mercredi 22 juin 2016

Son visage caché dans un contre-jour flou
Détaille drue une tristesse métallique;
Hoquets et spasmes en noir et blanc stroboscopiques
Martèlent éloquemment craintes, troubles et remous.

La guillotine invisible au-dessus du cou
Tremble aux fracas malsains des délires hystériques;
Elle se tait dans un mantra mélancolique,
Pour celle assassinée sous la lame d'un fou.

Puis elle chante l'écho lourd du désespoir,
Les lèvres étouffées dans un terrible entonnoir;
"Qu'est-il advenu de notre amour?" pleure-t-elle,

Il agonise sous les armes parvenues.
Et dans ses yeux, aucune larme n'étincelle,
La douleur de l'Homme dans une main tendue.

mardi 21 juin 2016

Paraîtrait-il qu'écrire permettrait de se libérer de ses obsessions. Dans l'écho silencieux de cette phrase, ce sont des aiguilles qui me traversent le cerveau et s'enfoncent dans les points névralgiques de ma psyché. Mes obsessions ne se tarissent pas dans l'écriture, elles décuplent. Parce que j'écris probablement toujours la même chose, des variations sur un même thème. Qui n'a pas encore pris sa forme la plus définie. Suis pris en quelque sorte devant une liberté qui se dérobe. Faire des choix. De mots. (J'entends le cortège du vent mais ne le vois pas. Le plus invisible danseur dansant sur la plus invisible musique. Et pourtant. Il est partout. Omniscience du vent.) Mes obsessions font leur lente procession. Je suis tiraillé entre l'admiration et l'écoeurement. L'impression de ressasser les mêmes choses m'amène une tentation. Celle de me taire. Mais la poésie peut-elle vivre même dans le silence le plus éloquent? (L'intellect est un bourreau. Les questionnements, son office. C'est une indicible torture qui serait rapidement battue du revers de la main par les véritables torturés les réfugiés les enfants de la guerre les pauvres les nécessiteux les misérables les alcooliques les toxicomanes les exploités ceux qui vendent leur corps au moins offrant ceux qui ont refusé de réfléchir qui s'en tiennent à leur illusoire conception du monde les bienheureux ignorants les évincés omis et proscrits les moutons blancs tondus de leur d'humanité. Question de relativité.) J'entends une réverbération sans savoir d'où elle vient. Probablement les ondes quelconques d'une mécanique quelconque qui a évacué l'humain de ses fonctions. Outils de l'amélioration de la qualité de vie au détriment de l'action, de la main à la pâte. (Ce profond désarroi me glace de sueurs dans la fournaise du matin. Je cherche encore dans l'inconnu et la matière vient à manquer. Non, c'est mon regard qui s'atrophie, mon imagination qui s'ampute. Chercher la beauté dans l'émerveillement. Voir les choses comme si c'était la première fois. À chaque fois.) Je devrais écrire plus. Écrire une histoire. Avec un début. Et une fin. Et entre les deux, j'imagine, des rebondissements, des portes ouvertes, des amoureux heureux ou malheureux, l'incontournable description du temps qui fait, un bulletin météo enjolivé de notre regard, caractéristiques relatives de notre perception, tracer l'orbite du jour, la révolution des heures, l'équité du temps donné, l'épuisement, la fatigue, l'espoir - ce prolongement de la douleur -, la crainte et la peur, les obsessions qui ne se tarissent pas parce qu'elles se sont glissées, comme des fatales couleuvres, sous le tapis de notre peau. Chair offerte au soleil qui grave sa chaleur dans les sillons du derme. Tremblements et heurts de la sensation. L'ébullition sourde d'une apnée en manque de divertissements. L'ennui comme des fondations sur lesquelles se construisent le changement et l'évolution. Ou qui vient ankyloser l'inspiration.

mardi 14 juin 2016

Sonnet (ou de la liberté dans la contrainte)

Spectre de bronze dans la chicane des heures,
De sa gueule dégouline le puissant fiel;
Enclume croulant sous le marteau démentiel,
Ma tête s'abrutit de marasmes malheurs.

L'entropie fracasse les ébauches ardeurs,
Combustion du phénix dans le trauma du ciel,
Les cendres volatiles de nos amours plurielles
Et la honte distillent leurs abjectes odeurs.

Et le chaos dévoile ses absurdes arcanes
Sur le sable explosé du passé mythomane,
Vers les origines d'une étoile inconnue;

Survient l'anathème d'une coda précoce,
Je butte sur le roc de mes peurs mises à nu
Et tombe dans le froid d'une angoisse féroce.

La confondante réalité des choses
Est ma découverte de tous les jours.
Chaque chose est ce qu'elle est
Et il est difficile d'expliquer à quiconque à quel point cela me réjouit,
Et à quel point cela me suffit.

Il suffit d'exister pour être complet.

J'ai écrit pas mal de poèmes.
J'en écrirai plus encore, naturellement.
Chacun de mes poèmes dit ça,
Et tous mes poèmes sont différents.
Puisque chaque chose qui existe est une manière de dire ça.

Quelquefois je me mets à regarder une pierre.
Je ne me mets pas à penser si elle sent.
Je ne me fourvoie pas en l'appelant ma soeur.
Mais je l'aime parce qu'elle est une pierre,
Je l'aime parce qu'elle ne ressent rien,
Je l'aime parce qu'elle n'a aucune parenté avec moi.

D'autres fois j'entends passer le vent,
Et je trouve que rien que pour entendre passer le vent, ça vaut la peine     d'être né.

Je ne sais pas ce que les autres penseront en lisant ceci ;
Mais je trouve que ce doit être bien puisque je le pense sans effort,
Sans la moindre idée de témoins attentifs à m'écouter penser ;
Puisque je le pense sans penser,
Puisque je le dis comme le disent mes mots.

Une fois on m'appelé poète matérialiste,
Et j'en ai été fort surpris, car j'étais à cent lieux de penser
Qu'on pût m'affubler du moindre nom.
Moi je ne suis même pas poète : je vois.
Si ce que j'écris à quelque valeur, ce n'est pas moi qui l'ai : 
La valeur se trouve ici, dans mes vers.
Tout ça est absolument indépendant de ma volonté.

- Alberto Caeiro (Fernando Pessoa), Poèmes désassemblés



lundi 13 juin 2016

l'hypnose du feu

le métal de nos alcools
dégouline sur la braise
et les flammes poussent leurs pierres
dans l'expertise du feu

la fumée dépasse l'air
et monte fulgurante et furieuse
les cendres s'envolent
nuées de ruines ensevelissant le jour

vestiges des arbres
odeurs et soupirs du bois
écartelé dans la dictature implacable du brasier

(les feuilles mortes tremblent
sous les pas de marcheurs invisibles)

le feu articule son langage
les flammes lèchent la sueur du bois
se pourlèchent de la sueur de l'air
et c'est à la tienne que je rêve

aimer autant le feu que l'arbre
est la paradoxe que j'ai choisi
tout ce charbon strié d'ombre
est en fait l'origine de l'encre
l'espoir que rien ne meure

c'est avec les arbres calcinés
que nous écrivons nos propres brûlures

mercredi 25 mai 2016

exercice de style - sonnet spontané

Je recherche sans cesse l'harmonie des corps,
Que nous avons égarée dans nos labyrinthes,
Où les tours et aléas d'imparables feintes
Taillent le silence qui conjure nos sorts.

Gauche, je bégaie dans l'asphyxie de l'effort;
Ton indifférence est l'avatar de mes craintes,
Dans nos fosses noires s'épuisent nos étreintes,
De ce vil bourbier naissent amertume et remords.

D'un geste banal tu désaccordes la lyre,
De nos chants imparfaits, du passé de nos rires,
Et nous nous éloignons dans la nuit capiteuse,

Où tu me laisses en proie à de nouveaux périls;
Le délire de cette solitude affreuse
Dans laquelle rapetisse mon coeur stérile.

dimanche 15 mai 2016

"Coming at roughly the half-way point of his output, Hamlet marks a sea-change in Shakespeare's view of himself and his abilities. Everything he had written seems like preparation for this moment, as he reaches higher and wider than ever before, going out of his way to show off every aspect of his consummate art, dazzling his audience with flights of fancy and psycho-analytical wisdom whose mysteries will never be fully fathomed. This sizzling display of poetry and philosophy, wit and insight, finds it central focus in one man, one very mortal man, perhaps the most complex creation in literary history, in whom every subsequent generation has found multiple reflections of itself. 
Not merely is Hamlet Shakespeare's longest play, and technically his most ambitious. As it lurches from comedy to tragedy, high art to low, violence to stillness, love to hatred, confusion to redemption, it tells the story of Everyman as never before or since, distilling as much individual and collective experience as can be contained in one frail, confused man of action, a poet-philosopher confronting all our own everyday problems while trying to solve one none of us will ever have to face."
- Anthony Holden, William Shakespeare  (1999 : 190-1)

Et ça continue comme ça pendant des lignes et des lignes et des lignes encore et encore et encore...

vendredi 13 mai 2016

courant de conscience

Vendredi matin au diable la ponctuation mes étudiants rédigent en silence que le bruit des crayons sur les feuilles qui se tournent au-dessus du drone de la ventilation défectueuse de la classe plafond suspendu grugé par les moisissures sur le point de tomber fissures sur les murs travail des poutres sur les fondations fatiguées pourquoi ce gris et ce beige pigments monochromes symboles de l'ennui total à quoi pensent-ils exactement toute leur énergie déployée sur un travail qui peut faire ou défaire leur session ébullition de cerveaux que j'espère avoir un tant soit peu allumés au fil de cette session plus je les regarde on me permettra de généraliser un peu et plus je pense que la nervosité l'emporte sur la réflexion les plus agités transpirent intérieurement je compatis un peu mais ce n'est pourtant pas si compliqué ils sont victimes de leur stress c'est ce qui paralyse le plus souvent leurs connaissances et fait naître leur insécurité et leur manque de confiance peut-on vraiment les blâmer ce n'est pas tous les jours qu'on se fait évaluer ce sacrosaint souci de performance du câlice semblant de vertus sociétales qui tétanisent jusque dans leurs fibres les corps naissants du lendemain mon café est froid et dégueulasse j'ai oublié d'y mettre du lait et c'est de l'eau de vaisselle non de l'eau d'aisselle que je bois en ce moment en attendant la bière Guinness or noir irlandais je m'ennuie de Dublin du Stag's Head des musiciens de rue des pintes qui s'entrechoquent de la bière qui coule à flots sur les vieilles rues pavées sols imbibés des excès des hommes de la ville dédale labyrinthe où se terrent les minotaures de notre conscience de ce soir qui s'est faite attendre depuis mardi je passerais la fin de semaine à ne rien faire pour une fois depuis quinze semaines mais dernier rush de correction qui commence y aller lentement posément avec ponctuation mais non phoque off une étudiante a un chandail avec Amor écrit dessus Amor fati Nietzsche encore lui est partout où je tourne mon esprit amour du destin accepter son destin c'est vrai que c'est pas fou irruption nerveuse discussion l'autre jour avec une amie qui me revient en tête à ce moment à propos d'une certaine poésie que je lis ces temps-ci et est-ce une impression peut-être fautive mais tout est tellement précieux découpé intimiste sculpté au scalpel treize mots uniquement pour dire quelque chose on dirait de tout petits feux d'artifice treize mots vendredi treize aujourd'hui si seulement les superstitions existaient encore un peu question qu'on se foute la chienne bien candidement mon discours est décousu ce n'est rien qu'un peu de prose directe dirait l'autre et qu'est-ce que ça peut bien faire je devrais les surveiller davantage je suis parti dans ma tête mon texte s'écrit tout seul je ne censure rien peut-être que certains trichent ils triompheront sans gloire fiers de dire qu'ils auront triché as-tu déjà triché pendant un examen toi moi jamais j'ignore pourquoi d'ailleurs irruption d'un stimulus une distraction survient une de mes étudiantes est en sandales et je vois son tatouage sur son pied believe in yourself évidemment c'est en anglais faudrait surtout pas se faire tatouer du français ou du joual sur le corps quand tu te crisses de l'anglais dans le sang je ne peux m'empêcher de penser que tu te crisses royalement de ta langue et de qui tu es bons Canadiens-français-québécois assimilés jusque dans leur sang encore une fois je généralise elle est belle la quête identitaire de Loup une idée d'ouverture monsieur ouais pensez à tirer une leçon de Forêts juste tirer une leçon par vous-mêmes sans que j'aie à vous donner la bonne réponse pour une fois mais je suis ce paradoxe aussi dévorant en anglais Shakespeare et Joyce je n'ai pas choisi d'aimer ces deux fous-là mais je me défends je connais mon Québec et je connais mon français j'ai fait mes classes pause j'aimerais entendre le bruit de l'eau en cascades envie de retourner vers Proust très bientôt drette là ce qu'il me manque mon malade préféré vous êtes un océan cher Marcel et vous vous êtes un volcan mon cher Jimi et Shakespeare le Barde il est quoi lui grand artificier inventeur de l'homme mon texte est long et confus j'ai dû perdre la majorité de mes lecteurs inconnus déjà personne ne le lira jusqu'au bout personne ne comprendra rien mais peut-être que de cette confusion naîtra un certain charme qui emportera le lecteur ailleurs (devrais-je ponctuer ce texte, question de le rendre plus intelligible?) non parce que ce qu'il y a dans ma tête est inintelligible les idées partent dans tous les sens je pense en même temps à l'Écosse à l'ostie d'Angleterre que je découvre encore et encore et encore dans la massive bio de Shakespeare que je suis en train de lire je pense au bout de la route 138 où l'océan Atlantique fait entendre son chant au calvaire des vacances qui m'attendent à l'angoisse de ne rien faire qui me fera comme d'habitude capoter un peu ces heures et ces heures de vélo d'écriture de lecture de ménage de promenades de procrastination de digressions de difficulté à regarder le temps qui passe mêmes images qui reviennent encore et avec elles lassitude et distraction finir mon recueil de poésie que je ne reconnais plus écrire quelque chose pour teinter le banal quotidien avec l'encre et le charme du chaos peut-il vraiment s'opérer dans cette illusion qu'est ce texte dans toutes les illusions que sont tous mes textes le temps file mon cours se termine dans deux minutes et je n'ai pas envie de reprendre le fil de mes pensées plus tard encore une fois ce texte sera incomplet je n'ai pas eu le temps d'écrire sur tout comme je n'ai jamais le temps d'écrire sur tout j'ai oublié de parler du temps dehors des nuages bleus où s'entassent et se dessinent l'orage à venir nervures invisibles que trace le vent tempête de pluie bienfaitrice éventail d'incohérences assumées superbes monstres d'ébène et idoles profanes de mes songes le temps que ce texte tombe dans l'oubli et l'indifférence ce texte est incomplet comme tout travail comme tout poème et comme toute vie et tout destin qu'il soit aimé accepté ou pas.


jeudi 5 mai 2016



fenêtre grande ouverte
Jules couché sur l'appui
son pelage boit le soleil
                  à grandes gorgées

rue St-Denis       fin d'après-midi
cortège bruyant de chars pressés
       de rentrer chez eux pour
       oublier le tumulte du jour

les mécaniques grondent
       sur Godspeed à tue-tête
déferlantes urbaines
       drones et gammes arabisantes

grésillements et bruits de la lumière
       les faisceaux se fendent
je force le chemin vers la source
                                 vers le magma du vide

échos souples venant des feux
          lointains poumons immolés
on peut presque sentir
     la sueur des asphyxies

je m'arrête            assourdi
    je n'entends plus rien
            dans le chaos sonore
        des distorsions du temps


mardi 3 mai 2016

Aphorisme 341

"Le poids le plus lourd - Que dirais-tu si un jour, si une nuit, un démon se glissait jusque dans ta solitude la plus reculée et te dise : "Cette vie telle que tu la vis maintenant et que tu l'as vécue, tu devras la vivre encore une fois et d'innombrables fois ; et il n'y aura rien de nouveau en elle, si ce n'est que chaque douleur et chaque plaisir, chaque pensée et chaque gémissement et ce tout ce qu'il y a d'indiciblement petit et grand dans ta vie devront revenir pour toi, et le tout dans le même ordre et la même succession - cette araignée-là également, et ce clair de lune entre les arbres, et cet instant-ci et moi-même. L'éternel sablier de l'existence ne cesse d'être renversé à nouveau, et toi avec lui ô grain de poussière de la poussière!" - Ne te jetterais-tu pas sur le sol, grinçant des dents et maudissant le démon qui te parlerait de la sorte? Ou bien te serait-il arrivé de vivre un instant formidable où tu aurais pu lui répondre : "Tu es un dieu, et jamais je n'entendis choses plus divines!" Si cette pensée exerçait sur toi son empire, elle te transformerait, faisant de toi, tel que tu es, un autre te broyant peut-être : la question posée à propose de tout : "Voudrais-tu de ceci encore une fois et d'innombrables fois?" pèserait comme le poids le plus lourd sur ton action! Ou combien ne te faudrait-il pas témoigner de bienveillance envers toi-même et la vie, pour ne désirer plus rien que cette dernière, éternelle confirmation, cette dernière, éternelle sanction."

- Le seul et unique Friedrich Nietzsche,  Le Gai savoir 


j'ai entendu tes soupirs
se lamenter dans mes souvenirs
languissant à la recherche
de nos baisers absents

jeudi 28 avril 2016

Bang bang de Nancy Sinatra
superbe effet de guitare
tremolo du spleen suave
et mélancolique de l'amante éconduite
douce tristesse des notes détonations
du fusil métaphorique de ton départ
de ce destin qu'elle n'a pas choisi
mais que tu rejettes malgré tout
malgré l'amour imparfait qui fusionne
vos vies plus qu'incomplètes
elle dépose les armes de son amour dans la boue

vibrato de son âme
la corde tremble et danse
macabre l'ombreflète
les railleries des anges
le satyre souriant l'invite
et tend la perche
vers l'esseulée amante qui se perd
dans le soupirail de son cou

la brûlure du noeud
comme un succédané d'étreinte
caresses des promesses devant ses doléances
la contingence vague
du souvenir de ton cou
elle s'endort dans un calme mirage
un imperceptible remous
la nuque brisée d'avoir trop dansé
avec celui qui n'est pas son époux


mardi 26 avril 2016

parenthèse ouvertincomplète

(Un moment comme un autre. Alcool récréatif. Je n'ai pas écrit une ligne depuis ma dernière entrée - exception faite d'un trait d'esprit qui n'est pas de moi - sinon un poème qui traîne pas loin à quelque part. Probablement mauvais si bien que je n'ai pas la force ni l'intérêt d'aller le chercher dans mon carnet dans mon sac pour le retranscrire. Un poème issu de nos habituels mardis. Mais c'était toi l'inspiré cette semaine-là. T'as foutu plein d'haïkus sur ton blog. Mais je suis en fin de rush de correction. Ai trop réfléchi à l'agonie de mon amie. J'ai le cerveau ankylosé. Me semble que ça ressemblait à

dans le midi puissant
le soleil travaille depuis des heures
la lumière vide les murs de leurs images
gravures grotesques et iconographies funèbres
apocalypse luthérienne qui jaunit et
perd de ses reliefs
que des murs lisses et plats
prêts à accueillir les reflets amputés
du monde amorcé depuis longtemps -
on ne fait que fuir l'attente

Quelque chose comme ça. Phoque datte. J'ai commencé à lire un livre plate aujourd'hui. Le genre de livre que tu termines au plus sacrant pour passer à autre chose au plus vite. L'histoire m'endort. Ce manque de cette énergie qui m'est si chère. C'est d'une gravité et d'une lourdeur insupportable. Froid et austère. Un bleugris fade. Très québécois. Faut rigoler merde. Pas la doxa humoristicomerdique habituelle. Faut rire pour de vrai. Les plus grandes oeuvres - Quichotte, la Recherche, Ulysse - sont hilarantes. Mais l'autre décline les spectres et les calques de la folie pendant d'inlassables pages. Et ses plates réactions. Il est tellement sérieux. Une virilité feinte. J'ai clanché le livre le cerveau à off, comme quand t'écoutes un film de merde.

Cette parenthèse sera simple et cette entrée n'aura pas de chute - tu as souligné quelques-unes de mes finales pas trop moches dernièrement mais celle-ci sera plate incomplète je devrais peut-être dans ce cas-là ne pas mettre ce texte sur mon blog mais nous nous sommes dit participe passé accident tellement pronominal le pronom réfléchi est complément indirect donc on n'accorde pas du Ennio Morricone joue à la radio trame sonore d'un des rares films que je n'ai pas vus je reconnais la beauté de sa mélodie crescendo dans les aiguës j'haïs ce mot avec son estie de tréma par rapport autre mélodie de Morricone western spaghetti landes solaires et poussiéreuses déserts de sables jaunes et beiges ces couleurs ne sont pas des choses donc on accorde je délire j'ai trop corrigé dernièrement que nous devions mettre nos textes sur nos blogs sans nous soucier de ceux qui lisent sans attendre de rétroactions de toute façon une fois lu ça tombe dans l'oubli tous les mots inutiles si seulement j'avais choisi la tranquillité et l'indifférence si seulement j'étais capable de croire en dieu pour me convaincre que tout va bien et que tout ira toujours bien parce que le paradis de merde nous attend au-dessus de l'amertume noyée des jours ordinaires qui passent mais non il faut foncer et s'en crisser ma tête a résisté à des coups de batte de baseball répétés et à tous les excès délibérés elle peut résister à un mur invisible que je me crée dans mes angoisses et mes doutes



"- How do you know it?

- That's what I do. I drink and I know things." 
                                                                          - Tyrion Lannister

jeudi 14 avril 2016

courant de conscience

Dans le métro direction L'Escalier rendez-vous habituel avec Francis je vais être en retard je n'ai même pas remarqué le temps qu'il fait je suis jamais en retard la dernière copie de la journée m'a pris un temps fou encore une autre journée éreintante de corrections ma musique suit mon mood Bach dans l'avant-midi Animal Collective dans l'après-midi et maintenant ce n'est rien d'autre qu'Against Me! dans le temps que Laura Jane Grace était encore Tom Gabel et qu'il/elle hurlait sa vie et son trouble dans un micro cheap dans un studio cheap mais avec une rickenbacker de course punk à l'impossible scream it until you're coughing up blood je voudrais m'étrangler dans mes propres cordes vocales arrachées à mains nues trempées dans des sangs inconnus de milliers de morts morts pour rien avant d'avoir pu exprimer toute leur philosophique colère et toute leur philosophique violence et tes cris Laura ou Tom je ne sais plus déchirent et martèlent mes tympans usés de ta rage pertinente je suis celui qui reçoit tous les échos des fureurs morts-nées full of sound and fury signifying nothing you fucking bet Macbeth enclume lucide martelée du malheur des autres désastres en attendant demain en redoutant que l'aube se brise mais Against Me! nom de groupe le plus significatif qui soit je me souviens de notre show ensemble c'est à toi mon Karl que je pense quand j'écoute ça à ton midi terrible qui vacille mes blessures sont rien devant tes plaies ouvertes qui refusent les stases qu'on pourra laver avec nos larmes si tu veux bien pleurer sur mon épaule vibrato de la corde du tragique tendu entre ton destin et le sien et vous marchez lentement mais la tempête se lève orée de la chute et j'ai peur pour vous estie de cancer de marde porteur de mort pas poétisable pour deux maudites cennes rien à rendre beau dans votre malheur mon ami je suis désolé la seule chose qu'il y a de beau c'est l'amour entre vous deux plus fort même si elle s'étiole... Ce soir dans le but avoué mais ridicule d'essayer de repousser l'estie de faucheuse je vais éteindre toutes les lumières sauf une petite chandelle je vais boire mon whisky au goulot à grandes lampées à votre amour et je pleurerai tout mon soûl en maudissant le monde comme je le fais d'habitude seulement là je vais avoir une crisse de bonne raison vous êtes tellement plus que des mots qui passent ces mots qui explosent devant cette métaphore qui ne vient pas je suis à court d'image pour vous dire combien j'aimerais tuer ce cancer-là... C'est plate de même et c'est ça qui est ça quand mes amis meurent j'pleure...

Citation du jour

En préparant mon cours sur le joual, je tombe sur cette citation de Mononc' Serge :

"Le joual, c't'un diamant en plywood gossé a'ec un couteau d'pêche."

C'est de la métaphore de grand champion international de course!

mercredi 6 avril 2016


6 avril.
Corrections.
Jordi Savall jouant 83 pièces de viole des Cinq livres de Marin Marais.
Dans Folies d'Espagne du Second livre,
on dirait un quatuor à lui seul.
Lapsang souchong bouillant.
En attendant le Laphroaig 10 ans.
(On se récompense comme on peut)
J'entends déjà la nuit.
Le travail est lent,
le sublime baroque l'emporte.
Et il neige...
         Après ma colère.
         C'est la tempête qui me calme...

vendredi 1 avril 2016

soliloque abscons

à chaque fois que je termine un rush de correction je m'enfonce et me perds complètement dans la lecture huit livres en quatorze jour c'est beaucoup trop saturée ma tête est trop pleine de déchirements de pensées de délire flamboyant de mots et d'images impossibles et hallucinés

un rêve québécois est en fait un cauchemar sublimant une violence inouïe réactionnaire d'un peuple qui refuse d'en être un                                                    à la dérive

satan belhumeur jouissif délire d'amours interdites et décadentes sous le signe du puissant rhino ferronnesque franc-maçon d'une politique absurde trouée de lumière dans les sombres soixante-dix

et après Nietzsche est revenu par la bande ouvrir les plaies encore vivaces pour y jeter sa poix brûlante le supplice du lucide ce pari nietzschéen que je relève depuis longtemps où ma vie n'était que solitude dans un piètre pastiche du crucifié nomade ou du poète aux semelles de vent

exiles érodés par des souffles inconstants entre chicoutimi et montréal combien de temps passé loin de la pierre inébranlable de mes origines je suis exilé en mon propre pas-de-pays à chaque fois près de l'étouffement

peu importe on revient toujours toujours à Nietzsche à la fois magma marteau et dynamite et l'air est étrangement moins amer sous son soleil moins vicié malgré le bourbier urbain de la fange malodorante

je sens le fil de la colère se tendre et j'ai peur qu'il rompe l'homme révolté que de colère maîtrisée c'est probablement un de ses plus grands mérites j'ai peur que ça me rende fou
                                                                                embracing chaos

je marche dans les rues déracinées dans la gueule ouverte du granit je m'ennuie de l'authenticité des souches 

j'entends encore l'écho de sa démarche autoritaire chaque coup de talons sur mes tympans reine sans sceptre illuminant le soleil lançant un rayon sur le barbelé du suicidé

couché dans le sommeil de gravats et de ruines qui percent et raflent la peau un champ de cailloux dans le soulier de l'âme

dehors les voitures filent inconnues jusqu'au bout de nulle part phosphènes des gyrophares qui coulent et tachent le soir comme une peinture gazeuse couché mes livres à mon chevet je me demande qui de moi ou du conducteur fantôme va le plus loin

douloureux prolongement de l'espoir attendre dans le faisceau blanc du sablier vide l'adéquation de tous les prismes de l'amour

nous pouvons construire de nouveaux artéfacts orfèvrerie des reliques mais les automates mobiles passent dans leur ignorance indifférente dans le confort de l'engrenage imparfait 

au bout de la nuit c'est un océan d'or noir qui brûle et l'homme observe béat ce ballet de flammes traçant de sombres desseins je vois les yeux en larmes le coeur d'une forêt explosé 

je dois faire table rase

lundi 28 mars 2016


ce fut une autre nuit acide
je me suis réveillé les bras croisés
- fermeture du rêve -
octane alcalin dans la gorge
(regrets des combats
amertume d'une victoire vaniteuse)
l'insomnie s'obstine
la névrose expulse les intrus
et règne en reine désormais
dans son empire de poussières inachevées

j'enterre les échos
l'indifférence déferle
et j'écoute le calme de l'avalanche à naître


mercredi 23 mars 2016

verbatim abscons

Une cascade, que dis-je une avalanche (quel mot superbe). Toi seule qui caresse le génie du vent. Mêmes images. Énergie débordante. Moulures des murs en décrépitude. Me suis laissé emporté tout à l'heure à quelques transports. L'aile de papillon est une minuscule mèche de cheveux bleus. Ondes ourlées de paraboles sublimes qui tracent la périphérie de l'infini à toi. (Les portes sont entrebâillées. Nudité des esquisses, des dessins dans l'ambiance. Les regards tissent l'air, le voile imparfait de la toile du monde où s'organiser des ratures dégoulinantes tentant d'or donner le chaos. Fièvres et enthousiasme) Coups de poing comme code morsure la table. Je clame et calme dans le liquide mes débordements. Prendre l'air.

((Revenus du dehors où un semblant de manif semble manifester. Mais ce n'est pas une manif, c'est une fête, que dis-je, une pastorale idiote où la révolte se résume donc se réduit à des bruits de tambour et des drapeaux, que dis-je, des fanions de la CSN que font danser des enfants. Des jouets pour enfants câlice. Ils sont bien faibles les coups et les voix supposés signifier l'indignation et ébranler le socle de notre société corrompue. Se complaire dans son misérabilisme et sa petitesse, voilà l'adage d'une mollesse pas revendicatrice pour deux cennes. Ce n'est pas une manif, c'est un rassemblement clôturé dans un parc comme bétail dans un enclos.) Un rêve éteint qui se sublime et transcende aucune lueur dans un jour qui ne veut pas mourir, dans un échec qui se refuse à se reconnaitre. La nuitte sera longue et plate. Ce sont les obstacles dont je parlais. Ridicules pavés d'un passage banalisé. Cette meute anodine se dissipera au premier gyrophare, à la première ondée de bruine crépusculaire, car il n'y règne aucun réel amour, aucun désir de liberté, aucune volonté de révolte. Cette indignation est obsolète.)

(Mais dans tous les angles offerts à ma vision de grand duc, la poésie apparaît et me rassure et change ma colère en verve. Cette parenthèse était nécessaire, Francis pourrait en témoigner. Savante asymétrie qui mérite étude et respect et dithyrambe. Les mathématiciens spécialistes des paraboles, des ellipses et des courbes ne doivent pas s'ennuyer, surtout si leurs réflexions s'attardent sur l'Harmonie aux teintes bleues sur argentées. (Le serveur, en regardant mon verre vide : - Est-ce que c'est fini? Mon verre ne peut pas être plus vide, c'est impossible. - Oui il l'est. - Ah ok scuse, j'ai eu une illusion d'optique. - Je te comprends, j'en ai depuis tantôt.))

La nuit est tombée sans que je l'aperçoive. Comme si elle avait manqué une marche. Foulure de la brunante. (Le rassemblement s'est éteint, éphémère comme l'illusion de ses convictions (parce que faut dormir hein). La révolte ne se fait pas en marchant sur place dans un parc réglementé : cette propension affreusement québécoise à embrasser les contraintes, cette peur viscérale de l'inconnu. La révolte ne dort pas, elle doit être constante, systématiquement tendue. Un arc bandé prêt à décocher ses puissances flèches.) (En parlant de Don Quichotte : Cervantes n'a pas écrit "fou", il a écrit "ingénieux". Tout est là! Capuchons ramenés sur nos têtes, nous sommes les antimoines, les anticopistes, nous sommes les scribes de l'anodin effervescent) ((Réplique lancée : C'est une invention c'te fille-là tabarnac! Tout haut : on demanderait un prix Nobel d'architecture ici s'il-vous-plaît! La chute de reins invite à la noyade. Pistils éclatants de son corsage fleuri mauve et rose, un lit de pétales sur son torse. Dryade de clairières enchantées.) Entre l'épiderme et le duvet fragile - et enlumine les muses - maladresse et frisson des chairs découvertes. Ici entre les deux peaux, le refuge du divin.) Un temps, mon soupir ressemble davantage à un râle. Écrire sur un corps une dissertation nouvelle. Que des siècles qui passent. Et les étamines du soir distillent pollen neigeux sur le tapis de nuit. (Temps qui passe, s'amoncellent les soupirs) Et me manquent les matins frêles, cette rosée fragile qui s'évanouit sur la naissance du jour.

mardi 22 mars 2016

Encore...

"C'est ainsi que tout doit se passer quand, un matin sur deux, on s'éveille après une nuit de cauchemars désastreux: on se retrouve dans le tombereau du vieux Bom' Câlice Doucette, en plein milieu de la rue Monselet, à courir vers la meute hurlante que a encerclé le tonneau d'un moine pauvre et solitaire, si exemplaire dans son dénuement qu'il est normal qu'on craigne de lui la courageuse folie. Qu'arriverait-il si tout Moréal-Mort se mettait à vivre pareillement à moi, dans la mortification quotidienne, la méditation totalisante et la lobotomie perpétuelle? Ce serait enfin le monde dans tout son envers, rien qu'une pluie de beauté sur toutes choses, et cette fraîcheur de l'air pour faire venir les oraisons sacrées. Rouler dans la rosée en guise d'ablutions saintes, fixer le soleil comme il faut dans les yeux pour que jamais plus la ténèbre ne revienne, pour que jamais plus ne nous tombe le ciel sur la tête, faisant apparaître la répétition et le recommencement, ce qui existe depuis l'origine des siècles, avec les même mouvements d'astres et les mêmes hommes pantelants et apeurés qui, leur boite à lunch à la main, se laissent manger les poumons dans la poussière et le bruit. Ce simple travail reconnue par moi, et qui a bouleversé les données mêmes de ma mort: abolir les changements passagers de conscience et faire connaître à tous qu'il n'y a pas de mystères, seulement l'événement magique par lequel se fonde la sainteté.
-Victor-Lévy Beaulieu, Satan Belhumeur

jeudi 17 mars 2016

Mardi. Escalier comme d'hab. Mais spleen amorphe. Manque d'énergie et de fulgurance. Complainte aiguë pleine de réverbérations venant de la radio. Cordes de cuivres pincées, anneaux de l'ouroboros, j'entends les vrilles immobiles de nos vouivres. Et chantent les relents mélodiques sublimés de la morosité. Pourtant. Je devrais être. Obstacles semés dans le chemin de la conscience à l'action. Je m'ennuie du monstre. Basse douce du feutre. La diable et la mort partout autour de moi. Sur la table à côté de La recherche, Satan m'attend avec sa belhumeur qui s'annonce délirante. Il est fou. Une chick à rasta passe. Yeux de phoque globuleux. Elle n'a même pas fait de vent. Je reviens à mon étude. Mon ami et moi ne parlons pas. Nos silences. S'installent et communiquent. Dans nos lectures et nos écritures nous nous retrouvons. Solidaires. Privilège. Notre plaisir est calme. Longue pause qui ne paraît pas. Le revoilà. Les phrases s'interrompent. Assumer les méandres des proses spontanées. Le rythme, le tempo, le jazz, le beat. Accumulation. Grippe. Fatigue. Correction. Préparation et dispenser ladite préparation. Ma calligraphie s'amenuise et. M'empêche de voir. Hiéroglyphiques pattes d'araignée. Poison indolore qui tache. Mais ne blesse pas. Magma serein et tranquille d'une éruption qui viendra. Tantôt. Pas aujourd'hui. Plus tard. (Transgresser l'ambiance par sa seule présence. Se tapir dans la faille - disparaître complètement - et attendre que se referment les sutures de granit). Il faut tenter la flamme. Risquer la brûlure. 

lundi 14 mars 2016

Fort

"Un système devient fou lorsqu'il ne veut incarner que le remède, que la protection, que le rempart schizoïde contre le réel, tel le fantasme psychotique de ne vivre que dans le ventre protégé des symboles. La psychose n'est pas, comme on l'entend souvent dire après Lacan, la faillite de l'accès au symbolique, c'est bien plutôt l'incapacité d'en sortir, de percer le placenta du langage pour naitre au monde, au réel, au vivant ; le psychotique n'est pas une bête asymbolique, il n'est qu'un homme, pourrait-on dire, il ne parvient pas à sortir de l'homme, des limites de la Cité, du symbolique (et de la symbiose), pour trouver ce pas au-delà, ce surhomme qui est sa fin et sa source, sa chance d'être au monde en tant qu'être inutile, singulier, échappant à tout discours, à toute représentation, à toute loi, à toute économie."

- Nicolas Lévesque, Le peuple et l'opium

mardi 8 mars 2016

Exercice de style - sonnet paillard

(Ok. C'est somme toute ironique que Francis m'ait proposé comme thème la liberté totale pour qu'en y réfléchissant, je décide de l'occulter pour essayer d'écrire un sonnet, une des formes de poème les plus contraignantes qui soient.)

Je renais dans ton haleine d'animal pur;
Mon désir lové dans les golfes de ton corps.
Quand tu possèdes la superbe du condor,
Je me soumets à l'audace de tes augures.

Sur ta peau précieuse je dessine l'azur.
Ta respiration lourde en un écho sonore;
Ton orgasme à venir que mon amour honore
Amplifie la fièvre, l'abandon, la luxure.

J'irai même jusqu'à protéger ta sueur,
Car elle nourrit la clepsydre de mes heures,
De mon temps qui s'horloge au gré de tes caprices.

Entre moi et ta peau des milliers de moments,
Et des prétextes à la peinture de mes vices;
Ton sexe, mon amour, est le temple du temps.

jeudi 3 mars 2016

esquisse - deuxième partie

De retour à L'Escalier. Notre rendez-vous du mardi est en train de devenir une tradition et c'est parfait comme ça. On s'était dit qu'on essaierait peut-être une autre place un moment donné, mais la faune est hétéroclite ici et se rejoignent assez d'espèces pour esquisser tout son soûl.

(J'omets deux pages de descriptions vraiment plates. 
                                     Mon carnet est une forêt de ratures)

C'est la tête lourde de six heures de correction que je m'efforce de poétiser l'instant. Banalités du quotidien, mais je l'assume, le tibia du songe pris jusqu'à l'os dans le piège. Images lentes, je suis en face d'un mur, la faune derrière moi, je ne me retourne pas. (saurai-je les attraper? me montrer suffisamment alerte?) --- une tempête déferlera cette nuit sur cette imitation d'hiver ; il semblerait que la météo ne se trompera pas cette fois ; je profite du temps en dehors de chez moi ; demain je serai cloîtré ; correction oblige ; encore --- friches d'une forêt de ratures.

Devant moi, la tapisserie est mosaïque d'iconographies moyenâgeuses où la mort est présente dans chaque image. Le trait est gros et grotesque, semble buriné à même le mur, la mort n'en est pas moins effrayante. Sur l'une d'elles, un homme à tête de bouc - le Will Shakespeare de VLB aux formidables cornes ! - étrangle une bourgeoise devant deux hommes indifférents et une mort ricaneuse. Carnaval macabre. On lit ici et là un peu d'allemand (la calligraphie gothique m'empêche de bien distinguer les lettres), on dirait les illustrations de l'Apocalypse d'une bible protestante.

(Anticiper la tempête. Ariel esprit des airs et de vie oeuvrant pour le grand Artificier - silence, exile, and cunning - Je nous donne dix minutes d'écriture furieuse ! Si je pouvais vomir toutes les formes que j'ai dans la tête, ordonner la tempête qui s'annonce dans le doux prélude jazz guitare-trombonne du duo qui vient de prendre le stage (fluides et maîtrisées improvisations, leur conscience communique en silence), créer l'instant avant que tout ne se perdre en futilité dans la paille éphémère des secondes, une tempête approche, elle est mieux d'en valoir la peine, Caliban esprit infâme des morts, nature sauvage soumise au grand mage, apprivoiser l'indomptable chez qui le spleen le plus lyrique passe - Ô nature et instinct ! Violence archaïque des pulsions bien primaires, de la pulsation des spasmes créateurs créature modelée par la nuit d'onyx tombant sur l'île dans le contrejour atroce de l'éclairage non tamisé du bar --- je ne regarde personne, pas de hipsteuse au charme retenu, ni de lys roux, qu'une ampoule trop forte qui pèse sur mes paupières lourdes de lumière, que des notes envoyées par le vent et les cordes - dialogue totalement cohérent - que ma tête qui me serre dans la précipitation des mots, dans une tempête d'idées sans commune mesure avec notre nature dénuée d'esprits - Ariel et Caliban, oxymore aux milliers de visages, mimiques polymorphes de l'imaginaire foisonnant du barde, harpie et bossu terrifiant de la psyché, la tempête c'est eux. 

Et quand tombera ce demi-mètre de neige ce soir, je ne pourrai dormir, car je rêverai trop à ce brave nouveau monde qui pourrait renaître du courroux vindicatif du blizzard avenir, je m'obstinerai à croire que la magie existe ailleurs que dans le cerveau de ceux qui y croient.)

Je ne détourne pas la tête.
Sur la table devant nous : Proust, Céline et Cervantes (namedroping assumé) dont je n'ai pas le temps de parler.
Winterreise - le voyage d'hiver - de Schubert qui m'attend, avec du Talisker 10 ans.
Mille images comateuses qui ne renaîtront pas tout de suite.

***

(Lendemain.
Lent demain.
Ce fut une tempête minable...)

mercredi 24 février 2016

Esquisse

C'est le couple le plus improbable qu'il m'ait été donné de voir depuis très longtemps. Quoique je hésite à leur attribuer trop rapidement l'épithète de couple, car mon instinct, quelque part, se protège, se convulse et se refuse de croire à pareil ménage. Je les regarde et ils semblent dénués de tout mystère, victime d'une esthétique anachronique trop accentuée et d'un hipsterisme exacerbé. 

Francis écrit frénétiquement depuis plusieurs minutes et pour ma part j'ai interrompu mon office et mon orfèvrerie faute de matériau à travailler. Ma lecture de Cervantes me sied plus à cette heure où les muses se font discrètes, empêtrées qu'elles sont dans leur mutisme désolant. Dehors, le jour s'endort tranquillement et moi avec lui. La concentration nécessaire que l'écriture demande est distraite - une elfe vient de passer, pas nourricière pour deux cennes comme dirait l'autre de dépit, mais une elfe pareil. Elle passe et disparaît, comme un flash, mes yeux fatiguent et regardent les phosphènes qui la suivent danser.

L'Escalier continue de se remplir, la lumière vient d'être tamisée d'un coup, la nuit commence mais sans moi. Je ne suis pas cet iconoclaste à la dégaine savamment négligée. Qu'un pauvre type qui hésite et oublie et réfléchit dans les reflets noires d'encres généreuses. Le moment présent fuit. "T'as l'air inspiré mon vieux", que dit Francis. "Je ne sais pas", comme seule réponse. J'écris c'est tout, sur rien. Une esquisse. Sur ma soirée qui s'annonce riche où déchiré entre Cervantes, un documentaire sur Snowden et une symphonie de Bruckner, je ferai un peu de tout, mais au final un peu rien. 

(Je viens de raturer une longue phrase. Elle était inutile et elle est morte avant même de faire son effet. Et se perd une autre image. Comme la plupart des choses que j'écris.)

Le couple dont je parlais tout à l'heure ressemble à ce qui suit. Elle, assise à gauche, porte des Blundstone, des pantalons saillants ou fluets, un chemisier (fait : pour un homme, on utilise le féminin, une chemise, et pour une femme, c'est toujours le masculin, un chemisier - une explication quelqu'un?) d'un beige à se pendre, boutonné jusqu'au cou en plus - je ne comprends pas ce désir de s'auto-étouffer -, des lunettes à la Nana Mouskouri avec une chaînette dorée (Francis s'est attardé sur ce même détail - les connexions se font, la télépathie fonctionne!), elle a les cheveux courts et sombres ; elle a un certain charme - some kind of a cutie -, mais sa dysharmonie est violente. Mais lui, à droite, un côté de la tête rasée et l'autre, cheveux tombant comme herbes défraîchies sur son menton imberbe, cheveux agonisant sur peaux mortes et pellicules, culottes de jogging, New balance, veste impossible motif léopard mais rouge, foulard vert fluo - déjà là rien ne l'aide -, mais sa voix comme une comparaison inexistante ou juste impossible ajoute un gros trait sur le relief de cette caricature que cet homme (!?) incarne tout en insouciance. Vous me pardonnerez j'espère cette esquisse on ne peut plus superficielle certes, mais n'en demeure pas moins qu'ils sont totalement improbables. Francis persiste et signe : la femme au chemisier beige a un charme discret mais là.

Une chanteuse vient de prendre le stage - peau d'ivoire et chevelure rouge sombre brun doré auburn celtique. Petite voix rappelant une jeune Dolly Parton. Elle a un spleen mi-irlandais mi-country ; un lys aux pétales flamboyants tout plein de douleurs et de bonheur en même temps, sa voix est à fleur de peau. Et ensuite se déplacent les angles sur le plancher de l'Escalier maintenant bien foulé et les possibilités géométriques presque infinies - excusez une nébuleuse métaphore - se déploient en merveilleux théorèmes. Finesses des droites sur lesquelles sont construites de lumineuses paraboles de velours noirs. Une mèche tombe sur un profil en croissant qui complète la belle unité de son visage constellé d'hiver. Toute la féminité du monde dans une mèche rebelle, dans une nuque offerte au tamis des lumières d'où s'échappent les plus fines particules de clarté. Un coin d'univers, un principe absolu, un siècle qui passe!!

mardi 16 février 2016


"L'obscurité creuse nos solitudes, elle ne cache pas la vérité."
- Serge Bouchard

lundi 15 février 2016

froid polaire

Vendredi pas tout à fait soir encore. Le soleil s'est juste couché vraiment vite, sans attendre la nuit. Il est frileux aujourd'hui, après tout, il va faire -48° demain. Sur Saint-Denis, les flocons obèses et les lampadaires dansent sans retenue, s'épousent et déposent sur la ville leurs reflets dorés qui découpent l'obscurité bien installée. Je prends Berri. Trop de voitures passent et dérangent et crissent pneus et moteurs par-dessus ma musique. Après trois jours de Portishead, PJ Harvey succède à Beth Gibbons, qui doit avoir mal à la gorge de ce que je l'ai trop fait jouer ces derniers temps. Les voix féminines, ma chaleur dans cet hiver. Voix tantôt pré ou post-orgasmiques, tantôt cristallines comme des diamants tranchant l'ombre. On Battleship hill. Oh Polly Jean! T'as pris ta voix fragile et fluette pour cette chanson, ta voix vulnérable comme chair en hiver. Oh Polly Jean! Quand ta voix manque craquer à 3 minutes 19 secondes, mais que tu la récupères, c'est mon coeur que tu fends et recolles tout de suite après. J'en pleure, mais par en-dedans, fait trop froid dehors. 

Mes six stations de métro se résument en distractions et indifférence. Je sors au Quartier latin. Des itinérants partout. Sur mon chemin, l'un d'eux pisse en plein milieu du trottoir comme s'il n'y avait âme qui vive. Sa petite graine morpionneuse viole la poésie qui s'était doucement installée sur ma soirée. Envie de l'envoyer chier, mais je n'en fais rien. Je dois contrôler mes émotions, c'est que j'ai un câlice de volcan à l'intérieur, une énergie quasiment épeurante tellement elle semble intarissable. Arrivé au Saint-Ciboire, ma blonde n'est pas encore là. Je griffonne dans mon calepin comme un déchaîné. Tout le monde autour crie si fort, la musique, encore plus. J'ai l'impression de n'être vu de personne. Pour eux, je suis l'invisible ou l'insignifiant dont ils n'ont cure, celui qu'ils ne remarquent pas ; pour moi, je suis l'indifférent au milieu de la foule, qui a peur que la poésie et l'amour foutent le camp, que la beauté s'évapore et me laisse complètement seul devant ce qui serait ma plus grande peur. 

Je suis fébrile. Mes doigts travaillent les fissures. Je m'enfouis dans mes pensées. Je m'enfuis de la foule présente. La poésie est furtive, les muses, agaces. Le froid qui s'annonce prend naissance dans mes tempêtes. Les mots sautent de partout, comme dans ce jeu de fêtes foraines où il faut prévoir de quel trou sortira la marmotte en plastique et taper dessus avec une mailloche. On dirait que je manque à tout coup, je suis une fraction de seconde en retard. Je suis le sable dans l'engrenage ambiant.  Je désordonne moi-même ce qui m'entoure en attendant que tu combles ma solitude. Tu arrives enfin. Ton sourire a quelque chose de rassurant. Nous partons aussitôt, l'atmosphère ne te plaît guère, et on s'enfonce dans la nuit froide. Notre pas rapide sur la neige dure et criarde. On oublie tout. Nos pensées errent. On va rejoindre des amis avec qui nous boirons toute la nuit, dans l'insouciance des pintes. Mais ma bière a quelque chose de fade, je ne sais pas pourquoi. Peut-être l'est-elle parce que pas une fois nous ne penserons à ces itinérants que j'ai vus tout à l'heure. Ni au fait qu'ils vont peut-être mourir de froid demain soir, parce que -48°, ben c'est frette en crisse.

vendredi 12 février 2016


depuis plusieurs jours
observer une multitude
de destins périodiques
tantôt distrait tantôt renversé
l'éclat est éphémère
mais laisse une cicatrice
lourde et creuse
qui se fossilise
directe dans mon cerveau

dimanche 7 février 2016


pendant deux jours
mettre le silence sur repeat