lundi 30 avril 2012

Je vais m'en souvenir

Dans les rues se lèvent à chaque nuit des manifs comme des murs à partir desquels on se donne des poussées vers l'avant.
Il est beau de se souvenir, mais un passé, des mémoires, ça s'écrit.
Cette impression que c'est tout un pan qui s'écrit maintenant.

mercredi 25 avril 2012

humeur aqueuse

   long indolent de l'aulne ô fleuve l'eau faune endiguée dans le courant de l'aube. Le temps s'écoule rivière dans la fuite des flots. Le long des rameaux des saules il a plu aléas d'ambre dans le remous errant dans le lit de l'eau les humeurs les amours. La belle Ophélie partit respirer les lys noyés de Narcisse. Le monde expire des frémissements d'ondes dans les rivelandes étreintes et cherche en vain les lueurs tout le

vendredi 20 avril 2012

La censure

"La censure? La censure! La censure, c'est la gargouille qui vomit hideusement son plomb liquide sur la chaire vive de la poésie! La censure, c'est l'acéphale aux milles bras aveugles qui abat comme un sacrifice sans défense chaque érection de sensibilité délicate au moyen de ses moulinets vandales! La censure, c'est l'apothéose de la bêtise! La censure, c'est le rasoir gigantesque rasant au niveau du médiocre toute tête qui dépasse! La censure, c'est la camisole de force imposée au vital! La censure, c'est la défiguration imprégnée sur la grâce par un sourcil froncé saugrenu! La censure, c'est le saccage du rythme! La censure, c'est le crime à l'état pur! La censure, c'est l'enfoncement du cerveau dans un moulin à viande dont il surgit effilochement! La censure, c'est la castration de tout ce qu'il y a de viril! La censure, c'est la chasse obtuse à la fantaisie et à l'audace illuminatrice! La censure, c'est la ceinture de chasteté appliquée à tout con florissant! La censure, c'est l'interdiction de la joie à poivre! La censure, c'est le morose enduisant tout! La censure, c'est l'abdication du rare et du fin! La censure, c'est la maculation et le hachage en persil de l'unique toujours gaillard! La censure, c'est l'abdication de la liberté! La censure, c'est le règne ignorantiste du totalitarisme intolérant envers tout objet qui n'est pas monstruosité rétractile! La censure, c'est l'injure homicide à la loyauté des sens! La censure, c'est le pet par-dessus l'encens! La censure, c'est l'éteignement de l'esprit! Où il y a censure, serait-elle la plus bénigne du monde, il n'y a plus qu'avortement généralisé. La censure, c'est la barbarie arrogante. La censure, c'est le broiement du coeur palpitant dans un gros étau brutal! Oui, mille fois la censure, c'est la négation de la pensée!"

- Claude Gauvreau

Je n'allais pas censurer un seul mot de cette longue citation. (Et par ricochet ne me censurerai plus)

Le cataracte du nyctalope (suite)

(Reproche-t-on aux peintres de créer de nouvelles couleurs?)

Gartagavreuse amibe achoua a cru ta gavée, ta lave ectoplasme, ton oeil aquilé. Transpoigne arde mon âme t'as tuée, alvauréole le coeur sangtrifuge de sang pompé, l'épice de ta peau, tes baisers coagulés. Évide ma mie, mon infinité. Échoué mes sens auscultpés à ragravir des murs esclaves, mes yeux ornièrés, ton zénith. Aubade ma mie, difforme barde je suis. Muse mon langage déformé. Pielle tortriturée buvant gloutte au mirage de l'encre. Le larmoiement des horizons sous les nuages de cendres, ancêtres des corps vapeux. Elle trombla la terre meule sous nos genoux, cette terre scellée sous nos ongles à jamais saignants. Tes ancreuses hanches mon refuge. Dans l'étiolement de ton cou, baisers in verténèbres et lèvres méduses, ta langue sangsue. Tes cris m'ont ponctué l'âme cent fois. Tua multiformiser mon langage, ma mie racle. Elle existe la chorale des dieux, elle est la portée de tes yeux. Engouffre-moi, dépaupièrise-moi, cataracte-moi d'avalanches. Spectre libellule, spectre sauterelle, inspectre, mon feu-folie filet de nuit. Comète et galaxe ton être, ton être obscurci d'insomnuit, astralisé, mon coeur splasme et te pleure, infinie. Je vois ton sourire quand je cligne de l'oeil, je vois dans la nuit ton invisibilité. Ô larmeux visage! Ma désolation. Oublitude mon érosion, mon passage gravé au solstice de tes yeux. Phoenix aveugles consumés sous les cieux, réticence, ta brûlure dans ma rétine, la déroute des sens. J'invente des mots à défaut de t'inventer. Navance plus malamour amatraque abattue couché dans les lys ventropale fracâme et baies et. Pure. Sang. Foi.

mardi 17 avril 2012

"Words, words, words."

Des mots sans cesse sans qu'aucun vaille l'encre qui les trace. Pris dans les pages d'un livre léviathan, pris entre une sourde oreille et un inlassable cri de révolte, pris entre la dépression et l'acceptation, pris dans un printemps indifférent, un printemps rouge automne. Les mots fusent, insécures, se fusionnent, créent des sens invisibles qui orientent une déroute, une aubébauche ; des mots qui disent tout et qui ne disent rien.

lundi 9 avril 2012

tant de jours

la pluie tombe les gouttes ploc ploc sans but alors que l'onde mobile de l'encre dessine les cécités l'ellipse levée à hauteur d'ombre et globulorme noir engouffrant des songes

toujours les mêmes mots et les mêmes images répétition des jours qui passent comme si belliqueux le temps et le rêve s'obstinaient en soi le front borné s'heurte aux oeillères du monde et les illusions prennent fin où le regard ouvre les yeux

mercredi 4 avril 2012

Point de fuite

aveuglé par le kaléidoscope des infinis de l'aube
là tes mains comme du sable fin sur ma peau
soufflé par les flots les parfums d'atomes
multicolores rimes d'images morts mots
éclats de vers affûtant le silex du sang
microcules parties vaine monologie
rythmée au pluriel des âges
circonvolutions spleen
d'où n'échappe
d'où il n'y a
point de
fuite

vendredi 30 mars 2012

Épiphanie

"Un jour pommelé de nuages marins. La phrase, le décor et le jour s'accordaient harmonieusement. De simples mots pourtant. Était-ce à cause de leurs couleurs? Il vit flamboyer et s'éteindre leurs teintes une à une. Or du soleil levant, rouge et vert des pommeraies, azur des vagues, franges grises au toison des nuages. Non, cela ne tenait pas à leurs couleurs, mais à l'équilibre, à la cadence de la période elle-même. Aimait-il donc le rythme ascendant et retombant des mots mieux que leurs rapports de sens et de couleur? Ou bien était-ce que, faible des yeux et timide de l'esprit, il goûtait moins de plaisir à voir les yeux de l'ardent Univers sensible dans le prisme d'un langage multicolore et somptueusement expressif, qu'à contempler le monde intérieur des émotions individuelles, parfaitement reflétée dans les périodes d'une prose lucide et souple?"
- James Joyce

Estomaqué, je reviendrai toujours à ces mots. À travers cette épiphanie inégalable, véritable chef-d'oeuvre de pureté, toute la démarche de Joyce est là.

mardi 27 mars 2012

Au midi

Après une semaine surchauffée, le soleil en son midi refroidissait les ardeurs du printemps.  Un homme, peu inspiré, alla traîner sa solitude dans un parc voisin, trou vert dans une ville faussement tranquille. Il vit un homme là-bas, tout de noir vêtu, avec un masque et une batte de baseball à la main, frapper dans l'air des balles invisibles, entre des pas de danse ridicules. La folie est souvent plus proche qu'on ne le croit. Le fou répéta ce manège pendant une longue demi-heure. 
Plus l'homme marchait et plus se dévoilait autour de lui le caractère profondément illusoire de l'isolement qu'il était venu chercher. Certes, au regard le parc était paisible : il y avait ici et là quelques passants, les habituels joggers et d'autres qui jouaient avec leur chien dans une indifférence béate. Mais petit à petit, l'homme se rendit compte de la marée sonore qui montait autour de lui. Deux avions passèrent coup sur coup et chargèrent le bleu du ciel d'un tonnerre mécanique, le bruit des travaux du quartier avoisinant  grondait en modulations amélodiques, et ce qui le frappa le plus fut l'extraordinaire cacophonie exponentielle et inlassable, comme une avalanche ascendante, de goélands surexcités s'entredéchirant l'ouïe à qui mieux-mieux, insouciance animale, et évoquant vaguement les échos des discours discordants de ce printemps mouvementé. Les cris confrontés aux sourdes oreilles, les idéologies sorties de l'hibernation, s'élevant et s'entrechoquant dans les fracas des différences.
Tranquillement assis devant l'étang, près des berges de quenouilles jaunies, l'homme se coupa du son qui l'entourait, tenta de s'isoler complètement et finalement n'entendit que le bruit de petites pattes dans les feuillemortes, accompagné du doux roucoulement des pigeons. Il fixa l'eau longtemps, se leva puis partit. Rien dans les poches, sans réfléchir, aucune pensée, mais reposé.

vendredi 23 mars 2012

Citation appropriée à méditer

"Je me révolte, donc nous sommes. Et nous sommes seuls."
- Albert Camus

mercredi 21 mars 2012

Printemps des jours (ou révérence affairée)

pensées bleues envahies par les sciences funestes
est resté de la nuit un saphir céleste
j'ai farfouillé les dieux et j'ai trouvé l'azur
j'ai cherché les mots preux aux creux des commissures
les nuages absents ont déserté mes rêves
et l'angoisse du temps ne connaît plus de trêve
et je passe inconstant plombé d'incertitudes
arrive le printemps et toutes ses habitudes

caresser une peau un moment presque proche
il est né de cette eau une fleur sur la roche
et cette eau déversée était-elle mes pleurs
ou les lueurs fanées quand s'écoulent les heures
encore un autre jour dénué de merveille
ou bien j'ai les yeux sourds et le coeur qui sommeille
quand le recommencement crépuscule la fin
je suis las du présent j'attends déjà demain

mardi 20 mars 2012

Une semaine

à respirer dans l'air de ce printemps précoce alourdi du poids des luttes d'un côté bottes de ciment tête droite coeur battant en rythme empanaché d'idéal dans l'indifférence du dieu Mars et des autres révoltespoir et de l'autre langue de bois des matraques et la vacuité d'un langage incompréhensible suranné empreint de mauvaise foi injustice nulle part ne me reconnais plus impression de l'homme moderne réduit au plus petit dénominateur son nombril

mardi 13 mars 2012

s'arrête le temps des nuits effleure les fleurs du malt

impalpable parfum
s'effrite à travers
le filtre de l'or blond
liqueur du bout du monde
les fleurs du malt
épines amères
pétales de peines pleurent
irisent la rosée neigeuse
manteau de montagne
camphre d'idéal
puise au douvet des trèfles
au berceau des vals
les bourgeons de l'ivresse
maux de mon mal
s'entremêlent ce printemps
ces échos incongrus
ces espoirs
ces étoiles

jeudi 8 mars 2012

mystérieuse inspyralion

se déroule le long de l'encre
spirale de lalangue
fluideffusion
la lyre dorée des anges
saint ptaumes chants possessions
insistants fantômes
sporasmes poumons
réinspirent entre deux inactions
et dévoilent avéclats le souffle des proses

mardi 6 mars 2012

Déambulentement

marchant par les tranchées
ras les murs aux mille briques
là bas un parc blanc

scrutant le point de fuite
lointain aval de la rue lever de ville
on va
s'engouffrant

deux âmes
des images et des mots par milliers
sous une lune impossible
dans l'air froid
déambulant

Temps des jours

L'hiver a repris un peu de force et avec février la cinquième saison a disparu. Mars. La semaine passera dans le souffle des manifs. Ici l'attente. Toujours sous Le ciel de Québec je continue de lire cette épopée drôlatique, et toujours j'erre et reste, pèlerin poli, aux aguets du génie. Ou c'est peut-être moi qui ne voit rien.

mercredi 29 février 2012

Éveil

vouloir vivre à tout rompre les parois lumineuses du gouffre du jour s'extirper de terre gravir les murs s'élever libre et embrasser les muses invisibles sorties de tempête chantant une nouvelle aube
je n'ai rêvé à rien 

vendredi 24 février 2012

Hockey

Ils étaient tous plus gros que nous, meilleurs buteurs que nous, deux lignes d'attaque plus fortes contre les nôtres, inégales. Dès le dévoilement de l'alignement, on saurait qu'elle serait difficile. Les patins ont fendu et mangé la glace, entrechocs des bâtons et des casques et coups d'épaules. Le corps inondé de sueur, alourdi, ankylosé; la fatigue alors que le coeur pompe tout le sang du corps, les tempes en furie. L'adrénaline, tout va vite, l'étrange ivresse de l'essoufflement, on ne pense à rien, on agit, par réflexes. On dirait que des forces invisibles retiennent leur souffle à chaque descente, à chaque lancer, à chaque arrêt. Les cris d'encouragement fusent de tous côtés ; les cris de joie, seulement du nôtre. On joue notre meilleur match, en équipe, notre défense est solide, notre gardien arrête tout et on gagne ce match qu'on ne croyait jamais gagner, en équipe. Je m'étais promis de ne pas parler d'hockey, mais peu importe. De toute façon, le sport est aussi poésie.
Vous connaissez la bière de la satisfaction? C'est elle je bois présentement, et elle a rarement été aussi bonne.

mercredi 22 février 2012

La cinquième saison

Février, Montréal, Villeray. Ne cours plus les mardis car trop d'ordures dans les rues. Saletés crasses et coagglutinées. Mais mercredi n'est pas mieux et malgré la pluie, les rues sont toujours sales. File alors vers le parc. Personne. Je suis un peu de solitude qui court. Croise un tamoul édenté tout droit sorti d'un film tordu, qui me regarde comme si j'étais un extra-terrestre. Va plus vite. Au-dessus du stade de tennis et des terrains de soccer, on voit la tour de la faculté de musique de l'Université de Montréal et l'Oratoire Saint-Joseph. Suis jamais allé là en six ans et c'est pourtant si proche. Les mots d'Émile me viennent en tête "ah comme la slush a slushé..." La neige n'est plus. Qu'une immense flaque d'eau le parc. Couche superficielle de glace sur le lac qui reflète le gris mat du ciel. Je déteste cette cinquième saison, exclusive à Montréal, celle entre l'hiver et le printemps, comme si aucune des deux ne la voulait. L'hiver la repousse alors qu'en la voyant venir se sauve le printemps. Et nous pris dedans.

vendredi 17 février 2012

Coïncidence (ou peut-être pas)


Lou Andreas-Salomé, née Louise von Salomé, fut tout sauf une femme ordinaire. Femme de lettres allemande d'origine russe, incarnant la liberté intellectuelle, féministe avant même que le mot existe, trilingue, élevée à la noblesse par nul autre que le tsar Nicolas 1er, elle fut tour à tour le seul et unique amour de Nietzsche, la muse de Rainer Maria Rilke, la meilleure amie d'Anna Freud et la brillante disciple, ainsi qu'une des plus fidèles correspondantes de ce cher Sigmund. On peut sans craintes parler d'un destin en tout point hors du commun, pour ne pas dire extraordinaire. 
Je ne connais pas beaucoup les écrits de Salomé, sinon une description de Nietzsche qui témoigne de sa remarquable plume, mais inutile de dire que je suis désormais tout à fait intrigué par cette femme et je me suis promis d'y venir dans un avenir très rapproché.  Toujours est-il que connaissant plutôt bien ceux du philosophe poète à moustache et ceux du psychologisant barbu fumeur de cigare, j'ai eu, hier, l'idée bien inoffensive de me renseigner un peu sur l'oeuvre du poète allemand dont elle fut la muse, poète qui m'est, à vrai dire, en dehors de son nom, absolument inconnu. J'emprunte donc Lettres à un jeune poète à la bibliothèque, ouvrage que monsieur Grasset lui-même (oui l'éditeur) qualifie de "véritable guide spirituel", de "manuel de la vie créatrice de portée universelle", rien de moins. Je suis alors convaincu qu'il représente la meilleure introduction à l'oeuvre de Rilke.
J'ouvre donc ce matin, le 17 février 2012, ledit livre qui est un recueil de dix lettres que Rilke a écrites à Franz Xaver Kappus (le jeune poète en question) et quelle est ma surprise de voir que la première lettre que Rilke adresse à Kappus est datée du 17 février 1903. 109 ans jour pour jour après l'écriture de cette lettre, je la lis.  Dans une autre époque, dans une autre langue, à un tout autre moment. La fulgurance des mots a traversé le temps sans rien faire sinon exister ; une ellipse de 109 ans bouclée en un clignement de paupières.
J'aurais lu cette anecdote dans un roman de fiction et je ne l'aurais pas crue. À trop vouloir jouer avec la chance, il est facile d'abuser la naïveté. Mais en même temps, je me refuse à croire qu'il ne s'agit là que d'une vulgaire coïncidence et je me plais à y voir autre chose. De la poésie, un privilège unique, une anecdote dépassant l'entendement parce qu'il y a justement des signes au sens dépassant l'entendement humain. Et là, et c'est peut-être moi qui est naïf, mais j'y vois un peu de vie ; un peu de vie dans toute son abstraction presque saisissable, dans tout son mystère - comme la profonde douceur du regard de cette femme ci-haut - un peu de vie, à l'état pur.


jeudi 16 février 2012

Lire Nietzsche

"Nietzsche est illisible pour ceux qui le lisent avec les yeux de la raison, il est impensable pour ceux qui veulent le penser avec les instruments de la pensée. Il est le penseur de ce qui ne se pense pas, de ce qui est hors pensée - et là est son véritable mystère : "comment penser l'impensable?" Non pas en le rendant pensable, car ce serait tomber dans le piège philosophique, mais en respectant jusqu'à l'hallucination sa nature d'impensable ; en le vivant dans son corps, dans sa chair, avec ses muscles, ses nerfs, son coeur, avec la conscience que son corps, cet autre moi, sait mieux que la pensée notre vérité d'humain."
- Bernard Edelman

vendredi 10 février 2012

Chopin le matin

belles Nocturnes matinales
un chaud café, la brume figée dehors
le jour s'est levé
sans couleur
tranquillement
ces mélodies comme si le temps n'existait pas

mercredi 8 février 2012

Insomnie

pluie nocturne
orée de l'ombre
claire hier lumière de lune

désir d'inverser la pluie
flocons follet d'obscurité
folies noyées dans
le calme de l'eau froide

corps subimmergé
âme aqueuse
à mi-chemin de la vase et du vent
entre l'étranglement des algues
et l'étreinte du néant
un torrent de nuit s'écroule sur moi

et je dérive
je cherche les vagues du rêve

mardi 7 février 2012

Temps des jours

le soleil distille un proche printemps
dans la rue les passants sans foulard
plissent les yeux sous les reflets du ciel 
un ciel nimbé d'or bleu éclatant

après quelques songes sombres et clairs
le temps des jours passe en jeux de lumière

jeudi 2 février 2012

Marilyn et Molly


Cette photo date de 1954. D'une sublime humanité, elle montre une Marilyn Monroe médusée en train de lire Ulysse. Elle a 28 ans, elle est au sommet de sa gloire mais on la voit ici dans un parc loin de tout, auréolée d'un naturel désarmant.
Si l'on se fie aux pages, Marilyn est en train de lire le chapitre ultime d'Ulysse, soixante pages découpées en huit paragraphes sans ponctuation, le soliloque de Molly

Volcanique Molly le chapitre de l'âme humaine aux limites de la folie fleuve de lave blonde Bloom a voyagé Molly voyeuse incapable de dormir car la fragrance de ses rêves d'autrefois est embaumée de la puanteur de son égout d'époux Molly femme adultère lascivesseulée délire sa salive amère et désenchantée d'aimer parce que perverse comme lui perverse comme tous les autres déviante rivière irriguant sexe et désir le long des corps érodés de solitude au-delà des souvenirs noyés peine de lettres d'amour elle rêve de flamboyante romance du viril Dache Boylan de la poésie du labyrinthique Dedalus et pourtant pourtant oui à Gibraltar une rose rouge dans les cheveux comme une jeune fille andalouse oui les roseraies les jasmins et les primevères oui baiser sous le mur des Maures oui torrent de mer écarlate oui fleur de montagne oui bras enlacés oui seins parfumés la peau fragile le coeur qui battambour elle avait dit oui oui je veux bien Oui

Le chapitre de l'acceptation résolue de la délivrance de l'affirmation absolue où dans le tonnerre des mots Jupiter Joyce l'irlandais fou a saisi la foudre à mains nues pour immortaliser des cendres de l'encre et ceindre d'éternité ce jour ce jeudi ce 16 juin 1904 une pluie d'éclairs toucha Dublin et frappa l'existence humaine de contingence la sortant du reflet de Narcisse les blanches fleurs aux rouges corolles se sont fanées marquant l'humanité en lui rappelant sa brièveté infinitésimale et microcosmique mais également ses ambitions homériques

"Les mots doivent changer parce que les temps changent." - Joyce

Nous sommes jeudi, je viens de finir Ulysse. Et dire que machinalement, j'ai remis mon signet, dans le livre, à la fin.


mercredi 1 février 2012

Détente

À la verticale de la nuit
calme
l'ambiance échappe ses soupirs
monotonnant silence
je n'entends rien
plongé dans les possibles
d'une simple prose

vendredi 27 janvier 2012

Secousses

Parce qu'il faut jouer le jeu de la création furieuse et vaine
effrénénergie trouble qui remue la mare
quotidienne endormie d'habitude
sansrientoucher

surtension surémotion
la journée dans une parenthèse inextricable
deux courbes s'opposant juste au-delà de l'être
à peine aux limites de la peau
du derme délicat du vet fin
où vit

petit néant d'incompréhension et d'incertitude
le doute invisible mais présent
impalpable transparence

brusque apparence

donner forme à l'informe
à l'infirme capacité secouée
au secours des jours passés

jeudi 26 janvier 2012

Phaute d'orthograffe

À la question : En quoi il est important d'apprendre le français? Une étudiante a répondu :

"L'apprentissage du français est important parce que ça vise 
la mélioration du français."

J'aurais voulu inventer cette faute que je n'aurais pas été capable. 

mercredi 25 janvier 2012

Ce qu'une photo ne pourra jamais dire

"Sans soute une première rencontre avec Nietzsche n'offrait-elle rien de révélateur à l'observateur superficiel. Cet homme de taille moyenne, aux traits calmes et aux cheveux bruns rejetés en arrière, vêtu d'une façon modeste bien qu'extrêmement soignée, pouvait aisément passé inaperçu. Les traits fins et merveilleusement expressifs de sa bouche étaient presque qu'entièrement recouvert par les broussailles d'une épaisse moustache tombante. Il avait un rire doux, une manière de parler sans bruit, une démarche prudente et réfléchie qui lui faisait courber légèrement les épaules. On se représentait difficilement cette silhouette au milieu d'une foule : elle était marquée du signe qui distingue ceux qui vivent seuls et en marche. Le regard en revanche était irrésistiblement attiré par les mains de Nietzsche, incomparablement belles et fines, dont il croyait qu'elles trahissaient son génie. (...) Ses yeux aussi le révélaient. Bien qu'à moitié aveugles, ils n'avaient nullement le regard vacillant et involontairement scrutateur qui caractérise beaucoup de myopes.  Ils semblaient plutôt des gardiens protégeant leurs propres trésors, défendant des secrets muets sur lesquels aucun regard indésirable ne devait se porter. Sa vue défectueuse donnait à ses traits un charme magique et sans pareil : car au lieu de refléter les sensations fugitives provoquées par le tourbillon des événements extérieurs, ils ne restituaient que ce qui venait de l'intérieur de lui-même. Son regard était tourné vers le dedans, mais en même temps - dépassant les objets familiers - il semblait explorer le lointain - ou, plus exactement, explorer ce qui était en lui comme si cela se trouvait loin."

- Lou Andreas-Salomé (1894)

Plus qu'une description physique, il y a beaucoup de son âme, de son coeur et de son génie dans ces mots. 

Ses mains fines de pianiste ayant écrit sans arrêt. 
Et ses yeux sondeurs d'infinouïs.

mardi 24 janvier 2012

Dégoûtemps des jours

Vingt minutes au pas de course dehors. Mais l'effort est double puisqu'il a plu hier et je cours en sautillant pour éviter les flaques d'eau. C'est inutile, après cinq minutes, mes pieds sont trempés d'une gadoue tiède de janvier. Les gens ont sorti leurs ordures aujourd'hui. Les déchets jonchent le sol. Les boîtes de carton moisi ; emballages et sacs de plastique de toutes sortes, éventrés ; noupourritures ; circulaires, factures et papiers divers, deux billets de loterie piétinés : tout à la rue!
Le trop-plein d'inutile de crasse qui déborde des foyers "hume sweet hume" et ça n'hume pas bon dans les chaumières gadoue grise et brune car multitude d'excréments canins ressuscités sous la neige fondante la rue vomit son haleine puante.
Toutes ces saletés me font regretter l'insaisissable blancheur de la neige. Me font haïr ce faux hiver citadin, tentative bâclée, comme si cette ville était au-dessus des saisons. Ne pas contrôler la nature les excuse de ne rien contrôler ici où s'amoncellent immondices et débris.
Montréal n'a jamais été aussi laide et aujourd'hui je ne sortirai plus.
"N'ayez crainte fermiers! Les porcs sont encore là! Ils ne quitteront pas la porcherue!"