lundi 22 août 2016

recommencer à travailler ce matin
damnée rentrée sur fond de grève - encore
devrais me mettre au travail mais non
pas facile quand on est pris dans un livre
qui ne veut pas nous laisser partir

je lis à peu près 75 oeuvres par année
poésie théâtre roman essai
si je tombe sur cinq chefs-d'oeuvre
je me considère chanceux

j'en ai un dans les mains
des rayons de lumière d'août
dans le Sud gothique des États-Unis
une écriture hallucinante si bien
que je lâche un sacre bien senti à toutes les deux pages
devant les beautés accomplies
qui émanent pourtant d'une si terrible noirceur

"Sur le quai morne, dans l'aube triste de ce dimanche matin, trente ou quarante hommes attendaient l'arrivée du train par les portières éclairées passèrent et s'arrêtèrent pour un instant avec un grand bruit. C'était un train rapide qui ne s'arrêtait pas toujours à Jefferson. Il s'arrêta juste le temps de laisser descendre les deux chiens : un millier de tonnes coûteuses de métal curieusement compliqué qui arriva, étincelant et grinçant et qui, dans un silence presque choquant, empli d'un misérable bruit d'êtres humains, vomit deux fantômes dégingandés et apeurés dont les têtes pacifiques aux oreilles tombantes contemplaient, avec une servilité triste, de pâles faces d'hommes qui, depuis deux nuits, n'avaient guère dormi et qui les entouraient de quelque chose de terrible, d'intense et d'impuissant. On eût dit que l'offense initiale du meurtre entraînait dans son sillage, et donnait à toute action subséquente, quelque chose de monstrueux, de paradoxal et de faux, contraire à la fois à la raison et à la nature."

- William Faulkner

dimanche 21 août 2016

Cycle des choses qui naissent puis meurent dans chaque hésitation. Actions entreprises le temps d'un départ, la tête qui part ailleurs ensuite, puis revient et repart. Succession d'hésitations, parfois à peine plus perceptibles qu'un clin d'oeil, qu'une pensée évasive, envolée, comme de la poussière de cendres tombant dans le silence. Et souffle le chaos des idées, le bruit se fixe pour quelques instants. Bruissements des feuilles, crissements des pneus sous la chaussée noyée. Porte ouverte pour un courant d'air. Je ne sais pas ce que je fais ici.

Il fait orage maintenant. Un orage violent mais sans éclair. J'ignore pourquoi, mais je crois entendre des promesses non tenues hurler. Troubles et craintes de l'appréhension. Des voix peignent les toiles du jour, soupirs gonflant les nuages, lourdeur d'une tristesse que n'est pas mienne mais qui m'envahit. Une tragédie se dessine. Une défaite, un abandon sans larme plane. Une décision stricte et dure vient de tomber. Elle ne me touche pas mais vient de retourner mon monde.

vendredi 5 août 2016

La ville est à marée basse. Les pas s'effritent sur. Dépouilles d'épaves asséchées sur le macadam brûlant. Cicatrices de l'érosion. Le vent charrie la chaleur comme une tempête d'haltères. Je dois me cacher du soleil. Je pense que j'ai une maladie de peau, des pustules blanchâtres apparaissent sur mes bras. Dans quelques minutes, le grand saule de l'étang du parc Jarry ne me fera plus d'ombre. Je devrai bouger. Ne pas s'enraciner dans l'été. Combat de goélands et de canards dans l'étang. Pas de vainqueurs, que des fuyards allant se cacher dans la talle de quenouilles. Leur inclinaison est dessinée par le vent, une quenouille verticale n'existe pas. Bruissements de la fontaine en arrière. Des flâneurs partout. Innombrables accents français, bienvenu à Villeray-les-bains. Des enfants pleurent et égratignent ma patience. Le saule n'a pas bougé, mais la Terre a tourné. Je suis en plein soleil. En silence, je l'insulte. Implacable, invincible. C'est qu'il est pesant, l'astre! Les fous de Bassan d'Anne Hébert. Me tombe des mains, lecture difficile, ma pensée décâlisse ailleurs. C'est Le bruit et la fureur version québécoise. Cette violence fait naitre en moi une image qui lentement m'envahit. Ça durera au moins trois jours. J'aimerais tellement être dans ton oeil, ton regard et ta contemplation. Dans la chaleur de l'été, je ne pense qu'à l'octobre roux de tes yeux. Rouille persillée de l'éclipse. Constriction et charme de reptiles incandescents. La bête à deux dos. Nous sommes loups et toisons fraîches, mousses et lichens aux griffes douces qui suintons avant la venue de la rosée. Ténèbres mauves. Corps nus dans la nuit mordante de froid et pénétrations répétées dans la complicité de l'ombre. Les arbres se taisent. Nous sommes leur prolongement. Frimas du sable sous le lit de trèfles auquel tu donnes ton parfum de feu et de neige. Énigme d'un superbe effondrement. Accumuler les orgasmes avant l'aube. Abandon total de nos peaux bleues sous la constellation que l'on invente. Les paroles superflues se noient dans nos salives. Nos âges disparaissent, nous taillons notre encoche dans le temps. Ébats primitifs, épiphanie délétère, amour assassiné dès les premières larmes. Nous faisons l'enfant que nous ne garderons pas. Ce souvenir vit dans les fossiles du sang.

mardi 19 juillet 2016

"In retrospect, it seems clear that the 'monster', as Joyce several times called Finnegans Wake in these days, had to be written, and that he had to write it. Readers may still sigh because he did not approach them more directly, but it does not appear that this alternative was open to him. In Dubliners he had explored the waking consciousness form outside, in A Portrait and Ulysses from inside. He had begun to impinge, but gingerly, upon the mind asleep. There lay before him, as in 1922 he well knew, this almost totally unexplored expanse. That the great psychological discovery of this century was the night world he was, of course, aware, but he frowned on using that world as a means of therapy. Joyce's purpose was not didactic; he wishes, unassumingly enough, to amuse men with it.

The night attracted him also for another reason.* He had begun his writing by asserting his difference from other men, and now increasingly he recognized his similarity with them. This point of view was more easily demonstrable in sleeping than in waking life. Sleep is the great democratizer: in their dreams people become one, and everything about them becomes one. Nationalities lose their borders, levels of discourse and society are no longer separable, time and space surrender their demarcations. All human activities begin to fuse into all other human activities, printing a book into bearing a baby, fighting a war into courting a woman. By day we attempt originality; by night plagiarism is forced upon us. In A Portrait of the artist as a young man Joyce had demonstrated the repetition of traits in the first twenty years of one person's life; in Ulysses he had displayed this repetition in the day of two persons; in Finnegans Wake he displayed it in the lives of everyone.

The language of the new book was as necessary to it as the verbal arrangements of his previous works to them. He had already succeeded in adapting English to suit the states of mind and even times of day, but chiefly by special arrangements and special kinds of words in different chapters. Now, in Finnegans Wake, a polyglot language had to be brought, even more daringly, to its own making-house.** To imitate the sophistication of word- and image-formation in the unconscious mind (for Joyce discarded the notion that the mind's basic movements were primitive), he took settled words and images, then dismembered et reconstitute them.

In his earlier books Joyce forced modern literature to accept new styles, new subject matter, new kind of plot and characterization. In his last book he forced it to accept a new area of being and a new language. What is ultimately most impressive is the sureness with which, in the midst of such technical accomplishments, he achieved his special mixture of attachment and detachment, of gaiety and lugubriousness. He was no saturnine artificer contriving devices, but one of life's celebrants, in bad circumstances cracking good jokes, foisting upon ennuis and miseries his comic vision."

(*The theory that Joyce wrote his book for the ear because he could not see is not only an insult to creative imagination, but an error of fact. Joyce could see; to be for periods half-blind is not at all the same thing as being permanently blind. The eyes are closed in Finnegans Wake because to open them would change to book's postulate.
**Joyce insisted to Jacques Mercanton that he worked strictly in accord with laws of phonetics. 'The only difference is that, in my imitation of the dream-state, I effect in a few minutes what may have taken centuries to bring about.')

- Richard Ellman (1959 : 616-7)

mercredi 13 juillet 2016

un autre livre neuf ouvert ce matin
et des pages et des pages lues
sans voir le temps passer
j'enchaîne les livres à un rythme peu commun
les jours qui défilent me semblant être
une longue et minutieuse addition de lectures
mais ne sont en fait que l'accumulation de mes obsessions
je lis et n'écris pas assez mais je sens en moi
se distiller l'absinthe qui amènera la création
je dois seulement prendre mon temps

Mrs Dalloway où Virginia Woolf
déploie lentement toutes les pages de sa pensée
les délicates impressions si furtives parfois
un parfum une chevelure une démarche
que des parties des infimes particules
de la grande synecdoque du monde
que le regard et l'être cherchent
désespérément à embrasser et à déchiffrer
mais qui ne resteront bien souvent que
les brouillons de nos impressions

les jours passent et se réchauffent
canicule de course au mitan de la semaine
mais même pas près d'un jour à Delhi
où j'étais à pareille date il y a trois ans
en train de découvrir l'inconnu et les vraies amitiés
que je chéris encore aujourd'hui et à tous les jours
Inde folle impossible où j'irais me perdre encore et encore
mais non je ne peux que subir l'atmosphère lourde
d'une ville que je connais déjà trop
ralenti par les lieux communs d'un exil stagnant

rouvrir un autre livre retour à l'autre à l'inépuisable
à celui à qui on collait souvent quatre sangsues sur l'oeil
pour qu'elles drainent le sang qui s'y accumulait
à celui à qui on arracha toutes ses dents à quarante ans
alors qu'il venait d'écrire l'histoire d'un grand jour et qui
s'apprêtait à écrire l'Histoire du monde dans sa grande et longue nuit
"Of Ulysses, I made it out of next to nothing. 
Work in progress I am making out of nothing.
But there are thunderbolts in it."
Les fameux "ten hundredletters thunderwords" du Wake

voilà ce qui m'attend et mon impatience est fébrile
même si je crains ce livre plus que tout autre
livre de la nuit monde du rêve invention d'un nouveau langage
pour exprimer les incertitudes noctambules
avatars de la conscience et de l'inconscience
et de toutes les perceptions naviguant entre les deux
cet état inévitable entre le sommeil et l'éveil
celui où je perds pied alors que je ne marche pas
celui où je me tords de spasmes sous des coups inexistants
celui où nous sommes complètement impuissants de nous-mêmes

chute et renaissance cathédrale de nocturnes
il me semble entendre le piano angoissé mais sublime de Chopin
connections ordinaires et prévisibles
en attendant celles terribles et absconses
pluralité des sens et volonté de détruire les barrières des langues
joli rêve quand même que celui de vouloir terrasser
l'incommunicabilité des êtres de la Terre
mais le prix à payer fut énorme et pire, immortel
être voué à l'incompréhension quasi totale
mais cela ne fait que décupler mon insatiable curiosité

mercredi 6 juillet 2016

tennis as a religious experience

fait que je voulais faire plein de choses aujourd'hui
mais j'écouté Wimbledon
Federer contre Cilic
puis Tsonga contre Murray
10 manches
3 heures 17 minutes
puis 3 heures 53 minutes
fait que j'ai pas tant fait de choses finalement
sinon vivre une trâlée d'émotions
des plus que bienvenues

mardi 5 juillet 2016

Au soixantième kilomètre de vélo, les muscles sollicités de mes jambes m'empêchent de focuser. Pourtant ça se tiraille ferme dans ma tête multitâche. Énorme boucle le long du fleuve Saint-Laurent. Les piétons marchent sur la piste cyclable et je me retiens pour ne pas leur crier après. Je file à toute allure. Je ne sens pas le soleil mais demain mes bras seront brûlés. Pendant que je pédale comme un fou - un hamster dans sa roue -, je tente de faire le point sur l'horizon devant moi que je repousse à chaque coup de pédale. Mais la ligne que dissipe la chaleur est trouble. Et cette imprécision me nargue. (Qu'est-ce qui m'apporte satisfaction? En quoi suis-je insatisfait? Les vacances sont en train de devenir ce que je redoutais. Mon esprit est incapable de se reposer. J'ai lu 300 pages one shot dimanche pour terminer L'immortalité de Kundera ;  ça faisait trrrèès longtemps que ça m'était arrivé. Ce livre est de la bombe. À lire et relire. Autant les deux autres bouquins que j'ai lus de Kundera m'avaient laissé sur ma faim que celui-ci m'a hypnotisé. L'iimmortalité dans l'image de soi et non dans l'objet, il faut méditer sur ce sujet plus bouillant que jamais - je suis mûr pour un sonnet) Mes amis me manquent. Sachent-ils que je pense souvent à eux? Même en essayant d'éviter les inévitables essaims de bestioles en tout genre sur la piste cyclable faisant le tour de Verdun? Mais j'en n'ai avalé aucune. (Une phrase dans ma tête qui ne veut pas mourir : "Les ondées brûlantes déploient des pétales de chaleurs invisibles, lames d'éther qui pénètrent jusqu'en mon for impuissant ; détourner le regard et le corps est inutile dans la prison du vide aux barreaux forgés à même nos désirs insatisfaits." Encore une phrase qui persiste dans mes pattes de mouche d'encre agglutinée. Je fais du surplace dans mon exil) Trouver mes satisfactions. Dans toutes les actions que nous posons, dans tous les regards que nous lançons, dans les livres que nous lisons et l'alcool que nous buvons. Mais la solitude et l'ennui des nuages l'emportent parfois sur nos perceptions. Je ne vois qu'un voile dans la toile de fond bleue du ciel. Le ciel manque de turbulence, de fulgurance, de ces tempêtes que je cherche en vain, comme si j'étais incapable de me satisfaire de ce qui est. Ce texte n'aura pas de chute, comme les jours qui le nourrissent, prévisibles et manquant cruellement de mouvement. Prévisibles dans leurs crépuscules banals, dans leurs insupportables cris d'enfants de ruelle, dans la nonchalance feinte des passants - tout le monde semble si content de l'été, mais l'été est une enclume chauffée à blanc, et le soleil, son impitoyable marteau. Et ma tête qui reçoit péniblement tous ces coups.

vendredi 1 juillet 2016

Du lourd

"L'homme n'est rien d'autre que son image. Les philosophes peuvent bien nous expliquer que l'opinion du monde importe peu et que seul compte ce que nous sommes. Mais les philosophes ne comprennent rien. Tant que nous vivrons parmi les humains, nous serons ce pour quoi les humains nous tiennent. On passe pour un fourbe ou un roublard quand on se demande sans cesse comment les autres nous voient, quand on s'évertue à paraître aussi sympathique que possible. Mais entre mon moi et celui de l'autre, existe-t-il un contact direct, sans l'intermédiaire des yeux? L'amour est-il pensable sans la poursuite angoissée de sa propre image dans la pensée de la personne aimée? Dès que nous ne nous soucions plus de la façon dont l'autre nous voit, nous ne l'aimons plus."
- Milan Kundera, L'immortalité

descendre Saint-Denis
à toute vitesse
je dégrise en trente secondes
mode multitâche des réflexes
je risque l'accident
à chaque portière
à chaque personne
qui ne me voit pas
parce qu'elle ne pense pas
aux autres
(quasiment tout le temps finalement)
mais dans le passé
j'ai failli mourir deux fois
je vais la voir venir
quand ce sera la bonne
en attendant
juste quelques sensations fortes
pluie d'éclairs de l'adrénaline

j'ai failli faire un flat
mais c'est juste mon coeur
qui en a fait un


jeudi 30 juin 2016

Vendredi non jeudi soir - pas tout-à-fait le soir, le soleil point encore dans la ruelle ses confortables rayons - jeudi fin d'après-midi donc, je me repose.

La ruelle est vide. Elle, habituellement peuplée par la trâlée d'enfants du voisinage, est tranquille aujourd'hui. Pas de pire-père-de-la-terre en train d'engueuler ses enfants avec l'autorité inerte d'une bouée, pas de cris d'autres enfants qui pleurent leur vie pour un boire, non, pour la première fois depuis longtemps, je peux dire que je suis bien sur mon balcon donnant sur une ruelle digne d'une épopée à la Michel Tremblay. (Jules vient de partir ratourer les lieux, tout instinct qu'il est ce chat!)

Ma pile de lectures estivales est composée d'environ trente oeuvres (autant poétique, que romanesque, que théâtrale, qu'essayistique ; des plaquettes comme des briques). Sans douter un instant que je lirai toutes ses oeuvres pendant l'été (j'en ai lu deux juste hier), et pour faire un contrepoint à la monumentale bio sur Joyce que je lis depuis plusieurs jours déjà, je pige dans le tas à l'aveuglette et tombe sur L'immortalité de Milan Kundera, livre acheté neuf dollars dans une libraire sur la Plaza Saint-Hubert. (la voisine d'en haut arrose ses plantes sans se soucier le moins du monde si ça tombe sur notre balcon. Je protège mon portable, et ma bière, évidemment) Le livre de Kundera ne me dit rien de spécial, je l'ai acheté parce que j'en avais entendu de bons mots. Je l'ouvre. Et tombe. Je clanche 130 pages non-stop, le temps de 4 grosses Guinness, sans même prendre le temps de changer de positon sur ma chaise (je ne me souviens pas de la dernière fois que c'est arrivé). Il me semble que je tiens en mes mains un grand roman. Fuck les petits maîtres, je suis mûr pour un grand en ce moment. Envie irréductible de partager au moins cet extrait :

"La vocation de la poésie n'est pas de nous éblouir par une idée surprenante, mais de faire qu'un instant de l'être devienne inoubliable et digne d'une insoutenable nostalgie." (page 47)

(Je veux vraiment savoir ce que d'autres pourraient penser de cette phrase - Francis? Yoan? Bourbon? et certains autres qui me lisent mais ne commentent jamais ?)

Plusieurs autre extraits sont dignes de mention, mais je vais les taire pour l'instant (se savoir lu par certains - rappel du surmoi - oriente mon moi (Ce qu'il y a de pire que la censure est l'auto-censure : elle est la poix brûlante des gargouilles qui pétrifie l'action)). 

Je vais retourner lire le temps de ma dernière bière, le temps du fond de bourbon qui reste (très cher Francis, il deviendra un corps mort celui que nous avons plus qu'entamé l'autre fois), avant d'aller faire du vélo jusqu'au bout de la nuit, jusqu'à ce que Montréal se taise un instant - si rares ils sont ces instants, ce silence de la nuit que je voudrais entendre à chaque minute.


mardi 28 juin 2016


mes cris se perdent
dans la beauté totale de l'orage
la lucarne rétrécit et la pièce se tait

je cherche les atomes du sens
un langage dans le silence
qui rentre ses ronces dans ma peau

des munitions pour m'aider à passer
le déluge jusqu'à la prochaine
avalanche de noyades

mercredi 22 juin 2016

Son visage caché dans un contre-jour flou
Détaille drue une tristesse métallique;
Hoquets et spasmes en noir et blanc stroboscopiques
Martèlent éloquemment craintes, troubles et remous.

La guillotine invisible au-dessus du cou
Tremble aux fracas malsains des délires hystériques;
Elle se tait dans un mantra mélancolique,
Pour celle assassinée sous la lame d'un fou.

Puis elle chante l'écho lourd du désespoir,
Les lèvres étouffées dans un terrible entonnoir;
"Qu'est-il advenu de notre amour?" pleure-t-elle,

Il agonise sous les armes parvenues.
Et dans ses yeux, aucune larme n'étincelle,
La douleur de l'Homme dans une main tendue.

mardi 21 juin 2016

Paraîtrait-il qu'écrire permettrait de se libérer de ses obsessions. Dans l'écho silencieux de cette phrase, ce sont des aiguilles qui me traversent le cerveau et s'enfoncent dans les points névralgiques de ma psyché. Mes obsessions ne se tarissent pas dans l'écriture, elles décuplent. Parce que j'écris probablement toujours la même chose, des variations sur un même thème. Qui n'a pas encore pris sa forme la plus définie. Suis pris en quelque sorte devant une liberté qui se dérobe. Faire des choix. De mots. (J'entends le cortège du vent mais ne le vois pas. Le plus invisible danseur dansant sur la plus invisible musique. Et pourtant. Il est partout. Omniscience du vent.) Mes obsessions font leur lente procession. Je suis tiraillé entre l'admiration et l'écoeurement. L'impression de ressasser les mêmes choses m'amène une tentation. Celle de me taire. Mais la poésie peut-elle vivre même dans le silence le plus éloquent? (L'intellect est un bourreau. Les questionnements, son office. C'est une indicible torture qui serait rapidement battue du revers de la main par les véritables torturés les réfugiés les enfants de la guerre les pauvres les nécessiteux les misérables les alcooliques les toxicomanes les exploités ceux qui vendent leur corps au moins offrant ceux qui ont refusé de réfléchir qui s'en tiennent à leur illusoire conception du monde les bienheureux ignorants les évincés omis et proscrits les moutons blancs tondus de leur d'humanité. Question de relativité.) J'entends une réverbération sans savoir d'où elle vient. Probablement les ondes quelconques d'une mécanique quelconque qui a évacué l'humain de ses fonctions. Outils de l'amélioration de la qualité de vie au détriment de l'action, de la main à la pâte. (Ce profond désarroi me glace de sueurs dans la fournaise du matin. Je cherche encore dans l'inconnu et la matière vient à manquer. Non, c'est mon regard qui s'atrophie, mon imagination qui s'ampute. Chercher la beauté dans l'émerveillement. Voir les choses comme si c'était la première fois. À chaque fois.) Je devrais écrire plus. Écrire une histoire. Avec un début. Et une fin. Et entre les deux, j'imagine, des rebondissements, des portes ouvertes, des amoureux heureux ou malheureux, l'incontournable description du temps qui fait, un bulletin météo enjolivé de notre regard, caractéristiques relatives de notre perception, tracer l'orbite du jour, la révolution des heures, l'équité du temps donné, l'épuisement, la fatigue, l'espoir - ce prolongement de la douleur -, la crainte et la peur, les obsessions qui ne se tarissent pas parce qu'elles se sont glissées, comme des fatales couleuvres, sous le tapis de notre peau. Chair offerte au soleil qui grave sa chaleur dans les sillons du derme. Tremblements et heurts de la sensation. L'ébullition sourde d'une apnée en manque de divertissements. L'ennui comme des fondations sur lesquelles se construisent le changement et l'évolution. Ou qui vient ankyloser l'inspiration.

mardi 14 juin 2016

Sonnet (ou de la liberté dans la contrainte)

Spectre de bronze dans la chicane des heures,
De sa gueule dégouline le puissant fiel;
Enclume croulant sous le marteau démentiel,
Ma tête s'abrutit de marasmes malheurs.

L'entropie fracasse les ébauches ardeurs,
Combustion du phénix dans le trauma du ciel,
Les cendres volatiles de nos amours plurielles
Et la honte distillent leurs abjectes odeurs.

Et le chaos dévoile ses absurdes arcanes
Sur le sable explosé du passé mythomane,
Vers les origines d'une étoile inconnue;

Survient l'anathème d'une coda précoce,
Je butte sur le roc de mes peurs mises à nu
Et tombe dans le froid d'une angoisse féroce.

La confondante réalité des choses
Est ma découverte de tous les jours.
Chaque chose est ce qu'elle est
Et il est difficile d'expliquer à quiconque à quel point cela me réjouit,
Et à quel point cela me suffit.

Il suffit d'exister pour être complet.

J'ai écrit pas mal de poèmes.
J'en écrirai plus encore, naturellement.
Chacun de mes poèmes dit ça,
Et tous mes poèmes sont différents.
Puisque chaque chose qui existe est une manière de dire ça.

Quelquefois je me mets à regarder une pierre.
Je ne me mets pas à penser si elle sent.
Je ne me fourvoie pas en l'appelant ma soeur.
Mais je l'aime parce qu'elle est une pierre,
Je l'aime parce qu'elle ne ressent rien,
Je l'aime parce qu'elle n'a aucune parenté avec moi.

D'autres fois j'entends passer le vent,
Et je trouve que rien que pour entendre passer le vent, ça vaut la peine     d'être né.

Je ne sais pas ce que les autres penseront en lisant ceci ;
Mais je trouve que ce doit être bien puisque je le pense sans effort,
Sans la moindre idée de témoins attentifs à m'écouter penser ;
Puisque je le pense sans penser,
Puisque je le dis comme le disent mes mots.

Une fois on m'appelé poète matérialiste,
Et j'en ai été fort surpris, car j'étais à cent lieux de penser
Qu'on pût m'affubler du moindre nom.
Moi je ne suis même pas poète : je vois.
Si ce que j'écris à quelque valeur, ce n'est pas moi qui l'ai : 
La valeur se trouve ici, dans mes vers.
Tout ça est absolument indépendant de ma volonté.

- Alberto Caeiro (Fernando Pessoa), Poèmes désassemblés



lundi 13 juin 2016

l'hypnose du feu

le métal de nos alcools
dégouline sur la braise
et les flammes poussent leurs pierres
dans l'expertise du feu

la fumée dépasse l'air
et monte fulgurante et furieuse
les cendres s'envolent
nuées de ruines ensevelissant le jour

vestiges des arbres
odeurs et soupirs du bois
écartelé dans la dictature implacable du brasier

(les feuilles mortes tremblent
sous les pas de marcheurs invisibles)

le feu articule son langage
les flammes lèchent la sueur du bois
se pourlèchent de la sueur de l'air
et c'est à la tienne que je rêve

aimer autant le feu que l'arbre
est la paradoxe que j'ai choisi
tout ce charbon strié d'ombre
est en fait l'origine de l'encre
l'espoir que rien ne meure

c'est avec les arbres calcinés
que nous écrivons nos propres brûlures

mercredi 25 mai 2016

exercice de style - sonnet spontané

Je recherche sans cesse l'harmonie des corps,
Que nous avons égarée dans nos labyrinthes,
Où les tours et aléas d'imparables feintes
Taillent le silence qui conjure nos sorts.

Gauche, je bégaie dans l'asphyxie de l'effort;
Ton indifférence est l'avatar de mes craintes,
Dans nos fosses noires s'épuisent nos étreintes,
De ce vil bourbier naissent amertume et remords.

D'un geste banal tu désaccordes la lyre,
De nos chants imparfaits, du passé de nos rires,
Et nous nous éloignons dans la nuit capiteuse,

Où tu me laisses en proie à de nouveaux périls;
Le délire de cette solitude affreuse
Dans laquelle rapetisse mon coeur stérile.

dimanche 15 mai 2016

"Coming at roughly the half-way point of his output, Hamlet marks a sea-change in Shakespeare's view of himself and his abilities. Everything he had written seems like preparation for this moment, as he reaches higher and wider than ever before, going out of his way to show off every aspect of his consummate art, dazzling his audience with flights of fancy and psycho-analytical wisdom whose mysteries will never be fully fathomed. This sizzling display of poetry and philosophy, wit and insight, finds it central focus in one man, one very mortal man, perhaps the most complex creation in literary history, in whom every subsequent generation has found multiple reflections of itself. 
Not merely is Hamlet Shakespeare's longest play, and technically his most ambitious. As it lurches from comedy to tragedy, high art to low, violence to stillness, love to hatred, confusion to redemption, it tells the story of Everyman as never before or since, distilling as much individual and collective experience as can be contained in one frail, confused man of action, a poet-philosopher confronting all our own everyday problems while trying to solve one none of us will ever have to face."
- Anthony Holden, William Shakespeare  (1999 : 190-1)

Et ça continue comme ça pendant des lignes et des lignes et des lignes encore et encore et encore...

vendredi 13 mai 2016

courant de conscience

Vendredi matin au diable la ponctuation mes étudiants rédigent en silence que le bruit des crayons sur les feuilles qui se tournent au-dessus du drone de la ventilation défectueuse de la classe plafond suspendu grugé par les moisissures sur le point de tomber fissures sur les murs travail des poutres sur les fondations fatiguées pourquoi ce gris et ce beige pigments monochromes symboles de l'ennui total à quoi pensent-ils exactement toute leur énergie déployée sur un travail qui peut faire ou défaire leur session ébullition de cerveaux que j'espère avoir un tant soit peu allumés au fil de cette session plus je les regarde on me permettra de généraliser un peu et plus je pense que la nervosité l'emporte sur la réflexion les plus agités transpirent intérieurement je compatis un peu mais ce n'est pourtant pas si compliqué ils sont victimes de leur stress c'est ce qui paralyse le plus souvent leurs connaissances et fait naître leur insécurité et leur manque de confiance peut-on vraiment les blâmer ce n'est pas tous les jours qu'on se fait évaluer ce sacrosaint souci de performance du câlice semblant de vertus sociétales qui tétanisent jusque dans leurs fibres les corps naissants du lendemain mon café est froid et dégueulasse j'ai oublié d'y mettre du lait et c'est de l'eau de vaisselle non de l'eau d'aisselle que je bois en ce moment en attendant la bière Guinness or noir irlandais je m'ennuie de Dublin du Stag's Head des musiciens de rue des pintes qui s'entrechoquent de la bière qui coule à flots sur les vieilles rues pavées sols imbibés des excès des hommes de la ville dédale labyrinthe où se terrent les minotaures de notre conscience de ce soir qui s'est faite attendre depuis mardi je passerais la fin de semaine à ne rien faire pour une fois depuis quinze semaines mais dernier rush de correction qui commence y aller lentement posément avec ponctuation mais non phoque off une étudiante a un chandail avec Amor écrit dessus Amor fati Nietzsche encore lui est partout où je tourne mon esprit amour du destin accepter son destin c'est vrai que c'est pas fou irruption nerveuse discussion l'autre jour avec une amie qui me revient en tête à ce moment à propos d'une certaine poésie que je lis ces temps-ci et est-ce une impression peut-être fautive mais tout est tellement précieux découpé intimiste sculpté au scalpel treize mots uniquement pour dire quelque chose on dirait de tout petits feux d'artifice treize mots vendredi treize aujourd'hui si seulement les superstitions existaient encore un peu question qu'on se foute la chienne bien candidement mon discours est décousu ce n'est rien qu'un peu de prose directe dirait l'autre et qu'est-ce que ça peut bien faire je devrais les surveiller davantage je suis parti dans ma tête mon texte s'écrit tout seul je ne censure rien peut-être que certains trichent ils triompheront sans gloire fiers de dire qu'ils auront triché as-tu déjà triché pendant un examen toi moi jamais j'ignore pourquoi d'ailleurs irruption d'un stimulus une distraction survient une de mes étudiantes est en sandales et je vois son tatouage sur son pied believe in yourself évidemment c'est en anglais faudrait surtout pas se faire tatouer du français ou du joual sur le corps quand tu te crisses de l'anglais dans le sang je ne peux m'empêcher de penser que tu te crisses royalement de ta langue et de qui tu es bons Canadiens-français-québécois assimilés jusque dans leur sang encore une fois je généralise elle est belle la quête identitaire de Loup une idée d'ouverture monsieur ouais pensez à tirer une leçon de Forêts juste tirer une leçon par vous-mêmes sans que j'aie à vous donner la bonne réponse pour une fois mais je suis ce paradoxe aussi dévorant en anglais Shakespeare et Joyce je n'ai pas choisi d'aimer ces deux fous-là mais je me défends je connais mon Québec et je connais mon français j'ai fait mes classes pause j'aimerais entendre le bruit de l'eau en cascades envie de retourner vers Proust très bientôt drette là ce qu'il me manque mon malade préféré vous êtes un océan cher Marcel et vous vous êtes un volcan mon cher Jimi et Shakespeare le Barde il est quoi lui grand artificier inventeur de l'homme mon texte est long et confus j'ai dû perdre la majorité de mes lecteurs inconnus déjà personne ne le lira jusqu'au bout personne ne comprendra rien mais peut-être que de cette confusion naîtra un certain charme qui emportera le lecteur ailleurs (devrais-je ponctuer ce texte, question de le rendre plus intelligible?) non parce que ce qu'il y a dans ma tête est inintelligible les idées partent dans tous les sens je pense en même temps à l'Écosse à l'ostie d'Angleterre que je découvre encore et encore et encore dans la massive bio de Shakespeare que je suis en train de lire je pense au bout de la route 138 où l'océan Atlantique fait entendre son chant au calvaire des vacances qui m'attendent à l'angoisse de ne rien faire qui me fera comme d'habitude capoter un peu ces heures et ces heures de vélo d'écriture de lecture de ménage de promenades de procrastination de digressions de difficulté à regarder le temps qui passe mêmes images qui reviennent encore et avec elles lassitude et distraction finir mon recueil de poésie que je ne reconnais plus écrire quelque chose pour teinter le banal quotidien avec l'encre et le charme du chaos peut-il vraiment s'opérer dans cette illusion qu'est ce texte dans toutes les illusions que sont tous mes textes le temps file mon cours se termine dans deux minutes et je n'ai pas envie de reprendre le fil de mes pensées plus tard encore une fois ce texte sera incomplet je n'ai pas eu le temps d'écrire sur tout comme je n'ai jamais le temps d'écrire sur tout j'ai oublié de parler du temps dehors des nuages bleus où s'entassent et se dessinent l'orage à venir nervures invisibles que trace le vent tempête de pluie bienfaitrice éventail d'incohérences assumées superbes monstres d'ébène et idoles profanes de mes songes le temps que ce texte tombe dans l'oubli et l'indifférence ce texte est incomplet comme tout travail comme tout poème et comme toute vie et tout destin qu'il soit aimé accepté ou pas.


jeudi 5 mai 2016



fenêtre grande ouverte
Jules couché sur l'appui
son pelage boit le soleil
                  à grandes gorgées

rue St-Denis       fin d'après-midi
cortège bruyant de chars pressés
       de rentrer chez eux pour
       oublier le tumulte du jour

les mécaniques grondent
       sur Godspeed à tue-tête
déferlantes urbaines
       drones et gammes arabisantes

grésillements et bruits de la lumière
       les faisceaux se fendent
je force le chemin vers la source
                                 vers le magma du vide

échos souples venant des feux
          lointains poumons immolés
on peut presque sentir
     la sueur des asphyxies

je m'arrête            assourdi
    je n'entends plus rien
            dans le chaos sonore
        des distorsions du temps


mardi 3 mai 2016

Aphorisme 341

"Le poids le plus lourd - Que dirais-tu si un jour, si une nuit, un démon se glissait jusque dans ta solitude la plus reculée et te dise : "Cette vie telle que tu la vis maintenant et que tu l'as vécue, tu devras la vivre encore une fois et d'innombrables fois ; et il n'y aura rien de nouveau en elle, si ce n'est que chaque douleur et chaque plaisir, chaque pensée et chaque gémissement et ce tout ce qu'il y a d'indiciblement petit et grand dans ta vie devront revenir pour toi, et le tout dans le même ordre et la même succession - cette araignée-là également, et ce clair de lune entre les arbres, et cet instant-ci et moi-même. L'éternel sablier de l'existence ne cesse d'être renversé à nouveau, et toi avec lui ô grain de poussière de la poussière!" - Ne te jetterais-tu pas sur le sol, grinçant des dents et maudissant le démon qui te parlerait de la sorte? Ou bien te serait-il arrivé de vivre un instant formidable où tu aurais pu lui répondre : "Tu es un dieu, et jamais je n'entendis choses plus divines!" Si cette pensée exerçait sur toi son empire, elle te transformerait, faisant de toi, tel que tu es, un autre te broyant peut-être : la question posée à propose de tout : "Voudrais-tu de ceci encore une fois et d'innombrables fois?" pèserait comme le poids le plus lourd sur ton action! Ou combien ne te faudrait-il pas témoigner de bienveillance envers toi-même et la vie, pour ne désirer plus rien que cette dernière, éternelle confirmation, cette dernière, éternelle sanction."

- Le seul et unique Friedrich Nietzsche,  Le Gai savoir 


j'ai entendu tes soupirs
se lamenter dans mes souvenirs
languissant à la recherche
de nos baisers absents

jeudi 28 avril 2016

Bang bang de Nancy Sinatra
superbe effet de guitare
tremolo du spleen suave
et mélancolique de l'amante éconduite
douce tristesse des notes détonations
du fusil métaphorique de ton départ
de ce destin qu'elle n'a pas choisi
mais que tu rejettes malgré tout
malgré l'amour imparfait qui fusionne
vos vies plus qu'incomplètes
elle dépose les armes de son amour dans la boue

vibrato de son âme
la corde tremble et danse
macabre l'ombreflète
les railleries des anges
le satyre souriant l'invite
et tend la perche
vers l'esseulée amante qui se perd
dans le soupirail de son cou

la brûlure du noeud
comme un succédané d'étreinte
caresses des promesses devant ses doléances
la contingence vague
du souvenir de ton cou
elle s'endort dans un calme mirage
un imperceptible remous
la nuque brisée d'avoir trop dansé
avec celui qui n'est pas son époux


mardi 26 avril 2016

parenthèse ouvertincomplète

(Un moment comme un autre. Alcool récréatif. Je n'ai pas écrit une ligne depuis ma dernière entrée - exception faite d'un trait d'esprit qui n'est pas de moi - sinon un poème qui traîne pas loin à quelque part. Probablement mauvais si bien que je n'ai pas la force ni l'intérêt d'aller le chercher dans mon carnet dans mon sac pour le retranscrire. Un poème issu de nos habituels mardis. Mais c'était toi l'inspiré cette semaine-là. T'as foutu plein d'haïkus sur ton blog. Mais je suis en fin de rush de correction. Ai trop réfléchi à l'agonie de mon amie. J'ai le cerveau ankylosé. Me semble que ça ressemblait à

dans le midi puissant
le soleil travaille depuis des heures
la lumière vide les murs de leurs images
gravures grotesques et iconographies funèbres
apocalypse luthérienne qui jaunit et
perd de ses reliefs
que des murs lisses et plats
prêts à accueillir les reflets amputés
du monde amorcé depuis longtemps -
on ne fait que fuir l'attente

Quelque chose comme ça. Phoque datte. J'ai commencé à lire un livre plate aujourd'hui. Le genre de livre que tu termines au plus sacrant pour passer à autre chose au plus vite. L'histoire m'endort. Ce manque de cette énergie qui m'est si chère. C'est d'une gravité et d'une lourdeur insupportable. Froid et austère. Un bleugris fade. Très québécois. Faut rigoler merde. Pas la doxa humoristicomerdique habituelle. Faut rire pour de vrai. Les plus grandes oeuvres - Quichotte, la Recherche, Ulysse - sont hilarantes. Mais l'autre décline les spectres et les calques de la folie pendant d'inlassables pages. Et ses plates réactions. Il est tellement sérieux. Une virilité feinte. J'ai clanché le livre le cerveau à off, comme quand t'écoutes un film de merde.

Cette parenthèse sera simple et cette entrée n'aura pas de chute - tu as souligné quelques-unes de mes finales pas trop moches dernièrement mais celle-ci sera plate incomplète je devrais peut-être dans ce cas-là ne pas mettre ce texte sur mon blog mais nous nous sommes dit participe passé accident tellement pronominal le pronom réfléchi est complément indirect donc on n'accorde pas du Ennio Morricone joue à la radio trame sonore d'un des rares films que je n'ai pas vus je reconnais la beauté de sa mélodie crescendo dans les aiguës j'haïs ce mot avec son estie de tréma par rapport autre mélodie de Morricone western spaghetti landes solaires et poussiéreuses déserts de sables jaunes et beiges ces couleurs ne sont pas des choses donc on accorde je délire j'ai trop corrigé dernièrement que nous devions mettre nos textes sur nos blogs sans nous soucier de ceux qui lisent sans attendre de rétroactions de toute façon une fois lu ça tombe dans l'oubli tous les mots inutiles si seulement j'avais choisi la tranquillité et l'indifférence si seulement j'étais capable de croire en dieu pour me convaincre que tout va bien et que tout ira toujours bien parce que le paradis de merde nous attend au-dessus de l'amertume noyée des jours ordinaires qui passent mais non il faut foncer et s'en crisser ma tête a résisté à des coups de batte de baseball répétés et à tous les excès délibérés elle peut résister à un mur invisible que je me crée dans mes angoisses et mes doutes



"- How do you know it?

- That's what I do. I drink and I know things." 
                                                                          - Tyrion Lannister

jeudi 14 avril 2016

courant de conscience

Dans le métro direction L'Escalier rendez-vous habituel avec Francis je vais être en retard je n'ai même pas remarqué le temps qu'il fait je suis jamais en retard la dernière copie de la journée m'a pris un temps fou encore une autre journée éreintante de corrections ma musique suit mon mood Bach dans l'avant-midi Animal Collective dans l'après-midi et maintenant ce n'est rien d'autre qu'Against Me! dans le temps que Laura Jane Grace était encore Tom Gabel et qu'il/elle hurlait sa vie et son trouble dans un micro cheap dans un studio cheap mais avec une rickenbacker de course punk à l'impossible scream it until you're coughing up blood je voudrais m'étrangler dans mes propres cordes vocales arrachées à mains nues trempées dans des sangs inconnus de milliers de morts morts pour rien avant d'avoir pu exprimer toute leur philosophique colère et toute leur philosophique violence et tes cris Laura ou Tom je ne sais plus déchirent et martèlent mes tympans usés de ta rage pertinente je suis celui qui reçoit tous les échos des fureurs morts-nées full of sound and fury signifying nothing you fucking bet Macbeth enclume lucide martelée du malheur des autres désastres en attendant demain en redoutant que l'aube se brise mais Against Me! nom de groupe le plus significatif qui soit je me souviens de notre show ensemble c'est à toi mon Karl que je pense quand j'écoute ça à ton midi terrible qui vacille mes blessures sont rien devant tes plaies ouvertes qui refusent les stases qu'on pourra laver avec nos larmes si tu veux bien pleurer sur mon épaule vibrato de la corde du tragique tendu entre ton destin et le sien et vous marchez lentement mais la tempête se lève orée de la chute et j'ai peur pour vous estie de cancer de marde porteur de mort pas poétisable pour deux maudites cennes rien à rendre beau dans votre malheur mon ami je suis désolé la seule chose qu'il y a de beau c'est l'amour entre vous deux plus fort même si elle s'étiole... Ce soir dans le but avoué mais ridicule d'essayer de repousser l'estie de faucheuse je vais éteindre toutes les lumières sauf une petite chandelle je vais boire mon whisky au goulot à grandes lampées à votre amour et je pleurerai tout mon soûl en maudissant le monde comme je le fais d'habitude seulement là je vais avoir une crisse de bonne raison vous êtes tellement plus que des mots qui passent ces mots qui explosent devant cette métaphore qui ne vient pas je suis à court d'image pour vous dire combien j'aimerais tuer ce cancer-là... C'est plate de même et c'est ça qui est ça quand mes amis meurent j'pleure...

Citation du jour

En préparant mon cours sur le joual, je tombe sur cette citation de Mononc' Serge :

"Le joual, c't'un diamant en plywood gossé a'ec un couteau d'pêche."

C'est de la métaphore de grand champion international de course!

mercredi 6 avril 2016


6 avril.
Corrections.
Jordi Savall jouant 83 pièces de viole des Cinq livres de Marin Marais.
Dans Folies d'Espagne du Second livre,
on dirait un quatuor à lui seul.
Lapsang souchong bouillant.
En attendant le Laphroaig 10 ans.
(On se récompense comme on peut)
J'entends déjà la nuit.
Le travail est lent,
le sublime baroque l'emporte.
Et il neige...
         Après ma colère.
         C'est la tempête qui me calme...

vendredi 1 avril 2016

soliloque abscons

à chaque fois que je termine un rush de correction je m'enfonce et me perds complètement dans la lecture huit livres en quatorze jour c'est beaucoup trop saturée ma tête est trop pleine de déchirements de pensées de délire flamboyant de mots et d'images impossibles et hallucinés

un rêve québécois est en fait un cauchemar sublimant une violence inouïe réactionnaire d'un peuple qui refuse d'en être un                                                    à la dérive

satan belhumeur jouissif délire d'amours interdites et décadentes sous le signe du puissant rhino ferronnesque franc-maçon d'une politique absurde trouée de lumière dans les sombres soixante-dix

et après Nietzsche est revenu par la bande ouvrir les plaies encore vivaces pour y jeter sa poix brûlante le supplice du lucide ce pari nietzschéen que je relève depuis longtemps où ma vie n'était que solitude dans un piètre pastiche du crucifié nomade ou du poète aux semelles de vent

exiles érodés par des souffles inconstants entre chicoutimi et montréal combien de temps passé loin de la pierre inébranlable de mes origines je suis exilé en mon propre pas-de-pays à chaque fois près de l'étouffement

peu importe on revient toujours toujours à Nietzsche à la fois magma marteau et dynamite et l'air est étrangement moins amer sous son soleil moins vicié malgré le bourbier urbain de la fange malodorante

je sens le fil de la colère se tendre et j'ai peur qu'il rompe l'homme révolté que de colère maîtrisée c'est probablement un de ses plus grands mérites j'ai peur que ça me rende fou
                                                                                embracing chaos

je marche dans les rues déracinées dans la gueule ouverte du granit je m'ennuie de l'authenticité des souches 

j'entends encore l'écho de sa démarche autoritaire chaque coup de talons sur mes tympans reine sans sceptre illuminant le soleil lançant un rayon sur le barbelé du suicidé

couché dans le sommeil de gravats et de ruines qui percent et raflent la peau un champ de cailloux dans le soulier de l'âme

dehors les voitures filent inconnues jusqu'au bout de nulle part phosphènes des gyrophares qui coulent et tachent le soir comme une peinture gazeuse couché mes livres à mon chevet je me demande qui de moi ou du conducteur fantôme va le plus loin

douloureux prolongement de l'espoir attendre dans le faisceau blanc du sablier vide l'adéquation de tous les prismes de l'amour

nous pouvons construire de nouveaux artéfacts orfèvrerie des reliques mais les automates mobiles passent dans leur ignorance indifférente dans le confort de l'engrenage imparfait 

au bout de la nuit c'est un océan d'or noir qui brûle et l'homme observe béat ce ballet de flammes traçant de sombres desseins je vois les yeux en larmes le coeur d'une forêt explosé 

je dois faire table rase

lundi 28 mars 2016


ce fut une autre nuit acide
je me suis réveillé les bras croisés
- fermeture du rêve -
octane alcalin dans la gorge
(regrets des combats
amertume d'une victoire vaniteuse)
l'insomnie s'obstine
la névrose expulse les intrus
et règne en reine désormais
dans son empire de poussières inachevées

j'enterre les échos
l'indifférence déferle
et j'écoute le calme de l'avalanche à naître