jeudi 10 septembre 2026

 

bruissements des feuilles
électricité des nervures 
comme des toiles d'araignées vertes
pendant que le vent siffle
ma main peine un blues spontané
en souvenir de Ti-Jean

lequel des souffles s'épuisera en premier
incontrôlable le vent 
se perd dans les arbres 
transporte les cris enthousiastes
des enfants de la cours d'école voisine
jusqu'à ma surdité
les plaintes s'entremêlent 
et le vent siffle toujours 
comme chargé des échos lointains
et vains de ceux écrasés
par le talon de l'Histoire

aliénation fantôme
exploitation industrielle
technoféodalisme 
intelligence artificielle
la chape du progrès sur 
nos existences réifiées
pendant que les fascismes renaissent
se réveillent tentaculaires
et dans un bâillement avalent le monde
dans l'insouciance ambiante 
il n'y a plus rien de sacré

le pouvoir des monstres
a transmuté la peur en haine
la fenêtre est sale 
des traces de doigts à l'agonie
comme le miroir de nos échecs
du sang séché sous nos semelles
jusqu'au fil de nos veines
le malaise dans la gorge
comme une eau rance
la lie des rancoeurs
des colères en transe
le cours des jours s'oblique 
en déclin précipité
et encore une fois
il n'y a plus rien de sacré

Quand on est dans la merde jusqu'au cou
il ne reste qu'à chanter
disait Samuel Beckett

craignant de fausser
un poème fera l'affaire 
aujourd'hui
sans être sacré 
il peut 
quand même
être 
un moment d'attention
une sensation honnête
une main tendue
un sourire
un rhizome de réflexions
une écoute
une forme de prière