6h 45 du mat'. Sufjan Stevens dans la ruelle vide ce matin. Tout est ensoleillé. Voix calmes. Douces musique. Le printemps se réveille. Ça paraît. Métro. Harold Bloom. The Anatomy on influence. C'est majeur. J'ai failli passer tout droit tellement j'étais dedans. Les drones de Godspeed. Cégep. Des affiches anti-austérité partout. Mais rien qui change. L'indifférence amènera une mort lente. Surveillance. Bloom encore. Litterature as a way of life. En effet. Merci professeur Bloom. Votre essai me transporte. Ailleurs. Là où je suis seul. Là où je commence à m'habituer à la solitude. Corrections. Retour à la maison. Corrections encore et encore. Toute la crisse de journée. Ce soir. Farniente. Bourbon du Kentucky. Hockey. Et rien d'autre. rien. Absolument R-I-E-N. Sinon ces quelques mots. Juste quelques-uns.
mardi 7 avril 2015
lundi 6 avril 2015
Godspeed. Asunder, Sweet and other distress' Une chandelle habite l'espace. Textures de toiles inconnues. Les bourdonnements déchirent les pages. Le vertige monte et percute les reliefs. La musique pénètre à même les fissures. Voyage immobile. Les lumières s'évanouissent. Les bourdons murmurent leur présence stridente. Glissantes langueurs de cordes. Choeurs d'instruments et canons valsent en chaos. Symphonie d'anaphores. Les tensions naissent et évoluent en matures distorsions. Ambiance suffocante des asphyxies sociales. Des désolations soufflent sur les ruines de royaumes déchus, d'idoles décapitées. L'écho d'un vide sidéral emplit ma chambre. Inquiétante étrangeté. Tout autres choses sont mortes étouffées dans leur absence. Confort de l'onde sonore, mélodies et méandres. Il y a quelque chose dans cette musique qui marche et m'emporte. Frissons, répétitions puissantes fabriquant l'épique à la fin de l'opus. Soudainement, peut-être me sens-je un peu moins seul. J'ouvre les yeux, il fait noir, le soir est arrivé dans un crépuscule mélangeant le gris et le rose. Mon chat dort et ronronne sa vie sur mes pieds.
dimanche 5 avril 2015
Vendredi, en plein soleil, en plein printemps, des jeunes se battaient devant tous ; des coqs en mal de mots pour protéger une fierté illusoire déchaînaient une violence ridicule mais vive. Sève puérile s'échauffant avec le ciel. Petites testostérones futiles.
En même temps, des musiciens de rue jouaient un air sorti tout droit d'un vieux film de Woody Allen, ajoutant davantage d'absurdité à une scène déjà surréelle. Il fallut de longues minutes avant que des policiers arrivent et agissent. L'on a ensuite écouté les musiciens en paix, dans une magnifique insouciance.
Samedi, après s'être fait narguer par cinq centimètres de neige qui n'auront même pas duré trois heures, c'est la douce tristesse d'une autre musique qui a semé ses perles terrifiantes en moi. Deuil et violences exprimés dans un somptueux spleen épuré. Harmonies horizontales et nudités frêles des douleurs présentes qui montrent que les démons peuvent n'être que des murmures portés par le vent pour nous cingler le visage et nous faire pleurer de froid, ou d'effroi, c'est selon.
Toujours ces mêmes oxymores qui détaillent mes heures. Désir de simplicité qui n'arrive jamais. Il faut embrasser nos contradictions avant qu'elles ne nous violent jusqu'à l'effondrement.
vendredi 3 avril 2015
jeudi 2 avril 2015
Retour des majuscules
"L'atmosphère mortellement glaciale du collège paralysait le coeur de Stephen. Dans la stupeur de son impuissance, il se mit à sonder la plaie qu'est le catholicisme. Il lui semblait voir la vermine engendrée dans les catacombes à une époque de maladie et de cruauté se répandre sur les plaines et les monts de l'Europe. Telle la plaie des sauterelles décrite dans Calista, il la voyait obstruer les rivières et combler les vallées. Le soleil en était obscurci. Mépris de la nature humaine, faiblesse, tremblements nerveux, peur du jour et de la joie, méfiance envers l'homme et la vie, hémiplégie de la volonté obsédaient le corps appesanti, aux membres désaffectés, sous la noire tyrannie de ses poux. L'exultation de l'esprit devant la beauté pleine de joie, l'exultation du corps dans les libres activités collectives, l'impulsion naturelle vers la santé, la sagesse, le bonheur, tout était entamé par cette vermine. Ce spectacle du monde subjugué allumait en lui la flamme du courage. Lui du moins, bien que le plus éloigné du centre de la culture européenne, bien qu'abandonné sur une île de l'océan, bien que portant l'héritage d'une volonté rompue par le doute et d'une âme où la haine solide se dissolvait en eau dans les bras d'une sirène, il vivrait sa propre vie, se conformant à l'appel où il avait reconnu la voix d'une humanité nouvelle, agissante, sans peur et sans honte."
- James Joyce
Remplacez "catholicisme" par n'importe quel maux/mot, "l'Europe" par "le monde" et ce texte pourrait avoir été écrit aujourd'hui même.
mercredi 1 avril 2015
ce n'est pas un poisson d'avril
déception. colère. frustration. dégoût carabiné et pas possible. je pourrais continuer. en assemblée aujourd'hui mon cégep - le cégep où je travaille dis-je - a voté contre la grève. faudrait surtout pas perdre une journée de salaire. quel ostie de message ça envoie. la honte. j'ai envie de vomir. rien ne sort. ça mérite même pas des majuscules. pas capable d'écrire. trop en criss. pis y faut se forcer et rester optimiste. comme si j'avais besoin de me sentir plus seul encore. comme l'autre encore qui revient me hanter. mais j'écrirai pas son nom, ça prendrait une majuscule. un jour un ami m'a dit : si tu lis ça, tu voudras plus parler à personne. je l'ai lu et j'ai continué de parler. parce que j'avais pas saisi toute la portée de ce que je lisais. Mais j'ai la vague impression que le relire aujourd'hui ne ferait pas le même effet. anyway. trop déçu. pessimisme. ça va être un de mes posts les plus plates. j'aurais pu ne pas écrire, mais à quoi bon. j'aurais pu aussi y aller d'un pétage de coche dans les règles de l'art. mais à quoi bon. devant pareilles aberrations, le silence est devenu une forme de respect. quoi que je ne sois pas sûr qu'il soit mérité. je vais me taire et écouter. regarder. mais je ne me reconnais plus beaucoup dans ceux que je regarde. je vais aller me reconnaître dans ce que je lis.
mardi 31 mars 2015
L'histoire de l'humanité commence
Be not afeard. The isle is full of noises,
Sounds and sweet airs that give delight and hurt not.
Sometimes a thousand twangling instruments
Will hum about mine years ; and sometimes voices
That, if I then had wak'd after a long sleep,
Will make me sleep again ; and then, in dreaming,
The clouds methought would open and show riches
Ready to drop upon me, that, when I wak'd,
I cried to dream again.
Sounds and sweet airs that give delight and hurt not.
Sometimes a thousand twangling instruments
Will hum about mine years ; and sometimes voices
That, if I then had wak'd after a long sleep,
Will make me sleep again ; and then, in dreaming,
The clouds methought would open and show riches
Ready to drop upon me, that, when I wak'd,
I cried to dream again.
- Caliban dans The Tempest
lundi 30 mars 2015
courant de conscience
Et si Dieu était androgyne? L'être humain a été créé à son image homme et femme issus de la même chair il devrait donc avoir deux sexes et être androgyne comme ces portraits de de Vinci où sont immortalisés ces anges asexués ces parfaites ambiguïtés l'essai de Kott est brutal dans ce lundi matin enneigé d'hiver tenace n'ayant pas dit son dernier mot une sensation de fatigue et peut-être même d'épuisement me travaille depuis quelques jours et j'ai l'impression de revivre ce que j'ai vécu l'automne dernier à savoir cet espèce de troplein la limite ce sentiment d'alerte ce qui-vive aux abords de la goutte et du vase ou de la lave et du volcan quand celle de trop arrivera que se passera-t-il peut-être est-ce la fonte de l'hiver en moi qui amènera ce débordement cette noyade à prévoir je devrais ponctuer (punk tuer?) mon texte mettre des virgules pour réfréner un temps soit peu ici une virgule changerait tout le sens ce fond de flocots ce flot de flocons qui montent les virgules sont à la fois les mouches du texte et ses spasmes Dostoïevski et ses épileptiques virgules ses hésitations ses (m)oralités il en mettait pour rappeler aux lecteurs que ses personnages plus vivants que bien des humains respirent peut-être ne respire-je prononciation impossible pas ce matin noyé dans ma tempête de démences grotesques dans ma myriade de cristaux kaléidoscopiques aux rebords du vase de mon être de mon printemps tissu de jour drapé de flancs de montagnes descendus jusque dans nos rues m'avaler lave de neige lourde en ; silence et bourdonnements dans l'ambiance alourdie les bruits ne sont que manipulations actions et manifestations qui se perdent rapidement une fois l'instantanéité éteinte je jalouse ces trente-cinq cerveaux devant moi qui ne pourraient même pas contenir ce qui menace d'imploser dans le mien je jalouse leur insouciance j'échangerais volontiers ma place avec l'un d'eux le temps d'une baise adolescente un distillat fulgurant déferlement de souvenirs montage à la milliseconde mémoire stroboscopée tout n'existe plus souvenirs fossilisés dans les lits de rivières en sueurs je sais que je peux détruire ce qui nuit et jour à la création pour qu'apparaissent avant le retour du sacré phallocrate effrayant et tyrannique des beautés baroques de nouveaux bestiaires d'animalités hybrides et de nouveaux dieux de mythes et légendes où les êtres vivent et meurent en paix.
dimanche 29 mars 2015
samedi 28 mars 2015
les profils tremblent
sur l'onde d'eaux tristes
où s'enlacent encore
profondeurs ardentes
dans le frisson de l'étreinte
les amants immergés
se noient dans l'espoir
des amours latentes
satyres et nymphes
de pastorales lointaines
à l'abri des rameaux
tressent de futiles destins
leur union est le faune
dans la finesse de l'aube
leur rupture le fauve
la solitude et la fin
la source se tarie
les symboles s'amenuisent
et les légendes suffoquent
sous les dieux endormis
et les danses macabres
deviennent mascarades
pendant que les hommes meurent
dans la fureur et le bruit
sur l'onde d'eaux tristes
où s'enlacent encore
profondeurs ardentes
dans le frisson de l'étreinte
les amants immergés
se noient dans l'espoir
des amours latentes
satyres et nymphes
de pastorales lointaines
à l'abri des rameaux
tressent de futiles destins
leur union est le faune
dans la finesse de l'aube
leur rupture le fauve
la solitude et la fin
la source se tarie
les symboles s'amenuisent
et les légendes suffoquent
sous les dieux endormis
et les danses macabres
deviennent mascarades
pendant que les hommes meurent
dans la fureur et le bruit
vendredi 27 mars 2015
jeudi 26 mars 2015
préjugé au coin d'une table
- Well I've heard some things about you. They were saying you're a failure.
- And you believed 'em?
- Ah... don't know, maybe. If it wasn't true, why would they say that?
- Just some prejudice, once again... (pause) Well, you don't know anything. Anything at all. It's making me upset that you ask me that. How can you? Why would they judge me? (plus longue pause) Well, fuck off... (très longue pause) You're all don't know what the fuck I've been through!!!
Il a raison. We don't know.
- And you believed 'em?
- Ah... don't know, maybe. If it wasn't true, why would they say that?
- Just some prejudice, once again... (pause) Well, you don't know anything. Anything at all. It's making me upset that you ask me that. How can you? Why would they judge me? (plus longue pause) Well, fuck off... (très longue pause) You're all don't know what the fuck I've been through!!!
Il a raison. We don't know.
mercredi 25 mars 2015
mouvements
Dans le métro, Mladic tonne et tonitrue par-dessus un monologue de Richard III. Écouter du Godspeed en lisant du Shakespeare est tout simplement épique, d'une extraordinaire intensité. Les drones oscillent et s'entremêlent à même les émotions de Richard, sa fureur et sa désertique solitude sur le champ de bataille ensanglanté, et les cordes de la musique le lacèrent comme des épées électriques. Ensuite, c'est l'essai de Kott qui me submerge. Depuis quatre jours, il n'y a que ma tête qui dépasse, la bouche peine à se maintenir hors du flot des mots des mots des mots, juste assez pour les murmurer ; mes yeux lisent, mes oreilles écoutent l'encre et le vent tourne les pages, des centaines de pages. Je saute d'une à l'autre les marches du Grand Escalier, cherchant à m'extirper du Grand Mécanisme. Chaque page tournée est une pelure d'oignon qui tombe aux pieds des larmes, qui lentement dénude l'homme jusqu'à son coeur, jusqu'à son humanité, et c'est la solitude, notre inhérente solitude, qui se révèle à l'ombre des mots. C'est une sensation d'assèchement que rien n'étanche, mais c'est dans cet état de vulnérabilité qu'on remarque plus facilement les détails stellaires de beautés insoupçonnées. Et leur fragilité, leur espérance de vie. La beauté a une espérance de vie et il n'en tient qu'à nous de la prolonger.
mardi 24 mars 2015
suite
En raison de contraintes de temps, je ne peux m'empêcher de constater que j'ai fait les coins outrageusement ronds hier avec mon billet sur Richard III. Je ne cherche pas à réajuster le tir, mais bien à détailler davantage sa courbe.
L'écho dont je parle ne s'applique pas seulement à notre époque, mais bien à toutes les époques. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'oeuvre de Shakespeare reste, à chaque fois, terriblement actuelle. Parce qu'elle expose les rouages du Grand Mécanisme qui met en marche le rouleau compresseur de l'Histoire, comme le dit Jan Kott. Le Grand Mécanisme. Ce qui régit le fonctionnement de l'horloge du temps, les suites cycliques d'événements qui se répètent sur la scène sanglante des grands augures, devant notre hébétude éternelle.
Je pourrais citer cent répliques qui montrent la clairvoyance psychologique et l'audace puissante de Shakespeare, mais je m'attarderai à une seule qui est archiconnue, mais pour les mauvaises raisons, ce qui dénature l'assertion en soi. Alors que Richard est sur le champ de bataille de Bosworth, qu'il est désarçonné et surpassé en nombre, il crie deux fois plutôt qu'une : A horse! A Horse! My kingdom for a horse! (V, iv).
La citation a désormais un usage courant et elle est répétée de façon ironique lorsque quelqu'un a besoin d'une chose inutile, triviale et sans importance. Et je crois que c'est tout faux, ce n'est pas le cheval qui est futile, mais bien le royaume. Il ne vaut même pas un cheval! Voilà le véritable prix du pouvoir, le prix de l'histoire, de la couronne et de la gloire ; le prix de ces complots et de ces meurtres. Un bon cheval vaut plus que ces morts, plus que tout un royaume pour un Richard poussé dans ses derniers retranchements, après l'horrible cauchemar qu'il vient d'avoir, où tous les fantômes de ses victimes sont venus, dans son sommeil, lui lancer d'inexorables : despair and die! Un cheval pour un royaume? Le prix est juste. Richard voit dans un cheval la seule façon d'échapper à la mort.
Évidemment, personne ne connaît les derniers mots du vrai Richard III, et l'Histoire n'est que le matériel avec lequel Shakespeare sculpte sa vision du monde, sa vision d'homme de la Renaissance qui voit se construire un monde dépouillé d'idéologie où rien ne compte sinon les diverses formes du pouvoir qui se déploient dans un mécanisme barbare - quelle façon spectaculaire de terminer sa première tétralogie - et ce n'est pas Richard III qui parle, c'est l'homme qui constate la futilité du pouvoir que l'homme croit s'octroyer. Et ces hommes sont, autant l'un que l'autre, intemporels donc actuels.
lundi 23 mars 2015
Richard III
C'est l'histoire d'un homme qui va tout faire pour prendre le pouvoir d'un pays, rien d'autre ne le motive que le pouvoir. Jamais il ne mentionne qu'est-ce qu'il entend faire de ce pouvoir et pourquoi il le désire tant, mais rien ne peut l'arrêter. Et pour obtenir ledit pouvoir - la couronne d'Angleterre -, il va tuer tous ceux qui pourraient lui barrer la route. Tout au long de sa quête, ses proches - amis ou ennemis - vont l'aider, tantôt consciemment, tantôt malgré eux, et personne ne va s'opposer concrètement un tant soit peu pour l'empêcher d'arriver à ses fins. Ses plus farouches opposants vont attendre qu'il usurpe le trône avant d'agir, laissant les morts s'amonceler dans leur inaction, comme s'ils voulaient s'assurer qu'un crime contre la patrie soit commis avant qu'il ne soit puni. C'est dans une hécatombe qui rivalise avec Hamlet que se termine Richard III, que je viens de terminer à l'instant, ayant joué le jeu en lisant à voix haute et forte les actes IV et V au complet, véritables moments d'anthologie. C'est l'une des pièces les plus fascinantes de Shakespeare que j'ai pu lire. La passivité des personnages qui entourent Richard est troublante. Ils savent tous que c'est un tyran sanguinaire et personne ne s'oppose directement à lui. Il m'est difficile de ne pas entendre l'écho troublant de cette pièce dans notre époque où les tyrans - s'ils n'ont pas soif de sang, ils ont soif de pouvoir - pavent eux-mêmes la route de leur procession vers de nouveaux trônes en déposant leurs briques sur des corps sociaux étouffés. La voix de ceux qui protestent est enterrée par l'indifférence, le cynisme et le mutisme assourdissant des autres, qui reconnaissent l'opportunisme malsain et écrasant des gouvernements, mais qui ne font rien, absolument rien, ABSOLUMENT RIEN, pour les en empêcher. Nous avons les dirigeants que nous méritons parce que nous ne retenons rien de l'histoire, ou de la fiction.
dimanche 22 mars 2015
vendredi 20 mars 2015
- Des fois, j'ai vraiment des hauts et des bas, je me sens super bien et le lendemain ou parfois la journée même, je pogne un esti de gros down, dit-il en faisant comme des montagnes russes avec sa main. Je passe des cimes aux bas-fonds, je ferais tout sauter tellement j'suis en maudit! Est-ce que ça t'arrive des fois?
- En fait, c'est drôle que tu me parles de ça parce que j'avais la même discussion avec ma blonde cette semaine. Je me considère étonnamment comme quelqu'un d'optimisme. Je veux dire, il n'y a aucune raison de se réjouir quand on regarde ce qui nous entoure, ce qui se passe, le monde c'est un peu de la marde. Toute me fait chier, mais je m'efforce de trouver du positif à travers, entre autres, ma blonde et ma job que j'adore, la musique, la littérature, la poésie, le cinéma, les amis, etc. Parce que sinon, je pourrais facilement être down à propos de tout. Mais reste que je m'emporte moins qu'avant, je me contrôle beaucoup plus. En fait, je suis systématiquement en colère, mais c'est une colère calme, dis-je, sur un ton justement ridiculement calme.
Et lui de littéralement éclater de rire.
jeudi 19 mars 2015
Une aiguille gratte le bras d'un paumé. Le coude coagulé il tend au bout de son manque de vaine une main itinérante. Lamentation tremblante, espoir vitreux et bouche béante. Il est là, personne n'entend sa complainte, son attente. L'homme de Vitruve disloqué, l'âme vitreuse. N'a pas la foi heureuse, ni aucun dieu ni mante religieuse. Pas de foi où se tourner aux coins des rues bondées de passants aux yeux bandés sur l'argent. Se masturbent l'ego sur le saint signe ces fantassins du fric. Tous ces bons petits soldats du Marché, ces bons petits pervers. Amibes et abîmes et hontes des révoltés. Pour se sentir coupable, pas besoin de péchés. Les corps stériles cherchent les drogues qui rendent les vies utiles. En haut des clochers, des anges impassibles. Regardent les hommes impossibles fiers sans raison, ergotant sans passion. Conversation interceptée et violences assassinées. Reste là transi sans transe, désert intersection des itinérances. Distrait des airs sans paroles, sans formes et sans sens, ne vois rien. Sans harmonie, sans histoire et sans héroïne à prendre. Que des poussières dorées sur l'horizons des ombres grises. Pendant que les heures agonisent, les oeuvres se détruisent. N'a pas pris les mêmes armes. N'a pas abattu les mêmes arbres. Les hypnoses de l'encre des lettres dans l'âme dansent les ancres. Le prologue est mort, le passé désaccord et le temps retors s'échappe dans l'inlassable nuit. Encore.
mardi 17 mars 2015
Je me souviens
Il y a de cela soixante ans aujourd'hui, Maurice Richard était suspendu pour le reste de la saison régulière et les séries éliminatoires parce qu'il avait frappé, dans le match précédent, un juge de ligne qui le retenait alors qu'un joueur des Bruins s'en donnait à coeur joie sur sa face de canadien-français, car ça allait de soi : un francophone ne pouvait pas être dominant dans un monde anglophone. Le président de la ligue nationale de hockey Clarence Campbell se présenta au match le soir du 17 mars 1955 ajoutant ainsi l'insulte à l'injure et alors qu'il était copieusement hué par tous les partisans du Canadiens, une émeute faisait rage à l'extérieur du Forum. Beaucoup d'historiens ont vu dans cette révolte une revendication identitaire contre l'injustice dont souffrait la plupart des canadiens-français, et plusieurs considèrent cet événement comme n'étant rien de moins que la bougie d'allumage de la Révolution tranquille. Toutes proportions gardées, peut-on conclure que cette émeute fût réellement l'instigatrice d'un renouveau politique et d'une affirmation identitaire dont les précédents remontaient à plus d'un siècle? Je laisse la réponse aux historiens et à ceux qui y étaient. Ce qui m'intéresse, c'est Maurice Richard. Cet espèce de parangon de droiture et de fierté qui, après en avoir trop encaissé, se dressa la colonne et se tint debout. L'homme qui ne commençât aucune bagarre mais qui les finît toutes, celui aux yeux impossibles que le grand William Faulkner, qui l'avait vu jouer au Madison Square Garden, décrivît comme ayant "something of the passionnate glittering fatal alien quality of snakes" (quelle métaphore!), et qui inspirât ce tout petit poème au non moins grand Félix Leclerc :
Quand il lance, l'Amérique hurle.
Quand il compte, les sourds entendent.
Quand il est puni, les lignes téléphoniques sautent.
Quand il passe, les recrues rêves.
C'est le vent qui patine.
C'est tout le Québec debout
Qui fait peur et qui vit.
Cela m'attriste de penser que ce genre de symbole n'appartient désormais qu'au passé et que personne n'honorera plus l'épitaphe sur sa tombe, trois mots qui m'évoquent le héros camusien, cet homme révolté surpassant l'absurde : "Ne jamais abandonner".
Quand il lance, l'Amérique hurle.
Quand il compte, les sourds entendent.
Quand il est puni, les lignes téléphoniques sautent.
Quand il passe, les recrues rêves.
C'est le vent qui patine.
C'est tout le Québec debout
Qui fait peur et qui vit.
Cela m'attriste de penser que ce genre de symbole n'appartient désormais qu'au passé et que personne n'honorera plus l'épitaphe sur sa tombe, trois mots qui m'évoquent le héros camusien, cet homme révolté surpassant l'absurde : "Ne jamais abandonner".
lundi 16 mars 2015
"Les textes de Shakespeare ont pour la plupart les caractéristiques de ces miracles. Ils donnent aux écrivains qui les traduisent un avant-goût ou une réminiscence du bonheur vertigineux de la création. Quand ce bonheur advient, il fait disparaître toute la souffrance, réelle ou imaginaire, qui se greffe au mythe du créateur. En fait elle est réelle, cette souffrance du génie créateur, mais elle a été choisie en quelque sorte, contrairement à celles qui tombent comme des fléaux sur l'humanité. La toute première phrase entendue à mon premier cours de travaux pratiques à l'université: "Vous avez choisi la littérature parce qu'il y a un déchirement en vous." Cela dit quelque chose sur le "peu" ou le "trop" de déchirement de ceux qui ne la choisissent pas."
- Normand Chaurette
samedi 14 mars 2015
toccata de mars
le malheur rôde et pleure
autour il avale amer
les poussières secouées
de son strict labeur
je lui offre mon aide
mais il s'agit là
dépendant d'anxiété
d'un malheur bien obstiné
son désarroi me désole
et son mutisme entêté
ignore les tempêtes alors
qu'un geyser boue en lui
à tout moment
près d'exploser
autour il avale amer
les poussières secouées
de son strict labeur
je lui offre mon aide
mais il s'agit là
dépendant d'anxiété
d'un malheur bien obstiné
son désarroi me désole
et son mutisme entêté
ignore les tempêtes alors
qu'un geyser boue en lui
à tout moment
près d'exploser
vendredi 13 mars 2015
Fuck la pause
- Ça ne te dérange pas si je mets de la musique?
- Ben, non c'est ton char, c'est ton royaume, tu fais c'que tu veux.
Je mets La Légende d'Overhead de Grim Skunk que j'ai écoutée en boucle toute la journée.
- Grim Skunk ostie! Ah c'est donc ben cool. T'es prof toi qu'tu disais? me demande-t-il d'un ton incrédule.
- Ouais. Mes étudiants font toujours un peu le saut quand j'ai trop chaud dans le cours et qu'j'enlève mon chandail de laine, j'ai toujours soit un t-shirt de Lagwagon ou soit un de NOFX en-dessous et là ils me demandent : "C'est quoi du Lagwagon?" C'est du punk, que je réponds. "Vous écoutez du punk??? - Ben quoi, tu t'attendais toujours ben pas à c'que j'écoute du Kanye West?" Pis là ils s'marrent. Admettons que ça fait tomber certains préjugés.
Sujet amené d'une discussion post-hockey après une game de fou alors que je ramène un coéquipier chez lui. J'ai préparé le but égalisateur, il a compté le but gagnant. Ça été toute qu'une game. Il a 21 ans, j'en ai 35 ans, donc ça me fait sourire un peu parce qu'il pourrait justement être un de mes étudiants. Mais quel solide hockeyeur! Ça bifurque rapidement sur la musique : j'ai affaire à un vrai mélomane. Comme moi, il joue de la basse. Sans faire de name drop, on parle avec enthousiasme de punk, de vieux rock, de nouveaux groupes, de la mort du disque et du disquaire, de jazz, de classique. Il n'aime pas beaucoup Bach, trop mathématique, mais il reconnait que joué par Gould c'est autre chose quand même. Son trip, c'est Debussy. Il connaît sa shit le ptit criss-plus-grand-que-moi, que je me dis.
Plutôt timide, avec l'air de celui qui ne veut pas déranger personne, il n'a pas dit un mot de la game - il remplaçait dans notre équipe pour la première fois ce soir - et voilà qu'il se dégêne, musique aidant. Et pendant que des instruments endiablés se déchaînent, dirigés par l'orgue fou de Joe Evil, on disserte musique dans la nuit tiède et vide de Montréal.
Plutôt timide, avec l'air de celui qui ne veut pas déranger personne, il n'a pas dit un mot de la game - il remplaçait dans notre équipe pour la première fois ce soir - et voilà qu'il se dégêne, musique aidant. Et pendant que des instruments endiablés se déchaînent, dirigés par l'orgue fou de Joe Evil, on disserte musique dans la nuit tiède et vide de Montréal.
mercredi 11 mars 2015
calme chaos
des orages dorment en moi
d'un sommeil fragile
pendant que de nobles violences
dansent en attendant leur éveil
d'un sommeil fragile
pendant que de nobles violences
dansent en attendant leur éveil
mardi 10 mars 2015
Othello
"It is the cause, it is the cause my soul,
Let me not name it to you, you chaste stars!
It is the cause. Yet I'll not shed her blood;
Nor scar that whiter skin of hers than snow,
And smooth as monumental alabaster.
Yet she must die, else she'll betray more men.
Put out the light, and then put out the light:
If I quench thee, thou flaming minister,
I can again thy former light restore,
Should I repent me: but once put out thy light,
Thou cunning'st pattern of excelling nature,
I know not where is that Promethean heat
That can thy light relume. When I have pluck'd the rose,
I cannot give it vital growth again.
It must needs wither: I'll smell it on the tree.
(kissing her)
Ah balmy breath, that dost almost persuade
Justice to break her sword! One more, one more.
Be thus when thou art dead, and I will kill thee,
And love thee after. One more, and this the last:
So sweet was ne'er so fatal. I must weep,
But they are cruel tears: this sorrow's heavenly;
It strikes where it doth love. She wakes.
Let me not name it to you, you chaste stars!
It is the cause. Yet I'll not shed her blood;
Nor scar that whiter skin of hers than snow,
And smooth as monumental alabaster.
Yet she must die, else she'll betray more men.
Put out the light, and then put out the light:
If I quench thee, thou flaming minister,
I can again thy former light restore,
Should I repent me: but once put out thy light,
Thou cunning'st pattern of excelling nature,
I know not where is that Promethean heat
That can thy light relume. When I have pluck'd the rose,
I cannot give it vital growth again.
It must needs wither: I'll smell it on the tree.
(kissing her)
Ah balmy breath, that dost almost persuade
Justice to break her sword! One more, one more.
Be thus when thou art dead, and I will kill thee,
And love thee after. One more, and this the last:
So sweet was ne'er so fatal. I must weep,
But they are cruel tears: this sorrow's heavenly;
It strikes where it doth love. She wakes.
Inscription à :
Articles (Atom)