vendredi 20 mars 2015

- Des fois, j'ai vraiment des hauts et des bas, je me sens super bien et le lendemain ou parfois la journée même, je pogne un esti de gros down, dit-il en faisant comme des montagnes russes avec sa main. Je passe des cimes aux bas-fonds, je ferais tout sauter tellement j'suis en maudit! Est-ce que ça t'arrive des fois?
- En fait, c'est drôle que tu me parles de ça parce que j'avais la même discussion avec ma blonde cette semaine. Je me considère étonnamment comme quelqu'un d'optimisme. Je veux dire, il n'y a aucune raison de se réjouir quand on regarde ce qui nous entoure, ce qui se passe, le monde c'est un peu de la marde. Toute me fait chier, mais je m'efforce de trouver du positif à travers, entre autres, ma blonde et ma job que j'adore, la musique, la littérature, la poésie, le cinéma, les amis, etc. Parce que sinon, je pourrais facilement être down à propos de tout. Mais reste que je m'emporte moins qu'avant, je me contrôle beaucoup plus. En fait, je suis systématiquement en colère, mais c'est une colère calme, dis-je, sur un ton justement ridiculement calme.
Et lui de littéralement éclater de rire.

jeudi 19 mars 2015

Une aiguille gratte le bras d'un paumé. Le coude coagulé il tend au bout de son manque de vaine une main itinérante. Lamentation tremblante, espoir vitreux et bouche béante. Il est là, personne n'entend sa complainte, son attente. L'homme de Vitruve disloqué, l'âme vitreuse. N'a pas la foi heureuse, ni aucun dieu ni mante religieuse. Pas de foi où se tourner aux coins des rues bondées de passants aux yeux bandés sur l'argent. Se masturbent l'ego sur le saint signe ces fantassins du fric. Tous ces bons petits soldats du Marché, ces bons petits pervers. Amibes et abîmes et hontes des révoltés. Pour se sentir coupable, pas besoin de péchés. Les corps stériles cherchent les drogues qui rendent les vies utiles. En haut des clochers, des anges impassibles. Regardent les hommes impossibles fiers sans raison, ergotant sans passion. Conversation interceptée et violences assassinées. Reste là transi sans transe, désert intersection des itinérances. Distrait des airs sans paroles, sans formes et sans sens, ne vois rien. Sans harmonie, sans histoire et sans héroïne à prendre. Que des poussières dorées sur l'horizons des ombres grises. Pendant que les heures agonisent, les oeuvres se détruisent. N'a pas pris les mêmes armes. N'a pas abattu les mêmes arbres. Les hypnoses de l'encre des lettres dans l'âme dansent les ancres. Le prologue est mort, le passé désaccord et le temps retors s'échappe dans l'inlassable nuit. Encore.

mercredi 18 mars 2015


La poésie est une magie brutale qui caresse les étoiles.

mardi 17 mars 2015

Je me souviens

Il y a de cela soixante ans aujourd'hui, Maurice Richard était suspendu pour le reste de la saison régulière et les séries éliminatoires parce qu'il avait frappé, dans le match précédent, un juge de ligne qui le retenait alors qu'un joueur des Bruins s'en donnait à coeur joie sur sa face de canadien-français, car ça allait de soi : un francophone ne pouvait pas être dominant dans un monde anglophone. Le président de la ligue nationale de hockey Clarence Campbell se présenta au match le soir du 17 mars 1955 ajoutant ainsi l'insulte à l'injure et alors qu'il était copieusement hué par tous les partisans du Canadiens, une émeute faisait rage à l'extérieur du Forum. Beaucoup d'historiens ont vu dans cette révolte une revendication identitaire contre l'injustice dont souffrait la plupart des canadiens-français, et plusieurs considèrent cet événement comme n'étant rien de moins que la bougie d'allumage de la Révolution tranquille. Toutes proportions gardées, peut-on conclure que cette émeute fût réellement l'instigatrice d'un renouveau politique et d'une affirmation identitaire dont les précédents remontaient à plus d'un siècle? Je laisse la réponse aux historiens et à ceux qui y étaient. Ce qui m'intéresse, c'est Maurice Richard. Cet espèce de parangon de droiture et de fierté qui, après en avoir trop encaissé, se dressa la colonne et se tint debout. L'homme qui ne commençât aucune bagarre mais qui les finît toutes, celui aux yeux impossibles que le grand William Faulkner, qui l'avait vu jouer au Madison Square Garden, décrivît comme ayant "something of the passionnate glittering fatal alien quality of snakes" (quelle métaphore!), et qui inspirât ce tout petit poème au non moins grand Félix Leclerc :

Quand il lance, l'Amérique hurle.
Quand il compte, les sourds entendent.
Quand il est puni, les lignes téléphoniques sautent.
Quand il passe, les recrues rêves.
C'est le vent qui patine.
C'est tout le Québec debout
Qui fait peur et qui vit.

Cela m'attriste de penser que ce genre de symbole n'appartient désormais qu'au passé et que personne n'honorera plus l'épitaphe sur sa tombe, trois mots qui m'évoquent le héros camusien, cet homme révolté surpassant l'absurde : "Ne jamais abandonner".

lundi 16 mars 2015

"Les textes de Shakespeare ont pour la plupart les caractéristiques de ces miracles. Ils donnent aux écrivains qui les traduisent un avant-goût ou une réminiscence du bonheur vertigineux de la création. Quand ce bonheur advient, il fait disparaître toute la souffrance, réelle ou imaginaire, qui se greffe au mythe du créateur. En fait elle est réelle, cette souffrance du génie créateur, mais elle a été choisie en quelque sorte, contrairement à celles qui tombent comme des fléaux sur l'humanité. La toute première phrase entendue à mon premier cours de travaux pratiques à l'université: "Vous avez choisi la littérature parce qu'il y a un déchirement en vous." Cela dit quelque chose sur le "peu" ou le "trop" de déchirement de ceux qui ne la choisissent pas."
- Normand Chaurette

dimanche 15 mars 2015


Nous marchons sur place dans le champs de nos souches pétrifiées.

samedi 14 mars 2015

toccata de mars

le malheur rôde et pleure
autour il avale amer
les poussières secouées
de son strict labeur

je lui offre mon aide
mais il s'agit là
dépendant d'anxiété
d'un malheur bien obstiné

son désarroi me désole
et son mutisme entêté
ignore les tempêtes alors
qu'un geyser boue en lui
à tout moment
près d'exploser

vendredi 13 mars 2015

Fuck la pause

- Ça ne te dérange pas si je mets de la musique?
- Ben, non c'est ton char, c'est ton royaume, tu fais c'que tu veux.
Je mets La Légende d'Overhead de Grim Skunk que j'ai écoutée en boucle toute la journée.
- Grim Skunk ostie! Ah c'est donc ben cool. T'es prof toi qu'tu disais? me demande-t-il d'un ton incrédule.
- Ouais. Mes étudiants font toujours un peu le saut quand j'ai trop chaud dans le cours et qu'j'enlève mon chandail de laine, j'ai toujours soit un t-shirt de Lagwagon ou soit un de NOFX en-dessous et là ils me demandent : "C'est quoi du Lagwagon?" C'est du punk, que je réponds. "Vous écoutez du punk??? - Ben quoi, tu t'attendais toujours ben pas à c'que j'écoute du Kanye West?" Pis là ils s'marrent. Admettons que ça fait tomber certains préjugés.
Sujet amené d'une discussion post-hockey après une game de fou alors que je ramène un coéquipier chez lui. J'ai préparé le but égalisateur, il a compté le but gagnant. Ça été toute qu'une game. Il a 21 ans, j'en ai 35 ans, donc ça me fait sourire un peu parce qu'il pourrait justement être un de mes étudiants. Mais quel solide hockeyeur! Ça bifurque rapidement sur la musique : j'ai affaire à un vrai mélomane. Comme moi, il joue de la basse. Sans faire de name drop, on parle avec enthousiasme de punk, de vieux rock, de nouveaux groupes, de la mort du disque et du disquaire, de jazz, de classique. Il n'aime pas beaucoup Bach, trop mathématique, mais il reconnait que joué par Gould c'est autre chose quand même. Son trip, c'est Debussy. Il connaît sa shit le ptit criss-plus-grand-que-moi, que je me dis.
Plutôt timide, avec l'air de celui qui ne veut pas déranger personne, il n'a pas dit un mot de la game - il remplaçait dans notre équipe pour la première fois ce soir - et voilà qu'il se dégêne, musique aidant. Et pendant que des instruments endiablés se déchaînent, dirigés par l'orgue fou de Joe Evil, on disserte musique dans la nuit tiède et vide de Montréal.

jeudi 12 mars 2015


une petite pause en attendant le retour des marées

mercredi 11 mars 2015

calme chaos

des orages dorment en moi
d'un sommeil fragile
pendant que de nobles violences
dansent en attendant leur éveil

mardi 10 mars 2015

Othello

"It is the cause, it is the cause my soul,
Let me not name it to you, you chaste stars!
It is the cause. Yet I'll not shed her blood;
Nor scar that whiter skin of hers than snow,
And smooth as monumental alabaster.
Yet she must die, else she'll betray more men.
Put out the light, and then put out the light:
If I quench thee, thou flaming minister,
I can again thy former light restore,
Should I repent me: but once put out thy light,
Thou cunning'st pattern of excelling nature,
I know not where is that Promethean heat
That can thy light relume. When I have pluck'd the rose,
I cannot give it vital growth again.
It must needs wither: I'll smell it on the tree.
                                                              (kissing her)
Ah balmy breath, that dost almost persuade
Justice to break her sword! One more, one more.
Be thus when thou art dead, and I will kill thee,
And love thee after. One more, and this the last:
So sweet was ne'er so fatal. I must weep,
But they are cruel tears: this sorrow's heavenly;
It strikes where it doth love. She wakes.

lundi 9 mars 2015


et mon étude du silence fut telle
que je n'ai pas dormi

dimanche 8 mars 2015

la soirée se termine et le fil s'est déroulé sans arrêt toute la journée sans noeuds sur lesquels broder quelques ramifications toute une journée à corriger si bien que l'énergie manque maintenant pendant la garde de cette nuit tiède et alors que je regarde et cherche une idée de sujet dans cette société qui fait les nouvelles ce soir le découragement et la fatigue m'imposent dans un moment de sage quiétude d'observer le silence

j'observe donc le silence attentif et calme devant l'infinité de ses formes, de ses couleurs et de ses visages sans masque

samedi 7 mars 2015

samedi après-midi

La première gymnopédie de Satie, la lente et douloureuse, me tire de ma concentration. Incapable de corriger avec ça. Il y a quelque chose de complètement mystique dans cette musique. Quelque chose qui force l'humilité et l'immobilité. La deuxième et la troisième suivent. J'écoute le temps s'éteindre, il n'y a que ma chandelle qui brûle. Du feu brûlant le vide. Je n'entends plus le bruit des voitures en avant. Le ciel s'assombrit peu à peu. Le jour passe sans que je l'aperçoive. Toucher léger sur notes si graves. 

vendredi 6 mars 2015

l'escalier

Écrire sur les grandes orgues désaccordées du jour. Fuyant, le soleil dehors ; les rayons lancent leurs dernières poussières. Teintes de rose et de bleu traversant les fenêtres, irisant le turquoise fou des murs. Bière noire, lourde de celles d'hier et d'avant-hier, petit prix sympa du défi relevé, amertume calme. C'est un torrent de Français qui entrent peu à peu et remplissent les marches de l'escalier. Tout est tout croche ici, dans ce repère d'asymétriques. Le joyeux cinglé du mois passé n'est pas là. Je me souviens de sa voix fluette et incomparable. Merveilleux niais désemparé pris dans le monde et pourtant si libre. Un autre ostie de poète. Les poètes sont les croisés de l'inutile, marchant au nom d'une foi sans dieu où surgisse parfois la beauté dans toutes ses aurores. Bières donc bues avec l'ami. Paroles et bons moments échangés avec lui. Inspirations, aléas, désirs et voyages à venir. Nos carnets sur la table sont déjà remplis. De nos écritures noires passées et de nos écritures blanches futures. Conclusions faites : écrire, écrire et continuer d'écrire. Sans arrêt, sans censure, seulement avec du sang sur ces mots où j'y vois plus de vie que dans l'immobilité ambiante, dans notre société stagnante, saignante de cynisme ambiant. Varlopées sont nos verves. Écrire donc pour déchaîner les fureurs. Ce soir, en entrant dans la nuit, j'écouterai le monde et ses bruits. Il faut réveiller le temps qui dort, écrire de la poésie et, pardonnez au vulgaire, écrire pour faire un pied de nez à la marde.

jeudi 5 mars 2015

repos


Je m'ennuie de l'odeur du feu.

mercredi 4 mars 2015

I have found in the bleeding stones
that mirrored back at me
cries of dust of ancient memories
trapped in the strength of time
the winds eroded my naked body
through minds of metal
the sounds echoing through my spirit alone
praying at a godless altar forbidden sanctities
O poems let's get lost in depths of reveries
so I can be at last as vast as my soul

mardi 3 mars 2015

Entre deux copies, Drifting back de Neil Young joue et ça sent le sable et le vent. Mais dehors les passants emmitouflés me foutent l'hiver en plein visage. Un hiver dénué de distorsions, de nobles poussières, d'une aridité qui me manque. J'aimerais que l'hiver transcende en ce moment un invincible désert.

lundi 2 mars 2015

And death shall have no dominion.
Dead men naked they shall be one
With the man in the wind and the west moon;
When their bones are picked clean and the clean bones gone,
They shall have stars at elbow and foot;
Though they go mad they shall be sane,
Though they sink through the sea they shall rise a again; 
Though lovers be lost love shall not;
And death shall have no dominion.

And death shall have no dominion.
Under the windings of the sea
They lying long shall not die windily;
Twisting on racks when sinews give way,
Strapped to a wheel, yet they shall not break;
Faith in their hands shall snap in two,
And the unicorn evils run them through;
Split all ends up they shan't crack;
And death shall have no dominion.

And death shall have no dominion.
No more may gulls cry at their ears
Or waves break loud on the seashores;
Where blew a flower may a flower no more
Lift its head to the blows of the rain;
Thought they be mad and dead as nails,
Heads of the characters hammer through daisies;
Break in the sun till the sun breaks down,
And death shall have no dominion.
- Dylan Thomas

dimanche 1 mars 2015

je n'arrêterai pas
de décrire l'opaque
l'abîme absolu
d'où jaillit l'inconnu

ma bien-aimée malédiction
je me solitarise
m'isole et m'enfuit
dans la nuit de mes espérances

sur le levier du monde j'appuie
j'essaie de l'équilibrer
         symétrie impossible
      des sabliers sombres
l'homme doit trébucher
accepter sa chute
et ses haleines rances

aller au bout de soi
jusqu'à dénicher l'épiphanie

mais il faudra profaner les tombes
de nos rêves enterrés vivants
avant qu'ils ne se décomposent
complètement

non je n'arrêterai pas
de tailler des cristaux de nuit
aveugle
jusqu'à saigner des doigts

samedi 28 février 2015


L'Humanité est mûre pour un sérieux coup de honte.

vendredi 27 février 2015

télégramme

Rush de corrections. Avec un s. Vingt de faites. M'en reste quatre-vingt. Hockey hier soir. Défaite malgré l'excellent match que j'ai joué. Dormi seulement quatre heures. La fatigue. Réunion ce matin. Intéressant, mais trop tôt. Corrections. Six heures de temps au cégep. Le retour en métro. Heure de pointe. Un itinérant se réchauffe. Il sent la pisse. Je compatis mais son odeur m'écoeure tellement que je change de wagon. Quelques courses sur le plateau. Froid montréalais. Froid de février. Mois le plus froid enregistré au Québec depuis longtemps. Dans quelques semaines, le printemps. Streetlight manifesto dans mes écouteurs. Meilleur groupe de ska au monde. Section cuivre de débile. Ça me crinque comme jamais. One, two, three, SKA! Pas le temps d'écrire comme je veux. Autres corrections et mon récit que je dois terminer avant dimanche pour le concours de Radio-Canada. Envie de le mettre sur mon blog, mais je me disqualifierais en faisant ça. Je vais attendre. Plutôt content du résultat. Pour une rare fois. Mile-End, Dieu du ciel. Le Mont-Royal à côté. Juste là. Trop hâte d'aller le monter en vélo. J'attends un ami. Rauchbier en attendant. Ale au malt fumée. Entrée en matière violente. Une bière peut essayer d'imiter un whisky, mais elle restera toujours une bière. Fumée d'amateur. Je ne suis pas snob, j'aime le whisky c'est tout. Cette page devant moi que je noircis. Défi et discipline. Bon ou mauvais. On s'en fout. Ça peut pas être plus mauvais que le monde. Ami arrivé. Bières partagées. Discussions éparses que je ne peux rapailler. Du moins. Pas pour l'instant. Stop.

jeudi 26 février 2015

j'adore


- Ok, vous rangez toutes vos choses, vous ne gardez que votre livre et un crayon et, pour la prochaine heure, vous lisez.

- Pendant une heure??

- Oui.

Et moi de les regarder lire les Mousquetaires pendant une grosse heure. Pas un son. Quarante têtes penchées sur leur livre en train de rentrer, sans le savoir, dans une des plus grandes aventures qu'il m'ait été donnée de lire. J'écris au tableau cette citation :

"Ma foi, si je n'avais pas été là, je me serais bien ennuyé."
- Alexandre Dumas

Meilleur atelier ever.

mercredi 25 février 2015

les ogres de l'aube passent
et emportent avec eux le silence
ils s'enfoncent dans la forêt du jour
ils dérobent les rêves indomptables
les étincelles sauvages du brasier
          asphyxié
j'irai colporter le vent et les tempêtes
et tout ce qui transporte l'être

pendant que les ogres de l'aube
passent et dévorent le temps

mardi 24 février 2015

Un homme est attablé, un café noir fumant devant lui. Il verse un peu de lait lentement et fixe la spirale qui se crée. Les secondes passent puis il regarde le vide d'un oeil éveillé. Il n'y a pas dans son regard l'égarement propre à ceux scrutant dans le présent les contours flous du passé, ni rien qui suppose un hélas nostalgique. Il regarde toujours et observe ses réflexions. À la commissure de ses yeux, de petites larmes de glace sèchent et disparaissent. Ses mains creuses tiennent la petite tasse de café et s'y réchauffent pendant qu'il transpire encore la brume glacée du matin. Sa barbe hirsute est encore gelée, sa tuque croche laissent paraître les rides qui lui lacèrent le visage, l'âge trace les traits de sa peau ; il se lèche les lèvres aux trois secondes, tic anodin d'une nervosité bien ancrée depuis longtemps. Il ne parle ni ne regarde personne autour, sort un petit calepin et y inscrit quelque chose. Les minutes passent et il continue d'errer de son calepin à l'espace. Il déchire la feuille sur laquelle il écrit, la plie en huit et la met en dessous de la patte de la table qui tremble. Il se lève et s'en va. Personne ne me porte attention, je me lève, prends le papier et le lis. 

lundi 23 février 2015

corps endolori du trop de plaisir d'hier, je sens encore le vent, mes jambes sans cesse en mouvement, la vitesse et la neige, beaucoup de neige, froid glacial ce matin, Sibérie montréalaise, prose saccadée, clin d'oeil à un ami, merci pour l'inspiration, frimas sur ma paupière et mes cils pris collés, dehors dégradés de bleu ciel allant vers du blanc, j'allume une chandelle, j'allume toujours une chandelle ces temps-ci, le calme de la flamme, atomes pétillants à la rencontre des matières, limites inconnues de moi au monde, routine connue et possible mais au demeurant imprévisible, à la radio un printemps chaud est à prévoir, manifestations et perturbations contre l'austérité, corporations équilibre budgétaire relancer l'économie - je déteste ces mots, sauf le l apostrophe, il ne me dérange pas, il est là malgré lui -, livres devant moi, quoi lire? musique à côté, quoi écouter?, heureusement j'ai du choix, écrire pour lutter contre l'ennui, se maudire de ne pas avoir assez d'imagination, trop d'images floues, fermer les yeux pour mieux voir, voir, et regarder

dimanche 22 février 2015


entrer dans la nuit avec dans le corps toute la fatigue accumulée sur les pentes de la montagne le pressentiment d'un sommeil calme déserté d'insomnie avant de marcher sur le chantier des réalisations proches un peu de sérénité

samedi 21 février 2015

Réponse

Très cher Francis,

J'ai souri jusqu'aux oreilles quand je suis allé voir ton blog hier pour y trouver ta missive, et je me suis dit que ce ne serait que le logique retour du balancier que de te répondre sur le mien. Et comme il y a de cela trop longtemps que nous avons bu ensemble (c'est long un mois), j'ai l'impression d'avoir trop de choses à te dire, je sais que ça va aller dans tous les sens, donc pardonne à l'avance cette réponse décousue que constitue le présent texte.

Est-ce que mes insomnies se sont finalement endormies? Je ne veux pas être trop enthousiaste à ce sujet, car oui je dors mieux depuis trois nuits, mais elles étaient si intenses la semaine passée que c'est tout mon corps qui s'en est ressenti et épuisé, en proie à des spasmes qui m'ont plié en deux de douleur pendant 48 heures, je me suis ramassé à l'urgence dans la nuit de samedi dernier. Je prends des médicaments depuis dimanche, je me sens mieux et, surtout, je dors mieux. Quand je dors quatre heures consécutives, c'est un exploit. J'ai ralenti la cadence côté sport dernièrement, mon corps récupère et mon sommeil s'en ressent. Tant mieux. Ça reste quand même étrange de constater à quel point dormir peut m'être difficile. Comme s'il y avait un dragon battant sous la peau qui refusait de s'apaiser.

Hier soir, je n'ai rien fait. Maryse n'était pas là. J'ai écris un peu, à peine en fait, à peine lu aussi, j'ai tout fermé ; j'ai allumé des chandelles et j'ai écouté Bach, Beethoven, Schubert. En buvant un Tobermory 10 ans et un Lagavulin 12 ans, je voyais presque la musique. Sinon mes souvenirs d'Écosse. Tout ce vent et ce vert assombri de nuages.

Je suis présentement en train d'écouter le trio pour piano et cordes n°2 D.929 de Schubert, je t'en ai parlé dernièrement et je ne peux que te conseiller davantage de l'écouter, c'est magnifique. Je suis seul, à la lumière de chandelles, des bouquins autour et ça qui joue. Je n'entends rien sauf cette musique présentement. On ne dirait pas qu'il tempête dehors, je m'imagine facilement les rues désertes où ne s'engouffrent que le vent, la neige et les passants perdus qui cherchent à tout prix à retourner chez eux pour se réchauffer. Dame nature semble elle aussi avoir quelques spasmes ces temps-ci. Le mitan du deuxième mouvement est d'une intensité qui somme le monde de se taire. Ça ne dure que quelques secondes, mais ces secondes sont éternelles.

Comme tu peux le constater, je persiste et signe quant à notre petit défi, pour le meilleur et pour le pire. Certains de mes derniers textes/posts sont d'une insignifiance désolante, mais je ne me censure pas, je commence de plus en plus à en avoir rien à foutre on dirait. Mais ce n'est pas négatif au contraire, je crois que ça peut permettre de désacraliser un peu le travail d'écriture - on se met tellement de pression merde -, le but c'est d'écrire. Même si c'est mauvais, ça ne peut pas être pire que le monde dans lequel on vit (pardonne mon pessimisme, mais je viens de terminer True Detective - merci pour la découverte. J'ai déjà hâte de réécouter cette série, trop fort. Je veux d'ailleurs que tu me renvoies les clips que tu m'avais envoyés une première fois, je ne les trouve plus et je veux savoir quelles scènes t'ont le plus marqué.). En tout cas, ce petit défi est agréable, même si des fois je suis gêné de poster certains textes, mais ne serait-ce que pour la discipline que cela impose, ça me permet d'envisager positivement mon projet pour l'été prochain.

Comme ça tu es retourné à la recherche du temps perdu? Bon voyage mon ami! Je te comprends tellement et je t'envie aussi, j'y retournerais demain matin si ce n'était de mes présentes obsessions qui me gardent cloué à Joyce. Je viens de me taper tous ses poèmes de jeunesse (va falloir que je t'en reparle), une traduction que je ne connaissais pas de Dubliners et je commence à l'instant Stephen le héros, sa première version de Portrait de l'artiste en jeune homme. J'ai interrompu ma lecture du Wake, car je me suis rendu comte que pour rentrer dans ce labyrinthe, je dois (re)commencer par le début. On a toujours associé Joyce à Ulysse si bien qu'on délaisse souvent ses oeuvres de jeunesse, et si ses poèmes sont très inégaux, les nouvelles de Dubliners sont d'un naturalisme qui rendrait Zola jaloux comme un chat - jusqu'à l'épiphanie finale que j'ai postée avant-hier -, et les médiations sur l'art que l'on retrouve dans Portrait sont aussi transcendantes que celles de Proust. Bien sûr, tout ça est amené différemment, on ne peut pas comparer un volcan et un océan mais, crois-moi, c'est d'une puissance extraordinaire. Je viens d'écrire six lignes que je viens d'effacer, ça commençait à être trop long, va falloir qu'on s'en parle de vive voix. Déjà, cette réponse s'étire trop et pourtant, je pourrais écrire encore très longtemps. Faut croire que notre amitié m'inspire l'ami! 

On remet ça de vive voix cette semaine? Ou on continue notre correspondance au vu et au su des internets? Dans tous ces mots vains et leurs échos sourds, on dirait qu'il y a un certain silence qui plane sur cette page, ce n'est pas déplaisant. 

vendredi 20 février 2015


tout n'est que neige et vent
depuis les trois derniers jours
plus froids que froids

vendredi soir
je ne fais rien
sinon déguster un whisky
en regardant les flammes des chandelles danser
je ne lis pas
j'arrête d'écrire dans quatre vers

j'écoute Glenn Gould
murmurer par-dessus Bach
et je fugue
immobile et calme

jeudi 19 février 2015


"Elle était profondément endormie.
Gabriel, appuyé sur son coude, regarda quelques instants, avec animosité, ses cheveux entremêlés et sa bouche à demi ouverte, écoutant sa respiration profonde. Ainsi il y avait eu dans son existence cet événement romanesque : un homme était mort pour elle. Maintenant il ne souffrait plus guère la pensée du rôle dérisoire qu'il avait, lui, son mari, joué dans cette existence. Il l'observait dans son sommeil comme s'ils n'avaient jamais, lui et elle, vécu ensemble comme mari et femme. Avec curiosité ses yeux s'arrêtèrent longuement sur son visage et sur sa chevelure : et en pensant à ce qu'elle avait dû être alors, en ce temps de sa première beauté d'adolescente, un sentiment de pitié étrange, plein d'amitié, pénétra son âme. Il ne  tenait pas à reconnaître même dans son for intérieur que son visage avait perdu sa beauté, mais il savait que ce visage n'était plus le visage pour lequel Michael Furey avait bravé la mort. [...]
L'air de la pièce lui glaçait les épaules. Il s'allongea avec précaution sous les draps et se coucha près de sa femme. Un par un, ils devenaient tous des ombres. Mieux valait passer hardiment en cet autre monde, dans la plein gloire de quelque passion, que de s'effacer et se dessécher lamentablement au fil des années. Il songea à la façon dont celle qui reposait à ses côtés avait enfermé dans son cœur pendant tant d'années cette image des yeux de son amant à l'instant où il lui avait dit qu'il ne souhaitait pas vivre.
Des larmes généreuses emplissaient les yeux de Gabriel. Il n'avait jamais lui-même rien éprouvé de tel pour une femme, mais il savait qu'un tel sentiment devait être l'amour. Les larmes se pressèrent plus drues, et dans la demi-obscurité il crut voir la forme d'un adolescent debout sous un arbre dégoulinant de pluie. D'autres formes étaient à proximité. Son âme s'était approchée de cette région où demeurent les vastes cohortes des morts. Il avait conscience de leur existence capricieuse et vacillante, sans pouvoir l'appréhender. Sa propre identité s'effaçait et se perdait dans la grisaille d'un monde impalpable : ce monde bien matériel que ces morts avaient un temps édifié et dans lequel ils avaient vécu était en train de se dissoudre et de s'amenuiser.
Quelques petits coups légers sur la vitre le firent se tourner vers la fenêtre. Il avait recommencé à neiger. Il suivit d'un œil ensommeillé les flocons argentés et sombres qui tombaient obliquement dans la lumière du réverbère. Le temps était venu pour lui d'entreprendre son voyage vers l'Ouest. Oui, les journaux avaient raison : la neige était générale sur toute l'Irlande. La neige tombait sur chaque partie de la sombre plaine centrale, sur les collines sans arbres, tombait doucement sur le marais d'Allen, et, plus loin vers l'ouest, doucement tombait sur les sombres vagues rebelles du Shannon. Elle tombait, aussi, en chaque point du cimetière solitaire perché sur la colline où Michael Furey était enterré. Elle s'amoncelait drue sur les croix  et les pierres tombales tout de travers, sur les fers de lance du petit portail, sur les épines dépouillées. Son âme défaillait lentement tandis que qu'il entendait la neige tomber, évanescente, à travers tout l'univers, et, telle la descente de leur fin dernière, tomber, évanescente, sur tous les vivants et les morts."
- James Joyce