Les mots lus les oubliés mots relus et écrits les raturés détruits. La création sous-cache l'évacuité. Appliquer le risque à tracer par l'écriture et l'abandon les pourtours d'ensembles vides où s'essoufflent les braises blanches dimages difformes. Parti tenter après les étourdissements et les noyades, égarés les messages, engourdi des lumières lamant les entiers zobliques. Malgré l'hostilité de l'insomnie, attendre la nuit.
mardi 31 juillet 2012
lundi 30 juillet 2012
Temps des jours
De fournaise. L'amertume anisée d'un laiteux filtre reste dans la gorge comme le bourgeon flétri du jour. Soif soif 'fait chaud! Sans raison me suis t'ennuyé de l'hiver un court instant, il est privilège et me manque déjà. L'amertume est clairement une forme d'ennui.
Invincible Char
"Je redoute l'échauffement tout autant que la chlorose des années qui suivront la guerre. Je pressens que l'unanimité confortable, la boulimie de justice n'auront qu'une durée éphémère, aussitôt retiré le lien qui nouait notre combat. Ici, on se prépare à revendiquer l'abstrait, là on refoule en aveugle tout ce qui est susceptible d'atténuer la cruauté de la condition humaine de ce siècle et lui permettre d'accéder à l'avenir, d'un pas confiant. Le mal partout déjà est en lutte avec son remède. Les fantômes multiplient les conseils, les visites, des fantômes dont l'âme empirique est un amas de glaires et de névroses. Cette pluie qui pénètre l'homme jusqu'à l'os c'est l'espérance d'agression, l'écoute du mépris. On se précipitera dans l'oubli. On renoncera à mettre au rebut, à retrancher et à guérir. On supposera que les morts inhumés ont des noix dans leurs poches et que l'arbre un jour fortuitement surgira.
Ô vie, donne, s'il est temps encore, aux vivants un peu de ton bon sens subtil sans la vanité qui abuse, et par-dessous tout, peut-être, donne-leur la certitude que tu n'es pas aussi accidentelle et privée de remords qu'on le dit. Ce n'est pas la flèche qui est hideuse, c'est le croc."
- René Char
lundi 23 juillet 2012
jeudi 19 juillet 2012
Seulétude (suite)
Le sens des choses en ataraxie désaxée. Ne voir ni les parts ni l'ensemble. L'espacetemps dépareillé. Le frôlement défait les phrase perdues dans l'obtuse distance. L'être fini parmi les formes. Une ivers in fini. Le vertige défile sur les cimes altières dans les hauteurs audessus des précipices. Marcher sur les flancs d'une vie, le trépas dans la crachée. Les défauts tranchent la fracture des hontes. Déserté des refus, tout happe et s'écroule, le déplacement des autres en de ruines immobilités. Dévoile les stries de l'iris aveugle des nuages. Coup de vent. Devant les cumeuses marées des tumeurs, des morts lointaines. Ce n'est pas la souffrance, c'est l'indifférence. Dépossédé. La volonté assoupie, le mat terne des tombes. L'espéré lapidé d'un coup de paupières. Trauma neigeux du sommeil. Qui ne vient pas. L'or cède au bronze, au cuivre des pauvres, à l'alcool ferreux de l'espoir dégorgé des fièvres. Toutérien se déploie dans l'ordre déchiré de la spirale. Le verbe du temps des jours désordonné en impossibilités. Dans l'essai une liberté. Les vérités comme de la rosée d'ombre éphémère s'empêtrant dans les racines des désirs et des élans trompeurs.
samedi 7 juillet 2012
Seulétude (suite)
Sensation d'une solitude profondément ancrée dans les fondations d'une demeure qui n'est pas sienne. S'effritent les structures autour de. Poésie espoir anagramme imparfait. Réduit au dalot social, bouleversé, s'observe le dérèglement du rêve. L'âme tranchée au fil du miroir sale sans tain. Ne se reconnaît plus nil part. Id. Entité. L'isolement dans les mots inutiles. Ce temps perdu dans les limbes des songes. Ce n'est pas la souffrance mais la différence. La moiteur abyssale des crevasses, les fissures glaciales du présent. Ne se recon. N'est plus. N'être.
Naître.
Naître.
jeudi 5 juillet 2012
L'ivre
"Hypogée de pensées autour de moi, momies compartimentées, embaumées dans les aromates des mots. Toth, dieu des bibliothèques, un dieu-oiseau à couronne lunaire. Et j'entendais la voix de ce grand prêtre égyptien. Dans des chambres peintes aux murs de briques qui sont des livres. Immobiles à présent. Vivantes naguère dans le cerveau des hommes. Immobiles : mais rongées d'une sépulcrale démangeaison de me larmoyer leurs confidences dans le tuyau de l'oreille, pour me pousser à accomplir leurs volontés."
- James Joyce
lundi 2 juillet 2012
elle erre
Elle pleure ses errances sous la valse hypnotique des crépuscules, où couvent les prophéties taries des clairobscurs. Les décalques disloqués des lucidités filtrent au travers des étroits passages quelques clairvoyances, quelques espoirs passagers. Et tombe l'esprit au piège d'un chant tonal. Elle danse en reflet, elle se défoule et s'illimite ; elle se perd en son évasion dans les eaux noires de la beauté.
mardi 26 juin 2012
ailleurs
Des mains ont déchiré l'éther d'une aube orgrisée. Se taillader à plier les lames du temps pour découvrir où se terrent les dimensions siamoises. Arrachés, les parallèles se frôlent le long délétère des mots.
mercredi 20 juin 2012
Temps des fours
balcon bruyant sur St-Denis
(ils appellent ça chaleur accablante)
cherchant une poésie possédant
l'élégance de la soie.
(ils appellent ça chaleur accablante)
cherchant une poésie possédant
l'élégance de la soie.
samedi 16 juin 2012
Le jour de Bloom
Sur les balcons donnant sur la place publique, les fleurs remplissant les boîtes à fleurs virent, avant tout le monde, fleurir le jour dans toute sa splendide aurore. Gourmandes, elles burent les gros rayons lumineux jusqu'à s'enivrer de couleurs et c'est en bleu, rouge, rose, jaune, orange, violet et blanc que naquit le prisme du jour. En bas, les commerçants du marché s'affairèrent.
Un peu plus tard, un homme plutôt ventru du nom de Léonard Larose, après s'être levé, avoir bu un verre d'eau, avoir pissé, s'être douché, rasé, pommadé et habillé, sortit de chez lui pour aller chercher un café noir goudron et des croissants bien chauds. Le fumet du boulanger était irrésistible, les croissants doraient au soleil, le café torréfiait, et Larose, toutes narines flattées, ne perdit pas de temps à s'attabler au bistrot, journal en main avec deux croissants au beurre, de la marmelade de pêche et un café très fort. Dans le journal, les nouvelles n'étaient guerreluisante :
"Les autorités répètent sans cesse les mêmes idées froides, ils envahissent la Perspective!" Un peu plus bas : "Cynismes en rabais au Marché public! En rupture de stock de poésie, trois pour un sur le mépris!" Ou encore plus loin : "Une autre manifestation tourne mal parce que les manifestants sans itinéraire tournent en rond." Dans la section voxpop : "Certains étaient nus et masqués, c'est le chaos!" - G. Couture, 64 ans.
Se questionnant sur la pertinence des tels titres, Leonard lâcha son journal pour porter toute son attention sur ses croissants et la marmelade de pêche.
À la table à côté, il y a avait trois hommes qui venaient d'arriver. Bien sapé, enfoulardé de rouge, arborant carré jaune sur veston bleu marin le premier déclama, rouge gorge : "Tout est question d'une transubstantification des valeurs néants de notre société pronihiliste. Évidemment les surpenseurs de notre époque obtuse ont garanti qu'à travers l'assimilation des absconsités postcontemporaines, ou préfutures si vous préférez, nous pourrions redéfinir un langage de nous seuls compris qui permettrait d'établir une fois pour toute que l'intellect se mesure en réflexions aiguës, en mots bien tournés et non en sentiments creux de bas étage, de bas étage dis-je de sous-d'sous-sol! Ha ha ha! L'évolution de notre société se fera dans un néobarbarisme désensibilisé et transcendé, au diable les soucis relativistes, donc veuillez bien délaisser votre poésie de pacotille et utiliser un langage approprié : le moins vous serez compris, le plus d'intelligence vous pourrez vous octroyer! Car après tout, la plèbe reste la plèbe et il est de notre devoir de nous élever au-dessus d'elle et, si possible, en prenant notre élan sur leur dos bien accroupi! Ha ha ha! Et tant et aussi longtemps que le peuple se bornera à ne pas se subconscientiser en se pliant aux tangentes fixes du paradigme pragmatique, leur incompréhension de l'herméneutique postépistémologique ne sera que l'extension du résultat de l'hermétisme de leur pensée. Me réduire à leur échec non seulement me rendrait coupable de laxisme égotiste mais également me plongerait dans la plus inextinguible aporie. N'est-ce pas?"
Un peu plus tard, un homme plutôt ventru du nom de Léonard Larose, après s'être levé, avoir bu un verre d'eau, avoir pissé, s'être douché, rasé, pommadé et habillé, sortit de chez lui pour aller chercher un café noir goudron et des croissants bien chauds. Le fumet du boulanger était irrésistible, les croissants doraient au soleil, le café torréfiait, et Larose, toutes narines flattées, ne perdit pas de temps à s'attabler au bistrot, journal en main avec deux croissants au beurre, de la marmelade de pêche et un café très fort. Dans le journal, les nouvelles n'étaient guerreluisante :
"Les autorités répètent sans cesse les mêmes idées froides, ils envahissent la Perspective!" Un peu plus bas : "Cynismes en rabais au Marché public! En rupture de stock de poésie, trois pour un sur le mépris!" Ou encore plus loin : "Une autre manifestation tourne mal parce que les manifestants sans itinéraire tournent en rond." Dans la section voxpop : "Certains étaient nus et masqués, c'est le chaos!" - G. Couture, 64 ans.
Se questionnant sur la pertinence des tels titres, Leonard lâcha son journal pour porter toute son attention sur ses croissants et la marmelade de pêche.
À la table à côté, il y a avait trois hommes qui venaient d'arriver. Bien sapé, enfoulardé de rouge, arborant carré jaune sur veston bleu marin le premier déclama, rouge gorge : "Tout est question d'une transubstantification des valeurs néants de notre société pronihiliste. Évidemment les surpenseurs de notre époque obtuse ont garanti qu'à travers l'assimilation des absconsités postcontemporaines, ou préfutures si vous préférez, nous pourrions redéfinir un langage de nous seuls compris qui permettrait d'établir une fois pour toute que l'intellect se mesure en réflexions aiguës, en mots bien tournés et non en sentiments creux de bas étage, de bas étage dis-je de sous-d'sous-sol! Ha ha ha! L'évolution de notre société se fera dans un néobarbarisme désensibilisé et transcendé, au diable les soucis relativistes, donc veuillez bien délaisser votre poésie de pacotille et utiliser un langage approprié : le moins vous serez compris, le plus d'intelligence vous pourrez vous octroyer! Car après tout, la plèbe reste la plèbe et il est de notre devoir de nous élever au-dessus d'elle et, si possible, en prenant notre élan sur leur dos bien accroupi! Ha ha ha! Et tant et aussi longtemps que le peuple se bornera à ne pas se subconscientiser en se pliant aux tangentes fixes du paradigme pragmatique, leur incompréhension de l'herméneutique postépistémologique ne sera que l'extension du résultat de l'hermétisme de leur pensée. Me réduire à leur échec non seulement me rendrait coupable de laxisme égotiste mais également me plongerait dans la plus inextinguible aporie. N'est-ce pas?"
Les deux personnes acquiescèrent sans trop avoir compris. Le deuxième pensa : "Aporie, c'est quoi une aporie? On dirait une sorte de champignon. Oh, j'ai encore faim." Distrait, le troisième essuya la salive naissante aux commissures de sa bouche, salive due au céleste cul d'une passante qui eut décidé, choix judicieux, de relacer sa chaussure au moment même, à deux pas en avant, dévoilant à qui voulait bien voir une corolle de courbes. Elle avait des formes d'une rondeur qui juraient merveilleusement avec la tirade carrée qu'il venait de subir. Il observa et imagina à ce fessier une douceur de pèche et un petit duvet divin qui frémirait sous les caresses dodelinodantes de ses mains baladeuses. L'épiphanie fut de courte durée et la damoiselle repartit, ne laissant dans la pensée du troisième homme que le sillage de ses formes et dans ses caleçons, la naissance flasque d'une érection. "Vous disiez? dit-il.
Léonard Larose avait terminé ses croissants et buvait son café à petites gorgées. Il regarda autour de lui. La terrasse du café était maintenant pleine, les commerçants avaient déployé leurs étals de nourritures multicolores. Les passants affluaient, saluant tout le monde, faisant leurs courses pour la journée. Ils voulaient sans doute en finir avec les courses pour pouvoir profiter de ce jour qui s'annonçait radieux. Et de toute façon, le Marché se remplissait horriblement en après-midi, le stress de la semaine empiétant sur la fin de semaine, empêchant ainsi toute forme de détente contemplative. Pendant ce temps, le rouge gorge avait monté le ton et continuait, avec son lexique bien à lui, de vilipendre les uns pour ensuite se justifier soi. Étrange personnage, pensa Léonard.
Sans peur, sans doute, sans certitude, à mi-chemin du présent passe le fleuve instable et incessant des heures. Se refuser à suivre, les pieds trop gros dans les traces, il est dans son spasme radical noyé de colère. Époque en surface où sont célébrés les abrutis et l'opinioniaise des opinioneux. Le terreau riche d'un terroir abandonné par les pensées incendies d'une langue agonie. O cristaléclispe superposition de l'orange et du vert, des feux de forêt en l'âme, on chante l'ode yeux des micelles solaires. Le décor ouvert troplein des filtres du jour, horizonlointain filant rayons d'ébène blanc. Remettre les attentes à plus tard à temps.
Léonard reçut un message texte sur son cellulaire : Le plan tient toujours? Vite, on n'a pas toute la journée! En regardant machinalement sa montre, il vit la date d'aujourd'hui, le 16 juin. Il répondit : Oui, je suis toujours partant et, au contraire, aujourd'hui, nous avons toute la journée!
Sans peur, sans doute, sans certitude, à mi-chemin du présent passe le fleuve instable et incessant des heures. Se refuser à suivre, les pieds trop gros dans les traces, il est dans son spasme radical noyé de colère. Époque en surface où sont célébrés les abrutis et l'opinioniaise des opinioneux. Le terreau riche d'un terroir abandonné par les pensées incendies d'une langue agonie. O cristaléclispe superposition de l'orange et du vert, des feux de forêt en l'âme, on chante l'ode yeux des micelles solaires. Le décor ouvert troplein des filtres du jour, horizonlointain filant rayons d'ébène blanc. Remettre les attentes à plus tard à temps.
Léonard reçut un message texte sur son cellulaire : Le plan tient toujours? Vite, on n'a pas toute la journée! En regardant machinalement sa montre, il vit la date d'aujourd'hui, le 16 juin. Il répondit : Oui, je suis toujours partant et, au contraire, aujourd'hui, nous avons toute la journée!
jeudi 7 juin 2012
Ce rien venu de nulle part
L'état d'être déserté des formes. Le spectre plat, atone. L'innommable représentation sienne. Cette impression du néant en surface. Les antennes du jour ont frôlé la pellicule, le vent sur l'eau, la danse d'une libellule, une main sur la peau. Ce poids du coeur qui manque pour y plonger. Rien. Le désordre des plans, la division nulle des dimensions vaines.
"Celui qui veut nager dans l'océan de vérité, doit se réduire à zéro."
- Indira Gandhi
vendredi 1 juin 2012
Tout est illuminé
La liberté
Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l'issue de l'aube que le bougeoir du crépuscule.
Elle passa les grèves machinales; elle passa les cimes éventrées.
Prenaient fin la renonciation à visage de lâche, la sainteté du mensonge, l'alcool du bourreau.
Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s'inscrivit mon souffle.
D'un pas à ne se mal guider que derrière l'absence, elle est venue, cygne sur la blessure, par cette ligne blanche.
- René Char
Fixation abstraite
Point de naissance. La violence de l'origine d'une abstraction fixe. Sensible à l'appel des déchirures, j'ai vu une image se décanter dans le puits du monde. L'affaiblissement du phosphène, la mortalité de l'illusion, ce trou noir comme le scotome, l'hypnosmose des irréalités. Une infinie dimension. Le long de l'espacetemps parallèle des corps se collapsent et se constellent en éclats de chrome les souvenirs et les désirs. Les radicaux excès multiformes des sens distillés en le parfum du divin pistil des métamorphoses. Impudence isolée. Révélation dans le voile d'une apparence. Ton être en écho, ce fixe flou.
mardi 29 mai 2012
Éclair
Le temps gris, ce matin-là, l'avait amené dehors très tôt. Il aimait le temps incertain, ce vent poussant les armées de nuages envahissant le ciel de leur profondeur et cette odeur de terre humide grouillante de vie. Il la sentait se mouvoir sous ses pieds, il voyait les vers sortir de terre, il foulait l'herbe molle. Cette impression d'un magma vert.
Il allait bientôt pleuvoir, il pouvait sentir un souffle humide le traverser. L'orage arriva comme torrent, un véritable rideau de pluie déferla comme une avalanche et le paralysa. Il était impossible de l'éviter de toute façon donc il l'accepta. Sans bouger, il attendit la vague. La pluie était chaude. Il devint instantanément trempé, l'eau coula le long de ses jambes jusque dans ses bottes. Le parc était, sans surprise, désert et il profita du moment. Des flaques d'eau et des petites mares de boue se formèrent rapidement autour de lui. Il marcha lentement et la pluie ne diminua pas. Il n'entendit plus le tumulte de la ville, mais que le grondement et le crépitement endiablé de l'orage.
Alors tomba du ciel, autrement dit de nulle part, un formidable éclair à environ trente pieds de lui. Ce fut une implacable chaîne électrique aveuglante. Simultanément, une onde électrique se dispersa et l'atteignit dans les jambes, il vacillât et tomba, les jambes raides, les nerfs barrés. Sa respiration coupa. Le saisissement décupla la douleur et il finit pas se relever après être passé au sol des secondes semblables à des heures. Il avait l'impression que ses jambes tressaillaient et grésillaient. Il alla voir, à trente pieds de lui, la marque laissée par l'éclair, un cercle de terre brûlée : "Il s'en est fallu de peu, fatal destin que d'être frappé par la foudre." Peu après, doucement, la pluie cessa.
Privilégié, il partit en boitant, les muscles encore tendus. Il arriva chez lui, dix minutes plus tard ; il y avait un soleil magnifique dans le ciel.
jeudi 24 mai 2012
Temps des jours
Le plomb du soleil est venu lourd d'une immense solitude. Un néant bleu, implacable, totalement dénué de mystères. Le jour passe sans que rien n'avance.
mardi 22 mai 2012
La persévérance des foules
L'aube s'est levée dans le crissement des voitures sur la chaussée trempée. Tout est bruit déjà. Le remous des foules monte. Soudainement l'air est salé, partout le vert de l'herbe. Des milliers de gens iront fouler les fleurs de l'asphalte. Sous le cielte, leur force avancera plus vite que le jour et à travers le gris des nuages, un phare, une lumière qui tourne, le guide étourdi des révolutions. Ce sont les hommes qui construisent les phares. Personne ne les arrêtera.
lundi 21 mai 2012
Temps du soir
En cette veille de révolte, une averse de vent entreouvre la ville. Le soleil s'est hâtivement retiré ce soir, laissant se dévoiler l'éventail gris d'une mer de nuages. Dans Villeray, de la rue St-Denis s'élève une chorale de casseroles, de klaxons et de cris, et hurle une cacophonique cadence. Cinq minutes à toutes les heures. Un appel à la désobéissance. Échos à l'unisson qui demain deviendront marche pour un centième jour de grève. Mais il y a la crainte que les matraques abattront le rythme. Ce sera un jour total. Il fera orage et l'aube sera sombre.
Manifeste brouillon
Je voudrais écrire sur les manifs, mais tout ce qui me vient en tête c'est : Et le souffle des luttes, alors qu'il vente à tout rompre, alors que tout déferle en emportement au nom d'idéaux divisés, déchire les liens d'un peuple mal tissé. Je voudrais écrire sur les manifs, mais le conflit dérive dans un épavepays et la poésie a déserté les rues sous les poings d'un barbarisme multicolore.
Je voudrais écrire sur les manifs mais je manifeste pour la poésie ; pour la prose se révoltant contre l'actuel ; pour l'union des mots créant nouveau langage ; pour sonder l'essence des choses ; pour approfondir les rapports à l'autre ; pour disséquer les systèmes et les structures ; parce que le mystère règne dans l'énigme ; la poésie du monde dans l'image libre qui passe.
La colère est de feu. L'encre côtoie l'huile. La plume et le poivre à canon. Je voudrais écrire sur les manifs, mais je n'écris que brouillon.
Des mots et des hommes
"René Char est le plus grand marieur de mots. Je ne parle ici que des mots les moins faits, par leur sonorité ou leur sens, pour aller ensemble. Des mots que la fatalité de leur nature vouait à ne se rencontrer jamais. Non seulement le poète juxtapose le concret au concret, le concret à l'abstrait, mais encore les mots abstraits entre eux, qui prennent là un éclat jamais vu. Notre perception ordinaire du monde s'en trouve ruinée et, sur ces décombres, brille un nouveau soleil. On comprend l'autre ambition, l'autre espoir de René Char : ce que l'on peut faire avec les mots, pourquoi ne le réussirait-on pas avec les hommes?"
- Yves Berger (1967)
jeudi 17 mai 2012
Les images libres
Pour une image à l'intersection du mot et du sens, toutes allées avenues. Pour une géographie de la prose, une géologie de l'être, une science artiste poétisant théorème. Abstraction libre. Dans le parcours des révoltes se déchaîne une urgence hardie, une irrésistible quête jusqu'aux courbes du gouffre, jusqu'à la voûte des songes. Se défaire des limites du monde pour une déflagration du beau. Ne chanterai jamais le requiem des révoltés, saisi par la violence d'une brusque conviction, de l'étalement d'une volonté à perte du vue. Ouverture dans l'étendu.
mercredi 16 mai 2012
orage
il y a un formidable orage dehors
la violence d'une force tranquille
qui oblige à tout arrêter
juste un court instant
la violence d'une force tranquille
qui oblige à tout arrêter
juste un court instant
Les images prisonnières
Les sens en manque d'anarchie. Les abîmes barrières du cerveau. L'impression d'un coeur encagé, les spasmes battant dans ce dinosaure ce thorax. Déjà fossile, l'humanité sédiment. Sensation de sable inconstant. Mer et désert des signes qu'efface l'incompletemps. De l'informe flou des images naissent des miragemots, des refoulements de réel où se superposent l'infime et l'immense. Les sens confrontant la surface des choses doivent sonder l'essence. L'inconnu est ici, détenu.
mardi 15 mai 2012
Un peu de fureur et de bruit
Dessine les villes où tu te trouves, anonyme, dans l'espace blanc vidé des runes. L'étal azur phrase les ruines, les chants d'une symétrique rupture ; un entredeux noir et blanc où chorale une nouvelle peste, fléau d'une société orquestre. La fureur et le bruit. La fureur appelle tonitorrent de rage anamorphe le monstruand tapie. Et coeurs et ventricules étranglés, monde réduit à une cavité aux parois lacérées. Le bruit est amer, tumeur incontrôlable, tu meurs d'avoir bu jusqu'alalie le sel de l'or blond et la râpeuse folie. Ictolle foliquéfiée, explosion des bruits grotesques, le decrescendo des échos estropiés. Le bruit et la fureur de l'âmécorchée passent comme grains en un drone, la détresse en liesse des tissus, un vortex mauve. Elles fouettent en silence ces souffrances promesses, furieuses du désespoir en l'âme qui chante le divorce des espérances.
mardi 8 mai 2012
Temps des jours
Hier, trois heures sous le soleil à revoir et corriger de la prose mille-pattes, des poésies insectes, à dépoussiérer des mots fossiles ; des scorpions, des crabes et scarabées qui, vers vains haineux, triturent et truculent l'oreille et le coeur dans le désert qui nous aride.
L'espoir amène une indicible, une solaire invincibilité.
Dans l'insouciance des actemps qui passent.
Aujourd'hui, rien. La pluie et le vent tempêtent. Le poêle et la cafetière qui crissent puis le café qui blopblop et fleure corsé. Des livres et des pages à n'en plus finir. La ville évanouie en avant m'indiffère. Que la pluie et le vent et les vers déterrés qui glissent le long de l'asphalte. Les images et les mots.
lundi 7 mai 2012
Seulétude
Tout crie autour de. Il se désaxe et se satellise, entre attraction et rétraction, soumis à l'indiscernable. Une autre semaine de révolution à dériver vague dans l'orbite. Un irrésistible souffle le pousse, étourdivre. À sa nébuleuse futile, il souhaite une finalité. Une concrétude. Tout crie autour. Il erre dans l'incertain, sourd.
mercredi 2 mai 2012
Érik Satie
...dans le silence brumeux de l'aurore grise.
Les Gnossiennes.
L'âme et le démiurge.
La constriction du temps.
Les Gnossiennes.
L'âme et le démiurge.
La constriction du temps.
lundi 30 avril 2012
Je vais m'en souvenir
Dans les rues se lèvent à chaque nuit des manifs comme des murs à partir desquels on se donne des poussées vers l'avant.
Il est beau de se souvenir, mais un passé, des mémoires, ça s'écrit.
Cette impression que c'est tout un pan qui s'écrit maintenant.
mercredi 25 avril 2012
humeur aqueuse
long indolent de l'aulne ô fleuve l'eau faune endiguée dans le courant de l'aube. Le temps s'écoule rivière dans la fuite des flots. Le long des rameaux des saules il a plu aléas d'ambre dans le remous errant dans le lit de l'eau les humeurs les amours. La belle Ophélie partit respirer les lys noyés de Narcisse. Le monde expire des frémissements d'ondes dans les rivelandes étreintes et cherche en vain les lueurs tout le
vendredi 20 avril 2012
La censure
"La censure? La censure! La censure, c'est la gargouille qui vomit hideusement son plomb liquide sur la chaire vive de la poésie! La censure, c'est l'acéphale aux milles bras aveugles qui abat comme un sacrifice sans défense chaque érection de sensibilité délicate au moyen de ses moulinets vandales! La censure, c'est l'apothéose de la bêtise! La censure, c'est le rasoir gigantesque rasant au niveau du médiocre toute tête qui dépasse! La censure, c'est la camisole de force imposée au vital! La censure, c'est la défiguration imprégnée sur la grâce par un sourcil froncé saugrenu! La censure, c'est le saccage du rythme! La censure, c'est le crime à l'état pur! La censure, c'est l'enfoncement du cerveau dans un moulin à viande dont il surgit effilochement! La censure, c'est la castration de tout ce qu'il y a de viril! La censure, c'est la chasse obtuse à la fantaisie et à l'audace illuminatrice! La censure, c'est la ceinture de chasteté appliquée à tout con florissant! La censure, c'est l'interdiction de la joie à poivre! La censure, c'est le morose enduisant tout! La censure, c'est l'abdication du rare et du fin! La censure, c'est la maculation et le hachage en persil de l'unique toujours gaillard! La censure, c'est l'abdication de la liberté! La censure, c'est le règne ignorantiste du totalitarisme intolérant envers tout objet qui n'est pas monstruosité rétractile! La censure, c'est l'injure homicide à la loyauté des sens! La censure, c'est le pet par-dessus l'encens! La censure, c'est l'éteignement de l'esprit! Où il y a censure, serait-elle la plus bénigne du monde, il n'y a plus qu'avortement généralisé. La censure, c'est la barbarie arrogante. La censure, c'est le broiement du coeur palpitant dans un gros étau brutal! Oui, mille fois la censure, c'est la négation de la pensée!"
- Claude Gauvreau
Je n'allais pas censurer un seul mot de cette longue citation. (Et par ricochet ne me censurerai plus)
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