bruissements des feuilles
électricité des nervures
comme des toiles d'araignées vertes
pendant que le vent siffle
ma main peine un blues spontané
en souvenir de Ti-Jean
lequel des souffles s'épuisera en premier
incontrôlable le vent
se perd dans les arbres
transporte les cris enthousiastes
des enfants de la cours d'école voisine
jusqu'à ma surdité
les plaintes s'entremêlent
et le vent siffle toujours
comme chargé des échos lointains
et vains de ceux écrasés
par le talon de l'Histoire
aliénation fantôme
exploitation industrielle
technoféodalisme
intelligence artificielle
la chape du progrès sur
nos existences réifiées
pendant que les fascismes renaissent
se réveillent tentaculaires
et dans un bâillement avalent le monde
dans l'insouciance ambiante
il n'y a plus rien de sacré
le pouvoir des monstres
a transmuté la peur en haine
la fenêtre est sale
des traces de doigts à l'agonie
comme le miroir de nos échecs
du sang séché sous nos semelles
jusqu'au fil de nos veines
le malaise dans la gorge
comme une eau rance
la lie des rancoeurs
des colères en transe
le cours des jours s'oblique
en déclin précipité
et encore une fois
il n'y a plus rien de sacré
Quand on est dans la merde jusqu'au cou
il ne reste qu'à chanter
disait Samuel Beckett
craignant de fausser
un poème fera l'affaire
aujourd'hui
sans être sacré
il peut
quand même
être
un moment d'attention
une sensation honnête
une main tendue
un sourire
un rhizome de réflexions
une écoute
une forme de prière