein hiver que déjà les jours s'allongent un à un kissing you, tell me I belong donnant aux nuits de nouvelles noires heures holding you L'elliptique hypnose d'une chanson electro ne m'a pas lâché de la journée good at being alone et a inséré un énigmatique mécanisme teinté de cette sensualité loving you, could it be alone apaisant les sens dans une quiétude douce et ferme à la fois Kissing you, tell me I belong où ce vers persiste sans raison sinon la fatigue : l'archange électrique implose en silence dans l'absence enterrant les souvenirs. Et toutes ces musiques résonnnnent loooooooongtemps.

vendredi 21 décembre 2012

pensée du soir

I gave my youth to yelling at rivers that refused to flood with angry tears
Now abundant beers await to erase redundant years
-Patrick Stickles

dialogue

Il n'a d'effet sur moi que le pouvoir de son odeur et le râle de son chant. Il souffle sur cette humanité désolée que je me construis et mets en ruines pour constituer ma voix d'un semblant de signifiance. Il n'a d'effet sur moi que celui de glacer le sanglot de son extraordinaire indifférence. Conjuguant l'âge et l'être, il est la monture du temps où s'égarent les thèmes, il défait les passages devant afin d'y marcher jusqu'à s'y perdre. Et dans la peur éclatée dans l'arbitraire d'un clignement de paupière s'exposent ta morsure et ma peine. La voix du vent que j'avale, cette voix qui m'engouffre et m'explose. Il décuple ma colère, ma violence et ma révolte. Il décuple l'écho des nymphes et mon amour effrayé dans les parallèles défaits de l'asymétrie du coeur, dans l'abattement emporté dans l'implacable, et il hurle son mystère avec toute-puissance. Il n'y a rien à faire sinon s'étourdir à son cri aigu, et attendre qu'il revienne et repartent avec les mêmes illusions. Le vent n'a d'effet sur moi que mon incapacité à lui rendre justice et m'en départir.

après-midi grise en tout sens

The scent of Thyme carried on the wind
Stings my face into remembering
Cruel nature has won again
Cruel nature has won again

On Battleship's Hill's caved in trenches
A hateful feeling still lingers
Even now 80 years later
Cruel nature
Cruel, cruel nature

The land returns to how it has always been
The scent of Thyme carried on the wind
Jagged mountains, jutting out
Cracked like teeth in a rotten mouth
On Battleship Hill I hear the wind
Say "Cruel nature has won again"
"Cruel nature has won again"
"Cruel nature has won again"
"Cruel nature has won again"

                                               -PJ Harvey

mardi 18 décembre 2012

la goisse

La goisse c'est l'immondice accumulée en raclures dans les ventricules psalmodiques du coeur. L'immondice tâchant le sang, interpénétrant les globules et déplaçant sa glaise dans le trémail du corps. C'est la morve de l'ombre mélangée au crachâme. Le mal aise le malêtre. L'inepte babil, le caillot noir indicible, la goisse engorgée dans le hoquet du temps et que tranquillement je régurgite au dehors des mots. 

lundi 17 décembre 2012

le mot ment

L'inéluctable désir oblique du regard. Les sens inaffranchis étournés vers les trottoirs où marchent monocordes quelques épines dorsales. Agrémentées de roses à leur cou, à leur nuque fragile de neige. Et dans le souffle des foulards, quelques beautés passent. Que des phases. Superbes ficielles. Et les couleurs autour s'évadent, comme sur toi ma folie constellée du temps, comme ta présence et ton parfum dans les marées du rêve. De ce moment. Insaisissable.

drones

...dans l'écho du tunnel de briques réverbère le bourdon mécanique de l'inhumanité sublimée enfoncée dans les cratères de l'inconcevable et l'inconsolable... chantent dans ma tête les hélicoptères d'un ciel interminable d'un printemps de neige miné de dirigeants minables... à mes côtés un homme violonne Vivaldi, l'été en plein décembre sous la tempête rouillée du violon de l'itinérance vivant dans cette musique un peu plus longtemps... étouffé par une nouvelle rame, un autre train emportant dès maintenant l'impossible originalité du quotidien, routine en métro majeur, l'âme mineure éperdue dans le drone du matin...

mardi 4 décembre 2012

temps du jour

Ma mère nature bipolaire aujourd'hui prise de fièvre, tandis que non loin dort l'hiver en attendant je ne sais quoi, probablement rien. Cette odeur hallucinante de bois, de terre humide et de feuilles mortes. L'automne de décembre dans une douce agonie pousse un dernier souffle sur un petit poème de marche.

vendredi 23 novembre 2012

lourdes heures

le terne éclaté pousse l'échaotique cri désarticulé de l'énigme 
les colères, les spasmodiques chocs, la veine vitriole
la crainte irriguée des frustrations amères et basses, 
le pied invisiblement pesant sur ma tempe arrêtée
à l'angle obtus et bornée des frontières

l'oreille sanglante, la vaine cathode, 
le prisme métamorphe des fantasmes fantômes
la constriction du vortex, 
le poids du monde sur les désolations

ne pouvoir supporter ce poids dans le cercle de l'être, 
suis désolé du poids du monde, je suis désolé pour tout,
suis désolé pour la furieur violant le granit des lits,
déchirant les remords des rages assourdies 

on peut prendre et broyer et détruite et créer sa propre fin du monde
ne jamais se soustraire, rester entier - ne pas écouter ce que je dis - 
quoique perdu à portée de l'arc dénué des flèches de l'oeil, 
la continuité du mouvement aux limites de l'idée soumise aux sens, 
l'arc bandé du poids des espoirs des douleurs des désirs des violences
et lancer une flèche sans but en plein ciel, 
l'absence de cible, l'élan lourd de l'ellipse latente, 
la parabolique beauté du temps évanoui, 
mon visage de larmes, le troublant artifice du noyau triste, 
l'épileptique éclair-obscur des souvenirs 
mon visage alourdi
mon visage de pluie dans l'incapacité de me rendre à toi
dans l'heure noire et seule
dans l'hypnose de mon esclave solitude

mardi 20 novembre 2012

Temps des jours

Dehors novembre
un autre ciel troplein,
diffus...

L'étendu létale à proximité
sous mes pas pris en étau
fuit les lieux de mes pensées

Un autre matin froid où le noir boit le soleil.
Et la muse m'est furtive
captive qu'elle est d'une altérité indifférente,
d'une altérité différente.

Mais le silence m'égorge
(blessure superficielle)
alors qu'au lointain
la courbe de l'horizon gazeux pleure fumées et larmes de morts...

mardi 13 novembre 2012

Pärt au parc

cette musique composée
par et pour les voix du vent
cette musique n'a de maître
n'a de maître que le temps

(et encore...)

jeudi 8 novembre 2012

On a trane

Alors que je m'enfonce dans la fourmilière souterraine, dans les artères bouchées du métro, le maître souffleur, the master blower Johnny Johnny Johnny Coltrane!!! s'époumone toute fureur dans son sax dans mes oreilles. C'est un amour suprême qui rythme ce retour à la maison qui semble déjà plus vivant.  L'heure de pointe est passée, tous se sont tirés. La soirée est bien commencée. Dans le wagon en face, le dernier, un rouquin impossible d'environ seize ans, avec des broches, embrasse sa copine comme c'est pas permis, il lui maltraite le goulot à en donner des envies à un alcoolique repenti. Ils sont seuls, ils ont l'air bien. J'ai soudainement la gorge sèche. Le Trane devait avoir la gorge sèche à souffler dans son sax comme ça. Cette musique m'inspire des lampadaires dans une ruelle de soir d'heure reculée, une ruelle silencieuse où des ombres se meuvent sans but. Trois stations plus tard, deux lancinantes lesbiennes se frôlent les mains et se dévorent des yeux. L'électricité est palpable. A love supreme. Elles débarquent du train à la station suivante. Ô lascives lesbiennes! Je ne peux m'empêcher de sourire dans ma tête. Y'a-t-il pleine lune dehors? Hmm, ça doit être Coltrane. Cette parenthèse d'urbanité prend un sens différent, plus intéressant dirais-je, lorsqu'on la considère avec de la musique. Une fois sorti, il fait totalement nuit. La lumière des lampadaires est granuleuse, une lumière à gros grains comme dans Eyes wide shut de Kubrick. J'ai les yeux pourtant bien ouverts. Et tandis que je marche, la lumière ne s'estompe pas sur le trottoir mouillé et son reflet ne diminue pas sur le sax de Trane. 
A love supreme, a love supreme...

dimanche 4 novembre 2012

rare aurore

un régiment d'images passe et marche 
dans ma tête consumée de cette aube lourde
éveillé pendant que même le temps dort
s'éteint le clignotement de l'architecture du rêve 
toujours repousser l'aurore étale à coup d'impossible

samedi 3 novembre 2012

vileville

soir de béton
désarmé
pendant le jour
l'écho des
colères résonne
résonner dans la
fondation
dorsale dans le
prisme animal
la fissure brutale la
fracture les os s'ouvrent
évidés gorgés matures
dans les caniveaux
poisseux de rage
l'esprit fumant des pulsions
inarrêtables
la forme
vaine la
vision
inénarrable

jeudi 1 novembre 2012

Comme une odeur de feuilles mortes

Une file longue de deux autobus m'a fait rebrousser chemin pour me diriger vers le parc. Le soleil se couchait à gauche en avant, je ne voyais que les dernières dorures des rayons frôler la cime des arbres dénudés. Le sol et le sentier étaient complètement recouverts de feuilles mortes, on aurait dit des flocons pastels craquant sous chaque pas, des corps fragiles ramassées en bruissements et frémissements. Il avait plu toute l'après-midi, mais elles étaient déjà sèches et la terre en-dessous avait bu toute l'eau de pluie. N'entendais rien que le bruit de mes pas sur le sol. Parfois, le bruit que l'on fait en marchant semble justifier et décider notre marche, pourtant futile car le plus souvent strictement pratique. Après cinq minutes, se répandit une odeur mate de bois rappelant un fût, le côté légèrement épicé d'une sève pas encore sèche, redoublé de terre humide et de relents d'écorces somnolentes. De mes pas remuant le sol monta une odeur de feuilles mortes qui m'habita complètement pendant dix minutes. Elle disparut lorsque j'entrai dans le métro, mais ne me quitta pas complètement, me laissant reposé, calme et serein. Me laissant ailleurs.