jeudi 27 juin 2013

Je suis entré...

Je suis entré dans la nuit percé des pierres de l'amitié, des pierres brutes uniquement travaillées par le temps et le respect des hommes. Les âmes conjointes en piliers. Les teintes des souvenirs s'effacent dans l'étreinte des grands silences. Et le rameau de l'ombre se déploie. Et s'immisce l'encens du sommeil. J'y entre et pense que je ne rêverai pas, j'attendrai que l'aube aille lécher un nouveau jour.

mardi 18 juin 2013

Une possibilité de la solitude

Sentir malgré les murs oppressants
la soie des sens se délier
dans les vaisseaux du labyrinthe.
Alerte aux intrusions absentes mais souhaitées,
délié aux pieds des Parques studieuses,
un front noué de solitude
se dévoue à l'incessante étude
de ses austères félicités.

dimanche 9 juin 2013

Il est un périple...

Il est un périple qui se fait dans le clair-obscur des langues, où il butte sur le corail tranchant de l'instant. Il est une captivité volontaire d'où il s'évade jusqu'aux confins des connaissances, où se jette dans le vide la conscience. Il est un savoir qui se déploie au-delà du précipice aggravé des nouvelles sciences, au-delà du littoral en mutation.

jeudi 6 juin 2013

quatrain

en toi l'idée assise s'assourdit
marche le long des cortèges ambigus
foule de tes pieds le sol de ta vie
proche la conscience erre dans les rues

dimanche 2 juin 2013

Quand l'orage amène le désert

Aujourd'hui le jour ne s'est pas levé. S'est déchaîné dans le brasier gris du ciel le crépitement de la pluie. Interstice. Incessant. Anfractuosité où se moulent des harmonies opérantes. La fuite de l'instant vers de plus grands concerts. Armure de l'immoment. Aujourd'hui le jour ne s'est pas levé mais le temps a continué.

vendredi 31 mai 2013

Bruissements

La chaleur des feux absents soulève les premiers soupires d'une force à venir. Il souffle un vent de muse narcoleptique. Des parfums fugitifs flottent en débris, douleurs odorantes, le sien épuisé dans le dédale aérien des souvenirs, ébauches et assises du rêve qui se fait attendre. Chaleur fauve du crépuscule naissant. Les coeurs tièdes assourdis des distances, et s'étale la démarche d'une tempête dans les insupportables soubresauts du vent. La feuille brille le vert meurt. Et le réel étrille un espoir latent.

dimanche 26 mai 2013

quatrain

et le poids du temps étouffe les dieux qui chantent
en toi et qui tentent de soulever les voix
les yeux baissés le cou penché les mains qui tremblent
dans une longue attente et dans un calme effroi

jeudi 9 mai 2013

temps des jours

Le printemps s'engouffre dans l'évent des rues. De pente en pente, je vois l'horizon se briser dans les gratte-ciels et poindre entre eux de lumineuses verticales qui, en traversant la ville, s'éteignent dans le vertige de l'essoufflement. En mal d'espace les sens s'automatisent dans la mécanique grise de l'urbanité, le coeur bat vite machinal alors que s'ouvrent les ventricules de béton qui drainent le sang rouillé des voitures. La vie maintenue en ville artificiellement. Je file à toute allure, monte et descend dans les raclures, je suis la pulsation des mesures.

lundi 6 mai 2013

A day of dappled seaborne clouds

"The phrase and the day and the scene harmonized in a chord. Words. Was it their colours? He allowed them to glow and fade, hue after hue: sunrise gold, the russet and green of apple orchards, azure of waves, the greyfringed fleece of clouds. No, it was not theirs colours: it was the poise and balance of the period itself. Did he then love the rhythmic rise and fall of words better than their associations of legend and colour? Or was it that, being as weak os sight as he was shy of mind, he drew less pleasure from the reflection of the glowing sensible world through the prism of a language manycoloured and richly storied the from the contemplation of an inner world of individual emotions mirrored perfectly in a supple periodic prose?

[...]

We are right, he said, and the others are wrong. To speak of these things and to try to understand their nature and, having understood it, to try slowly and humbly and constantly to express, to press out again, from the gross earth or what it brings forth, from sound and shape and colour which are the prison gates of our soul, an image of the beauty we have come to understand - that is art."
James Joyce

dimanche 28 avril 2013

Temps des jours

Le balcon brûlant se conjugue à l'amertume laiteuse et anisée du pastis. À la croisée d'une multitude de variables tantôt désarticulées tantôt promptes, je défais certaines pensées, j'abolis les images et me réduit sans cesse en mon centre ; j'écris et m'oublie aux passants, au temps qui vente un peu tiède maintenant. Et veulent surgir les espérances latentes que je repousse dans l'alcool blanc.

jeudi 25 avril 2013

Énorme

(désolé de n'avoir pas l'original anglais)

"Tous les grands livres du monde ne sont que les ombres mutilées des images invisibles et éternellement inincarnées de l'âme ; ne sont que les miroirs qui nous renvoient les reflets déformées de nos propres éléments." - Melville

mercredi 17 avril 2013

Un pont

Une autre pierre au pont posée, un autre livre de terminer, un soldat de plus dans mon armée du langage : The Primal Screamer, de Nick Blinko. Dans les deux derniers jours, toutes mes pensées se sont concentrées autour de ce "vivid void", ce "néant vivifiant", et un autre constat s'est ajoutée entre moi et la conception que je me fais de tout ce qui est autre. Cette constatation a quelque chose d'inquiétant mais également de fascinant : ce total et irrévocable attrait que j'ai parfois à (l'envers et) l'endroit de la folie. À défaut d'avoir un sentiment récurrent envers un concept unidirectionnellement fataliste, ou absurde, comme la mort ou - ce poison lent de mon ère - la violence, je manifeste plutôt un intérêt particulier et latent, parce que j'y pense et que cela sommeille en moi depuis très longtemps, envers la folie. Non pas que j'y sois sujet, c'est justement cette inaccessibilité qui la rend d'autant plus séduisante : le fait de ne pouvoir traverser ce pont - de voir ce qui se trouve de l'autre côté, ce que je peux même voir à l'oeil nu - est d'autant plus hypnotisant parce que visible mais hors d'atteinte, parce que si proche mais inatteignable - et donc rejoindre sinon entrevoir le spectre éclatant de la folie. Puis c'est sur ces assertions que le spectre s'écarte.
Le livre de Blinko raconte le combat d'un homme contre la folie, à travers les yeux de son psychiatre. Combat inégal s'il en est un car l'on ne peut battre la folie, on ne peut que l'accepter. Le premier tour de force de ce roman semiautobiographique est la dépersonnalisation de Blinko, qui confie la narration à l'autre (le psychiatre), créant ainsi une triangulation lui permettant de s'observer, de s'analyser et de se critiquer avec une franchise et une honnêteté très audacieuses : il y a dans cette technique une inspirante acceptation de sa propre vulnérabilité. Puisque que la folie demeure le fil conducteur du texte, Blinko ne peut contenir pareille dépersonnalisation pendant 120 pages et tranquillement, à travers le monde des rêves et de l'hypnose, l'autre devient l'autre en soi, la décompensation des défenses amène une régression, jusqu'à la fusion des deux personas se soumettant à plus fort que soi(s) : la folie. La franchise et l'abandon de Blinko sont admirables, totales et cathartiques.
Le dernier chapitre du livre est le plus tordu mais le plus fascinant parce que le plus mystérieux, parce qu'il ouvre une porte sur le monde au-delà la réalité et de le folie - le monde de l'innommable, le monde du rêve : "Dreams are important. Far more important than the drab consciousness of our awakened state. I have reason to believe that it is possible to enter the dreamworld entirely." Alors que tranquillement je me prépare pour la lecture de Finnegans Wake, - livre libre au symbolisme éternel parce que circulaire, livre que Joyce mit 17 ans à écrire et pour lequel on le traita de fou, livre-spirale qui utilise le langage du rêve - cette finale ne pouvait être plus appropriée. À suivre...

mardi 16 avril 2013



"Creativity, however pessimistic it appears, is quintessentially optimistic, proven by the fact of its actual existence."          
- Nick Blinko

dimanche 14 avril 2013

Ouch

"La maladie avait fait son lit en lui, ce n'était plus qu'une question de temps - De toute façon, il y avait des années que Jack savait qu'au bout de la route on ne saurait trouver que la mort... que la mort... oui, Jack est mort le 21 octobre 1969... et vous???"
- VLB

mercredi 10 avril 2013

temps des jours

se laisser aller dans un autre ouvre-rage
ne pas baisser l'oeil, alerte
fixant toujours cette quelconque quête
accepter l'obstiné mirage

samedi 6 avril 2013

Constat

Lire Utilité du Beau de Victor Hugo et me rendre compte que toutes mes aspirations poétiques ont été théorisées et dissertées avec une maîtrise absolument inégalable il y a plus d'un siècle et demi.  Rien pour dissiper la première inutilité de ma poésie. Coup de barre. Casse / Un accablant clou de plus sur le cercueil duquel je tente de m'extirper.

jeudi 4 avril 2013

jouer

"Au Québec, nous avons été longtemps à nous priver de la liberté de jouer avec les mots. À la vérité, nous n'avions pas le temps d'avoir de l'humour, et pas la force. Nous n'étions pas un peuple sain, en ce sens que l'immédiat exigeait tout de nous. Pourtant, nos pères connaissaient bien l'art de jouer avec les mots. Toute notre tradition orale est pleine de ces contes joyeux qui disent bien que nous étions une tribu au verbe audacieux qui avait l'instinct du langage."
- Victor-Lévy Beaulieu

samedi 30 mars 2013

bonne nuit

"and low, stole o'er the stillness the heartbeats of sleep" - James Joyce

vendredi 29 mars 2013

pensée

Samuel Beckett, ou comment néantiser le néant - l'existence et l'être - dans un foisonnement minimaliste d'écriture s'auto-dévorant.

lundi 25 mars 2013

Peut être

Il est assis à son bureau et regarde dans le vide. Dedans comme dehors, il fait un temps incertain. Il se surprend à rêver un peu puis revient. Il se prend la tête et tente tant bien que mal de s'extirper de l'instant. Les mots doivent glisser par-dessus l'instant au-delà du moment et viser l'intemporel. Mais rien, ça s'éteint pris dans un sablier. Il fait le constat de l'énormité de sa solitude, un sourire en coin, tantôt jaune tantôt vrai. Puis survient l'autre et revient ce regard trouble, ce regard perdu dans l'azur vert des rêves récurrents.

jeudi 21 mars 2013

a(bs)ttraction

exposer une métaphysique de l'instant
et dans le frémissement de l'onde
l'explosion des tremblements

jeudi 14 mars 2013

espace

j'expose une quête en apparence immobile
dans l'inéquation des changements et des instants
j'insiste, inutile, et continue de croire que l'homme est à refaire
Et je contemple les murmures blancs
ces espaces où fusionnent le réel et l'imaginaire

lundi 11 mars 2013

traces


Emporté, je suis la traînée que laisse le sillon des mots.
Incapable d'écrire. Que lire, lire, lire et relire.
Pendant que lentement, les mémoires sédimentent.

mardi 26 février 2013


dans le poème brumeux du matin
alors que les outils affûtent le temps
j'ai senti éclore et battre le pouls du jour

samedi 23 février 2013

Temps des jours

"Au fond, je ne suis qu'une série de vagues successives mais indépendantes les unes des autres, tantôt pacifiques et tantôt démontées. C'est pourquoi tout projet est appelé à fuir à la surface même de moi, parce que je suis incapable de pénétrer à l'intérieur."                                 
- Victor-Lévy Beaulieu

Les mots passent comme la neige ce matin qui frôlent les lambeaux de l'aube. Les phrases créent le jour dans lequel l'on se lasse ou se lance. Cette valeur de l'instant lorsqu'on se rend compte que l'on s'accorde un peu de temps.

mercredi 13 février 2013

Polyphonie

Ce qu'il y a d'absolument extraordinaire lorsqu'on lit le meilleur de Victor-Lévy Beaulieu, c'est qu'en plus de bénéficier des mots d'un ultime homme de lettres, c'est-à-dire d'un écrivain pénétrant doublé d'un lecteur inouï, on ne lit pas un mais une multitude de romans à la fois, l'histoire se déclinant en une pluralité de voix dialoguant dans la vivifiante vérité, respectant les partitions de l'autre et s'harmonisant au bon moment pour créer une totalisante polyphonie universelle.

lundi 11 février 2013

Avant l'aube

Parce qu'absolument incapable de dormir, je lis ce long rêve. Aux lueurs des chandelles s'amenuise et s'étiole dans la nuit tout le monde autour. Dans Monsieur Melville, de minuscules caractères déploient une extraordinaire immensité (Hénaurmes lettres lorsque mots sont titans!), VLB délire et délivre les secrets noyés des océans de Melville qui ne lutta contre aucune baleine parce qu'engouffré dans une. On est tous à un moment ou l'autre avalé dans la panse d'une baleine. (Surtout dans l'insomnie)

vendredi 8 février 2013

variation sur un même thème

"Le désir non comblé mais cherchant à l'être est une force vivifiante. Le désir satisfait n'est plus rien puisque rien ne saurait jamais se voir fixé et puisqu'il est dans le commun des choses que tout ne fasse que se laisser détruire, entraînant n'importe quelle création dans son sillage."
- Victor-Lévy Beaulieu

mardi 5 février 2013

les bruits blancs

Les bruits blancs naissent dans les premiers fuseaux du jour, aux abords du précipice mat où l'on se perd. On les étouffe avec l'insuffisance des mots, avec leurs prolongements du passé au présent, qui vont jusqu'au futur comme les fossiles réincarnés des émotions d'alors. Les mots pris dans les pluriels multiples. Cette lutte entre les bruits blancs et les assises de l'inachèvement.

Prudence

"À force de vivre avec l'autre, dans le monde des mots de l'autre, on en oublie sa puissance, on la fait devenir quotidienne, on la désamorce en quelque sorte, on y tue toute la beauté qu'on y avait vu et de laquelle on se nourrissait. Ce qui guette le livre à faire, c'est l'épuisement des images qui vous sont venues de lui, qui se sont inscrites en vous à un point tel que vous finissez par les faire vôtres, sans aucune réciprocité."
                                                                                            - Victor-Lévy Beaulieu