Viens de tomber sur une toune. Les poils me dressent par-dessus tout le corps. Pu capable de corriger. Je regarde dehors. Que du bleu pis du soleil pis toute. La toune su' repeat depuis tantôt. Les images dans ma tête se forment. Flashs, trains, avions, la mer, les montagnes, les forêts, les déserts de poussières abrasives, les villes inconnus, la terre. Juste envie de regarder ma blonde et de lui dire : "On crisse-tu notre camp à l'aut' bout du monde? Juste pour voir?"
dimanche 19 avril 2015
samedi 18 avril 2015
La nuit
À la mi-nuit au coin de Masson et de Molson, les échos du vide se décuplent sur les réverbérations sourdes de If I had a heart de Fever Ray. Les trémolos électriques caressent ondoyants et lourds mes oreilles. Cette musique est à la fois chaude et froide. Dans quelques minutes l'autobus va me prendre et m'emporter m'engouffrer dans les rues imprévues de cette nuit calme et fraîche. Dans ma bouche, les relents du Isle of Jura Superstition. Goutter la tourbe. Sur l'île de Jura en Écosse, il n'y a qu'une route, un pub et une distillerie. 188 habitants sur un peu plus de 350 kilomètres carrés. Me semble que j'irais là demain matin. Pour voir et sentir la tranquillité qui a nourri Orwell qui s'y installa pour écrire 1984. Pour bosser dans la distillerie juste un été, pour goutter le vent et la mer, pour étancher cette soif de solitude, tantôt désirée tantôt crainte, qui me torture, me triture et me déchire en mille. Mais le bus arrive et m'emporte là où je dois aller, là où l'inattendu comatose. Les lumières grésillent et teintent l'atmosphère. Presque personne. Presque l'impression que la ville dort un peu. Ou qu'elle attend mon sommeil pour s'assoupir enfin.
vendredi 17 avril 2015
appréhension
Un ogre dort sur ma table et je vais - volontairement - le réveiller pour qu'il m'avale. Pour qu'il m'avale puis me recrache - je suis indigeste - transformé, à jamais.
jeudi 16 avril 2015
"the most terrifying erotic poem..."
Sonnet 147. Shakespeare
My love is as fever, longing still
For that which longer nurseth the disease,
Feeding on that which doth preserve the ill,
Th'uncertain sickly appetite to please.
My reason, the physician to my love,
Angry that his prescriptions are not kept,
Hath left me, and I desperate now approve
Desire is death, which physic did except.
Past cure I am, now reason is past care,
And frantic mad with evermore unrest;
My thoughts and my discourse as madmen's are,
At random from the truth vainly expressed:
For I have sworn thee fair, and thoughts thee bright,
Who are as black as hell, as dark as night.
My love is as fever, longing still
For that which longer nurseth the disease,
Feeding on that which doth preserve the ill,
Th'uncertain sickly appetite to please.
My reason, the physician to my love,
Angry that his prescriptions are not kept,
Hath left me, and I desperate now approve
Desire is death, which physic did except.
Past cure I am, now reason is past care,
And frantic mad with evermore unrest;
My thoughts and my discourse as madmen's are,
At random from the truth vainly expressed:
For I have sworn thee fair, and thoughts thee bright,
Who are as black as hell, as dark as night.
mercredi 15 avril 2015
printemps
hier sur mon balcon
pendant que dans la rue
les chairs s'offraient au soleil
le vent faisait chanter ma bière
mardi 14 avril 2015
lundi 13 avril 2015
dimanche 12 avril 2015
dialogue (extrait)
- Wooooouuh, on sait ben, depuis que monsieur lit des livres pis qu'y a une bonne job, ça se permet d'être hautain envers les autres, t'es là, tu dis rien pis tu restes calme comme si de rien n'était. Ben m'a t'dire rien qu'un affaire : t'es un loser anyway, tes ptits livres y'ont jamais rien changé pis y changeront jamais rien! dit le vieil homme dans un accès de colère dérangée. Il le regardait avec tout le défi de sa personne dans ses yeux injectés d'alcool. Le jeune homme bougea à peine, attendit une longue minute où il vit les regards baissés des autres convives qui ne disaient mot autour de la table. Il se leva de sa chaise, alla dans sa chambre qui donnait sur la cuisine et fit sa valise.
- Qu'est-ce que tu penses que tu fais? Y'est ben'trop tard pour que tu retourne chez toi, tu vas pas te taper trois heures de char, pis en plus t'as bu, répliqua le vieil homme.
- Une chose est sûre : c'est que je ne resterai pas une seconde de plus ici, dit le jeune d'un ton très calme.
- T'es pas un homme ostie! Enweille, défends-toi criss! Fait d'quoi! J'ai pas élevé une moumoune! Tu serais pas plus loser que j'pense j'espère??
Le jeune homme ne répondit pas tout de suite, rapailla rapidement ses choses et était déjà prêt à partir.
- Comme ça te ferait trop plaisir que je réplique, je vais juste fermer ma gueule.
Sa soeur se leva et alla vers lui :
- Tu peux pas partir comme ça, ça pas d'allure.
Il lui répondit par un simple regard qui était lourd de sens et de sous-entendus. Il se retourna vers son père et dit :
- De toute façon, tous mes livres comme tu dis m'ont appris au moins une chose que tu m'a jamais appris, c'est de pas s'obstiner avec les abrutis, surtout s'ils sont chauds, fait qu'oublie ça. Tu voulais un fight, tu n'auras pas.
- Ben décalisse d'abord! cria le père plus enragé que jamais. Il était à deux doigts de passer du verbal au physique, le fils se tenait sur ses gardes en sortant. Il se dirigea à sa voiture :
- Sais-tu quoi? Je pourrais partir sur un start drette là, comme tu faisais dans le temps quand tu t'enrageais contre maman, tu partais toujours sur un start. Nous autres on t'ergardait de la fenêtre du salon, tu le savais pis tu partais en sauvage pareil, toujours sur un criss de start pour nous faire peur, pour nous rappeler que t'es fâché pis que c'est à cause de nous autres. Je sais pas c'qui t'a pogné à soir mais ça faisait longtemps en maudit que c'te famille-là avait pas eu d'engueulade, mais là c'en est une maudite belle. Le plus triste dans tout ça, c'est que tu vieillis en criss, on le voit ben, fait que t'es pas mal plus proche de la mort que tu le penses. Ç'aurait pu bien s'passer, on aurait pu bien finir ça, ben tabarnak, à place, ça va s'passer dans frustration pis dans l'amertume pis dans marde parce qu'après tout ce temps-là, t'es pas capable de tenir ton alcool pis t'es toujours aussi enragé. Tu m'verras pu à face icitte!
Il démarra la voiture lentement, sous les yeux muets du vieil homme, et s'enfonça tout aussi lentement dans la nuit noire.
samedi 11 avril 2015
inattendu
un recueil de poésie
plus petit qu'un discompact
Vingt-sept petits poèmes pour jouer dans l'eau des mots
à l'intérieur
écrit au gros stylo feutre :
Cher
François-Charles
Désobéissons!
VLB
1/4/15
Mon sourire fendu jusque par-delà mes oreilles
vendredi 10 avril 2015
jeudi 9 avril 2015
je triche un peu
"To my students and readers I will never meet I keep urging the work of the reader's sublime : confront only the writers who are capable of giving you a sense of something ever more about to be."
- Harold Bloom (again)
mardi 7 avril 2015
6h 45 du mat'. Sufjan Stevens dans la ruelle vide ce matin. Tout est ensoleillé. Voix calmes. Douces musique. Le printemps se réveille. Ça paraît. Métro. Harold Bloom. The Anatomy on influence. C'est majeur. J'ai failli passer tout droit tellement j'étais dedans. Les drones de Godspeed. Cégep. Des affiches anti-austérité partout. Mais rien qui change. L'indifférence amènera une mort lente. Surveillance. Bloom encore. Litterature as a way of life. En effet. Merci professeur Bloom. Votre essai me transporte. Ailleurs. Là où je suis seul. Là où je commence à m'habituer à la solitude. Corrections. Retour à la maison. Corrections encore et encore. Toute la crisse de journée. Ce soir. Farniente. Bourbon du Kentucky. Hockey. Et rien d'autre. rien. Absolument R-I-E-N. Sinon ces quelques mots. Juste quelques-uns.
lundi 6 avril 2015
Godspeed. Asunder, Sweet and other distress' Une chandelle habite l'espace. Textures de toiles inconnues. Les bourdonnements déchirent les pages. Le vertige monte et percute les reliefs. La musique pénètre à même les fissures. Voyage immobile. Les lumières s'évanouissent. Les bourdons murmurent leur présence stridente. Glissantes langueurs de cordes. Choeurs d'instruments et canons valsent en chaos. Symphonie d'anaphores. Les tensions naissent et évoluent en matures distorsions. Ambiance suffocante des asphyxies sociales. Des désolations soufflent sur les ruines de royaumes déchus, d'idoles décapitées. L'écho d'un vide sidéral emplit ma chambre. Inquiétante étrangeté. Tout autres choses sont mortes étouffées dans leur absence. Confort de l'onde sonore, mélodies et méandres. Il y a quelque chose dans cette musique qui marche et m'emporte. Frissons, répétitions puissantes fabriquant l'épique à la fin de l'opus. Soudainement, peut-être me sens-je un peu moins seul. J'ouvre les yeux, il fait noir, le soir est arrivé dans un crépuscule mélangeant le gris et le rose. Mon chat dort et ronronne sa vie sur mes pieds.
dimanche 5 avril 2015
Vendredi, en plein soleil, en plein printemps, des jeunes se battaient devant tous ; des coqs en mal de mots pour protéger une fierté illusoire déchaînaient une violence ridicule mais vive. Sève puérile s'échauffant avec le ciel. Petites testostérones futiles.
En même temps, des musiciens de rue jouaient un air sorti tout droit d'un vieux film de Woody Allen, ajoutant davantage d'absurdité à une scène déjà surréelle. Il fallut de longues minutes avant que des policiers arrivent et agissent. L'on a ensuite écouté les musiciens en paix, dans une magnifique insouciance.
Samedi, après s'être fait narguer par cinq centimètres de neige qui n'auront même pas duré trois heures, c'est la douce tristesse d'une autre musique qui a semé ses perles terrifiantes en moi. Deuil et violences exprimés dans un somptueux spleen épuré. Harmonies horizontales et nudités frêles des douleurs présentes qui montrent que les démons peuvent n'être que des murmures portés par le vent pour nous cingler le visage et nous faire pleurer de froid, ou d'effroi, c'est selon.
Toujours ces mêmes oxymores qui détaillent mes heures. Désir de simplicité qui n'arrive jamais. Il faut embrasser nos contradictions avant qu'elles ne nous violent jusqu'à l'effondrement.
vendredi 3 avril 2015
jeudi 2 avril 2015
Retour des majuscules
"L'atmosphère mortellement glaciale du collège paralysait le coeur de Stephen. Dans la stupeur de son impuissance, il se mit à sonder la plaie qu'est le catholicisme. Il lui semblait voir la vermine engendrée dans les catacombes à une époque de maladie et de cruauté se répandre sur les plaines et les monts de l'Europe. Telle la plaie des sauterelles décrite dans Calista, il la voyait obstruer les rivières et combler les vallées. Le soleil en était obscurci. Mépris de la nature humaine, faiblesse, tremblements nerveux, peur du jour et de la joie, méfiance envers l'homme et la vie, hémiplégie de la volonté obsédaient le corps appesanti, aux membres désaffectés, sous la noire tyrannie de ses poux. L'exultation de l'esprit devant la beauté pleine de joie, l'exultation du corps dans les libres activités collectives, l'impulsion naturelle vers la santé, la sagesse, le bonheur, tout était entamé par cette vermine. Ce spectacle du monde subjugué allumait en lui la flamme du courage. Lui du moins, bien que le plus éloigné du centre de la culture européenne, bien qu'abandonné sur une île de l'océan, bien que portant l'héritage d'une volonté rompue par le doute et d'une âme où la haine solide se dissolvait en eau dans les bras d'une sirène, il vivrait sa propre vie, se conformant à l'appel où il avait reconnu la voix d'une humanité nouvelle, agissante, sans peur et sans honte."
- James Joyce
Remplacez "catholicisme" par n'importe quel maux/mot, "l'Europe" par "le monde" et ce texte pourrait avoir été écrit aujourd'hui même.
mercredi 1 avril 2015
ce n'est pas un poisson d'avril
déception. colère. frustration. dégoût carabiné et pas possible. je pourrais continuer. en assemblée aujourd'hui mon cégep - le cégep où je travaille dis-je - a voté contre la grève. faudrait surtout pas perdre une journée de salaire. quel ostie de message ça envoie. la honte. j'ai envie de vomir. rien ne sort. ça mérite même pas des majuscules. pas capable d'écrire. trop en criss. pis y faut se forcer et rester optimiste. comme si j'avais besoin de me sentir plus seul encore. comme l'autre encore qui revient me hanter. mais j'écrirai pas son nom, ça prendrait une majuscule. un jour un ami m'a dit : si tu lis ça, tu voudras plus parler à personne. je l'ai lu et j'ai continué de parler. parce que j'avais pas saisi toute la portée de ce que je lisais. Mais j'ai la vague impression que le relire aujourd'hui ne ferait pas le même effet. anyway. trop déçu. pessimisme. ça va être un de mes posts les plus plates. j'aurais pu ne pas écrire, mais à quoi bon. j'aurais pu aussi y aller d'un pétage de coche dans les règles de l'art. mais à quoi bon. devant pareilles aberrations, le silence est devenu une forme de respect. quoi que je ne sois pas sûr qu'il soit mérité. je vais me taire et écouter. regarder. mais je ne me reconnais plus beaucoup dans ceux que je regarde. je vais aller me reconnaître dans ce que je lis.
mardi 31 mars 2015
L'histoire de l'humanité commence
Be not afeard. The isle is full of noises,
Sounds and sweet airs that give delight and hurt not.
Sometimes a thousand twangling instruments
Will hum about mine years ; and sometimes voices
That, if I then had wak'd after a long sleep,
Will make me sleep again ; and then, in dreaming,
The clouds methought would open and show riches
Ready to drop upon me, that, when I wak'd,
I cried to dream again.
Sounds and sweet airs that give delight and hurt not.
Sometimes a thousand twangling instruments
Will hum about mine years ; and sometimes voices
That, if I then had wak'd after a long sleep,
Will make me sleep again ; and then, in dreaming,
The clouds methought would open and show riches
Ready to drop upon me, that, when I wak'd,
I cried to dream again.
- Caliban dans The Tempest
lundi 30 mars 2015
courant de conscience
Et si Dieu était androgyne? L'être humain a été créé à son image homme et femme issus de la même chair il devrait donc avoir deux sexes et être androgyne comme ces portraits de de Vinci où sont immortalisés ces anges asexués ces parfaites ambiguïtés l'essai de Kott est brutal dans ce lundi matin enneigé d'hiver tenace n'ayant pas dit son dernier mot une sensation de fatigue et peut-être même d'épuisement me travaille depuis quelques jours et j'ai l'impression de revivre ce que j'ai vécu l'automne dernier à savoir cet espèce de troplein la limite ce sentiment d'alerte ce qui-vive aux abords de la goutte et du vase ou de la lave et du volcan quand celle de trop arrivera que se passera-t-il peut-être est-ce la fonte de l'hiver en moi qui amènera ce débordement cette noyade à prévoir je devrais ponctuer (punk tuer?) mon texte mettre des virgules pour réfréner un temps soit peu ici une virgule changerait tout le sens ce fond de flocots ce flot de flocons qui montent les virgules sont à la fois les mouches du texte et ses spasmes Dostoïevski et ses épileptiques virgules ses hésitations ses (m)oralités il en mettait pour rappeler aux lecteurs que ses personnages plus vivants que bien des humains respirent peut-être ne respire-je prononciation impossible pas ce matin noyé dans ma tempête de démences grotesques dans ma myriade de cristaux kaléidoscopiques aux rebords du vase de mon être de mon printemps tissu de jour drapé de flancs de montagnes descendus jusque dans nos rues m'avaler lave de neige lourde en ; silence et bourdonnements dans l'ambiance alourdie les bruits ne sont que manipulations actions et manifestations qui se perdent rapidement une fois l'instantanéité éteinte je jalouse ces trente-cinq cerveaux devant moi qui ne pourraient même pas contenir ce qui menace d'imploser dans le mien je jalouse leur insouciance j'échangerais volontiers ma place avec l'un d'eux le temps d'une baise adolescente un distillat fulgurant déferlement de souvenirs montage à la milliseconde mémoire stroboscopée tout n'existe plus souvenirs fossilisés dans les lits de rivières en sueurs je sais que je peux détruire ce qui nuit et jour à la création pour qu'apparaissent avant le retour du sacré phallocrate effrayant et tyrannique des beautés baroques de nouveaux bestiaires d'animalités hybrides et de nouveaux dieux de mythes et légendes où les êtres vivent et meurent en paix.
dimanche 29 mars 2015
samedi 28 mars 2015
les profils tremblent
sur l'onde d'eaux tristes
où s'enlacent encore
profondeurs ardentes
dans le frisson de l'étreinte
les amants immergés
se noient dans l'espoir
des amours latentes
satyres et nymphes
de pastorales lointaines
à l'abri des rameaux
tressent de futiles destins
leur union est le faune
dans la finesse de l'aube
leur rupture le fauve
la solitude et la fin
la source se tarie
les symboles s'amenuisent
et les légendes suffoquent
sous les dieux endormis
et les danses macabres
deviennent mascarades
pendant que les hommes meurent
dans la fureur et le bruit
sur l'onde d'eaux tristes
où s'enlacent encore
profondeurs ardentes
dans le frisson de l'étreinte
les amants immergés
se noient dans l'espoir
des amours latentes
satyres et nymphes
de pastorales lointaines
à l'abri des rameaux
tressent de futiles destins
leur union est le faune
dans la finesse de l'aube
leur rupture le fauve
la solitude et la fin
la source se tarie
les symboles s'amenuisent
et les légendes suffoquent
sous les dieux endormis
et les danses macabres
deviennent mascarades
pendant que les hommes meurent
dans la fureur et le bruit
vendredi 27 mars 2015
jeudi 26 mars 2015
préjugé au coin d'une table
- Well I've heard some things about you. They were saying you're a failure.
- And you believed 'em?
- Ah... don't know, maybe. If it wasn't true, why would they say that?
- Just some prejudice, once again... (pause) Well, you don't know anything. Anything at all. It's making me upset that you ask me that. How can you? Why would they judge me? (plus longue pause) Well, fuck off... (très longue pause) You're all don't know what the fuck I've been through!!!
Il a raison. We don't know.
- And you believed 'em?
- Ah... don't know, maybe. If it wasn't true, why would they say that?
- Just some prejudice, once again... (pause) Well, you don't know anything. Anything at all. It's making me upset that you ask me that. How can you? Why would they judge me? (plus longue pause) Well, fuck off... (très longue pause) You're all don't know what the fuck I've been through!!!
Il a raison. We don't know.
mercredi 25 mars 2015
mouvements
Dans le métro, Mladic tonne et tonitrue par-dessus un monologue de Richard III. Écouter du Godspeed en lisant du Shakespeare est tout simplement épique, d'une extraordinaire intensité. Les drones oscillent et s'entremêlent à même les émotions de Richard, sa fureur et sa désertique solitude sur le champ de bataille ensanglanté, et les cordes de la musique le lacèrent comme des épées électriques. Ensuite, c'est l'essai de Kott qui me submerge. Depuis quatre jours, il n'y a que ma tête qui dépasse, la bouche peine à se maintenir hors du flot des mots des mots des mots, juste assez pour les murmurer ; mes yeux lisent, mes oreilles écoutent l'encre et le vent tourne les pages, des centaines de pages. Je saute d'une à l'autre les marches du Grand Escalier, cherchant à m'extirper du Grand Mécanisme. Chaque page tournée est une pelure d'oignon qui tombe aux pieds des larmes, qui lentement dénude l'homme jusqu'à son coeur, jusqu'à son humanité, et c'est la solitude, notre inhérente solitude, qui se révèle à l'ombre des mots. C'est une sensation d'assèchement que rien n'étanche, mais c'est dans cet état de vulnérabilité qu'on remarque plus facilement les détails stellaires de beautés insoupçonnées. Et leur fragilité, leur espérance de vie. La beauté a une espérance de vie et il n'en tient qu'à nous de la prolonger.
mardi 24 mars 2015
suite
En raison de contraintes de temps, je ne peux m'empêcher de constater que j'ai fait les coins outrageusement ronds hier avec mon billet sur Richard III. Je ne cherche pas à réajuster le tir, mais bien à détailler davantage sa courbe.
L'écho dont je parle ne s'applique pas seulement à notre époque, mais bien à toutes les époques. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'oeuvre de Shakespeare reste, à chaque fois, terriblement actuelle. Parce qu'elle expose les rouages du Grand Mécanisme qui met en marche le rouleau compresseur de l'Histoire, comme le dit Jan Kott. Le Grand Mécanisme. Ce qui régit le fonctionnement de l'horloge du temps, les suites cycliques d'événements qui se répètent sur la scène sanglante des grands augures, devant notre hébétude éternelle.
Je pourrais citer cent répliques qui montrent la clairvoyance psychologique et l'audace puissante de Shakespeare, mais je m'attarderai à une seule qui est archiconnue, mais pour les mauvaises raisons, ce qui dénature l'assertion en soi. Alors que Richard est sur le champ de bataille de Bosworth, qu'il est désarçonné et surpassé en nombre, il crie deux fois plutôt qu'une : A horse! A Horse! My kingdom for a horse! (V, iv).
La citation a désormais un usage courant et elle est répétée de façon ironique lorsque quelqu'un a besoin d'une chose inutile, triviale et sans importance. Et je crois que c'est tout faux, ce n'est pas le cheval qui est futile, mais bien le royaume. Il ne vaut même pas un cheval! Voilà le véritable prix du pouvoir, le prix de l'histoire, de la couronne et de la gloire ; le prix de ces complots et de ces meurtres. Un bon cheval vaut plus que ces morts, plus que tout un royaume pour un Richard poussé dans ses derniers retranchements, après l'horrible cauchemar qu'il vient d'avoir, où tous les fantômes de ses victimes sont venus, dans son sommeil, lui lancer d'inexorables : despair and die! Un cheval pour un royaume? Le prix est juste. Richard voit dans un cheval la seule façon d'échapper à la mort.
Évidemment, personne ne connaît les derniers mots du vrai Richard III, et l'Histoire n'est que le matériel avec lequel Shakespeare sculpte sa vision du monde, sa vision d'homme de la Renaissance qui voit se construire un monde dépouillé d'idéologie où rien ne compte sinon les diverses formes du pouvoir qui se déploient dans un mécanisme barbare - quelle façon spectaculaire de terminer sa première tétralogie - et ce n'est pas Richard III qui parle, c'est l'homme qui constate la futilité du pouvoir que l'homme croit s'octroyer. Et ces hommes sont, autant l'un que l'autre, intemporels donc actuels.
lundi 23 mars 2015
Richard III
C'est l'histoire d'un homme qui va tout faire pour prendre le pouvoir d'un pays, rien d'autre ne le motive que le pouvoir. Jamais il ne mentionne qu'est-ce qu'il entend faire de ce pouvoir et pourquoi il le désire tant, mais rien ne peut l'arrêter. Et pour obtenir ledit pouvoir - la couronne d'Angleterre -, il va tuer tous ceux qui pourraient lui barrer la route. Tout au long de sa quête, ses proches - amis ou ennemis - vont l'aider, tantôt consciemment, tantôt malgré eux, et personne ne va s'opposer concrètement un tant soit peu pour l'empêcher d'arriver à ses fins. Ses plus farouches opposants vont attendre qu'il usurpe le trône avant d'agir, laissant les morts s'amonceler dans leur inaction, comme s'ils voulaient s'assurer qu'un crime contre la patrie soit commis avant qu'il ne soit puni. C'est dans une hécatombe qui rivalise avec Hamlet que se termine Richard III, que je viens de terminer à l'instant, ayant joué le jeu en lisant à voix haute et forte les actes IV et V au complet, véritables moments d'anthologie. C'est l'une des pièces les plus fascinantes de Shakespeare que j'ai pu lire. La passivité des personnages qui entourent Richard est troublante. Ils savent tous que c'est un tyran sanguinaire et personne ne s'oppose directement à lui. Il m'est difficile de ne pas entendre l'écho troublant de cette pièce dans notre époque où les tyrans - s'ils n'ont pas soif de sang, ils ont soif de pouvoir - pavent eux-mêmes la route de leur procession vers de nouveaux trônes en déposant leurs briques sur des corps sociaux étouffés. La voix de ceux qui protestent est enterrée par l'indifférence, le cynisme et le mutisme assourdissant des autres, qui reconnaissent l'opportunisme malsain et écrasant des gouvernements, mais qui ne font rien, absolument rien, ABSOLUMENT RIEN, pour les en empêcher. Nous avons les dirigeants que nous méritons parce que nous ne retenons rien de l'histoire, ou de la fiction.
dimanche 22 mars 2015
Inscription à :
Articles (Atom)