Dessine les villes où tu te trouves, anonyme, dans l'espace blanc vidé des runes. L'étal azur phrase les ruines, les chants d'une symétrique rupture ; un entredeux noir et blanc où chorale une nouvelle peste, fléau d'une société orquestre. La fureur et le bruit. La fureur appelle tonitorrent de rage anamorphe le monstruand tapie. Et coeurs et ventricules étranglés, monde réduit à une cavité aux parois lacérées. Le bruit est amer, tumeur incontrôlable, tu meurs d'avoir bu jusqu'alalie le sel de l'or blond et la râpeuse folie. Ictolle foliquéfiée, explosion des bruits grotesques, le decrescendo des échos estropiés. Le bruit et la fureur de l'âmécorchée passent comme grains en un drone, la détresse en liesse des tissus, un vortex mauve. Elles fouettent en silence ces souffrances promesses, furieuses du désespoir en l'âme qui chante le divorce des espérances.
mardi 15 mai 2012
mardi 8 mai 2012
Temps des jours
Hier, trois heures sous le soleil à revoir et corriger de la prose mille-pattes, des poésies insectes, à dépoussiérer des mots fossiles ; des scorpions, des crabes et scarabées qui, vers vains haineux, triturent et truculent l'oreille et le coeur dans le désert qui nous aride.
L'espoir amène une indicible, une solaire invincibilité.
Dans l'insouciance des actemps qui passent.
Aujourd'hui, rien. La pluie et le vent tempêtent. Le poêle et la cafetière qui crissent puis le café qui blopblop et fleure corsé. Des livres et des pages à n'en plus finir. La ville évanouie en avant m'indiffère. Que la pluie et le vent et les vers déterrés qui glissent le long de l'asphalte. Les images et les mots.
lundi 7 mai 2012
Seulétude
Tout crie autour de. Il se désaxe et se satellise, entre attraction et rétraction, soumis à l'indiscernable. Une autre semaine de révolution à dériver vague dans l'orbite. Un irrésistible souffle le pousse, étourdivre. À sa nébuleuse futile, il souhaite une finalité. Une concrétude. Tout crie autour. Il erre dans l'incertain, sourd.
mercredi 2 mai 2012
Érik Satie
...dans le silence brumeux de l'aurore grise.
Les Gnossiennes.
L'âme et le démiurge.
La constriction du temps.
Les Gnossiennes.
L'âme et le démiurge.
La constriction du temps.
lundi 30 avril 2012
Je vais m'en souvenir
Dans les rues se lèvent à chaque nuit des manifs comme des murs à partir desquels on se donne des poussées vers l'avant.
Il est beau de se souvenir, mais un passé, des mémoires, ça s'écrit.
Cette impression que c'est tout un pan qui s'écrit maintenant.
mercredi 25 avril 2012
humeur aqueuse
long indolent de l'aulne ô fleuve l'eau faune endiguée dans le courant de l'aube. Le temps s'écoule rivière dans la fuite des flots. Le long des rameaux des saules il a plu aléas d'ambre dans le remous errant dans le lit de l'eau les humeurs les amours. La belle Ophélie partit respirer les lys noyés de Narcisse. Le monde expire des frémissements d'ondes dans les rivelandes étreintes et cherche en vain les lueurs tout le
vendredi 20 avril 2012
La censure
"La censure? La censure! La censure, c'est la gargouille qui vomit hideusement son plomb liquide sur la chaire vive de la poésie! La censure, c'est l'acéphale aux milles bras aveugles qui abat comme un sacrifice sans défense chaque érection de sensibilité délicate au moyen de ses moulinets vandales! La censure, c'est l'apothéose de la bêtise! La censure, c'est le rasoir gigantesque rasant au niveau du médiocre toute tête qui dépasse! La censure, c'est la camisole de force imposée au vital! La censure, c'est la défiguration imprégnée sur la grâce par un sourcil froncé saugrenu! La censure, c'est le saccage du rythme! La censure, c'est le crime à l'état pur! La censure, c'est l'enfoncement du cerveau dans un moulin à viande dont il surgit effilochement! La censure, c'est la castration de tout ce qu'il y a de viril! La censure, c'est la chasse obtuse à la fantaisie et à l'audace illuminatrice! La censure, c'est la ceinture de chasteté appliquée à tout con florissant! La censure, c'est l'interdiction de la joie à poivre! La censure, c'est le morose enduisant tout! La censure, c'est l'abdication du rare et du fin! La censure, c'est la maculation et le hachage en persil de l'unique toujours gaillard! La censure, c'est l'abdication de la liberté! La censure, c'est le règne ignorantiste du totalitarisme intolérant envers tout objet qui n'est pas monstruosité rétractile! La censure, c'est l'injure homicide à la loyauté des sens! La censure, c'est le pet par-dessus l'encens! La censure, c'est l'éteignement de l'esprit! Où il y a censure, serait-elle la plus bénigne du monde, il n'y a plus qu'avortement généralisé. La censure, c'est la barbarie arrogante. La censure, c'est le broiement du coeur palpitant dans un gros étau brutal! Oui, mille fois la censure, c'est la négation de la pensée!"
- Claude Gauvreau
Je n'allais pas censurer un seul mot de cette longue citation. (Et par ricochet ne me censurerai plus)
Le cataracte du nyctalope (suite)
(Reproche-t-on aux peintres de créer de nouvelles couleurs?)
Gartagavreuse amibe achoua a cru ta gavée, ta lave ectoplasme, ton oeil aquilé. Transpoigne arde mon âme t'as tuée, alvauréole le coeur sangtrifuge de sang pompé, l'épice de ta peau, tes baisers coagulés. Évide ma mie, mon infinité. Échoué mes sens auscultpés à ragravir des murs esclaves, mes yeux ornièrés, ton zénith. Aubade ma mie, difforme barde je suis. Muse mon langage déformé. Pielle tortriturée buvant gloutte au mirage de l'encre. Le larmoiement des horizons sous les nuages de cendres, ancêtres des corps vapeux. Elle trombla la terre meule sous nos genoux, cette terre scellée sous nos ongles à jamais saignants. Tes ancreuses hanches mon refuge. Dans l'étiolement de ton cou, baisers in verténèbres et lèvres méduses, ta langue sangsue. Tes cris m'ont ponctué l'âme cent fois. Tua multiformiser mon langage, ma mie racle. Elle existe la chorale des dieux, elle est la portée de tes yeux. Engouffre-moi, dépaupièrise-moi, cataracte-moi d'avalanches. Spectre libellule, spectre sauterelle, inspectre, mon feu-folie filet de nuit. Comète et galaxe ton être, ton être obscurci d'insomnuit, astralisé, mon coeur splasme et te pleure, infinie. Je vois ton sourire quand je cligne de l'oeil, je vois dans la nuit ton invisibilité. Ô larmeux visage! Ma désolation. Oublitude mon érosion, mon passage gravé au solstice de tes yeux. Phoenix aveugles consumés sous les cieux, réticence, ta brûlure dans ma rétine, la déroute des sens. J'invente des mots à défaut de t'inventer. Navance plus malamour amatraque abattue couché dans les lys ventropale fracâme et baies et. Pure. Sang. Foi.
mardi 17 avril 2012
"Words, words, words."
Des mots sans cesse sans qu'aucun vaille l'encre qui les trace. Pris dans les pages d'un livre léviathan, pris entre une sourde oreille et un inlassable cri de révolte, pris entre la dépression et l'acceptation, pris dans un printemps indifférent, un printemps rouge automne. Les mots fusent, insécures, se fusionnent, créent des sens invisibles qui orientent une déroute, une aubébauche ; des mots qui disent tout et qui ne disent rien.
lundi 9 avril 2012
tant de jours
la pluie tombe les gouttes ploc ploc sans but alors que l'onde mobile de l'encre dessine les cécités l'ellipse levée à hauteur d'ombre et globulorme noir engouffrant des songes
toujours les mêmes mots et les mêmes images répétition des jours qui passent comme si belliqueux le temps et le rêve s'obstinaient en soi le front borné s'heurte aux oeillères du monde et les illusions prennent fin où le regard ouvre les yeux
mercredi 4 avril 2012
Point de fuite
aveuglé par le kaléidoscope des infinis de l'aube
là tes mains comme du sable fin sur ma peau
soufflé par les flots les parfums d'atomes
multicolores rimes d'images morts mots
éclats de vers affûtant le silex du sang
microcules parties vaine monologie
rythmée au pluriel des âges
circonvolutions spleen
d'où n'échappe
d'où il n'y a
point de
fuite
vendredi 30 mars 2012
Épiphanie
"Un jour pommelé de nuages marins. La phrase, le décor et le jour s'accordaient harmonieusement. De simples mots pourtant. Était-ce à cause de leurs couleurs? Il vit flamboyer et s'éteindre leurs teintes une à une. Or du soleil levant, rouge et vert des pommeraies, azur des vagues, franges grises au toison des nuages. Non, cela ne tenait pas à leurs couleurs, mais à l'équilibre, à la cadence de la période elle-même. Aimait-il donc le rythme ascendant et retombant des mots mieux que leurs rapports de sens et de couleur? Ou bien était-ce que, faible des yeux et timide de l'esprit, il goûtait moins de plaisir à voir les yeux de l'ardent Univers sensible dans le prisme d'un langage multicolore et somptueusement expressif, qu'à contempler le monde intérieur des émotions individuelles, parfaitement reflétée dans les périodes d'une prose lucide et souple?"
- James Joyce
Estomaqué, je reviendrai toujours à ces mots. À travers cette épiphanie inégalable, véritable chef-d'oeuvre de pureté, toute la démarche de Joyce est là.
mardi 27 mars 2012
Au midi
Après une semaine surchauffée, le soleil en son midi refroidissait les ardeurs du printemps. Un homme, peu inspiré, alla traîner sa solitude dans un parc voisin, trou vert dans une ville faussement tranquille. Il vit un homme là-bas, tout de noir vêtu, avec un masque et une batte de baseball à la main, frapper dans l'air des balles invisibles, entre des pas de danse ridicules. La folie est souvent plus proche qu'on ne le croit. Le fou répéta ce manège pendant une longue demi-heure.
Plus l'homme marchait et plus se dévoilait autour de lui le caractère profondément illusoire de l'isolement qu'il était venu chercher. Certes, au regard le parc était paisible : il y avait ici et là quelques passants, les habituels joggers et d'autres qui jouaient avec leur chien dans une indifférence béate. Mais petit à petit, l'homme se rendit compte de la marée sonore qui montait autour de lui. Deux avions passèrent coup sur coup et chargèrent le bleu du ciel d'un tonnerre mécanique, le bruit des travaux du quartier avoisinant grondait en modulations amélodiques, et ce qui le frappa le plus fut l'extraordinaire cacophonie exponentielle et inlassable, comme une avalanche ascendante, de goélands surexcités s'entredéchirant l'ouïe à qui mieux-mieux, insouciance animale, et évoquant vaguement les échos des discours discordants de ce printemps mouvementé. Les cris confrontés aux sourdes oreilles, les idéologies sorties de l'hibernation, s'élevant et s'entrechoquant dans les fracas des différences.
Tranquillement assis devant l'étang, près des berges de quenouilles jaunies, l'homme se coupa du son qui l'entourait, tenta de s'isoler complètement et finalement n'entendit que le bruit de petites pattes dans les feuillemortes, accompagné du doux roucoulement des pigeons. Il fixa l'eau longtemps, se leva puis partit. Rien dans les poches, sans réfléchir, aucune pensée, mais reposé.
vendredi 23 mars 2012
Citation appropriée à méditer
"Je me révolte, donc nous sommes. Et nous sommes seuls."
- Albert Camus
mercredi 21 mars 2012
Printemps des jours (ou révérence affairée)
pensées bleues envahies par les sciences funestes
est resté de la nuit un saphir céleste
j'ai farfouillé les dieux et j'ai trouvé l'azur
j'ai cherché les mots preux aux creux des commissures
les nuages absents ont déserté mes rêves
et l'angoisse du temps ne connaît plus de trêve
et je passe inconstant plombé d'incertitudes
arrive le printemps et toutes ses habitudes
caresser une peau un moment presque proche
il est né de cette eau une fleur sur la roche
et cette eau déversée était-elle mes pleurs
ou les lueurs fanées quand s'écoulent les heures
encore un autre jour dénué de merveille
ou bien j'ai les yeux sourds et le coeur qui sommeille
quand le recommencement crépuscule la fin
je suis las du présent j'attends déjà demain
est resté de la nuit un saphir céleste
j'ai farfouillé les dieux et j'ai trouvé l'azur
j'ai cherché les mots preux aux creux des commissures
les nuages absents ont déserté mes rêves
et l'angoisse du temps ne connaît plus de trêve
et je passe inconstant plombé d'incertitudes
arrive le printemps et toutes ses habitudes
caresser une peau un moment presque proche
il est né de cette eau une fleur sur la roche
et cette eau déversée était-elle mes pleurs
ou les lueurs fanées quand s'écoulent les heures
encore un autre jour dénué de merveille
ou bien j'ai les yeux sourds et le coeur qui sommeille
quand le recommencement crépuscule la fin
je suis las du présent j'attends déjà demain
mardi 20 mars 2012
Une semaine
à respirer dans l'air de ce printemps précoce alourdi du poids des luttes d'un côté bottes de ciment tête droite coeur battant en rythme empanaché d'idéal dans l'indifférence du dieu Mars et des autres révoltespoir et de l'autre langue de bois des matraques et la vacuité d'un langage incompréhensible suranné empreint de mauvaise foi injustice nulle part ne me reconnais plus impression de l'homme moderne réduit au plus petit dénominateur son nombril
mardi 13 mars 2012
s'arrête le temps des nuits effleure les fleurs du malt
impalpable parfum
s'effrite à travers
le filtre de l'or blond
liqueur du bout du monde
les fleurs du malt
épines amères
pétales de peines pleurent
irisent la rosée neigeuse
manteau de montagne
camphre d'idéal
puise au douvet des trèfles
au berceau des vals
les bourgeons de l'ivresse
maux de mon mal
s'entremêlent ce printemps
ces échos incongrus
ces espoirs
ces étoiles
s'effrite à travers
le filtre de l'or blond
liqueur du bout du monde
les fleurs du malt
épines amères
pétales de peines pleurent
irisent la rosée neigeuse
manteau de montagne
camphre d'idéal
puise au douvet des trèfles
au berceau des vals
les bourgeons de l'ivresse
maux de mon mal
s'entremêlent ce printemps
ces échos incongrus
ces espoirs
ces étoiles
jeudi 8 mars 2012
mystérieuse inspyralion
se déroule le long de l'encre
spirale de lalangue
fluideffusion
la lyre dorée des anges
saint ptaumes chants possessions
insistants fantômes
sporasmes poumons
réinspirent entre deux inactions
et dévoilent avéclats le souffle des proses
spirale de lalangue
fluideffusion
la lyre dorée des anges
saint ptaumes chants possessions
insistants fantômes
sporasmes poumons
réinspirent entre deux inactions
et dévoilent avéclats le souffle des proses
mardi 6 mars 2012
Déambulentement
marchant par les tranchées
ras les murs aux mille briques
là bas un parc blanc
scrutant le point de fuite
lointain aval de la rue lever de ville
on va
s'engouffrant
deux âmes
des images et des mots par milliers
sous une lune impossible
dans l'air froid
déambulant
ras les murs aux mille briques
là bas un parc blanc
scrutant le point de fuite
lointain aval de la rue lever de ville
on va
s'engouffrant
deux âmes
des images et des mots par milliers
sous une lune impossible
dans l'air froid
déambulant
Temps des jours
L'hiver a repris un peu de force et avec février la cinquième saison a disparu. Mars. La semaine passera dans le souffle des manifs. Ici l'attente. Toujours sous Le ciel de Québec je continue de lire cette épopée drôlatique, et toujours j'erre et reste, pèlerin poli, aux aguets du génie. Ou c'est peut-être moi qui ne voit rien.
mercredi 29 février 2012
Éveil
vouloir vivre à tout rompre les parois lumineuses du gouffre du jour s'extirper de terre gravir les murs s'élever libre et embrasser les muses invisibles sorties de tempête chantant une nouvelle aube
je n'ai rêvé à rien
je n'ai rêvé à rien
vendredi 24 février 2012
Hockey
Ils étaient tous plus gros que nous, meilleurs buteurs que nous, deux lignes d'attaque plus fortes contre les nôtres, inégales. Dès le dévoilement de l'alignement, on saurait qu'elle serait difficile. Les patins ont fendu et mangé la glace, entrechocs des bâtons et des casques et coups d'épaules. Le corps inondé de sueur, alourdi, ankylosé; la fatigue alors que le coeur pompe tout le sang du corps, les tempes en furie. L'adrénaline, tout va vite, l'étrange ivresse de l'essoufflement, on ne pense à rien, on agit, par réflexes. On dirait que des forces invisibles retiennent leur souffle à chaque descente, à chaque lancer, à chaque arrêt. Les cris d'encouragement fusent de tous côtés ; les cris de joie, seulement du nôtre. On joue notre meilleur match, en équipe, notre défense est solide, notre gardien arrête tout et on gagne ce match qu'on ne croyait jamais gagner, en équipe. Je m'étais promis de ne pas parler d'hockey, mais peu importe. De toute façon, le sport est aussi poésie.
Vous connaissez la bière de la satisfaction? C'est elle je bois présentement, et elle a rarement été aussi bonne.
mercredi 22 février 2012
La cinquième saison
Février, Montréal, Villeray. Ne cours plus les mardis car trop d'ordures dans les rues. Saletés crasses et coagglutinées. Mais mercredi n'est pas mieux et malgré la pluie, les rues sont toujours sales. File alors vers le parc. Personne. Je suis un peu de solitude qui court. Croise un tamoul édenté tout droit sorti d'un film tordu, qui me regarde comme si j'étais un extra-terrestre. Va plus vite. Au-dessus du stade de tennis et des terrains de soccer, on voit la tour de la faculté de musique de l'Université de Montréal et l'Oratoire Saint-Joseph. Suis jamais allé là en six ans et c'est pourtant si proche. Les mots d'Émile me viennent en tête "ah comme la slush a slushé..." La neige n'est plus. Qu'une immense flaque d'eau le parc. Couche superficielle de glace sur le lac qui reflète le gris mat du ciel. Je déteste cette cinquième saison, exclusive à Montréal, celle entre l'hiver et le printemps, comme si aucune des deux ne la voulait. L'hiver la repousse alors qu'en la voyant venir se sauve le printemps. Et nous pris dedans.
vendredi 17 février 2012
Coïncidence (ou peut-être pas)
Lou Andreas-Salomé, née Louise von Salomé, fut tout sauf une femme ordinaire. Femme de lettres allemande d'origine russe, incarnant la liberté intellectuelle, féministe avant même que le mot existe, trilingue, élevée à la noblesse par nul autre que le tsar Nicolas 1er, elle fut tour à tour le seul et unique amour de Nietzsche, la muse de Rainer Maria Rilke, la meilleure amie d'Anna Freud et la brillante disciple, ainsi qu'une des plus fidèles correspondantes de ce cher Sigmund. On peut sans craintes parler d'un destin en tout point hors du commun, pour ne pas dire extraordinaire.
Je ne connais pas beaucoup les écrits de Salomé, sinon une description de Nietzsche qui témoigne de sa remarquable plume, mais inutile de dire que je suis désormais tout à fait intrigué par cette femme et je me suis promis d'y venir dans un avenir très rapproché. Toujours est-il que connaissant plutôt bien ceux du philosophe poète à moustache et ceux du psychologisant barbu fumeur de cigare, j'ai eu, hier, l'idée bien inoffensive de me renseigner un peu sur l'oeuvre du poète allemand dont elle fut la muse, poète qui m'est, à vrai dire, en dehors de son nom, absolument inconnu. J'emprunte donc Lettres à un jeune poète à la bibliothèque, ouvrage que monsieur Grasset lui-même (oui l'éditeur) qualifie de "véritable guide spirituel", de "manuel de la vie créatrice de portée universelle", rien de moins. Je suis alors convaincu qu'il représente la meilleure introduction à l'oeuvre de Rilke.
J'ouvre donc ce matin, le 17 février 2012, ledit livre qui est un recueil de dix lettres que Rilke a écrites à Franz Xaver Kappus (le jeune poète en question) et quelle est ma surprise de voir que la première lettre que Rilke adresse à Kappus est datée du 17 février 1903. 109 ans jour pour jour après l'écriture de cette lettre, je la lis. Dans une autre époque, dans une autre langue, à un tout autre moment. La fulgurance des mots a traversé le temps sans rien faire sinon exister ; une ellipse de 109 ans bouclée en un clignement de paupières.
J'aurais lu cette anecdote dans un roman de fiction et je ne l'aurais pas crue. À trop vouloir jouer avec la chance, il est facile d'abuser la naïveté. Mais en même temps, je me refuse à croire qu'il ne s'agit là que d'une vulgaire coïncidence et je me plais à y voir autre chose. De la poésie, un privilège unique, une anecdote dépassant l'entendement parce qu'il y a justement des signes au sens dépassant l'entendement humain. Et là, et c'est peut-être moi qui est naïf, mais j'y vois un peu de vie ; un peu de vie dans toute son abstraction presque saisissable, dans tout son mystère - comme la profonde douceur du regard de cette femme ci-haut - un peu de vie, à l'état pur.
jeudi 16 février 2012
Lire Nietzsche
"Nietzsche est illisible pour ceux qui le lisent avec les yeux de la raison, il est impensable pour ceux qui veulent le penser avec les instruments de la pensée. Il est le penseur de ce qui ne se pense pas, de ce qui est hors pensée - et là est son véritable mystère : "comment penser l'impensable?" Non pas en le rendant pensable, car ce serait tomber dans le piège philosophique, mais en respectant jusqu'à l'hallucination sa nature d'impensable ; en le vivant dans son corps, dans sa chair, avec ses muscles, ses nerfs, son coeur, avec la conscience que son corps, cet autre moi, sait mieux que la pensée notre vérité d'humain."
- Bernard Edelman
vendredi 10 février 2012
Chopin le matin
belles Nocturnes matinales
un chaud café, la brume figée dehors
le jour s'est levé
sans couleur
tranquillement
un chaud café, la brume figée dehors
le jour s'est levé
sans couleur
tranquillement
ces mélodies comme si le temps n'existait pas
mercredi 8 février 2012
Insomnie
pluie nocturne
orée de l'ombre
claire hier lumière de lune
désir d'inverser la pluie
flocons follet d'obscurité
folies noyées dans
le calme de l'eau froide
corps subimmergé
âme aqueuse
à mi-chemin de la vase et du vent
entre l'étranglement des algues
et l'étreinte du néant
un torrent de nuit s'écroule sur moi
et je dérive
je cherche les vagues du rêve
orée de l'ombre
claire hier lumière de lune
désir d'inverser la pluie
flocons follet d'obscurité
folies noyées dans
le calme de l'eau froide
corps subimmergé
âme aqueuse
à mi-chemin de la vase et du vent
entre l'étranglement des algues
et l'étreinte du néant
un torrent de nuit s'écroule sur moi
et je dérive
je cherche les vagues du rêve
mardi 7 février 2012
Temps des jours
le soleil distille un proche printemps
dans la rue les passants sans foulard
plissent les yeux sous les reflets du ciel
un ciel nimbé d'or bleu éclatant
après quelques songes sombres et clairs
le temps des jours passe en jeux de lumière
jeudi 2 février 2012
Marilyn et Molly
Cette photo date de 1954. D'une sublime humanité, elle montre une Marilyn Monroe médusée en train de lire Ulysse. Elle a 28 ans, elle est au sommet de sa gloire mais on la voit ici dans un parc loin de tout, auréolée d'un naturel désarmant.
Si l'on se fie aux pages, Marilyn est en train de lire le chapitre ultime d'Ulysse, soixante pages découpées en huit paragraphes sans ponctuation, le soliloque de Molly
Volcanique Molly le chapitre de l'âme humaine aux limites de la folie fleuve de lave blonde Bloom a voyagé Molly voyeuse incapable de dormir car la fragrance de ses rêves d'autrefois est embaumée de la puanteur de son égout d'époux Molly femme adultère lascivesseulée délire sa salive amère et désenchantée d'aimer parce que perverse comme lui perverse comme tous les autres déviante rivière irriguant sexe et désir le long des corps érodés de solitude au-delà des souvenirs noyés peine de lettres d'amour elle rêve de flamboyante romance du viril Dache Boylan de la poésie du labyrinthique Dedalus et pourtant pourtant oui à Gibraltar une rose rouge dans les cheveux comme une jeune fille andalouse oui les roseraies les jasmins et les primevères oui baiser sous le mur des Maures oui torrent de mer écarlate oui fleur de montagne oui bras enlacés oui seins parfumés la peau fragile le coeur qui battambour elle avait dit oui oui je veux bien Oui
Le chapitre de l'acceptation résolue de la délivrance de l'affirmation absolue où dans le tonnerre des mots Jupiter Joyce l'irlandais fou a saisi la foudre à mains nues pour immortaliser des cendres de l'encre et ceindre d'éternité ce jour ce jeudi ce 16 juin 1904 une pluie d'éclairs toucha Dublin et frappa l'existence humaine de contingence la sortant du reflet de Narcisse les blanches fleurs aux rouges corolles se sont fanées marquant l'humanité en lui rappelant sa brièveté infinitésimale et microcosmique mais également ses ambitions homériques
"Les mots doivent changer parce que les temps changent." - Joyce
Nous sommes jeudi, je viens de finir Ulysse. Et dire que machinalement, j'ai remis mon signet, dans le livre, à la fin.
Volcanique Molly le chapitre de l'âme humaine aux limites de la folie fleuve de lave blonde Bloom a voyagé Molly voyeuse incapable de dormir car la fragrance de ses rêves d'autrefois est embaumée de la puanteur de son égout d'époux Molly femme adultère lascivesseulée délire sa salive amère et désenchantée d'aimer parce que perverse comme lui perverse comme tous les autres déviante rivière irriguant sexe et désir le long des corps érodés de solitude au-delà des souvenirs noyés peine de lettres d'amour elle rêve de flamboyante romance du viril Dache Boylan de la poésie du labyrinthique Dedalus et pourtant pourtant oui à Gibraltar une rose rouge dans les cheveux comme une jeune fille andalouse oui les roseraies les jasmins et les primevères oui baiser sous le mur des Maures oui torrent de mer écarlate oui fleur de montagne oui bras enlacés oui seins parfumés la peau fragile le coeur qui battambour elle avait dit oui oui je veux bien Oui
Le chapitre de l'acceptation résolue de la délivrance de l'affirmation absolue où dans le tonnerre des mots Jupiter Joyce l'irlandais fou a saisi la foudre à mains nues pour immortaliser des cendres de l'encre et ceindre d'éternité ce jour ce jeudi ce 16 juin 1904 une pluie d'éclairs toucha Dublin et frappa l'existence humaine de contingence la sortant du reflet de Narcisse les blanches fleurs aux rouges corolles se sont fanées marquant l'humanité en lui rappelant sa brièveté infinitésimale et microcosmique mais également ses ambitions homériques
"Les mots doivent changer parce que les temps changent." - Joyce
Nous sommes jeudi, je viens de finir Ulysse. Et dire que machinalement, j'ai remis mon signet, dans le livre, à la fin.
mercredi 1 février 2012
Détente
À la verticale de la nuit
calme
l'ambiance échappe ses soupirs
monotonnant silence
je n'entends rien
plongé dans les possibles
d'une simple prose
calme
l'ambiance échappe ses soupirs
monotonnant silence
je n'entends rien
plongé dans les possibles
d'une simple prose
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