samedi 27 octobre 2012

passage obligé

Cette écriture est une écluse oubliée aux abords d'une ville épave, d'une ville à la déficience lente et décomposée. En amont s'amoncellent les os immobiles isolés, les miroirs pendus où sont venus s'y perdre et pleurer quelques déprimés à l'envers, quelques renversés de l'ârme. Tout est reflou déformé dans ce courant enchaîné, dans cette marée inerte. Silence s'amassent les restes d'écumes rocheuses, la salive prise aux commissures de l'embouchure crispée de cette ville qui ne va et mène nulle part. Et en aval se perdent les poèmes à vapeur, les poèmes qui disparaissent dans l'écartèlement du désordre. L'orgueil démesuré de l'homme est mûr pour un sérieux coup de honte.

vendredi 26 octobre 2012


devant la multiplicité des inepties, je tente, temps, bien que mal, de fusionner ma fureur à d'autre passion que la rage

dimanche 14 octobre 2012

follerrance

un horizon rompu où tremblent les sueurs d'une âme bouillante
oublier le monde sous le poids des nuages
un baiser brisé tente d'étreindre l'écume de l'ombre
frotter l'étain terne de la carapace des âges
un mal veillent les formes mariées du brasier des corps
chercher son honneur dans quelconque cimetière
le noeud coulant d'un filant éclair
disperser les parallèles de l'alcôve du mort

vendredi 12 octobre 2012

Temps des jours passés

Dans la disparition des ondes de toutes sortes s'étaient déployés, au travers des ratures du temps et des pensées parentes, certains chants réels comme appels migratoires. Emmurés dans les caveaux coniques du coeur, les proses interrompues battaient dans les vaisseaux du jour. Et toujours cette incapacité à fixer des marées le vertige des vagues.

jeudi 4 octobre 2012

Le temps du jour

se fraie dans l'immobilité des brumes. Les rêves vides et les pensées prisemprisonnées dans l'hésitation en arrière de l'oeil. Le paralysé alerte à l'art absent, à la quête informe dans la fosse du silence. Et bullitionne un dérèglement des matières et la perte du sens. À quoi bon zéventer des cendres de spasmes quand seule la mort dit la vérité.

jeudi 27 septembre 2012

(pour Catherine)

L'oeil fixe sur l'onde floue de la mer aux confins de l'infini présent. Ce présent qui s'éternise lorsque que l'on ferme les yeux. Parfois, tu fermeras les yeux par respect pour le soleil, par respect aussi pour ce vent qui soufflera sur ton front et celui de ta famille les parfums du monde dans son entièreté. Les yeux fermés sur le soleil, tu ressentiras le confort de son ombre. Te viendront alors à l'oreille le chant et les rires de tes filles et dans tes paupières fermées et brûlantes ton coeur battra invincible des moments si vivants. Tu ouvriras les yeux et verra la mer, l'étendu du monde ; l'océan, l'étang du monde. Les temps du monde. Et ces quelques mots comme cadeau, comme présent. Ce bien simple cadeau pour ton voyage aux limites du compréhensible et de cette chaotique complexité. Ce bien simple cadeau, cette poésie où entre soleil et mer se dévoile l'horizon des possibles, où se dévoile tout pour les Noces de tes sens au monde. Bon voyage.

mardi 25 septembre 2012

mot au mentor

je m'ennuie de vos paroles lumières
de vous entendre parler d'honneur de volonté
de vous entendre parler d'amour et de fierté

(les théorèmes du savoir symphonique
les diagrammes d'une symbolique appliquée  
à la conjonction des personnes, le verbe-maître 
oscille et raisonne et martèle l'être)

alors qu'hélas autour le devoir se perd
se confrontent morts les paysages désertés
des absinthes bouillantes de votre âme solaire

lundi 17 septembre 2012

impressions

Voir de loin des amis lointains, des amis perdus. Ressurgit la courbe du temps plié le long de l'oeil ; tout s'arrête autour du temps rassemblé. De longtemps ces amis maintenant réussissent où mon échec se fracasse - l'âme mal assumée humaine jalousie en vie détestée - où mon échec de glace brisée de n'aboutir à rien est soumis à l'arbitraire signifiance du poème.

vendredi 14 septembre 2012

fragment

c'est une saison dépossédée où tombe
le fruit des ruptures des unités équivoques
dans le matin laiteux dans le phylactère du jour
le pied prudent sur l'eau froide des vérités
l'exhalaison la réalité de l'expiration
une trêve mélopée où l'anarchante grève
les vagues d'un liminaire qui n'en finit plus

mardi 4 septembre 2012

brouillon des abus et honnête

Non, je n'ai pas pris la parole, je me suis tu et ai freiné le réflexe oblique pendant toute une campagne en ville dépossédée des fondements des structures, ma province bipolaire, mon état limite. Je me suis tué dans une agonie de cire devant les oreilles refermées sur leur écervelle bornée, leur écervelée vaine, la vile vomisère des derniers mois où l'on a vu pulluler le polluant mépris de la masse envers la déférence, bien là la pustule sur le nez, les peaux mortes sur le panache édifiant, sur les idées édifiées. La mort de l'art et la mare de l'or. Les gens en fusion psychotique de masse ignorance sous le signe du dollar solaire. Mes solitudes se sont repliées sur elles-mêmes n'entendant que les échoses de certains de mes frères d'âme et de pensée. Eau mes frères dans le désert urbain, éloignez-moi des vanités ceintes en tempête des sables, je veux boire à la gourde des proches encore une autre pinte en attendant les maîtres absents mirages, les ondoyants funambules dansant au ras du vide dans le néant suggestif. Essayer de comprendre toute la valeur et la force d'une révolte à hauteur d'homme, appuyée et méditée, d'un anarchisme humaniste, pour au final faire état d'un profond sentiment d'incompatibilité avec la plupart de mes cons citoyens. Et curieusement, cette incapacité à joindre fureur et urgence, comme si les mots m'en empêchaient. Déshâmeçonné, en proie aux colères automatiques, je ne sais pas jauger la révolte des proses. Rester alerte. Toujours. Dans la fureur et l'urgence.

mercredi 29 août 2012

pause

tout passe sans que mots s'arrêtent
les pensées planent insaisissables
les songes perdus dans l'encens du soir

ici reposent les poussières du présent

mardi 21 août 2012

...well...

"...well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well I want to be well...
...I'm not fucking around..."
Sufjan Stevens

vendredi 17 août 2012

lentement

j'avance dans l'océan l'ancre dans l'âme 
et bute amer sur les amibes lovant les pensées vaseuses 
partout autour l'onde lente des miroirs absents

mardi 7 août 2012

temps des jours

Défaire les spleens encrés. L'action ultrarapide entre les secondes entre la mue des éclairs peut encore sublimer le mobile. Pourquoi se réduire au silence alors qu'on peut crier dans une foule sans être entendu. Ce n'est pas une question. S'égosiller à gorge perdue plutôt que se tairétouffer à cou pendu. La révolte dans l'oscillation de l'oeil, pertinente. La révolte issue des décantations des statuts perfides, du sédiment social, de la fiente des foules. La métabolisation d'une esth'éthique personnelle. Viendra le gravats des colères édifiées. La ligne est mince entre l'effacement et l'affirmation.

jeudi 2 août 2012

(pour Francis)

Viens d'apercevoir Amir Khadir sur la terrasse du Dieu du Ciel. Carré rouge à la chemise - il le garde lui! Et non il ne buvait pas de sangria Richard -, il parlait aux gens, répondait à leurs questions et leur en posait à son tour. L'écoute active dans toute sa pertinence. Non il ne faisait pas la belle vie, Richard. Parce que vois-tu, Khadir, il ne prend rien pour acquis ; il ne passe pas sa campagne dans un bus de tournée à se flatter l'ego en complotant sur des stratégies médiatiques manipulatrices et sur d'insidieuses rhétoriques, il va là où ça compte, à commencer par la rue, avec les gens. Et sachez, bonzes poubelles de certaines radios, qu'il n'était pas en train d'intimider qui que ce soit et il n'incitait ni au terrorisme ni à la violence ; il prenait une bière et parlait avec tous, sans discrimination et sans préjugés (vous savez cette chose que vous avez faite discipline et dans laquelle vous êtes devenus maîtres). Trouve que cette proximité est renversante. Et cette grande force tranquille... Viens de me rendre compte que ça faisait looonnngtemps que je n'avais pas vu un politicien dans la cité, avec le peuple (ce qui demeure la base d'la politique). C'était qui déjà? Ah oui, c'était encore Khadir, le jour du Jour de la Terre. C'est inspirant cette dévotion nimbée de charisme qui impose le respect.


La beauté est narrative et elle détache ses syllabes lentement, témoignage d'une âme à la parole amoureuse.

mardi 31 juillet 2012

cent titres

Les mots lus les oubliés mots relus et écrits les raturés détruits. La création sous-cache l'évacuité. Appliquer le risque à tracer par l'écriture et l'abandon les pourtours d'ensembles vides où s'essoufflent les braises blanches dimages difformes. Parti tenter après les étourdissements et les noyades, égarés les messages, engourdi des lumières lamant les entiers zobliques. Malgré l'hostilité de l'insomnie, attendre la nuit. 

lundi 30 juillet 2012

Temps des jours

De fournaise. L'amertume anisée d'un laiteux filtre reste dans la gorge comme le bourgeon flétri du jour. Soif soif 'fait chaud! Sans raison me suis t'ennuyé de l'hiver un court instant, il est privilège et me manque déjà. L'amertume est clairement une forme d'ennui.

Invincible Char

   "Je redoute l'échauffement tout autant que la chlorose des années qui suivront la guerre. Je pressens que l'unanimité confortable, la boulimie de justice n'auront qu'une durée éphémère, aussitôt retiré le lien qui nouait notre combat. Ici, on se prépare à revendiquer l'abstrait, là on refoule en aveugle tout ce qui est susceptible d'atténuer la cruauté de la condition humaine de ce siècle et lui permettre d'accéder à l'avenir, d'un pas confiant. Le mal partout déjà est en lutte avec son remède. Les fantômes multiplient les conseils, les visites, des fantômes dont l'âme empirique est un amas de glaires et de névroses. Cette pluie qui pénètre l'homme jusqu'à l'os c'est l'espérance d'agression, l'écoute du mépris. On se précipitera dans l'oubli. On renoncera à mettre au rebut, à retrancher et à guérir. On supposera que les morts inhumés ont des noix dans leurs poches et que l'arbre un jour fortuitement surgira.
   Ô vie, donne, s'il est temps encore, aux vivants un peu de ton bon sens subtil sans la vanité qui abuse, et par-dessous tout, peut-être, donne-leur la certitude que tu n'es pas aussi accidentelle et privée de remords qu'on le dit. Ce n'est pas la flèche qui est hideuse, c'est le croc."
- René Char

lundi 23 juillet 2012

Haïku

arriva l'orage
avec sa simplicité 
avec sa violence

jeudi 19 juillet 2012

Seulétude (suite)

Le sens des choses en ataraxie désaxée. Ne voir ni les parts ni l'ensemble. L'espacetemps dépareillé. Le frôlement défait les phrase perdues dans l'obtuse distance. L'être fini parmi les formes. Une ivers in fini. Le vertige défile sur les cimes altières dans les hauteurs audessus des précipices. Marcher sur les flancs d'une vie, le trépas dans la crachée. Les défauts tranchent la fracture des hontes. Déserté des refus, tout happe et s'écroule, le déplacement des autres en de ruines immobilités. Dévoile les stries de l'iris aveugle des nuages. Coup de vent. Devant les cumeuses marées des tumeurs, des morts lointaines. Ce n'est pas la souffrance, c'est l'indifférence. Dépossédé. La volonté assoupie, le mat terne des tombes. L'espéré lapidé d'un coup de paupières. Trauma neigeux du sommeil. Qui ne vient pas. L'or cède au bronze, au cuivre des pauvres, à l'alcool ferreux de l'espoir dégorgé des fièvres. Toutérien se déploie dans l'ordre déchiré de la spirale. Le verbe du temps des jours désordonné en impossibilités. Dans l'essai une liberté. Les vérités comme de la rosée d'ombre éphémère s'empêtrant dans les racines des désirs et des élans trompeurs.

samedi 7 juillet 2012

Seulétude (suite)

Sensation d'une solitude profondément ancrée dans les fondations d'une demeure qui n'est pas sienne. S'effritent les structures autour de. Poésie espoir anagramme imparfait. Réduit au dalot social, bouleversé, s'observe le dérèglement du rêve. L'âme tranchée au fil du miroir sale sans tain. Ne se reconnaît plus nil part. Id. Entité. L'isolement dans les mots inutiles. Ce temps perdu dans les limbes des songes. Ce n'est pas la souffrance mais la différence. La moiteur abyssale des crevasses, les fissures glaciales du présent. Ne se recon. N'est plus. N'être.
Naître.

jeudi 5 juillet 2012

L'ivre

"Hypogée de pensées autour de moi, momies compartimentées, embaumées dans les aromates des mots. Toth, dieu des bibliothèques, un dieu-oiseau à couronne lunaire. Et j'entendais la voix de ce grand prêtre égyptien. Dans des chambres peintes aux murs de briques qui sont des livres. Immobiles à présent. Vivantes naguère dans le cerveau des hommes. Immobiles : mais rongées d'une sépulcrale démangeaison de me larmoyer leurs confidences dans le tuyau de l'oreille, pour me pousser à accomplir leurs volontés."
- James Joyce

lundi 2 juillet 2012

elle erre

Elle pleure ses errances sous la valse hypnotique des crépuscules, où couvent les prophéties taries des clairobscurs. Les décalques disloqués des lucidités filtrent au travers des étroits passages quelques clairvoyances, quelques espoirs passagers. Et tombe l'esprit au piège d'un chant tonal. Elle danse en reflet, elle se défoule et s'illimite ; elle se perd en son évasion dans les eaux noires de la beauté.

mardi 26 juin 2012

ailleurs

Des mains ont déchiré l'éther d'une aube orgrisée. Se taillader à plier les lames du temps pour découvrir où se terrent les dimensions siamoises. Arrachés, les parallèles se frôlent le long délétère des mots.

mercredi 20 juin 2012

Temps des fours

balcon bruyant sur St-Denis
(ils appellent ça chaleur accablante)
cherchant une poésie possédant
l'élégance de la soie.

samedi 16 juin 2012

Le jour de Bloom

   Sur les balcons donnant sur la place publique, les fleurs remplissant les boîtes à fleurs virent, avant tout le monde, fleurir le jour dans toute sa splendide aurore. Gourmandes, elles burent les gros rayons lumineux jusqu'à s'enivrer de couleurs et c'est en bleu, rouge, rose, jaune, orange, violet et blanc que naquit le prisme du jour. En bas, les commerçants du marché s'affairèrent.
   Un peu plus tard, un homme plutôt ventru du nom de Léonard Larose, après s'être levé, avoir bu un verre d'eau, avoir pissé, s'être douché, rasé, pommadé et habillé, sortit de chez lui pour aller chercher un café noir goudron et des croissants bien chauds. Le fumet du boulanger était irrésistible, les croissants doraient au soleil, le café torréfiait, et Larose, toutes narines flattées, ne perdit pas de temps à s'attabler au bistrot, journal en main avec deux croissants au beurre, de la marmelade de pêche et un café très fort. Dans le journal, les nouvelles n'étaient guerreluisante :
   "Les autorités répètent sans cesse les mêmes idées froides, ils envahissent la Perspective!" Un peu plus bas : "Cynismes en rabais au Marché public! En rupture de stock de poésie, trois pour un sur le mépris!" Ou encore plus loin : "Une autre manifestation tourne mal parce que les manifestants sans itinéraire tournent en rond." Dans la section voxpop : "Certains étaient nus et masqués, c'est le chaos!" - G. Couture, 64 ans.
   Se questionnant sur la pertinence des tels titres, Leonard lâcha son journal pour porter toute son attention sur ses croissants et la marmelade de pêche.
   À la table à côté, il y a avait trois hommes qui venaient d'arriver. Bien sapé, enfoulardé de rouge, arborant carré jaune sur veston bleu marin le premier déclama, rouge gorge : "Tout est question d'une transubstantification des valeurs néants de notre société pronihiliste. Évidemment les surpenseurs de notre époque obtuse ont garanti qu'à travers l'assimilation des absconsités postcontemporaines, ou préfutures si vous préférez, nous pourrions redéfinir un langage de nous seuls compris qui permettrait d'établir une fois pour toute que l'intellect se mesure en réflexions aiguës, en mots bien tournés et non en sentiments creux de bas étage, de bas étage dis-je de sous-d'sous-sol! Ha ha ha! L'évolution de notre société se fera dans un néobarbarisme désensibilisé et transcendé, au diable les soucis relativistes, donc veuillez bien délaisser votre poésie de pacotille et utiliser un langage approprié : le moins vous serez compris, le plus d'intelligence vous pourrez vous octroyer! Car après tout, la plèbe reste la plèbe et il est de notre devoir de nous élever au-dessus d'elle et, si possible, en prenant notre élan sur leur dos bien accroupi! Ha ha ha! Et tant et aussi longtemps que le peuple se bornera à ne pas se subconscientiser en se pliant aux tangentes fixes du paradigme pragmatique, leur incompréhension de l'herméneutique postépistémologique ne sera que l'extension du résultat de l'hermétisme de leur pensée. Me réduire à leur échec non seulement me rendrait coupable de laxisme égotiste mais également me plongerait dans la plus inextinguible aporie. N'est-ce pas?"
   Les deux personnes acquiescèrent sans trop avoir compris. Le deuxième pensa : "Aporie, c'est quoi une aporie? On dirait une sorte de champignon. Oh, j'ai encore faim." Distrait, le troisième essuya la salive naissante aux commissures de sa bouche, salive due au céleste cul d'une passante qui eut décidé, choix judicieux, de relacer sa chaussure au moment même, à deux pas en avant, dévoilant à qui voulait bien voir une corolle de courbes. Elle avait des formes d'une rondeur qui juraient merveilleusement avec la tirade carrée qu'il venait de subir. Il observa et imagina à ce fessier une douceur de pèche et un petit duvet divin qui frémirait sous les caresses dodelinodantes de ses mains baladeuses. L'épiphanie fut de courte durée et la damoiselle repartit, ne laissant dans la pensée du troisième homme que le sillage de ses formes et dans ses caleçons, la naissance flasque d'une érection. "Vous disiez? dit-il.
   Léonard Larose avait terminé ses croissants et buvait son café à petites gorgées. Il regarda autour de lui. La terrasse du café était maintenant pleine, les commerçants avaient déployé leurs étals de nourritures multicolores. Les passants affluaient, saluant tout le monde, faisant leurs courses pour la journée. Ils voulaient sans doute en finir avec les courses pour pouvoir profiter de ce jour qui s'annonçait radieux. Et de toute façon, le Marché se remplissait horriblement en après-midi, le stress de la semaine empiétant sur la fin de semaine, empêchant ainsi toute forme de détente contemplative. Pendant ce temps, le rouge gorge avait monté le ton et continuait, avec son lexique bien à lui, de vilipendre les uns pour ensuite se justifier soi. Étrange personnage, pensa Léonard.
   Sans peur, sans doute, sans certitude, à mi-chemin du présent passe le fleuve instable et incessant des heures. Se refuser à suivre, les pieds trop gros dans les traces, il est dans son spasme radical noyé de colère. Époque en surface où sont célébrés les abrutis et l'opinioniaise des opinioneux. Le terreau riche d'un terroir abandonné par les pensées incendies d'une langue agonie. O cristaléclispe superposition de l'orange et du vert, des feux de forêt en l'âme, on chante l'ode yeux des micelles solaires. Le décor ouvert troplein des filtres du jour, horizonlointain filant rayons d'ébène blanc. Remettre les attentes à plus tard à temps.
   Léonard reçut un message texte sur son cellulaire : Le plan tient toujours? Vite, on n'a pas toute la journée! En regardant machinalement sa montre, il vit la date d'aujourd'hui, le 16 juin. Il répondit : Oui, je suis toujours partant et, au contraire, aujourd'hui, nous avons toute la journée! 

jeudi 7 juin 2012

Ce rien venu de nulle part

L'état d'être déserté des formes. Le spectre plat, atone. L'innommable représentation sienne. Cette impression du néant en surface. Les antennes du jour ont frôlé la pellicule, le vent sur l'eau, la danse d'une libellule, une main sur la peau.  Ce poids du coeur qui manque pour y plonger. Rien. Le désordre des plans, la division nulle des dimensions vaines.

"Celui qui veut nager dans l'océan de vérité, doit se réduire à zéro."  
- Indira Gandhi

vendredi 1 juin 2012

Tout est illuminé

La liberté

   Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l'issue de l'aube que le bougeoir du crépuscule.    
   Elle passa les grèves machinales; elle passa les cimes éventrées.    
   Prenaient fin la renonciation à visage de lâche, la sainteté du mensonge, l'alcool du bourreau.     
   Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s'inscrivit mon souffle.    
   D'un pas à ne se mal guider que derrière l'absence, elle est venue, cygne sur la blessure, par cette ligne blanche. 
- René Char  

Fixation abstraite

Point de naissance. La violence de l'origine d'une abstraction fixe. Sensible à l'appel des déchirures, j'ai vu une image se décanter dans le puits du monde. L'affaiblissement du phosphène, la mortalité de l'illusion, ce trou noir comme le scotome, l'hypnosmose des irréalités. Une infinie dimension. Le long de l'espacetemps parallèle des corps se collapsent et se constellent en éclats de chrome les souvenirs et les désirs. Les radicaux excès multiformes des sens distillés en le parfum du divin pistil des métamorphoses. Impudence isolée. Révélation dans le voile d'une apparence. Ton être en écho, ce fixe flou.