mardi 29 juillet 2014

William Faulkner's 1949 Nobel prize speech

"Ladies and gentlemen,

I feel that this award was not made to me as a man, but to my work - a life's work in the agony and sweat of the human spirit, not for glory and least of all for profit, but to create out of the materials of the human spirit something which did not exist before. So this award is only mine in trust. It will not be difficult to find a dedication for the money part of it commensurate with the purpose and significance of its origin. But I would like to do the same with the acclaim too, by using this moment as a pinnacle from which I might be listened to by the young men and women already dedicated to the same anguish and travail, among whom is already that one who will some day stand here where I am standing.

Our tragedy today is a general and universal physical fear so long sustained by now that we can even bear it. There are no longer problems of the spirit. There is only the question: When will I be blown up? Because of this, the young man or woman writing today has forgotten the problems of the human heart in conflict with itself which alone can make good writing because only that is worth writing about, worth the agony and the sweat.

He must learn them again. He must teach himself that the basest of all things is to be afraid; and, teaching himself that, forget it forever, leaving no room in his workshop for anything but the old verities and truths of the heart, the old universal truths lacking which any story is ephemeral and doomed - love and honor and pity and pride and compassion and sacrifice. Until he does so, he labors under a curse. He writes not of love but of lust, of defeats in which nobody loses anything of value, of victories without hope and, worst of all, without pity or compassion. His griefs grieve on no universal bones, leaving no scars. He writes not of the heart but of the glands.

Until he relearns these things, he will write as though he stood among and watched the end of man. I decline to accept the end of man. It is easy enough to say that man is immortal simply because he will endure: that when the last dingdong of doom has clanged and faded from the last worthless rock hanging tideless in the last red and dying evening, that even then there will still be one more sound: that of his puny inexhaustible voice, still talking.

I refuse to accept this. I believe that man will not merely endure: he will prevail. He is immortal, not because he alone among creatures has an inexhaustible voice, but because he has a soul, a spirit capable of compassion and sacrifice and endurance. The poet's, the writer's, duty is to write about these things. It is his privilege to help man endure by lifting his heart, by reminding him of the courage and honor and hope and pride and compassion and pity and sacrifice which have been the glory of his past. The poet's voice need not merely be the record of man, it can be one of the props, the pillars to help him endure and prevail."

lundi 28 juillet 2014

mouvement

mes poursuites sont ponctuées de trêves et de distances où déferlent, prophétiques, les horizons de nouveaux autels - stalles où se meuvent les augures, où s'installent les mues d'amours à renaître - j'observe les périodiques du temps, cette horloge qui n'attend rien des hommes, ses esclaves, ses grossières poussières

des perditions se déploient
les vertus évidées
je fais le vide de mon être pour le combler de plus grands essors

lundi 21 juillet 2014

Voilà

"Poetry is not a turning loose of emotion, but an escape from emotion; it is not the expression of personality, but an escape from personality. But, of course, only those who have personality and emotions know what it means to want to escape from these things." 
T.S. Eliot

dimanche 1 juin 2014

Citation

"Je suis à la veille de mourir. Demain peut-être serai-je déjà à l'agonie. Mon corps se meurt de jeunesse. La révolte me sauverait sans doute. La révolte prolongerait mon existence. Hélas! J'ai perdu mon goût de m'indigner, de m'insurger, j'ai perdu le goût des émeutes devant les parlements, j'ai perdu le goût des satires, des libelles, des tracts et des pamphlets flamboyants qui ne trompent personne, qui ne dérangent personne, qui ne font de bien ni mal à personne. Parce que je refuse de jouer le jeu ; parce que je m'abandonne aux voix de la Terre ; parce que je me lance à la poursuite de toutes les comètes de l'imaginaire, je n'ai plus de souffle pour autre chose, je n'ai plus l'énergie de vivre. Le refus est impitoyable : le refus a votre peau tôt au tard. Il vaut mieux que ce soit tôt que tard. La mort vient quand vous n'en pouvez plus de refuser. Avec l'ivraie, on vous arrache alors pour vous brûler dans le brasier éternel de la Géante. C'est ainsi que vous apprenez qu'il n'est pas bon de se colletailler aussi bien avec la saisie qu'avec l'insaisissable. 
- Victor-Lévy Beaulieu, 1968

lundi 26 mai 2014

Surveillance

Déposer ou apposer les bases d'une fondation à venir. Une structure à édifier malgré la simplicité des choses. Aux alentours, je vois des gens qui semblent souffrir en silence, suffisants d'insouciance. Une fille aux cheveux impossibles tire sur ses cils pour les démêler, les désempêtrer du mascara collant, et ça tire et ça déforme sa paupière. Une action qui envahit l'espace temps de dix secondes. Beaucoup de personnes aux tatouages cheaps, le gris-bleu se voulant noir, les yeux vitreux jetés dans la fenêtre du livre où ils ne voient rien, impénétrés. Masses de cheveux rouges, châtains clairs, châtains foncés, châtains cendrés, châtains, du roux, du blond avec une frange bleu, des dizaines de bruns différents - il n'y a pas deux bruns pareils - un peu de noir plus noir qu'ébène, le noir de l'ébène carbonisée, de l'ébène ben carbonisée. Des personnes qui dévoilent leur calligraphie naissante, qui édifie la structure des choses à venir. Que leur magma se solidifie, se fie sur du solide. Solidifier. Leur visage difficile à percer, difficulté de sonder l'émotion dans l'étang vaseux de leur face. Personne ne semble souffrir finalement. Personne ne semble souffrir comme moi je souffre en tout cas. Mais je ne souffre pas, je m'essouffle, je m'essouffre. Cette incertitude dans leur regard concentré. Jus fait de concentré d'incertitude. Bonne source de vitamines. Évaluation finale : A+ à E. Échec possible. L'échec est toujours possible, il est à portée de main, il est apporté de main. Mais ils n'ont pas honte d'échouer parce qu'ils n'ont pas d'idéaux. On est comme ça ici, on n'a pas honte d'échouer parce qu'on n'a pas d'idéaux. Moi j'embrasse ma honte, ma mante religieuse, comme j'ai embrassé celles qui ont construit le casse-tête de ma honte et de ma culpabilité. L'image sur le casse-tête, c'est du noir ; nombre de pièces : inconnu. Je n'ai plus de souvenirs de quand j'avais cet âge. Aucun. Que le prolongement d'émotions jamais tues, jamais tuées. Parfois le passé peut réellement disparaître. Ce sont les émotions qui nous édifient. Les souvenirs sont toujours déformés.

vendredi 23 mai 2014

Un certain abandon

Don't touch this fucking zit at the corner of your lips! Ne dégale pas cette ostie de gale à la commissure de tes lèvres! Mais tu sais que tu ne peux pas t'en empêcher, la petite douleur fine et stridente lorsque que tu enlèves cette croûte pas encore assez morte, cette croûte en-dessous de laquelle renaît la petite blessure, la peau fait peau neuve sous le petit amas de croûtes mortes, ça travaille, il ne faut rien enlever, il ne faut pas défaire la régénération des chairs, ne rien déchirer croûte que croûte sinon le sang coulera gluant faute de coagulant, un sang décoagulé. Attendre. La blessure est superficielle, en surface, elle va disparaître. Pas comme les autres en profondeur dans les stries profondes du corps, pognées directes dans ce que le corps a de cérébral, d'émotif, d'irréparable. J'ai peur de dévoiler la chair vive et vulnérable de mes blessures.
La bière bue coule fade, une grosse laurentide vieille, fossile de mes années universitaires, alcool dans lequel se distilla mon rut de jeune vingtenaire, les maux de tête, les trous de mémoire, les mémoires perdus, la quête de cuisses hospitalières, le stupre, les hanches de femmes aimées puis oubliées, mes abandons. Souvenirs déficients, altérés. Altérité altérée, altérité désaltérée, comme j'ai désaltéré mes altérités! Vide rempli par la honte d'abord puis l'indifférence ensuite, la résignation. Je bois et je cherche. Sensation proustienne avortée, comme les deux enfants que j'ai failli avoir.
Mon exil est local. J'aime cette sensation d'exil qui n'en est pas vraiment un. Je suis toujours sur la même terre, dans le même pays que je ne reconnais pas parce que je ne l'ai jamais connu. J'ignore où je suis, je suis un insulaire continental, un marin à pied. Je cherche une île déserte. Mais je suis sur une île prise, une île prisonnière - elle m'emprisonne hier -, prise dans des ornières, entourée de terre. Il n'y a rien de plus triste qu'une île au milieu d'un continent, centre débalancé du monde que je ne vois pas ailleurs que sur de grandes cartes sans centre. La terre est plate mais elle trouve ses courbes dans le grand angle du monde.

mercredi 21 mai 2014

Extrait

Je m'appelle Grenole Froment. Si je commence cette histoire en vous disant mon nom, qui n'est pas mon vrai nom, c'est parce que je suis tanné de ceux qui disent pas leur nom. J'ai déjà lu des livres dans lesquels les protagonistes disent pas leur nom. J'aime pas les livres dans lesquels les protagonistes disent pas leur nom. Je trouve que ça parait trop que l'écrivain tente d'auréoler de mystère son protagoniste. Personne n'est mystérieux. Du moins, pas en disant pas son nom. Mais si Grenole Froment c'est pas mon nom c'est pas non plus mon surnom, parce que tous ceux que je connais ont un surnom. Grenole Froment c'est le nom que je me serais donné si j'avais été quelqu'un d'autre. Si j'avais été le héros d'un roman d'aventure par exemple. J'aurais été un voleur mince et laid, qui sait être rusé et cruel envers ceux qui le méritent, mais bon aussi. J'aurais été un voleur qui vole pour survivre, pas pour s'enrichir. Parce que j'haïs les riches et même en me mettant en scène je serais pas capable d'aimer les riches. Je volerais les riches parce que c'est à chier et parce que c'est pas original de voler les pauvres, tout le monde fait ça. Ouais, j'aime pas les riches. Au Québec, y'en a beaucoup qui disent que les Québécois ont un problème avec l'argent, qu'on souffre d'un complexe d'infériorité, qu'on n'aime pas ça quand quelqu'un réussit et qu'il est riche. Mais l'affaire c'est que c'est vraiment n'importe quoi puisque tout le monde a un problème avec l'argent, ceux qui n'en ont pas en veulent et ceux qui en ont en veulent toujours plus. Avez-vous déjà entendu quelqu'un dire : "J'ai assez d'argent!"? Non, moi j'aime pas les riches, autant par jalousie que parce que ça m'emmerde de voir des gens plein d'argent. Mais j'aime pas les pauvres non plus. Surtout ceux qui blâment les riches pour leurs problèmes d'argent. Bref, je pense que j'haïs l'argent point. C'est pour ça que j'aimerais être un voleur dans un roman d'aventure. Je ne suis pas sûr si c'est un bon argument par contre, mais je m'en fous, j'ai toujours été pourri quand vient le temps d'argumentir, d'argumenter je veux dire. C'est parce que j'haïs mentir aussi. Tout le monde ment. Le monde ment. Si j'aime pas argumenter c'est pas parce que je suis pas intelligent, mais parce que j'aime pas argumenter avec des morons. Et comme Montréal sinon le monde est composé de morons comme le corps humain est composé d'eau, ça fait que j'aime pas ça argumenter. Je trouve que Grenole Froment c'est pissant comme nom. S'il fallait le décrire, il aurait quelque chose d'une barre tendre dans son apparence. Il serait maigre en tout cas ça c'est sûr. Grenole Froment ça fait nom de maigre. Mais moi je suis pas maigre je suis gros, pas obèse, juste gros. Gros façon années 2000, façon abdomen adipeux bien bièreux, façon les douchebag sont la norme donc je suis gros. Motto du motté : je ne suis pas douche, donc je suis gros. À notre époque, c'est ça être gros. J'haïs les douches encore plus que l'argent mais ça, ça n'a rien à voir avec la jalousie. C'est viscéral, c'est tiré direct de la bile et des entrailles, de ouesse que la haine naît en l'homme sans qu'on comprenne pourquoi. J'haïs tout d'eux, c'est physique et psychologique. J'haïs les athlètes qui n'en sont pas vraiment même s'ils sont convaincus d'en être. Ceux qui vomissent parce qu'ils font des marathons et qu'ils devraient pas en faire et qui sont juste pas capables de parler d'autre chose que leur câlisse de marathon! Tous les crossfiteux, les spartan raceux, ceux qui feront jamais parti d'un fight club parce que la première règle d'un fight club c'est de pas parler du fight club et qu'eux sont pas capables de parler d'autre chose que leur ostie maladie mentale! Grenole Froment lui y'est maigre, comme une barre tendre, comme un clou, comme une lame de couteau, mais vif pis drette! Il plie pas Grenole Froment, il casse pas Grenole Froment! Mais de toute façon, c'est pas mon vrai nom et c'est même pas mon vrai surnom. Mon vrai surnom, c'est Quoi.

mercredi 7 mai 2014


Poets are the unacknowledged legislators of the world. - Shelley

samedi 3 mai 2014

temps des jours

Sur cette grande feuille devant moi surlaquelle j'esquisse mes pensées, lentement, j'évolue en parallèle des lignes libres, si près de les toucher Mais aussi loin que se perd mon regard, je n'y arrive pas. Seul l'infini me dira si j'y parviendrai.
En attendant, des ailes lourdes de pluies, épuisées d'absence, me gardent au sol, mais se solidifient en unités puissantes. Je sens venir d'espérées migrations. La formation d'un corps autour duquel mon orbite naîtra, où je commencerai peut-être une nouvelle révolution.

mercredi 16 avril 2014

Essai

Le cycle des saisons continue et les symboles se disloquent. Avec le printemps arrivent de toiles stérile sur lesquelles l'esprit et les passions engourdies par le froid insistant réapparaissent dans une nouvelle lumière pour dessiner de nouveaux motifs. Les bourgeons emprisonnent les odeurs gelées et attendent de s'ouvrir. Le vent frappe d'une lame glaciale mais nos manteaux noirs boivent le soleil, invincibles. Pourtant les ambiguïtés restent et il me tarde de saisir l'évocation inspiratrice qui peut amener l'épiphanie. Les subtilités m'échappent, je ne fais plus de choix, pris entre l'image et l'être je cherche encore mon véritable désir.

mardi 15 avril 2014

Les amas du jour

Dans les heures nébuleuses
Et l'éperdition haletante aux rythmes
des promenades sans destinations
des promenades sans distinctions
J'oublie mes souvenirs

L'impossibilité de fixer les traits
De définir les formes
Je ne vois rien
Ni les modèles épuisés d'alentours
Ni les promesses d'espoirs puissants

D'aléas en errances
L'horizon repousse le point de fuite
Sous les pulsations battantes d'un formidable coeur

Dans l'étale sans issues
Au-delà des regards striées de parures
Mes yeux recherchent le verbe-chair
La symbiose des sens
Où l'impossible désespère

La courbe intacte attend que tu viennes la rompre
Que tu viennes plier l'âme du jour
Sous le poids de ton absence

Le théorème que tu déploie
Force l'étude des beautés irrévélées
Et des esprits qui n'attendent que toi

dimanche 6 avril 2014

"Chaque fois que j'ai lu Shakespeare, il m'a semblé que je déchiquetais la cervelle d'un jaguar."
- Lautréamont

Macbeth

Éteins-toi, éteins-toi courte flamme,
La vie n'est qu'une ombre en marche, un pauvre acteur, 
Qui se pavane et se démène son heure durant sur la scène,
Et puis qu'on n'entend plus. C'est un récit 
Conté par un idiot, plein de bruit et de fureur,
Et qui ne signifie rien.

Out, out brief candle,
Life's but a walking shadow, a poor player,
That struts and frets his hour upon the stage,
And then is heard no more. It is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.

Macbeth (V, V)

Devant le corps de sa femme terrassée par l'ambition, le meurtre, la culpabilité et la folie, alors qu'il a éliminé en véritable tyran innocents, amis et ennemis, Macbeth prononce, dans ses derniers retranchements, attendant une armée en marche contre lui et sachant que sa mort approche, cette perle qui a été récupérée et galvaudée à profusion, si bien que sa force s'en retrouve presque amoindrie. Je crois qu'à travers son désespoir, malgré la gravité du propos, rarement les spasmes de vivre n'ont été si bien distillés : si d'un côté cela rend compte de la possible sinon probable insignifiance de l'existence humaine et que d'un autre cela affirme également à quel point la vie se résume en une série de balbutiements qui forge le destin ; à l'opposé, je trouve que cette phrase transcende une sorte d'humanisme et d'espoir diffus qui en même temps peuvent fouetter l'homme à nourrir le brasier de sa vie pour justement en faire quelque chose de signifiant et lui permettre de trouver dans l'acceptation des forces plus grandes que soi - j'entends là les forces métaphysiques - une scène où construire, avec ses passions, de réelles raisons de vivre. Ce qu'il faut, c'est que tout ce bruit et cette fureur, même s'ils ne signifient rien pour ceux - les autres - qui les entendent, soient intelligibles pour soi.

lundi 17 mars 2014

temps des jours

Donc, dans ce jour bleu et froid nulle part je trouve un souffle m'irradiant suffisamment l'esprit pour déclencher un réel désir de renouveau créatif. Entre deux inaccomplissements, je médite quelques phrases qui entrecoupent les intervalles et au final, le temps, malgré tous les remous qu'il peut manifester, ne fait que créer de la poussière, et les fibres du vide s'amoncellent et tissent des amas de matières mortes.

"Tout ce qui est intéressant se passe dans l'ombre, décidément. On ne sait rien de la véritable histoire des hommes." 
- Louis-Ferdinand Céline

samedi 8 mars 2014

dans le bruit qu'essuie le silence

dans le bruit qu'essuie le silence
quand je cherchais à décrucifier le temps
j'ai vu surgir les stigmates de mon inaction

dans une révolte patiente
j'ai attendu le silence pour trouver
mon exil et mon évasion

dans le naissant silence
où jouent les musiques du monde
l'écho retentissant des ondes
soulève les images bleues de la nuit avenir

dans le mutisme de mon temps
je veux voir mourir
la haine et le mensonge mes proches
défaire les humaines guerres
que se livrent les nouveaux tyrans
défaire les ruelles et les gouttières
où sédimentent les âmes agonisantes

dans le silence constellé d'ombres j'attends
la pluie des volontés qui lavera
les ébauches incomplètes et vaines

l'obscurité grandit dans ce silence envahissant
où se projettent malgré mes rêves avortés
mes ambitions naissantes

dans ce silence qui suit le bruit
la pâle lueur d'une origine
un cri se fait entendre
et résonne formidable après cette absence

mercredi 19 février 2014

Pause

Tout défile. Je marche et rien n'arrête mon regard. Dans la nuit qui se lève les flaques d'eau au sol sont sans reflet. Des personnes aux visages mats marchent et filent, pressés. J'ai lu le manuscrit de Francis aujourd'hui et j'ai trouvé ça beau. Inspirant. Il m'a donné envie d'écrire. J'espère qu'il me lira. Mais en attendant je m'évertue à fixer mon regard sur le mouvement ambiant. Échec, splendeur et misère de l'échec. Une sorte de bleu. Quoi boire? Une prémisse de l'Écosse à venir. Qu'écrire? Rien. Toujours rien. 
Que l'inutile
Que le vide vespéral noyé de nuit 
Que les détails invisibles des formes des formes
Que le son magique de la trompette de Miles
Que l'extraordinaire chaleur d'un whisky fait y'a 15 ans
Que l'encre que boit ma feuille assoiffée
Que mon pauvre esprit ne sait étancher
Que ma solitude de février
Que l'incomplétude des choses...
Le temps défile et déploie sa vacuité. J'ai lu quatre romans en dix jours et rien ne se remplit. Lumières n'éclairant rien. S'écoule la cire d'une chandelle dont le parfum de vanille s'essouffle. L'encre fait ses offrandes en vain et se heurte à l'accident. Crevaison. Blue in green de Miles Davis. Je suis entouré de meubles de bois vivants plus vieux que moi, qui parle et dise plus que moi. Et je n'entends rien. Sourd, beaucoup de choses se sont perdues en moi, ma mémoire et mes rêves dans des pages déchirées, dans les fonds des verres vidés. Sur le bord d'une rue dont j'oublie le nom, à l'intersection du souvenir et de la création, une passante a passé. Modalité de l'image. Insondable dans l'ombre, dehors d'atteinte, elle avait une beauté impossible. Elle a passé et est sortie de ma vie.

lundi 10 février 2014

errances dans mes îles

j'avance le long du fleuve brisé
ce fleuve brillant de lave glaciale

mon inspiration stérile est prise
ma respiration s'immobilise
j'avance sans pas

saisir ce vide que le regard
n'arrive pas à remplir

sous les glaces s'écoulent
furieuses
les eaux vives
comme sous ma peau mon sang
viole mon désespoir

il rage aujourd'hui en cet été de l'hiver

j'avance à ne plus me perdre
dans les fêlures du vent

la plaine souffle sur moi son froid
l'effroi me frôle et
mes errances éclatent
en formidables déroutes

lorsque le soleil videra la ciel
je continuerai d'observer les absences
face aux voluptés des obstacles

dans le calme effrayant
du temps qui se défait
mes îles se composent

mardi 21 janvier 2014

"La grandeur de l'homme se mesure à celle des mystères qu'il cultive ou devant lesquels il s'arrête." - Maeterlinck

mardi 7 janvier 2014

temps libre

La lumière des rues a percé mon confort. Le chapelet du temps s'égraine en cailloux dans mes souliers et mes certitudes boitent sur des sentiers inconnus. Mes sens esclaves se butent aux frontières du jour et s'ankylosent dans les hystéries sourdes. Puis, dans l'obscurité, la transversale d'un visage griffé des larmes dolentes révèle, dans la nuit déployée en un océan croissant, le profil virginal d'une beauté à naître.

mercredi 18 décembre 2013

Et tout le métal tordu

Les paumes nus apposés sur sa nuque je lui ai dit embrasse-moi jusqu'à ma mort, jusqu'à ce que mon horizon s'enflamme et que ton absence devienne cet enfer où tout le métal se tord. Embrasse-moi, ma beauté, intemporel l'infini de ton corps trace la ligne de mon sort. Que le soleil tombe, que la machine qui nous dévore perde tout son sang, que l'on se tienne par la main dans l'inévitable chute vers les derniers jours et que la réalité devienne ce rêve duquel toi et moi s'éveillons, heureux d'amour et d'un suicide désamorcé. 

Does nobody understand?

Sont les derniers mots de James Joyce avant de mourir. Tout est là. Dans les dix-sept dernières années de sa vie, Joyce a travaillé à écrire le roman total de la globalité totale. Le livre spiral et babylonien de l'incommunicabilité des hommes et des âges. Le livre du passé, du présent et du futur. Abolir les limites de l'espace, chercher de nouveaux univers, s'extirper du temps, du sablier de la mort où s'égrainent les cendres d'encre d'une vie qui glissent entre les doigts, comme le sable de l'instant, s'écorcher la pensée sous le joug du mystère, se nourrir d'énigmes, accepter le langage du rêve comme alternative et abandonner ses sens aux possibilités de l'équation et aux avatars de la compréhension. L'impression que ces dix-sept années passent dans l'instantanéité d'une seconde, dans le clignotement de la vision prophétique, et la constatation que personne ne lit. Dix-sept ans réduits à notre indifférence ne sachant rendre hommage aux proportions de l'éternel.

Je regarde les étoiles dans le ciel et voit les différents spectres des mots, la constellation se construit dans l'architecture du regard, dans l'édifice de la pensée, et dans notre incompréhension, nous mesurons toute l'étendue de cette tragique solitude.

temps de nuit

J'ai vu des atomes d'éternité se disperser au gré des flocons d'un soir d'hiver, la volonté maîtresse promesse des réalités se heurter à l'arrogance de l'autre. 

Je n'ai de suffisant que mon objectif atteint, que ma fierté serve ma cause, je laisse la prétention dans la ruelle désoeuvrée des cyniques, dans l'incomplet portrait de leur froideur. 

L'évolution s'épuise dans la répétition de notes confuses, les êtres désaccordés de la nuit m'ont offert un désarroi profond. Le cycle des désuétudes.

Et toujours plus que jamais l'ambition embrasse la volonté dans l'espoir d'une glorieuse union.

mardi 10 décembre 2013

Dialogues entre Arthur Power et James Joyce

- Peut-être avez-vous raison, répondis-je, car la question est celle-ci : A-t-on jamais crée un art digne de ce nom qui ne fût romantique?
- Tout dépend de ce que vous appelez art, n'est-ce pas? Car, à mon avis, il y a autant de formes d'art que de formes de vie.
- C'est, dis-je, sous une forme ou sous une autre, l'enivrement d'être toujours soûl, comme le dit Rimbaud, soûl de vie... n'est-ce pas ainsi que devrait être un artiste?
- C'est le côté sentimental de la question, dit Joyce, mais il y a aussi la conception intellectuelle qui vise à disséquer la vie, et c'est ce qui m'intéresse le plus maintenant. Chercher ce qui reste de vérité dans la vie, au lieu de la boursouffler de romantisme, ce qui est une attitude fondamentalement fausse. Dans Ulysse, j'ai essayé de forger la littérature à partir d'une expérience personnelle, et non à partir d'une idée préconçue ou d'une émotion fugitive.

jeudi 5 décembre 2013

oh que oui...

(à lire à voix haute) : "... well as well him as another and then I asked him with my eyes to ask again yes and then he asked me would I say yes my mountain flower and first I put my arms around him yes and drew him down to me so he could fell my breast all peruke yes and his heart was going like mad and yes I said yes I will Yes."

Le dernier Yes, le dernier mot, L'eschatologie du livre se donne seulement à lire puisqu'il se distingue des autres par une majuscule inaudible, comme reste inaudible, seulement visible, l'incorporation littérale du oui dans l'oeil de la langue, du yes  dans le eyes. Langue d'oeil. 
- Jacques Derrida à propos de James Joyce

samedi 30 novembre 2013

chanson

Les fleurs inutiles
De mon mal invisible
Jettent leur odeur
Dans la rue
Où je passe à toutes les heures
Perdu
Dans l'espoir d'un nouveau délire
D'un nouveau délire

Parce que je crains le pire
La peur de mentir
De tomber des nues
Avant que les secours arrivent
Et me trouvent nu
Perdu
Dans l'oubli d'un beau souvenir
D'un beau souvenir

Parce que le temps s'étire
Presser de partir
Me laissant sur le quai
Je crains de ne pouvoir finir
Ce que j'ai commencé
Perdu
Dans la perte d'un nouveau désir
D'un nouveau désir

jeudi 21 novembre 2013

Quatrain

Mon regarde confronté aux restes du monde
Étouffe sa honte à coup de paupières humides
Et les poussières aux commissures abondent
Pendant que les étendues se remplissent de vide

jeudi 14 novembre 2013

entrée inutile

L'heure n'a pas d'importance. Et pourtant elle est là, silencieuse et lourde, elle s'écoule dans les gorgées chaudes de mon verre. Sur la table se déploient les ingrédients de ma vie. Tout ce qui me compose sans que j'y porte attention. L'alcool, le sel et le bois épicé du jour. Puis, le silence joue sa partition que moi seul entend ; un air ensuite un autre. Je rends grâce au silence en le laissant être le chef d'orchestre de cette nuit. Mais les musiciens manquent et j'erre sur la scène de ma solitude. Tranquillement, la fatigue dépose sa poussière sur mes yeux. J'aspire à l'aléatoire de l'aube où s'ouvriront mes paupières sur d'autres espérances. 

samedi 9 novembre 2013

temps des jours

le ciel est un poème
le ciel est un mouvement
défait des formes fixes
qui s'échappe vivant
de l'horizon de l'oeil
de la ligne évanescente
des images projetées
sur le fond du songe
dans la splendeur
et la superbe de l'orbe
gris de lumière

mercredi 6 novembre 2013

Le pouvoir provenant de l'intérieur atrophie le corps : il faut savoir utiliser ce qui nous entoure, là réside l'ouverture à l'utilisation intelligente du pouvoir.