mercredi 31 mai 2017

L'heure bleue

Pour les photographes, l'heure bleue est ce moment de la journée assez bref entre le jour et la nuit, le laps de temps entre le moment où le soleil s'est couché et que la nuit n'est pas encore tombée, comme si celle-ci bordait le jour par l'embrasure de la porte de la chambre sans y rentrer. En d'autres mots, c'est le crépuscule ou la brunante, peu importe, la métaphore l'emporte sur le mot dans ce cas. Et c'est valable également pour l'aube, mais comme tout le monde dort, quasiment tout le monde devrais-je dire, personne n'y porte vraiment attention. Toujours est-il que pendant l'heure bleue, c'est l'atmosphère qui se charge de diffuser la lumière du soleil, celui-ci somnole, donc il n'a cure de continuer son travail pourtant presque infini. Presque, parce que, comme toute chose, même le soleil mourra éventuellement. L'on dit que pendant l'heure bleue, le temps se fige, le calme domine, le bleu devient plus sombre que d'habitude, et partout autour ses reflets se déclinent en une palette de bleus pâles touchant presque qu'au sublime. Mais je ne pense pas voir l'heure bleue aujourd'hui parce que je surveille pendant huit interminables heures des étudiants en train de réussir ou d'échouer leur session. Si je pense à l'heure bleue, c'est parce que le hasard, dans son auguste magnanimité, a décidé de me condamner dans un local - toujours sans fenêtres, faut pas se leurrer - aux murs bleus au lieu du crisse de beige habituel. Une fanfare célébrant ce renouveau aura joué dans ma tête pendant au moins un gros trois secondes. Pour donner l'impression que l'illustre tâche de surveiller ces tâcherons est d'une importance capitale sous la tutelle de la plus glorieuse éthique, je me promène dans la classe à travers les pupitres pour m'assurer que tout se passe dans les règles du non-art, c'est-à-dire celui de rédiger une laxative dissertation sans contrevenir à la nécessaire morale anti-plagiaire. Tout se passe très bien, leur concentration est telle qu'elle gomme leur audace à se risquer à tricher. Donc rien n'attire mon attention un peu engourdie jusqu'à ce que je tombe sur un pupitre vide sur lequel est gravé le prénom "Macha", un des nombreux diminutifs du prénom russe Maria. Spassiba Dostoïevski! Je m'arrête, regarde lentement les lettres. C'est grossier, gravé avec la pointe d'un compas probablement (sinon quoi?). Mais les fissures sont assez profondes quand même et je ne peux m'empêcher de voir que ce petit acte de vandalisme inoffensif résulte d'une solide adéquation d'ennui et de volonté. L'étudiant qui a fait ça témoigne de son ennui avec une détermination peu commune, il n'a clairement pas fait ça d'un seul trait, donc c'est devenu quelque chose d'important pour lui, il a voulu, de cours en cours, s'asseoir systématiquement à la même place pour continuer son ouvrage dont la réalisation s'est probablement échelonnée à moyen terme, comportement obsessif s'il en est un ; rendu là, ce n'est plus du vandalisme, c'est la marque maladroite de quelqu'un qui détruit (ou altère) pour créer. Macha. Les prénoms féminins qui n'ont que des "a" comme voyelle sont magiques. Macha comme la cousine à Vasily rencontrée au Café de la Mairie à Paris il y a de cela trois ans alors qu'on enfilait des quilles à l'aveugle entre amis. Un café à un jet de pierre du Panthéon où repose trâlée de poètes immortels, misère et corde. J'étais avec deux tops du vin, donc je me suis fermé la gueule pour pas avoir l'air idiot et pourtant j'avais misé juste sur la première bouteille. Une grosse syrah sale et poivrée bien tannique et enivrante à souhait. Macha était là, Vasily nous avait dit à mon pote et à moi qu'il n'avait pas vu sa cousine depuis un bon bout de temps et que, dans son souvenir, elle était un peu immature. Nous, mi-trentenaires, nous attendions à rencontrer une post-adolescente trippant sur les mangas russes (c'est un oxymore) ou écoutant de la pop asiatique de bouette (c'est un pléonasme). Le préjugé n'aura pas duré une minute, moins de temps qu'entre l'heure et l'heure bleue. En fait, ce n'était même pas un préjugé, c'était un prjug ; onomatopée d'ébahissement devant un des avatars les plus accomplis de Vénus. Macha dont les yeux bleus et les cheveux blond vénitien aussi purs que blé au vent illuminent toujours des images bien précises. Une Russe partie étudier la neuropsychothérapie (what the?) en Australie, en visite à Paris pour un colloque, belle brillante et complètement sympathique, - plus tard dans la soirée, elle me lira du Gogol en russe, je ne comprendrai rien, mais elle le fera pareil - souriante, curieuse et apprenant sur le vif nos trois français : un avec un accent russe, un avec un accent français et un avec un accent québécois, mal et diction. Dire qu'on a failli se taper le Louvre ensemble elle et moi le lendemain (je place les musées parmi les endroits les plus romantiques qui soient). Fidélité, quand tu nous tiens. Je nous aurais vus avoir le musée à nous deux, que ce soit dans l'aile des stèles étrusques, ou sous les toiles sombres de Delacroix, ou sous les clairs-obscurs d'un Vermeer à la recherche de l'ultime lumière, ou sous les plafonds illustres de la Renaissance, on aurait fait la bête à deux dos comme personnes. Une chose est sûre c'est que les toiles et les statues auraient pris vie à nous regarder et auraient été envieuses de nos abandons communs, de nos fièvres faisant suer peinture et vernis, car même si ces oeuvres sont immortelles, elles restent figées, chose que nous n'aurions jamais été Macha et moi. Fantasme, quand tu nous libères. Je sors de ma brève rêverie et reviens à l'ensemble de la classe. Pendant les huit heures que dureront cette journée, je repasserai plusieurs fois devant de pupitre, le touchant presque à chaque fois, comme tentant de protéger quelque chose qui n'est connu que de moi, qui n'appartient qu'à moi, des images précises situées juste là, dans un prénom gravé sur un pupitre, entre le passé et le présent, dans une heure bleue qui n'en est pas vraiment une, mais qui au fond n'est que ça, parce que l'heure bleue existe aussi pour la pensée.

lundi 29 mai 2017

Un monstre chuchote derrière moi, siffle entre ses lèvres. Je sens venir la violence d'une vie dans l'herbe fraîche. Mais toute violence a une fin. Fracas sauvage de l'aube. Sol et murs de pluie verte. Les mâchoires de la rosée embrassent la nuque, la pierre perce la dépouille, le front éteint. La mémoire s'enracine dans l'argile incertaine. Comme des pantins disloqués, les pensées sont fatiguées de danser tout croche et pour rien dans l'indifférence nue.

dimanche 28 mai 2017


pu de correction
la Neuvième de Beethov
de gloire et de joie


vendredi 26 mai 2017

Dans l'écoute du silence, n'entendre que le bruit que fait l'écoute du silence. Le souffle des bruits blancs survolant le spectre chromatique du son. L'agonie muette de minutes fusillées. Un vide murmurant les muses essaimées ; fugitives autour du temps vertical, en périphérie de l'origine, au-delà de la naissance. Les rangs sans retard se rompent. L'on conserve les armes pour mieux refuser le combat. Se détourne le visage des ronces, la désertion comme plus bel échec. Dans la noblesse de l'inaction passionnée, il faut désapprendre le tourment de l'homme libre.

dimanche 21 mai 2017

débouler par en haut

ai passé le temps avec le vent l'aut'soir surchargé de parfums et de promesses il était à me raconter ses fantômes déguisés en nuit noire entrailles aux couleurs d'ébène concentrée de lumière bleue il fendait le ciel impunément inconstant tout en transport à désaccorder le soir dors dans mon sang va-t'en mais reste encore qui chantait l'autre dans son spleen par-dessus les fantômes tout plein de beauté c'était cet hymne pour cette nuit unique il nous faut regarder avec courage dans le coeur de la beauté et tenir entre la main et ce coeur une vérité brûlante éclats de verre saturés de chaleur pendant que les miroirs agonisent suturer encore et toujours les plaies des langueurs perfides les fissures dans la peau du souvenir en attendant que se dépose complètement immobile l'insomnie sédiments de poussière sur le sommeil une quiétude impossible... relents des discussions avec l'ami là-bas au loin à six heures plus tard d'ici un peu en avance sur notre temps il est l'ami à philosopher dans ses vignes et ses friches et moi ici en retard à déchiffrer mes échecs mes ivresses mes progrès et mes vices à voir dans les sèves bues de nouveaux puits et à accueillir tous ces colporteurs d'infini pendant les trois dernières années avec l'autre cette l'impression de n'être qu'un fantôme que le reflet d'une idylle pâlissant avec l'aube et c'est la même chose encore aujourd'hui seulement je n'ai plus personne à hanter mais pas grave je ne souffre pas la honte du mensonge seulement la liberté du vrai je survivrai aux sentences aux jugements des autres je continuerai l'écoute du silence à des vies de distance à caresser les muses à défier les augures à amener la gloire encore inlassablement il n'est de prophète que nous bâtards d'amours avortés dans lesquels nous ne tomberons plus

mercredi 17 mai 2017

Nul ne lui [l'artiste point vaniteux] est comparable dans les nuances de l'automne avancé, dans la félicité indescriptible d'une ultime et toute fugitive jouissance; il sait une résonance particulière à l'intime étrangeté des minuits de l'âme, où cause et effet paraissent se disjoindre alors qu'à tout instant quelque chose peut naître "du néant": plus heureusement que tout autre il puise à la source souterraine de la félicité humaine et pour ainsi dire à la coupe vidée de cette félicité où les gouttes les plus âpres et les plus amères finissent par se mêler aux plus douces; il connaît cette lassitude de l'âme qui se traîne et ne sait plus bondir ni voler, ni même marcher : il a le regard effarouché de la douleur cachée, de la compréhension inconsolable, de la séparation inavouée; oui, en tant que l'Orphée de toute secrète détresse, il est plus grand qu'aucun autre et, d'une manière générale, il a enrichi l'art de maintes choses qui jusqu'alors paraissaient inexprimables et même indignes de l'art, de celles que la parole ne pouvait éluder - réalités demeurées insaisissables, infimes et microscopiques de l'âme : en effet, il est le maître des réalités infimes.

- Nietzsche, Le Gai Savoir

dimanche 14 mai 2017


l'aube entamée dans la plaie
vivent les lumineux reliefs de l'onde
sa chevelure dans le vent défait
sur son visage le refuge de l'ombre

samedi 13 mai 2017

Le long du chemin pavé de nos étreintes, des rêves déchiquetés gisent. Enlacés, tout ce temps plongés dans l'âme du silence, nos corps perdus à rapprocher les astres, à cueillir les murmures, à sceller les éclairs hésitants, et sans relâche, continuer d'assembler le ciel. Nos lèvres jointes sur la blessure du bruit. Nous nous sommes retrouvés sur le mauvais versant du feu.

jeudi 11 mai 2017

Martèle dans l'aube sans origine, littoral flou entre la nuit et le jour, le chant criard plein d'étincelles d'un oiseau, un seul, qui est là sur une branche parmi mille et qui vit. Et moi aussi dans le monde endormi je suis fin seul aux confins des autres, banni, en exil sur une terre de manchots, toutes mains refusées, tout élan aboli. Le vent suffoque et les heures molles dégoulinent leur plomb sur le bras du temps.

mardi 9 mai 2017

errances en détours dans les avenues autant mentales que physiques à fouler des pieds la cendre invisible du jour à s'isoler des bruits de la ville autour en écoutant les chants superbes de la toxique sirène have to touch myself to pretend you're there coquine coquine coquine Lana puissant cristal érotique conjoncture de fantasmes de parfums et de lumières her voice is sex it is not sexy it's sex Éros sublime souffles lascifs et malgré l'absence même si elle n'est pas là oser croire que nos soupirs s'embrassent fusionnent fondent et forment une lave qui n'appartient qu'au temps en train de relire les Illuminations du plus précoce génie sorte de retour aux sources aux racines aux souches en ce qui me concerne la révolte et l'amour comme troncs indélogeables inabattables en le parcours défriché à regret parfois de ma conscience mais il reste du pas tuable en soi faut croire une volonté qui pousse à hurler aux arbres ces si fidèles oreilles ces si augustes complices tous les secrets de l'encre à tutoyer les astres en dansant avec candeur dans un crépuscule sans fin dans une ronde de cercles imparfaits où les points de fuite ont quitté leur centre infini les satellites se désorientent les révolutions se désaxent les grands vents dominent et soufflent sur les poussières de l'aile de l'instant ce papillon ce maître de la métamorphose cette nymphe de tempête leur chaude indifférence je est un autre tu est un autre nous ne sommes qu'autres malgré nos noms sur nos lèvres comme ultimes prières qui ne sauraient sauver tous ceux coupables d'avoir un peu trop aimé

dimanche 7 mai 2017


dimanche matin
être en manque de grandiose
chercher l'absolu


Le jour est tombé sans que je m'en aperçoive parce que ça fait des jours qu'il pleut. Nuit et jour n'ont plus d'importance, le passage des lourds nuages rythment le temps et le spleen. Et s'épuisent les relents de l'absinthe, les ivresses passées se distillent en amertume. Rien faire, tout arrêter, de penser surtout (im-pos-si-ble). To tame all the scorpions in the mind with greater tragedies. Going back to the Bard. Relire Othello. Qui aurait dû s'appeler Iago en fait tellement c'est lui, the greatest villain ever, qui tire toute les ficelles, qui prend dans sa toile toutes les mouches inutiles que sont les autres. (Les émotions s'entremêlent, se conjuguent et tissent de biens étranges fils...) Si cruel et vil et en même temps d'une intelligence si implacable. La scène 3 de l'acte 3 est absolument monumentale, une dissertation experte sur le pouvoir terrifiant de la suggestion. Ce qu'une idée qui germe dans l'esprit peut faire comme dommage... Iago est détestable en tout et pourtant, la moitié de ses répliques sont de pénétrantes vérités. Et ses derniers mots sont d'une force : "Demand me nothing, what you know, you know ; / From this time forth, I never will speak word." L'empire de qui décide de se taire. Une araignée, une tarentule bien venimeuse devrait porter son nom, et pourtant

Virtue? A fig! 'Tis in ourselves that we are thus, or thus : our bodies are gardens, to the which our wills are gardeners, so that if we will plant nettles, or sow lettuce, set hyssop, and weed up thyme ; supply it with one gender of herbs, or distract it with many ; either have it sterile with idleness, or manur'd with industry, why, the power and corrigible authority of this lies in our wills. If the balance of our lives had not one scale of reason, to poise another of sensuality, the blood and baseness of our nature would conduct us to most preposterous conclusions. But we have reason to cool our raging motions, our carnal stings, our unbitted lusts : whereof I take this, that you call love, to be a sect or scion.

vendredi 5 mai 2017

I know I am deathless,
I know the orbit of mine cannot be swept by a carpenter's
      compass,
I know I shall not pass like a child's carlacue cut with a
      burnt stick at night.

I know I am august,
I do not trouble my spirit to vindicate itself or be understood,
I see that the elementary laws never apologize,
I reckon I behave no prouder than the level I plant my
      house by after all.

I exist I as am, that is enough,
If no other in the world be aware I sit content,
And if each and all be aware I sit content.

One world is aware, and by far the largest to me, and that is 
      myself,
And whether I come to my own today or in ten thousand or
      ten millions years,
I can cheerfully take it now, or with equal cheerfulness I
      can wait.

My foothold is tenoned and mortised in granite,
I laugh at what you call dissolution,
And I know the amplitude of time.

I am the poet of the body,
And I and the poet of the soul.


- Walt Whitman, Leaves of grass 

mardi 2 mai 2017

poésies en Escalier (on s'amuse)


Aphorisme - J'ai juste envie de fourrer la femme sur du Lana Del Rey.

***

des statues de perles immobiles dans le vent
un jet de lumière sur les révoltes assises
faux-semblant hypocrite que la pluie épuise
où tarde à s'ouvrir un crépuscule latent

l'effort vain de tailler de nouvelles sculptures
alors que survient la sécheresse des pintes
chercher dans le néant à fleurer les absinthes
où bourgeonnent patientes mes nobles luxures

prendre son coeur vif et l'étendre sur la table
je construis les azurs repoussant l'ineffable
et détruis le silence à grands coups de courage

à dresser devant soi les murailles obstinées
s'arrêter un instant, anticiper l'orage
et attendre les yeux purs dans lesquels plonger

***

écrire un sonnet
avec l'ami, en le lieu
le jour a un sens


lundi 1 mai 2017

exercice de style - sonnet

un solstice de soufre en son midi éteint
dissimule en son sein les désirs surannés
la lente agonie des chimères refoulées
souffle la naissance des spectres de demain

rêve aboli de force, muse délétère
un nouvel opium aux arômes de safran
qui gémit dans les spasmes du jour haletant
et vit dans le trouble d'un indicible éther

le temps s'étiole au rythme d'hésitants soupirs
éclairs avortés en attendant le délire
et si tout ça n'était qu'un superbe prélude

les harmonies succèdent au calme désarroi
le puissant théorème d'une longue étude
s'extirper des méandres infinis de l'effroi

jeudi 27 avril 2017

mardi

Murs beiges-gris-plate de la classe et le temps dehors non moins gris-plate. Étudiants endormis sur le bord de se faire réveiller en crisse parce que gros, très gros cours aujourd'hui, celui qui sépare les allumés des éteints, ceux qui embarquent de ceux qui restent sur le quai de la passivité. To be or not to be. Être ou ne pas être. La traduction est incomplète en ce sens où, dans la langue anglaise de l'époque, Be veut autant dire être que faire. Il faut faire pour être, comme il faut être pour faire. Même si les deux notions sont très proches, la traduction française n'a pas le luxe de la polysémie. Évidemment, tout le monde connait la célébrissime réplique d'Hamlet, mais personne connait la suite de la tirade, là où il tente de répondre à la fameuse question, c'est donc là-dessus que s'attèlent les étudiants ce matin, à grands coups d'incompréhension que je dissiperai pendant une heure et demie aujourd'hui et une autre heure et demie vendredi. Je peux presque entendre les ondes de leurs synapses sollicitées, le travail de l'intellect, comme jamais. "Monsieur, deux cours sur un soliloque, c'est pas un peu exagéré? - Sachant que ça fait plus de 400 ans que ce soliloque défie et mystifie les lecteurs qui veulent bien s'y frotter, non, deux cours, ce n'est pas exagéré." Personne s'est obstinée. Après une grosse demi-heure laissés à eux-mêmes, ils sont, pour la plupart, dans le flou, donc je rectifie le tir. Voir les yeux de Justin s'écarquiller alors qu'il vient de comprendre, c'est pour ça que je fais ce que je fais, que je suis ce que je suis. Il vient de comprendre que Shakespeare n'a rien de ringard, rien de daté ; il vient de comprendre les notions d'intemporel et d'universel, il vient de comprendre quelque chose d'énorme, il a une prise de conscience. Son visage change. Ses muscles se relâchent. À la crispation de l'incompréhension succède le relâchement de l'illumination. On pourrait presque voir une sorte de maturité naître, en direct. Une sorte d'épiphanie. Juste ça aurait plus que fait ma journée. Ils seront une dizaine à avoir cette réaction.

Plus tard en après-midi, les murs sombres du Musée des beaux-arts remplacent les murs beiges-gris-plate de la classe. Mais ils ne sont pas sombres longtemps ; pendant deux heures, je déambule dans les différentes salles où est consacrée une exposition à Marc Chagall. Maelström, explosion, symphonie de couleurs, que d'expressions galvaudées qui ne rendront jamais hommage à ce que je suis en train de voir. Pas de regarder, de voir. Je prends littéralement dans la gueule, à bout portant, une trâlée de salves de canons à couleurs. Chagall se réinvente à chaque oeuvre et on reconnait sa signature, le verbe de ses couleurs, à chaque fois. Après une heure, les élèves en visite qui me tapaient sur le gros nerf solide n'existent plus, je ne vois que de la créativité humaine à la puissance mille, toutes les oeuvres bougent : mouvement dans l'immobilité, y'a quelque chose qui vit dans ses oeuvres. Je dois m'arrêter à quelques reprises, respirer, réaliser, j'hallucine. J'interpelle deux dames qui partagent mon émotion et mon enthousiasme. Je leur dis que je n'en reviens juste pas. Je suis presque étourdi, à deux doigts du syndrome de Stendhal. 

Parce que toutes ces belles émotions m'ont donné soif, je pars rejoindre les chevaliers pour notre rendez-vous hebdomadaire, en notre lieu, à notre table. Ç'aurait pu s'arrêter là, mais non. On parle voyages, littérature, poésie, arts et vie, Dionysos, Bacchus et Vénus, Kundera, Whitman, Dostoïevski, Nietzsche. Encore. On parle du silence comme contrepoint de la vérité. De l'amour à un sens, comme dirait Nietzsche : "Et si je t'aime, est-ce que ça te regarde?" Les pintes d'entrechoquent, les poings s'abattent sur la table. C'est pas de la colère, c'est de l'énergie. Et on en a inépuisable en nos verres, nos têtes et nos coeurs, inassoiffable en nos gosiers, nos rêves et nos vers. Rien ne nous arrête, on passe d'une montagne à l'autre sans les escalader, mais plutôt en sautant d'un sommet à l'autre. Entre deux transports, je regarde pour la ixième fois si des billets pour Bonobo se sont libérés. C'est sold-out depuis trop longtemps, j'ai tardé à me décider. Surprise : je parviens à me trouver un billet. J'irai en solo, par soir pluvieux, dans un Métropolis plein à craquer écouter le surdoué. Auditoire en sueur tout autour que je ne sens pas tellement je suis creusé en mon menhir. Quatuor à cordes, section cuivre, guitare, drum - le drummer est une ostie de machine, une gorgone ; le regarder trop longtemps, c'est l'hypnose assurée - chanteuse au soul impossible, Bonobo au centre avec ses claviers et sa basse issue directe de l'ombre, toute pleine d'échardes de lumière. Presque deux heures de musique qui domptent et soumettent totalement le corps. Faut danser disait l'autre. Ainsi soit-il. Et ce faisant, l'oubli devient si simple et si beau. Et ce faisant, la catharsis, toujours trop sous-estimée, s'opère et évolue comme la lente mue régénératrice d'un puissant serpent qui avance, inlassablement, dans cette nuit qui n'appartient qu'à lui.

dimanche 23 avril 2017

Cirer ses bottes. Le noir brille. Le parfum empyreumatique de la cire. Proche du vinyle, du goudron. Coups de brosse sur le cuir qui s'assouplit. Embaumer sa barbe des reflets soyeux d'une odeur sapinée... Grande marche au parc. Bonobo et rien d'autre. Dehors une superbe solaire. Puis une discussion avec l'ami français. Six heures de décalage. Six heures de temps. Notre heure n'est pas la même. Notre temps est différent. Mais nous sommes là. Sur la même onde. Avec les mêmes doutes, avec le même espoir... En face, un couple. Deux humains et deux cellulaires. Comment ne pas les plaindre. Être désolé. Un peu... Retour à Whitman et Nietzsche. Des feuilles d'herbe pis du gai savoir. Que de la force... Personne ne regarde les arbres autour. Érables et chênes. Solitudes centenaires... Voir la mort passer au loin. Inoffensive. Pour l'instant... Tabac sombre du cigare. Parfum de copeaux de bois calcinés. Vernis nature de plantes exotiques. Fragilité de la cendre sous l'implacabilité de la flamme. L'oxygène crée le feu. Paradoxe de la vie quotidienne... Boire un superbe vin d'Alsace. Pas juste une coupe. La quille au grand complet. Parfums de fleurs inconnues. De fruits à cueillir et goûter. Flirter avec Marie-Jeanne. Écouter ses errances, accepter ses névroses. Défaire un foulard absent pour fleurer une nuque invisible. Savoir que les fauves du désir seront relâchés dans le rêve pour mieux s'incarner auprès de l'inaccessible, dans le néant. Dans un champ de stèles érigées en mémoire de rien... Trouver dans chaque geste, dans chaque moment de la solitude un vouloir-vivre. Une exaltation. Une extraordinaire liberté. 

vendredi 21 avril 2017

un retardataire


constat de l'échec
une larme sur l'ardoise
la pierre prend vie


mardi 18 avril 2017

haïkus d'Escalier (suite)


deux lignes défaites
l'arbre danse dans le vent
la fraîcheur de l'ombre
     _____

regard silencieux
elle s'est vue dans mes yeux
reflet inversé
     _____

une beauté trouble
patienter devant l'énigme
espérer un cri
     _____

Miron, Whitman, Nietzsche
les murs tapissés de morts
des vers éternels
     _____

le verbe et l'énigme
lignes parallèles qui
se touchent quand même
     _____

amène la gloire!
les autres sont des enflures
amène la gloire!
     _____

ma main maladroite
devant de possibles adieux
confort de l'étreinte
     _____

avant leur départ
les déesses trébuchent et
soufflent la chandelle
     _____

l'avalanche tombe
crépuscule des idoles
je n'ai pas de fin
     _____

un sommeil sans rêve
est à prévoir pour celui
déserté d'espoir
     _____

attendre le coup
imparable, dans la plaie,
sans pouvoir agir
     _____

et viendra la crise
dans la nouvelle saison
des larmes et des fleurs
     _____

gaspiller le temps
à déconstruire l'amour
encore et encore
     _____

car c'est bien plus beau,
le soleil brille dans l'encre,
quand c'est inutile

mardi 11 avril 2017

Nietzsche, dithyrambe de la solitude pure
Comment devenir ce que l'on est
du désarroi et de la souffrance finit
par renaître la volonté
Walt Whitman, ultimate lover of life
dans ta superbe ta démesure
- échos d'Arcade fire tantôt dans le Parc La Fontaine
And I search for you in every passing car
dans tous les visages inconnus
que des fantômes en mal d'humains à hanter
Gogol, t'avais raison su' quasiment toute -
Kerouac, natural born freeman
Freud, Proust et James fuckin Joyce
tous ces livres sur ma table, my soul's trap
en attendant d'aller voir Hamlet
- le soleil vient de finir de faire son agace
il vente à ébranler les chênes
il vente à briser les chaînes
la poésie définit le monde
qui ne peut qu'être orage ce soir
évidemment -
lire, tout lire
pour pallier à l'impossibilité de tout écrire
je veux que mes yeux brûlent d'avoir trop bu d'encre

samedi 8 avril 2017

"En réalité, on n'a perçu, de la symphonie du devenir universel, que la partie chantée par la civilisation, mais on est resté sourd à la mélodie des instincts, malgré son intensité primitive."
- Sigmund Freud

vendredi 7 avril 2017

tout Nils Frahm depuis l'aube
tous les haïkus de Jack murmurés
comme de petits mantras
yerba mate très amer - on corrigera plus tard -
dehors le bruit sourd de la brume
dehors le printemps se prend pour l'automne
un autre calepin de terminé
un autre pan de vie que je range
avec une sorte d'indifférence calme
dans ma bibliothèque
                                         à l'abri

mardi 4 avril 2017

haïkus d'Escalier


Portishead ce soir
des souvenirs plein la tête
routes accidentées 
     _____

les muses se moquent
entouré d'indifférence
par-delà l'orage
     _____

one more dreamless night
'tis strange, nothing to repress
but all to express
     _____

s'obstiner à voir
dans l'illusion de l'éclipse
juste un peu de temps

jeudi 30 mars 2017

Six heures de surveillance à temps double;
(quelle drôle d'expression "temps double"...)
fin du rush de lecture avant le rush de correction 
En une semaine, - namedropping éhonté - Normand Lalonde, 
Anne Hébert, Serge Bouchard, Milan Kundera, 
Christian Bobin et Jack Kerouac pour finir le tout - Uncollected poems.

(- Qu'est-ce que tu lis ces temps-ci?
 - Je n'ai pas le temps de lire...
 - Je te plains, je vais lire pour toi dans ce cas.
 - C'est ce que tu fais depuis des années.
Je ne sais pas si c'est un compliment, mais ça m'a touché.)

Devant moi 28 étudiants qui ne sont pas les miens;
vite comme ça, au moins quinze nationalités différentes :
a great deal of the world in a classroom.
Je peux presque les entendre souffrir, 
penchés sur La Ferme des animaux
à triturer écrire raturer effacer gratter la feuille et réécrire;
avant de réfléchir et il faut apprendre à réfléchir.
Si ce n'était des petits bruits insignifiants 
- touches de mon clavier,
crissements des feuilles manipulées, 
le toc des effaces échappées sur les pupitres,
effritements du plomb des crayons, 
vifs déplacements des chaises sous l'inconfort de la tâche 
et le drone incessant de la fan dans la classe - 
on pourrait presque croire au silence.
29 personnes ensemble qui ne disent mot, ça reste rare.

Plus tard ce soir, de trois départs un retour;
l'ami s'en revient, auréolé d'Asie du Sud-Est, 
et on refera le monde avec Bacchus, encore une fois.
Pour un instant, il tuera la solitude.
Where I can find my soul?
In solitude said my friend, in solitude.
Yes. I have found my soul in solitude.
(J'ignore si j'ai trouvé mon âme, mais avec la solitude, 
j'ai trouvé - un peu, c'est un work in progress - qui je suis.
Est-ce que c'est ça, Ti-Jean, l'âme?)
Peut-être qu'on concrétisera le projet d'aller, cet été,
à Lowell et à Camden pour rendre hommage aux deux monstres
et écouter leur silence, eux qui ont chanté toute leur vie.

Et si écrire était une sorte de silence?
Nos pensées ne font du bruit que pour nous. 
C'est Normand Lalonde qui disait :
RECETTE POUR RÉUSSIR UN POÈME. Choisir un bloc de silence bien lisse. En retirer tout l'inutile. Admirer le résultat.
Peut-on le contredire? Je ne crois pas.

Et si lire était une sorte de silence?
Les mots des autres ne font du bruit que si nous les laissons faire.
Je n'entends rien quand je lis,
je n'entends que moi, en train de lire, en silence;
et le bruit des pages tournées n'est qu'un faible halo éphémère,
une goutte de temps qui s'évanouit aussitôt.

Le silence est la disparition qui précède l'apparition de son contraire.
(Je me souviens du silence qui suivit la disparition des pas, 
le claquement de la porte refermée derrière la fugitive, 
et pour ne pas souffrir ce silence, 
on le remplit avec ce qui traîne autour;
la musique, le coeur accroché au mur, 
l'inévitable évanescence des parfums, 
les ombres délétères des souvenirs, 
nos empreintes dans le sablier fracassé au sol
le sang sur les éclats de verre du temps)
Si envahissant pourtant si facile à briser,
il est l'arme suprême des fantômes.

I don't need new ghosts
my mind is already haunted
in the starless night

Et le silence est encore plus impitoyable,
lorsque nous en sommes l'esclave,
dans l'attente qu'il soit brisé par l'Autre.
On lui donne mille formes et raisons; 
il est la somme de toutes les illusions.
Ou si c'était beaucoup plus simple;
si le silence n'était en fait, pour paraphraser Bobin,
que le cri ultime des amoureuses?

mercredi 29 mars 2017

haïkus de réunion plate


légère la bruine
transperce nos murs nos êtres
les armures rouillent
     _____

l'écume des corps
naît dans la fonte des glaces
j'attends la noyade
     _____

le silence meurt
une tempête s'en vient
j'ouvrirai ma porte
     _____

l'ombre de tes cils
ces diamants indélébiles
dans le sein des mots

dimanche 26 mars 2017

Dimanche après-midi sur Masson. Dans la vitrine d'une librairie d'occasion, un livre de Christian Bobin. Pas le plus grand fan - quoiqu'il ait marqué quelque chose de plutôt important dans mon passé lointain comme récent -, mais j'en connais une et le titre me plaît : L'inespérée. Je rentre, prends le livre et lis le quatrième de couverture. Même pas au complet puisque dès la première phrase, toute simple, ma curiosité est piquée : Je suis fou de pureté. J'achète le bouquin sans plus tarder, il ira sur ma pile de lectures de la semaine. Je ressors dehors. Il fait soleil mais le vent est glacial. Le soupir d'un hiver qui refuse de mourir. Je poursuis ma marche... Le jour m'a fait un clin d'oeil complice. J'ai pas pu ne pas sourire, une image bien précise en tête.

"Nous sommes le chemin que nous parcourons. Nous possédons le terrain que nous avons gagné ensemble. L'humanisme n'exclut pas la bataille, l'éducation ne nous dispense pas de l'engagement d'être humains. Les diplômes ne font pas de la magie. D'ailleurs, rien n'est pire qu'un crétin diplômé d'une grande école. Car, à la fin des cours, envers l'absurdité et contre la bêtise, il faut malgré tout créer, aimer, endurer, sourire à la vie, et si possible apprendre à sourire à la mort, aussi. Nous sommes des combattants, il faut affronter le désespoir de toutes les causes. En cela, point de passe-droit."

- Serge Bouchard, Les yeux tristes de mon camion

vendredi 24 mars 2017

regarder la neige
fondre à vue d'oeil comme tout
le reste du jour
     _____

L'hiver s'est terminé en cul-de-sac. Et de sacres. Je ramasse mes miettes et me rapièce. Écrire, c'est mettre du vide sur du blanc, superposer des couches de non-dits, surexposer le néant. Pour noircir du papier, rien n'égale le feu. Le printemps naît dans la brume. Dans un rythme gris puis glacial puis lourd de neige suicidée. Avalanche et déferlement de distorsions métalliques. All we love we leave behind de Converge joue trop fort et déchire absolument tout sur son passage dans mes oreilles et ma tête déjà fendues. Blessures neuves, presque saines. La catharsis s'opère, évolue. Patiente. En arrière-fond, le métro gronde creux lourd et rapide et m'avale dans les artères souterraines de la ville. Je passe sous les murs. Je cherche la beauté enfouie là où elle n'est pas supposée être. Les tensions se relâchent dans le confort du labyrinthe, dans l'absolu de l'errance. Sentiment d'avoir été creusé par un fjord... Je continue, obstinément, de construire qui je suis.

mercredi 15 mars 2017

and suddenly I
had the crazy thought
I was the drug
     _____

la neige est si lente
si légère qu'elle semble
avoir plusieurs vies
     _____

but my mind is on
one chair not the fog of two
I sit still, unbent
     _____

les nuages divaguent
comatosent pendant que
les fenêtres crient
     _____

will I ever learn
to tame the will? boring...
life'd be so boring
     _____

et les murs muets
s'érigent entre nos lettres
nos deux solitudes

fait que fallait qu'on se parle par un soir de tempête
câlisse
c'était comme si la nature se pliait à nos désirs... 

besoin de démesure 
                                    maintenant
de chaos grandissant pendant que le jour fait peau neuve
la Quatrième de Chostakovitch? 
la Cinquième de Bruckner? 
(celle-ci viendra apaiser le drame que procure la première) 
puis quoi encore? 
la pluie de météores des haïkus de Kerouac? 
le Lear de Shakespeare? 
l'Ulysses de Joyce? 
ou juste toi et moi défiant les plus grands augures?

- Her eyes a blazing orb
in the deep soulcore
of a snowstormday -

Puis le silence des mots tus
écho de l'insomnie récente
le temps est en retard aujourd'hui
pourtant ses cendres neigeuses dansent
et se rient de nous

(King Lear, Act III, scene IV
extraordinaire désintégration
puis reconstruction mentale
de celui qui était tout et qui a tout perdu
pour mieux trouver son humanité
- défaire le pouvoir pour libérer la volonté -
parce que les masques tombent
parce que les esprits s'éclaircissent
dans la confusion de l'orage)

- On relâche les 
noirs fantômes malgré soi,
résonne le vide -

***

Ça faisait un estie de bail que blanc dehors blanc de la page bientôt pu blanche pantoute blanc des murs blanc de nacre Ô mon crâne étoile de nacre qui s'étiole blanc de la révolte latente qui ne peut qu'aller au noir blanc léviathan de l'adéquation de toutes les couleurs blanc de l'oeil strié de veines d'arborescents capillaires sanguins tes paupières se referment tu éteins l'octobre sombre et superbe de tes yeux mes lèvres sur celles-ci closes tes cils se mêlent à ma barbe et forment le noeud coulant de mon trouble mais l'incandescence va au-delà du souffle étouffé le temps s'est enfargé dans nous hier et peine à nous rattraper parfums de notre première forêt lumière bleutée et glacée d'un soir d'août on mourrait de froid et on a fait du feu avec rien sinon toi et moi amadou d'âmes impossibles échardes sous les ongles de nos mains jointes sur la table de nos retrouvailles my soul's trap parfum végétal comme feuilles de thé oolong de ton être à fleur de peau qui se fane sans moi épices terreuses des pétales de nos sueurs parfums salés de nos débordements nous avons pourtant déserté notre alcôve secrète errance désastre des satellites en mal d'orbite et l'on chutelongue des constellations des cathédrales stellaires vers le présent ce point invisible ce néant qui ne fait qu'avancer vers la mort que l'on dénie nous qui n'avons pourtant qu'une seule vie mais on perd notre temps on gaspille l'or au profit du confort on surestime ces miroirs qui ne font que refléter nos hôtes invisibles nos absents obstinés fièvres farouches et fardoche et jactance alea jacta est estie anima et animus incube et succube et tous ces démons et spectres que l'on a forgés sur l'enclume de nos coeurs mais suis une bête sauvage et indomptable et pas fatigable pour une maudite cenne une réelle force en mouvement à la liberté pourtant contrainte par l'action pétrifiée l'hésitation tout juste là derrière le cerveau oubli aboli du cuivre des grands concerts j'ai un excellent surmoi car je sais ce que je veux ce n'est pas une pulsion aléatoire aller à toi empanaché d'azur et d'horizon défiés aller à toi qui va plus loin que l'oeil peut voir aller à y'a quelque chose qui refuse de mourir des pensées saturées de toi nos objets saturés de nous te prendre et t'enlacer dans un baiser chaud qui descendrait jusqu'à l'âme jusqu'à ta plus complète paralysie you fuckin bet Molly his heart was going like mad sous l'arche multicolore dessinée par les étreintes sur l'empire de poussière lavé par les larmes coups et contrepoints du grand gong d'un formidable coeur battant pour deux dans le torrent cramoisi des symbioses que reste-t-il les bruyères et les absinthes des ivresses et excès consommés qu'à moitié la mue des souvenirs altérés par le Temps les embryons avortés de promesses mort-nées le centre parfait où s'annulent contraires et paradoxes et qui implose dans une déflagration de beauté et de lumière? Ta magnifique omniscience n'est pas infaillible, un peu de moi s'appartiendra encore à la toute fin.