mercredi 1 février 2017

kin toé

"Ce qu'on ne connaît pas assez n'existe pas et ce qu'on connaît trop n'existe pas non plus. Écrire, c'est sortir ce qui existe de l'ombre de la connaissance. C'est ça l'essentiel de l'écriture. Pas ce qui s'y passe ni quelles histoires s'y déroulent, mais le y en soi. Ce y est le lieu et le but de l'écriture. Mais comment l'atteindre?" 

- Karl Ove Knausgaard, La mort d'un père

mardi 31 janvier 2017

fission de la pensée

Une nuit passée à plonger et replonger, par brèves bribes, dans un sommeil démuni de rêves - impossibilité d'atteindre le sommeil paradoxal : je ne me souviens de rien à mon réveil, j'encre des souvenirs sans ancre, volatiles images qui s'incarnent et se réincarnent à répétitions sous différentes formes, sous différentes images, mais sans cesse fuyantes, insaisissables (parce que trop dangereuses?) Sans rêves, mon sommeil est-il une terre stérile sans roi, sans reine, sans prince (et sans toi)? Au diable, je préfère rêver éveillé de toute façon.

(Mon appartement est vide et plongé dans le silence. Lapsang souchong le plus brûlant possible, superbe odeur du feu et de la fumée s'épousant à mon brasier. Je n'entends plus le bruit sourd de tes pas délicats, toi marchant pieds nus - toute nue en fait - sur le bois franc qui pâlit davantage sous l'ambre de ton corps. Your silhouette is nothing but a shadow that came back to disappear again, stealing old memories and creating new ones more beautiful but more painful than ever.)

Dans l'aube nimbée de lumière bleue et d'or naît un soleil de glace. Les rai et rayons découpent les ramures des arbres du Parc La Fontaine. Lignes d'horizon rompues ou superposition des champs de profondeur? On peut presque sentir la ville paralysée par le froid. The Whaler de Thrice ("This song is about being far away from the people that you love") joue en boucle depuis mon pas-de-sommeil, tout est hypnotique dans cette chanson, autant les textures des claviers que les drones tremblant dans la mélancolique mélodie, autant la track de beat toute en contretemps spasmodiques que la voix étonnamment douce d'un chanteur connu pour son scream vocal cathartique. Sublimer une hypnose qui doit se rompre par une autre qui, elle, se doit d'exister.

Un titre d'éventuel essai : De la pertinence de combler toutes les absences dans l'Art que je consomme à profusion et sans crainte parce que l'overdose est impossible en ce qui me concerne c'est fou ce qui me rentre dans le corps dans la tête et dans le coeur en une journée et aujourd'hui n'est pas en reste non seulement ça rentre je suis une éponge à la puissance mille mais ça ressort en l'étrange distillat qui s'écoule de mon crayon ça n'enivre pas mais ça soulage.

Et comment vas-tu cher ami? C'est bien la Thaïlande? Je suis en notre lieu présentement, seul mais L'Escalier est bondé, ça grouille de partout et le même trio de jazz que l'autre fois vient de finir son set. Les discussions refont surface et parviennent à mes oreilles dans un fatras plein de vie. Je me sens bien ici, je projette mon chaos intérieur aux alentours et ça me calme. Une impression étrange mais très agréable m'envahit, celle d'avoir réussi brillamment à dompter le jour. Même si c'est à recommencer demain. Dans un récent poème, je disais serrer mes bras et ne tenir que du vide, c'est bien vrai ; mais j'ai ouvert les bras aujourd'hui, comme ça, sans raison, et je serrais le monde, tout mon corps transmuté par une force tranquille. Je tiens la poésie pour responsable de cette métamorphose. Je jette des regards autour de moi et l'espace prend la forme des images que j'y accole. Je me considère chanceux d'être capable de voir de la beauté où il n'y en a pas, j'y suis sensible et ça ne m'échappe pas. Toutefois, j'ai l'impression d'être invisible, the image of the invisible. Seul dans la place bondée, penché sur mon carnet, n'attirant aucun regard, je suis un fantôme. A ghost is all that's left. Je suis dans une passe de Thrice solide - l'artiste dans l'ambulance - ; ça suffit les ptites tounes tranquilles, il me faut quelque chose de puissant, I need more intensity (comme si je n'en avais pas assez!), je veux sentir la vie me passer à travers le corps et s'iriser d'ombre et de lumière et de tous les contraires! Ça prend du grandiose! Merde, huit semaines... tu me manques déjà mon frère, écris-moi quand tu peux.


vendredi 27 janvier 2017

La chevelure

Ô toison, moutonnant jusqu'à l'encolure!
Ô boucles! Ô parfum chargé de nonchaloir!
Extase! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir!

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique!
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève!
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mats :

Un port retentissant où mon âme peut boire
À grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse, 
Infinis bercements du loisir embaumé!

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur de ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues 
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps! toujours! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde!
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir?

- Charles Baudelaire

jeudi 26 janvier 2017

après la tempête
le lieu en deuil
de ta démarche de reine

chacun de tes pas
au-delà de ma porte
cogne directement sur mon coeur

dans la chambre bleue
de ton départ maintenant
mon corps fournaise
ne serre dans ses bras que du vide

dimanche 22 janvier 2017

relents des alcools de nos corps
dernier jour avant la rentrée
Bach et Proust accompagnent ton absence
mes yeux sur chacun de tes pas

vendredi 20 janvier 2017

Ti-Jean just killed me with this one :

I was smelling flowers in the yard, and
when I stood up I took a deep breath and
the blood all rushed to my brain and I woke up
dead on my back in the grass. I had apparently
fainted, or died, for about sixty seconds. My
neighbour saw me but he thought I had just
suddenly thrown myself on the grass to enjoy
the sun. During that timeless moment of
unconsciousness I saw the golden eternity. I saw
heaven. In it nothing had ever happened, the
events of a millions years ago were just as phantom
and ungraspable as the events of the next
ten minutes. It was perfect, the golden solitude,
the golden emptiness, Something-Or-Other, something
surely humble. There was a rapturous ring of
silence abiding perfectly. There was no question
of being alive or not being alive, of likes and
dislikes, of near or far, no question of giving
or gratitude, no question of mercy or judgment,
or of suffering or its opposite or anything.
It was the womb itself, aloneness, alaya vijnana
the universal store, the Great Free Treasure, the
Great Victory, infinite completion, the joyful
mysterious essence of Arrangement. It seemed
like one smiling smile, one adorable adoration, 
one gracious and adorable charity, everlasting
safety, refreshing afternoon, roses, infinite
brillant immaterial golden ash, the Golden Age.
The "golden" came from the sun in my eyelids,
and the "eternity" form my sudden instant
realization as I woke up that i had just
been where it all came from and here it
was all retourning, the everlasting So, and
so never coming or going, therefore I call it
the golden eternity but you can call it
anything you want. As I regained
consciousness I felt so sorry I had
a body and a mind suddenly realizing I
dinde aven have a body and a mind and nothing
had ever happened and everything is alright 
forever and forever and forever, O thank you
thank you thank you.

jeudi 19 janvier 2017

sage parole


"Ce whisky-là, c'est un estie de sonnet direct dans l'nez!"


dimanche 15 janvier 2017

...une parenthèse d'une infinitésimale brièveté... une tête d'épingle...

  "What spectacle confronted them when they, first the host, then the guest, emerged silently, doubly dark, from obscurity by a passage from the rere of the house into the penumbra of the garden?
     The heaventree of stars hung with humid nightblue fruit.

   With what meditations did Bloom accompany his demonstration to his companion of various constellations?
   Meditations of evolution increasingly vaster: of the moon invisible in incipient lunation, approaching perigee: of the infinite lattiginous scintillating uncondensed milky way, discernible by daylight by an observer placed at the lower end of a cylindrical vertical shaft 5000 ft deep sunk from the surface towards the center of the earth: of Sirius (alpha in Canis Major) 10 lightyears (57,000, 000, 000, 000 miles) distant and in volume 900 times the dimension of our planet: of Arcturus: of the precession of equinoxes: of Orion with belt and sextuple sun theta and nebula in which 100 of our solar systems could be contained: of moribund and of nascent new stars such as Nova in 1901: of our system plunging towards the constellation of Hercules: of the parallax or parallactic drift of socalled fixed stars, in reality evermoving from immeasurably remote eons to infinitely remote futures in comparison with which years, threescore and ten, of allotted human life formed a parenthesis of infinitesimal brevity.

     Were the observe meditations of involution increasingly less vast?
     Of the eons of geological periods recorded in the stratification of the earth: of the myriad minute entomological organic existences concealed in cavities of the earth, beneath removable stones, in hives and mounds, of microbes, germs, bacteria, bacilli, spermatozoa: of the incalculable trillions of billions of millions of imperceptible molecules contained by cohesion of molecular affinity in a single pinhead: of the universe of human serum constellated with red and white bodies, themselves universes of void space constellated with other bodies, each, in continuity, its universe of divisible component bodies of which each was again divisible in divisions of redivisible component bodies, dividends and divisors ever diminishing without actual division till, if the progress were carried far enough, nought nowhere was never reached."
     
- James Joyce, Ulysses

et on ne fait rien qui puisse nous sortir de la parenthèse parce que ce n'est pas une parenthèse mais un mortier et son pilon on ne fait rien par peur par crainte par ignorance par illusoire confort par prudence par sacrosaint pragmatisme le concret avant l'abstrait la folie le transport la superbe le grandiose l'emportement démesuré dans lequel se révèle la substantifique moelle de la vie au nom d'une morale ridicule prônant l'inter minable attente la soumission devant l'incompétence parce qu'on ne vit pas par-delà bien et mal dictés par une raison dictée par un diktat imposé dans un constant échec horizontal et plat qui ankylose l'histoire nos désirs nos libertés et nos passions désormais résorbés par le tout-puissant surmoi construit par LA LOI as long as there's a law I'll be a criminal au crépuscule de la poésie se tenir debout être sensible libre vrai passionné rêveur jusqu'à ce que corps et âme explosent dans une déflagration du beau la beauté sera compulsive ou ne sera pas cueillir l'or du temps parce que dans un atome se cache l'univers tout entier parce que l'épique et le divin transpirent dans l'ébullition du sang parce qu'il faut voir plus grand à une échelle qui ne dépend que de notre imagination et de notre volonté à tout donner tout sacrifier dans la seule vie que nous avons et ce sans espoir de retour


vendredi 13 janvier 2017

Marcel à la plage

It's you, it's you, it's all for you / Everything I do / I tell you all the time... Pendant qu'au loin l'océan et l'horizon s'épousent dans de multiples teintes bleutées, Lana Del Rey murmure sa mélancolie sensuelle à mes oreilles ; le travail inlassable des vagues révèle des forces insoupçonnées qui imposent le respect mais que personne ne remarque. Heaven is a place on earth with you / Tell me all the things you wanna do... Leur formidable rugissement est étourdissant et le temps passe en marées invisibles sous le vol de ces oiseaux que je ne connais pas, au-dessus de l'immense nappe d'eau me nourrissant d'images que je n'avais jamais vues. It's better than I ever even knew / They say that the world is built for two / Only worth living if somebody is... Je délaisse Lana pour retourner à Marcel (Le Temps retrouvé, parce qu'on y retourne toujours... lecture de circonstance), il vient de revoir un M. de Charlus vieillissant et sa description épique m'arrache quelques larmes. Mais son chapeau de paille laissait voir une forêt indomptée de cheveux entièrement blancs ; une barbe blanche, comme celle que la neige fait aux statues des fleuves dans les jardins publics, coulait de son menton. C'était, à côté de Jupien qui se multipliait pour lui, M. de Charlus convalescent d'une attaque d'apoplexie que j'avais ignorée (on m'avait seulement dit qu'il avait perdu la vue ; or il ne s'était agi que de troubles passagers, car il voyait de nouveau fort clair) et qui, à moins que jusque-là il se fût teint et qu'on lui eût interdit à en prendre la fatigue, avait plutôt, comme en une sorte de précipité chimique, rendu visible et brillant tout le métal que lançaient et dont étaient saturées, comme autant de geysers, les mèches, maintenant de pur argent, de sa chevelure et de sa barbe, cependant qu'elle avait imposé au vieux prince déchu la majesté shakespearienne d'un roi Lear. Et le bal des têtes se continue comme ça pendant des pages et des pages. Mes amis me regardent et ne comprennent pas qu'un livre puisse me faire pleurer. "Ça serait trop long à vous expliquer", que je dis sans condescendance aucune. Ils insistent. "C'est comme une épiphanie, une révélation où les mots et la littérature transcendent le réel. Une expérience sensorielle déroutante de prime abord, complètement chargée d'émotions, où la poésie pure ajoute de la valeur au monde." (Et qui me permet de le tolérer et d'y vivre) Ils me regardent, pantois, et partent à rire. J'échange un rire avec eux en leur disant qu'ils n'ont rien vu encore : j'aurai le temps de finir le bouquin d'ici la fin du voyage et les dix dernières pages, où Marcel, après avoir accepté la mort comme une inévitabilité, soudain la craint car elle l'empêcherait peut-être d'écrire le grand Oeuvre dont il a eu la révélation quelques cent pages plus tôt, alors que ça fait 5000 pages qu'il l'écrit, vont m'arracher toutes les larmes du coeur, it's gonna be waterwork... Sans poser davantage de questions, souriants, insouciants sans que je leur en veuille le moins du monde parce qu'on partage certains parallèles mais pas tous, ils lèvent leur verre, on doit en être à notre cinquantième gin tonic en deux jours, et je sais que sans comprendre exactement ce que je dis, ils comprennent, et acceptent, qui je suis. Écris-moi plus souvent que je te lise transcender le réel toi aussi. En plus de ma fièvre qui ne tarit pas depuis un peu plus de trois semaines - mais douze ans en fait -, je sens mon corps brûlé, immobile et comme tétaniser sous le soleil ; je n'ai pas vu un nuage, ce perceptible impalpable, depuis jeudi dernier, et leurs formes uniques et leurs circonvolutions erratiques me manquent. Une esthétique boréale m'habite, ça ne fait aucune doute : j'aime mieux sentir mon corps vibrer dans le froid que s'écraser sous la chaleur. Paradoxal de penser à la blancheur violente de la neige, au temps épouvantable comme tu dis, sous le puissant soleil du Mexique, les pieds marchant dans le grimoire du sable et devant un Pacifique de phosphore. Pendant que je lis le bal des têtes, sur la plage, un bal de corps difformes et obsolètes défile dans l'insouciance que leur procurent la chaleur et les vacances. Ma tête est à mille lieux d'ici, dans le creux de ton cou où je m'évanouie. Enfouir mon visage dans tes cheveux constellés d'or / Et te respirer jusqu'à épuiser tous les parfums de ton corps. J'enfile verres après verres, et mon ivresse n'est pourtant qu'accessoire, un succédané ; et j'enfile pages après pages qui évoquent la finesse et la beauté de ta silhouette de statue vivante ; orfèvrerie aux lignes définitives qui sublime le souvenir et la distance et l'image que j'en ai et qui appartient et trône en haut du bestiaire d'une mythologie nouvelle forgeant de bien nouveaux réels. Échos des mélodies de Nils Frahm, je t'imagine en train de les jouer, tes doigts irradiant l'ivoire et l'ébène de grands pianos. Mais toujours dans des intervalles d'ivresse et de calme d'une implacable lucidité, je me dois de laisser le Temps passer, attendre, encore et encore et encore, pendant que les vagues, comme un métronome grandiose, marque son insoutenable lenteur. Plus tard, j'irai tempérer mes ardeurs en faisant de l'apnée, calmer le formidable rythme de mon coeur dans les eaux tantôt troubles tantôt nettes d'un océan que je découvre, qui n'est qu'un autre univers grouillant de vie... 

And then the waterwork came. Dans l'avion plongé dans l'obscurité au retour, accoté au hublot, je suis le seul avec sa lampe de lecture allumée, la capine de mon hoodie sur ma tête, (tout le monde à côté de moi écoute des films d'une insipidité déconcertante, écouteurs bien enfoncés dans les oreilles, dans leur bulle d'indifférence et d'insouciance, le cerveau à off comme on dit, alors que le mien est sur le point d'exploser) je m'enfonce dans le dernier droit du Temps retrouvé et, comme ce fut le cas lors de ma première lecture le 2 juillet 2009, (parce que lorsqu'on finit Proust - tant de grandeur d'âme dans un corps aussi chétif -, ça devient difficile de ne plus marquer le Temps ; je me souviens de l'avoir terminé à la douce lueur d'une simple lampe qui déposait ses atomes de lumière ocre sur ma solitude, ma concentration cristallisée, mon émotion incomparable) je braille ma vie, pendant que l'avion passe au large des Grands Lacs où je vois tour à tour Cleveland, Detroit puis Toronto briller de mille feux dans la nuit, devant toutes les stupéfiantes beautés et épiphaniques vérités sur lesquelles Proust disserte avec son verbe de bâtisseur de cathédrale ; et ce n'est pas de la tristesse, c'est une belle mélancolie qui pourrait même prendre quelques airs de nostalgie si ce n'était du pouvoir d'évocation quant à un meilleur futur que son oeuvre porte aussi, car il met en avant de la scène l'importance des choses à faire tout en écoutant son moi, tout en plongeant en soi pour faire ressusciter de notre mémoire les souvenirs les plus importants, ceux qui font de nous qui nous sommes, tout ce temps que notre corps a sécrété - comment te souviens-tu de moi? que penser des onze années écoulées en-dehors de nous? me suis-je si transformé et ai-je si vieilli? est-ce que nos retrouvailles ont tué l'image de meilleurs souvenirs que tu avais, de plus beaux rêves que tu faisais? fut-ce une parenthèse nécessaire n'ayant élargit aucun espace entre nous puisque nous étions sous le même ciel, même sans se voir, l'un près de l'autre, en pensées, traversant le même Temps? - j'essuie mes larmes avec mon avant-bras, conscient que, dernièrement, j'ai retrouvé du Temps perdu ; je vole à 40 000 pieds d'altitude, mais ce sont les milliers de mots de Proust et les images que j'ai de toi qui me donnent le vertige, qui me poussent à vivre en sachant que la souffrance autant que le bonheur n'auront jamais de fin ; le tout c'est d'être vrai, intense et artiste parce que "la vérité suprême de la vie est dans l'art", et de continuer d'écrire cette histoire qui ne s'invente pas, parce qu'après tout "la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature."

mercredi 4 janvier 2017

Parce qu'il n'y a pas de hasard...

"Les plus belles histoires commencent toujours par des naufrages."

- Jack London

lundi 2 janvier 2017

notes blanches de Nils Frahm
accords plaqués se promenant en échos
réverbèrent les murs dans la
lumière ocre de la nuit tombée

des bourdons et drones électrotissés
déploient des horizons monochromes
où pulsent parfois quelques rayons
constellés de musique pure

relents des parfums délétères de la nuit
passée aux portes du sanctuaire camphré
découvrir un nouveau sens au silence dans
l'atmosphère endormie évanouie des corps léchés

samedi 31 décembre 2016

        j'attends
        sans honte
               mais dans la crainte
   dans le silence des météores
         la prochaine fièvre à venir
   sans savoir
              si elle sera
                       enivrante  
              ou            terrassante

lundi 26 décembre 2016

euh wow...


"Son parfum m'enveloppait, nuée d'anges capiteux qui dégommaient molécule par molécule les émanations soufrées de mes diables grimaçants."
Stéphane Larue, Le Plongeur

samedi 24 décembre 2016

Y'a tellement eu de poésie dans les dernières soixante-douze heures pis je parle pas de Noël pantoute que j'suis incapable de tout structurer comme du monde pas d'ponctuation pour ce texte comme une longue partition inaudible et chaotique bruit et fureur toujours et encore parce qu'on peut pas tuer les créatures qui grondent sous la peau je laisse les pauses les arrêts les temps morts à ceux qui prendront le temps de s'arrêter ce qui ne peut être mon cas parce que le creuset du souvenir a fissuré éclaté explosé en mille morceaux de peau corps frissonnant dans les nuits bleues qui n'appartiennent qu'à nous en mille fragments et notes de la plus belle voix du monde my fate cries out and make each petty artery in this body as hardy as Nemean lion's nerve Hamlet câlisse j'aimerais tellement ça des fois que t'aies pas tout le temps réponse à tout estie écrire décrire étudier disserter la marche du train ininterrompable écrire marcher sur le fil d'une lame impitoyable qui pourrait me trancher pieds jambes tronc et tête en attendant j'écartèle les fils emmêlés de mon coeur et de mon cerveau crâne globe détraqué le destin peut cogner à la porte Symphonie no.5 de Beethov comme il peut se matérialiser dans la sonnerie d'un téléphone que je pensais impossible fulgurante impulsion imbibée de la rosée du passé pas si loin quand même fulgurante impulsion que je dois à mon ami mon frère fulgurante impulsion dans le silence total et complet de mon ivresse et au hasard d'un troisième de couverture d'un vieux livre dont je n'ai jamais pu me départir prendre un risque Un coup de dés jamais n'abolira le hasard comme disait Trèsbienarmé la fontaine d'encre semble sur le point de déborder peut-être entachera-t-elle à jamais la déferlante de mots tanguant entre la chorégraphie de la neige et les entrailles d'un abîme séduisant je suis sur l'enclume et attend la sentence du marteau sans maître frissons corps tétanisé mon dos me lance pris du nerf d'avoir marché hier vingt mille pas légers sur la terre dans les artères de Montréal à l'ombre des buildings et du Mont-Royal jour d'hiver sans vent à tonitruer le débit démentiel du Québec Redneck Bluegrass Project mon sang de bleuet en ébullition ne pas anesthésier la douleur vive du corps qui veut trop vivre art de la fugue impossible titan baroque la folle allure estie oeil humide quémandant la protection de la paupière une barrière de cils dressés desquels s'écoule lentement le sel de l'âme se défoncer le crâne à coup de Kerouac et de Whitman I contain multitudes tabarnac les mains tremblent en tournant les pages mentales la pensée entièrement tournée vers la matérialisation de ce qui ne fût qu'un songe d'une nuit d'été revécue mille fois dans mes détours et mes déroutes et la confusion du rêve ma tête décapitée trône sur la lance de mes obsessions au vu et au su de tous ceux dont je sens l'absence mais le regard scrutateur un jour je terrasserai la honte pour renaître une envie irrépressible de lire The Dead du maître une des plus extraordinaires fins de l'histoire de la vie le trouble revient ma tête va exploser trop d'images incongrues de mots insensés tertres déferlant de peur sourde harasser la nuit qu'on m'arrache les ongles suite au démembrement de l'écorché cataplexie ankylosée brume et frémissement du stupre possible incandescence des failles où partout elle se révèle dans son mystère canonique catharsis spectrale aura et halo des parfums défaits que je reconstruis dans les bribes narcotiques des blues de Ti-Jean j'irai au Mexique avec tes poèmes Ti-Jean pour sentir ta folie tes excès et ta liberté me gravir m'envahir la colonne vertèbre par vertèbre poème par poème tantôt dans la ténèbre délétère tantôt dans la brûlure d'un ciel infini toujours s'enivrer avec éthique et volonté je cueille les absinthes du soir et bois la fée verte de ses yeux dénués d'éclipses The Castle was a Dream Now learn that the water is a dream For when the Tide of Disaster Rises water will disintegrate And all will be left Is the Successful Savior Abiding Everywhere in Beginningless Ecstatic Nobody Ti-Jean du câlisse aux mille têtes chercheuses tes beats me rentrent dedans et tapent et vivent fort dans ma pauvre poitrine amaigrie spiritualité décalée que je n'ai pas j'ai choisi malgré moi le verbe apostat des fois je me dis que ça serait tellement plus simple de croire en dieu pas de majuscule désolé mais non rienàfaire dionysos peut-être à bien y penser pourrait me servir d'auguste patron le dyonisiaque nietzschéen me définit assez bien finalement dissolution du soi dans le Tout et la Nature fougue erratique insaisissable et sensuelle je suis une pierre brûlante relents des vapeurs du bronze et du feu qui tapissent mes sens uisge beatha inestimable limon fleuve marée fauve d'une orfèvrerie nouvelle nous ne souffrirons pas de rupture de la fébrilité de l'intensité de l'émotion à l'état pur c'est pas de la colère câlisse c'est de l'énergie et j'en ai plein troplein mon être ahuri ce n'est pas un spasme ni une tempête c'est une avalanche interminable dans laquelle je n'entends que l'écho de sa voix impossible qui court dans l'errance et l'aléa superbe mot de mon globe détraqué et pourtant au bout de mon souffle qu'est-ce tout cela sinon a quintessence of dust?

dimanche 18 décembre 2016

Le temps, encore lui.

Dimanche soir, un peu avant la tombée de la nuit, je suis sorti dehors par -12 degrés avant que le froid polaire de la nuit ne s'installe. J'ai descendu Fullum du nord au sud, en ligne droite, avant de bifurquer direction ouest vers le parc Lafontaine pour me laisser aller aux aléas des dédales du soir. Pendant ma marche, je suis passé près de trois patinoires en manque de froid qui n'attendent qu'à servir de glace aux nobles confrontations qui n'existent que dans le temps qu'on leur consacre. J'écoutais C'est fou, troisième émission sur le thème du temps. Ça leur aura pris tout ce temps pour enfin parler de l'ultime Oeuvre sur le sujet : À la recherche du temps perdu. Pendant un court instant, en guise d'ouverture, ils ont souligné l'importance de l'épisode de la madeleine. Un cliché s'il en est un, mais qui au moins leur a permis de s'attarder un temps soit peu sur ce miracle littéraire. Cette madeleine certes importante, mais qui ne serait quand même rien sans le pavé mal équarri non loin des clochers de Martinville où la vocation de Marcel s'est révélée, où il a su cristalliser la matière du temps à l'état pur pour en faire le sens de sa vie. La voix grave et lente de Serge Bouchard faisait le contrepoint de ma marche rapide, je respirais à pleins poumons un air que je connaissais à peine ; Montréal vide dans le froid de décembre, un dimanche soir de surcroit, m'a permis de jeter un nouvel oeil sur le lieu que j'habite désormais, un quartier où il fait bon marcher lorsque les rues sont vides de gens, où il n'y a que la lumière des lampadaires pour surveiller ma cadence et que le bruit de mes pas sur la chaussée gelée pour fournir de l'écho à l'espace. Un croissant de lune discrète dans la soirée frisquette m'illumine de son sourire timide mais imperturbable. Cela changera demain, comme nous le ferons tous d'ailleurs. Ce soir j'ai pris le temps de prendre une marche, j'ai oublié cinquante soucis, et je m'en suis créé d'autres ; troc de tracas, je ne perds rien au change. Ce soir j'ai pris le temps de prendre une marche, j'ai tracé un trajet qui m'est propre et qui m'appartient ; j'ai bouclé une autre boucle en défaisant un des nombreux noeuds qui me traversent. En rentrant chez moi, pour me réchauffer, j'ai pris un petit dram, un tout petit wee dram de Laphroaig 18 ans, un whisky fait avec une tourbe millénaire et un feu immémorial, un whisky fait par une poignée d'hommes du nord comme moi, un whisky fait avant le faux bug de l'an 2000, avant le 11 septembre, avant notre ère débile, avant le posthumanisme et la postvérité, avant la naissance de la majorité de mes étudiants, avant que je déménage cinq fois en onze ans, avant que ma vie ne parte en déroute dans les deux derniers mois pour maintenant se replacer - si maintenant existe vraiment -, avant que je devienne qui je suis ; cette impression de me nourrir du temps alors que j'avale son feu, son métal brûlant, de pouvoir créer avec ce que je détruis, avec ce qui disparait et cesse d'exister. 

jeudi 15 décembre 2016

Sousveillance

Traditionnel post de fin de session. Huit heures de surveillance obligent. Mon local n'a pas de fenêtres, mais sur le beige des murs repose une multitude de cadres, de découpures de journaux jaunies vieillies et des photos d'enfants du tiers-monde. Quelle expression détestable que celle de tiers-monde quand même... Un local prévu pour les sciences humaines c'est sûr. Quatre gros encadrés sur le mur nord : Sociologie allemande, Sociologie française, Sociologie québécoise, Sociologie américaine. Visiblement, ma sociologie est loin, car à part Marx, Durkheim, Bourdieu et Dumont, je n'en connait aucun autre. C'est Marx qui trône au-dessous de tous autres, avec les airs d'un Walt Whitman fâché. Il ne m'a jamais vraiment intéressé, faut que je le reconnaisse.

Juste à côté, une carte du monde où c'est inscrit "Les trous noirs du web", une publicité de Reporters sans frontières. Arabie Saoudite, Biélorussie, Birmanie, Chine, Corée du Nord, Cuba, Iran, Libye, Maldives, Népal, Ouzbékistan, Syrie, Tunisie, Turkménistan et Viêt Nam. Tous des pays où les choses vont trrrrrrrès bien dans le monde. À l'exception de la Biélorussie, tous ces pays sont situés dans la même "ceinture orientale". Je pense à Alep, à ceux qui ne font rien et qui pourraient faire quelque chose. Ma bouche devient soudainement très pâteuse, un puissant arrière-goût de malaise s'installe dans mon palais et sur ma langue, et les mots horreur et génocide meurent dans le fond de la gorge parce que malgré leur violence, ils ne rendent pas compte du réel. But to flee in words, words, words...

Sur le mur est, différentes unes de journaux jaunies et plastifiées d'une vingtaine de pays que personne ici n'a jamais lues et sur le mur sud de la classe, quinze petits portraits d'enfants d'Asie et d'Amérique du Sud. Ils jouent, ils ont l'air heureux, malgré la misère et la pauvreté. Je me demande bien pourquoi certaines personnes ont décidé de mettre de tels portraits dans une salle de classe, - comme si les étudiants prenaient le temps de les regarder : cellulaire : 1 - Ti-zenfants : 0 - une volonté "d'habiller" les murs? Il y a quelque chose de tragique dans la phrase "suspendre un portrait", mais c'est quand même moins pire que "prendre un égoportrait"... La journée sera longue.

***

six semaines
de montagnes russes 
épileptiques
l'écume monte 
à la bouche 
du temps

ou c'est juste 
la mousse 
de ma bière flat
qui reste 
pognée 
dans ma barbe
et se mêle 
à mes larmes

***

J'ai terminé mes cours cette semaine. Quinze semaines passées avec eux. Je les ai vus changer sous mes yeux. Y'a pas à dire, ça torche en crisse Hamlet. J'ai eu plus de poignées de main que je l'espérais, en plus d'un lapsus de course fait par une étudiante qui m'a dit que j'étais "son-mec-euh-son-prof-préféré". Et elle de sortir de la classe d'un pas allègre et léger, comme si de rien n'était. J'imagine facilement l'odeur safranée du désert de sa peau. Avant de m'endormir hier, j'ai cherché dans mes draps que je ne lave plus ton odeur évanouie, mais je n'ai trouvé que celle de mes sueurs froides et de mes frissons. Errances dans les golfes dolents de courbes qui se sont dérobées, que je ne connaitrai plus. Back to Kerouac. C'est officiel, je ne surveille pas aujourd'hui, je sousveille. Je suis d'une inefficacité exemplaire. Kerouac et Shakespeare, voilà métaux bien plus attirants. Je continue d'arpenter les dédales étranges des délires des Blues de Ti-Jean ; à travers les nombreuses incompréhensions non-dénuées de beauté et poésie, sa prose transpire une liberté pure, une fureur de vivre peu commune même si elle est sublimée en une déroutante autodestruction. Dépasser les limites, est-ce là qu'on vit le plus? Vu mon état, Kerouac est un dangereux poète pour moi présentement. Et c'est pour cette raison qu'il est terriblement fascinant.

***

jeudi soir dernier
je devais écrire 
après notre rencontre
à l'Escalier - murs
de vieilles bibles 
médiévales allemandes -
mais j'ai perdu 
mes poèmes
dans la tempête

- quel est la différence
entre la douleur 
et la souffrance? -
l'encre ne suffit pas 
à éteindre
le volcan qui implose
le soufre et la cendre
que je respire
il me faut des eaux-de-vie
plus intenses

je fossoie
ma tombe morale
dans l'excès de 
transports éthyliques

***

First witch : All hail, Macbeth!! Hail to thee, Thane of Glamis!
Second witch : All hail, Macbeth! Hail to thee, Thane of Cawdor!
Third witch : All hail, Macbeth that shalt be king hereafter!

C'est une malédiction cette pièce! Pleine de vérités révélées dans la puissance des ténèbres. Le bruit et la fureur résonnent dans chaque scène. Les ombres séduisantes de nos ambitions nous trompent et l'on se perd dans le chaos labyrinthique de notre cerveau. O, full of scorpions is my mind, dear wife!

Present fears 
Are less than horrible imaginings. 
My thoughts, whose murder yet is but fantastical,
Shake so my single state of man that function
Is smother'ed in surmise, and nothing is
But what is not.

Seul est ce qui n'est pas. Songes et désirs terribles d'un homme à qui l'on promet gloire et pouvoir, que ne ferait-il pas pour l'atteindre quand en plus le charme et le chantage du succube aimé opèrent sur son orgueil les plus viles mélodies? Art thou afeard / To be the same in thine own act, and valour, / As thou art in desire? Ça doit faire 20 fois que je lis cette pièce et elle me hante quand même à chaque fois. Quoi de mieux pour habiller les murs beiges de ma classe sans fenêtres que la superbe sinistre d'une passion meurtrière à l'état pur?

***

j'aimerais voir 
tomber sur le jour
sur le soir et ton corps
un voile de soie
diaphane

les mains en manque 
d'épiderme dans
l'absence de ta chair
ne frôleraient 
que la douceur
du tissu sur 
ton être évadé

le souvenir restera
mais s'étiolera
et fera du futur
un nouveau présent
où je continuerai
d'être qui je suis

mardi 6 décembre 2016

Une autre nuit de sommeil infirme, de rêves amputés. Dans l'insomnie, un souvenir d'il y a quelques jours à peine me revient, mais ce souvenir est tel que j'ai l'impression qu'une année complète vient de passer. De la lenteur du temps qui passe dans la solitude. (L'autre soir, la chaussée mouillée augmentait les bruits de pas de la foule dans ses reflets de lumière foncée, cette atmosphère me rappelait systématiquement Eyes wide shut de Stanley Kubrick, toutes ces scènes où Tom Cruise déambule dans un New York glauque à la recherche de fantasmes qu'il croit avoir mais non. Révéler à chaque pas un peu plus d'inconnu. L'insatisfaction du désir à portée de main crée le désordre, l'amertume, la frustration. Habituel mardi trop long, j'ai eu très hâte, pour une première fois, de rentrer chez moi. La déprime postbrosse passée, il faut rapprivoiser la solitude. Mais le dialogue est incomplet, il manque une partie.) Comme d'habitude, trop d'idées me courent dans la tête, incapacité d'en faire le ménage. Échos de mes pensées qui me répondent. Obsessions et ouroboros des songes s'autodévorant en même temps qu'un appétit anémique où le corps s'autodigère. Le matin, alité, les tempes bouillantes, je peine à me lever. Réveillé, je le suis depuis trop longtemps déjà. Illusion du sommeil bercé par la musique qui joue sans cesse. Rapprivoiser la solitude. Me rappelle à quel point je suis un consommateur d'art. Si je namedroppais tout ce que j'ai regardé, lu et écouté, mon post ferait le double de tout ce que j'ai écris depuis des mois. Recul de 12 ans en arrière lorsque, dans mon Saguenay natal quand je travaillais au Archambault, je clenchais tout ce qui se faisait de nouveau. Je suis de retour en mode tête chercheuse. Lentement mon insatiable curiosité fait peau neuve. En me dirigeant vers le travail, c'est le parc Angrignon qui fait ma journée. Il a neigé toute la nuit. Torpeur des tertres endormis sous le tapis de neige. Les eaux grises de l'étang insufflent toute leur mélancolie à la scène. Florilège éphémère. Les flocons tombent dans l'indifférence et n'estompent pas ma douleur. Serait-ce la crainte des jours à venir? La quarantième de Mozart est tout ce qui compte aujourd'hui... Est-ce que je dois ordonner tout ça? Peaufiner le chaos de la spontanéité? Ce n'est pas de la neige, c'est de la cendre. Le bruit sourd de mes pas résonne, je suis la seule présence dans le parc vide. Prémisse de l'hiver souhaité? Et les pensées s'éparpillent et meurent comme des flocons que le vent dépose sur ma fièvre.

mardi 29 novembre 2016

"Une chose, encore à présent, me paraît curieuse. Jamais auparavant je n'avais été poursuivi par des idées noires. Ma seule source d'intérêt, mon seul problème, c'était la Beauté. [...] Quand on concentre son esprit sur la Beauté, on est, sans s'en rendre compte, aux prises avec ce qu'il y a de plus noir au monde en fait d'idées noires. Je suppose que les hommes sont ainsi faits."

- Yukio Mishima, Le Pavillon d'Or

lundi 28 novembre 2016

Une nouvelle rue. Le vent dans les arbres remplacent le trafic que je me suis habitué à entendre lors des neuf dernières années. Les cartons empoussiérés jonchent le sol, je défais ce qui reste de ma vie. Je plane j'ai peur pieds et poings liés empêtré pris dans l'étreinte d'un spectre que je ne connais pas.  Beethoven meuble le silence parce qu'on revient toujours à lui. Ses immortels quatuors à corde. La musique prend la parole de la mélancolie pour un temps. Déjà des souvenirs de tes yeux d'ambre et de jade, petites éclipses éclatées qui m'ont rendu aveugle. Arborescence des failles de dessinant dans un jet de lumière. Ici c'est sombre, novembre agonise, les prochaines semaines annoncent des promesses mitigées. L'impression que les mots et les images simples ne suffisent plus. Les échos des brisent sur les récifs de l'entêtement. Les métaphores fixent le flou et chuchotent les murmures, les rumeurs de mes obsessions. Je ferme les yeux mais ne vois rien. J'ai le spleen infirme d'espoirs démembrés. Écoute attentive de la nuit qui tombe trop tôt. Le sang s'immobilise. Mémoire de ma tête lovée dans ta nuque. Le parfum que ta sueur distille. Fossé profond, mon corps prostré sur ton absence. 

J'entame la longue autopsie de ta disparition. 

jeudi 17 novembre 2016


suis pris entre chien et loup
écartelé par les juments de la nuit
sur le fil, entre les deux, le point
où ça se brise ou se répare

un spasme escalade en avalanche
ascendant les reliefs de mon dos
et dehors le vent exalte l'étrange
         en salves de concerts désaccordés

vendredi 11 novembre 2016


Cohen in ears and heart
Kerouac in eyes and soul
a small shadowfall of tears
          in between

jeudi 10 novembre 2016

105th chorus

Essence is like absence of reality,
Just like absence of non-reality
Is the same essence anyhow.

Essence is what sunlight is
At the same time that moonlight is, 
Both have light, both have shape,
Both have darkness, both are late:

Both are late because empty thereof,
Empty is light, empty is dark,
    what's difference between emptiness
    of brightness and dark?

What's the difference between absence
Of reality, joy, or meaning
In middle of bubble, as being same
As middle of man, non-bubble

Man is the same as man,
The same as no-man, the same
As Anyman, Everyman, Asiman,
           (asinine man)
Man is nowhere till he knows,

       The essence of emptiness
          is essence of gold.

- Jack Kerouac, Mexico City Blues

lundi 7 novembre 2016

esquisse

(écrire ce qui sort
sur ce que je voudrais qui rentre)

la futilité du puits de lumière
en pleine nuit
point de fuite vers nulle part
le ciel est trop pollué
pour voir les étoiles s'offrir
- atmosphère toxique
formol d'une mort lente
où je respire embaumé d'avance -

fracas de distorsions
on débranche et rebranche
les fils des heures discontinuées
glitchs assassins violentant l'ouïe
les basses grondent et se perdent
dans les murs qui tremblent
dans leurs fondations agglomérées

je regarde à nouveau
dans le puits de lumière inutile
le degré zéro des nuances
du ciel de la nuit tombée
tronquée par le teint du verre sale
usé des exhalaisons humaines
passées et présentes, moments tannés
les fossiles de nos paroles ne sont
que taches sur les murs indifférents
graffitis dans les toilettes décrépites des tristesses
et poussières sur les vitres insoupçonnées
de nos prisons de verre
des doigts gras sur les écrans éphémères
de nos projecteurs atrophiés

(voudrais être cet arbre seul
et reculé qu'on ne coupera pas
tout simplement
parce qu'on ne sait pas qu'il existe
parce qu'on ne le voit pas)

l'automne en mal de braises
n'offre que des cendres
une cape d'encre aux reflets
brun rouge jaune orange
- la superbe rouille des feuilles -
qui protège du vent
et des larmes qu'il enfante

cris du froid sur la matière exsangue
le crin du soir tourne à l'argent
des murs en papiers alu
nous renvoient nos vrais reflets
d'hommes déformés
finesse de l'acrylique
noir de messes lyriques
dans lesquelles se perdent
l'écho des regards furtifs, échangés
dans le tamis de la nuit
que filtrent les humeurs
le soir invite à boire
toutes les vielles lies accumulées

un profil en contrejour
perd ses détails et la
délicatesse des traits
découpe une lumière trop lourde
dessine une étrange harmonie
le long du fil qui vient de rompre


vendredi 28 octobre 2016

Un vieux fond de poème retrouvé dans un vieux fond de notes, un vieux fond de mémoire : précision et clarté du métal quelconque / un spectre d'or et de bronze / dans la chicane des heures / les années qui passent me repoussent / il y a dans l'ombre / ce que je ne connais pas de moi. 

Il recule un peu sur sa chaise, tend son dos vers l'arrière et les bras en avant comme pour scruter son calepin avec un peu plus de distance. L'encre agglutinée en minuscules essaims noirs montre qu'il avait écrit ces lignes très rapidement, probablement pour ne pas les oublier, mais réflexion faite il se dit qu'il aurait bien pu les oublier, que ça n'avait pas d'importance, que ça ne changeait pas grand chose de toute façon.

La matinée avance trop lentement et les murs beiges formatés et le bruit du ventilateur de la classe sont à vouloir se pendre. Il devrait surveiller ses étudiants avec plus d'assiduité, peut-être qu'il y en a quelques-uns qui pourraient être tentés de tricher paranoïa ridicule on en est rendus là, mais le matin est embaumé par l'ennui, même pas un ennui mortel, ce qui serait quand même quelque chose, mais non, juste un ennui bien plate ; le point central du spectre de l'ennui, celui qu'on ne peut qualifier car ça serait lui donner un aspect, une couleur, mais non, ce présent ennui est sans qualité. 

Il porte son regard sur les autres autour de lui. Tous sont penchés sur leur examen avec plus ou moins de zèle. Il s'attarde sur de petits détails ici et là, les petites manies de chacun. Toutes les filles tôt ou tard en viennent à se tricoter d'une main une mèche de cheveux de façon singulière pendant qu'elles écrivent, c'est immanquable. Les garçons jouent sans cesse à faire tourner leur crayon avec leurs doigts, dextérité qui n'est pas donnée à tous. Toutes les têtes sont penchées dans des angles quelconques, il n'y a aucune symétrie qui vaille. Il faut transmettre aux étudiants un savoir, une culture, des connaissances et non leur enseigner des compétences obsolètes qui seront demain désuètes. Il se rappelle avoir lu ça cette semaine. Pourquoi vouloir seulement l'un ou l'autre? Pourquoi ne pas faire les deux? Le savoir libère de l'esclavage de l'ignorance, c'est tout ce qui importe. Trop de pensées se bousculent dans sa tête en même temps, impossibilité d'ordonner le chaos, ça part dans tous les sens. Il vient de se rendre compte qu'il a paqueté Joyce trop vite, quand il veut ordonner le chaos, c'est toujours Joyce qui lui vient en tête en premier. 

Un étudiant glandeur comme c'est pas possible vient lui poser une autre question niaise. Il pue un parfum cheap digne du marché aux puces de Saint-Eustache (ça sort d'où ça?) Le micro douche swag tout petit petit pas tough guy pantoute partira tantôt en claquant la porte, pressentant l'échec, dans sa médiocre superbe. À droite, les cils faux ou pas, l'on ne sait pas, de Sara, tellement longs ses cils qu'on pourrait y accrocher le jour et la nuit en même temps, battent comme papillons sombres d'un désert maghrébin "...so we'll live, and pray, and sing, and tell old tales, and laugh at gilded butterflies..." Ô madman's wisdom. Les regards errent encore au gré des pensées. Vince aux mille questions dans le fond de la classe ne fait qu'ajouter à la confusion. 

"Il vous reste 67 minutes." 83 de passées. Ils ont tous leur dictionnaire ouvert et pourtant ils feront une trâlée de fautes quand même. Allez comprendre. Un oiseau passe en coup de vent dehors, il le voit à travers les grandes fenêtres une bénédiction de la classe décrépite. Il y a des taches brunâtres sur le plafond suspendu qu'est-ce que ça peut bien être c'est comme si le plafond avait lui aussi ses cernes des sueurs. À défaut de Joyce à consommer précipitamment, il y a quand même Hamlet qui traîne sur le bureau. Si seulement un autre oiseau pouvait passer... Les fenêtres ouvrent sur le parc Angrignon, l'un des plus beaux de Montréal, surtout à l'automne. D'énormes mais bien énoooormes érables et chênes aux centaines de teintes du vert au jaune orange au rouge rouille et oxydation de la flore tranchent net avec le gris amorphe du ciel. Horizon découpé. Les arbres ne dansent pas aujourd'hui parce que le vent boite, il est bien trop épuisé d'hier où il a soufflé ses cornes toute la journée, c'est qu'il a venté en diable le vent! 

Il lui tarde d'aller marcher dans le parc pour entendre le son de ses bottes crisser délicatement sur les feuilles mortes mais souples par l'humidité. Sûrement qu'elles vivent un peu d'ailleurs. Lente agonie de la feuille. Leave, mot à deux tranchants. Leaves of grass, si Joyce est paqueté, il sera remplacé par le grand Walt estie! Chantre de la vie et de ses sens, de la vie et du sens! You bet you celebrate yourself you too-big-to-measure piece of man! Übermensch of multitudes! Quoth Hamlet : "What piece of work is a man! How noble in reason, how infinite in faculties, in form and moving how express and admirable, in action how like an angel, in apprehension how like a god : the beauty of the world, the parangon of animals!" Mais c'est après que ça se gâte : "And yet to me what is this quintessence of dust?" Cette quintessence de poussière!... Ô sweet prince. Beau prince si sombre, si mélancolique et si lucide dans ta folie, homme de toutes les époques qui t'ont suivi, ultime anachronique, tu as inventé l'humain des quatre derniers siècles. Pour le meilleur et pour le meilleur. 

Bruits de pas sur le tapis de feuilles. Bruits des pensées qui se fragmentent, se fusionnent, se divisent, disparaissent et renaissent. Bruits du barbaric yawp over the roofs of the world (quel glorieux vers!) de Walt. Bruits du spleen du beau prince sombre. Le chaos ne s'organise pas pour autant, des flèches sont lancées à travers les chairs lacérées des derniers jours, une légion de serpents creuse et fouille les blessures, chaque regret est autant d'aiguilles enfoncées dans les coeurs nus, les visages gravés de larmes baissent les yeux et attendent encore ce qui ne vient pas, les griffes arrachent les mâchoires des échanges avortés, le cerveau se repli sur lui-même en hurlant pour que l'horloge s'arrête... a quintessence of dust!!! 

mais l'espoir est pas tuable
même dans la douleur et la tristesse 
peut peut-être naître 
                           un peu de beauté


lundi 24 octobre 2016

De la beauté de la simplicité


"... ma solitude se moule au silence..."
                                                                       - Serge Bouchard

vendredi 21 octobre 2016

oh you old poor poor Jameson
please pour pour again and again
                    that old poor Jameson
                    so I can quench my thirst
                    my fool's sorrows
                    in Erin's gold

dram oublié aux couleurs de cuir
cuivre félin du signifiant féminin
                    mélodie soufrée
                    du crépuscule qui titube
                    dans ses textures diverses
           protège le feutre de l'air
           et l'érosion des erreurs
           à ne pas refaire

trouver ses aises dans le chaos
cohésion entrecoupée
           soubresauts fluides
           des phrases bien jouées
           sur l'ébène des corps
sculpturale amante
aux courbes métaphysiques
où naissent nos légendes

pour pour again some son of James
qu'on oublie nos drames
                        nos ratures
que revivent nos amours éthyliques
           créatures pures et neuves
           d'un nouveau bestiaire à créer
                                                    ensemble

jeudi 20 octobre 2016

je marche tout le long d'une journée longue d'un automne fiévreux dans les rues désertées de la ville. avec l'étrange sentiment de ramasser sous mes semelles les peaux mortes des passants m'ayant précédé. un jour sans lumière. sans chants d'oiseaux. que le requiem inaudible et déferlant des feuilles qui tombent des arbres. un ciel gris et laiteux qui semble plus âgé qu'il ne peut l'être. je ne vois personne. je ne fais que regarder. mes regards aussi se perdent et tombent comme les feuilles d'automne.

je rentre dans mon appartement vide. une lumière à gros grains éclaire-obscur mon salon. une lumière artificielle. j'allume quelques chandelles pour contrefaire l'artifice. mon chat somnole sur le divan. thé chai bouillant. pile de livres carnets et crayon. et je m'enfonce dans mes lectures. aucune stupeur et aucun tremblement. que les frictions indicibles de mon corps lové dans l'atmosphère engourdie. douce solitude crépusculaire. 

soudain j'entends la voisine à travers nos murs de carton-pâte s'énerver paniquer puis éclater en sanglots. son copain n'est pas là. elle doit être en train de parler au téléphone. elle pleure assez fort pour que je l'entende à travers ma lecture. je ne comprends pas ses mots mais devine qu'ils sont graves. ça dure quelques minutes. puis j'entends sa porte d'entrée se fermer dans un fracas. départ en trombe. silence du lieu endeuillé.

je suis incapable de retourner lire. je m'imagine mille scénarios. la voisine toujours souriante vient de perdre de son innocence et de sa candeur. mes pensées sont toutes ailleurs désormais. je ne saurai pas ce qui lui arrive. puis sans raison une image me vient en tête. pendant plus d'une heure elle m'obsédera sans que je puisse m'expliquer pourquoi. irruption totalement involontaire et incontrôlable. et je me demande combien dans cette ville et dans ce monde de personnes seules prient en silence dans le désoeuvrement le plus complet. dans l'indifférence. dans l'attente désespérée d'une réponse. d'une réponse qui ne vient pas. et qui ne viendra jamais.


lundi 17 octobre 2016

autoportrait du doute?

Et si j'étais le seul à voir ce que je vois comme je le vois? Bien sûr que personne ne voit de la même façon, mais ça ne me suffit pas. Pourquoi je m'imagine le vent comme l'écho de chants anciens, proscrits, prières hérétiques, poussé par une force encore plus ancienne? Les couleurs et les formes que le temps et l'espace trace sont autant d'énigmes à déchiffrer. Divers reliefs et détails que je crois comprendre, pensant très naïvement être le seul à les comprendre. Parce que je persiste à voir dans l'immuable un perpétuel mouvement - l'immobilité n'existe pas, même dans les ténèbres les plus stoïques, la mue de monstres impossibles s'opère, et même les photographies, les statues et les temples nous hurlent toute la poésie du silence. Une grande faux métaphorique frôle puis s'enfonce dans la plaie, ces ruptures du chaos que je cautérise avec le feu de l'encre. Je fouille en moi et ne trouve que ce qui me dépasse, écartelé, contredit, entre deux absolus. Je tangue sur le fil au-dessus d'un précipice impitoyable qui me toise de loin. Paradoxal, j'observe à la croisée des dimensions abstraite et concrète un chemin qui me refuse et se voile. Mais je ne reste pas immobile, ma pensée court sur ces détours et je ressens une liberté hybride en mutation se réveiller, cette idée qui m'obsède, ce sentiment qu'elle ne mourra qu'avec moi pour, peut-être, mieux naître ensuite.

mercredi 12 octobre 2016

- réunion de merde Don Racine a saboté
fracassé ferme la boîte de Pandore
et les délirantes inepties des collègues insécures
font ressortir ennui colère et découragement
ne laissant que la possibilité de la fuite
devant cet éhonté gaspillage du jour -

(réminiscences du week-end passé
mais les fantômes s'immiscent dans le verbe
leurs mouvements jettent éclats aveuglants sur la page

(en arrivant à Chicoutimi tradition et soif obligent
l'odeur unique mais commune de notre dép de prédilection
où l'on a fait tous nos premiers méfaits d'arme
nous lance une madeleine de Proust un peu cheap
en plein dans notre nez notre face nos souvenirs
prescience du grand Marcel qui a vu
dans le retour sur nos pas la somme
de l'équation du temps et de l'âme

dans le même esprit ces retrouvailles
après vingt ans passés trop vite
soirée à dériver vague dans l'orbite de nos mémoires incertaines
délires ivres échangés dans la plus belle humeur
comme si toutes ces années n'avaient jamais existé
mais ça reste quand même
un sacré coup de poing dans le visage du temps
pansé toutefois par les sourires de beaux humains
les excès ont fait fi de la nuit ont repoussé le sommeil
sculpté de nouveaux souvenirs et donné
beaucoup de sens et de beauté à tout ça))

jeudi 6 octobre 2016

"Fainter and fainter grows the light. It is as if another double-handful of darkness had been scattered through the air. Now it is no longer grey, but sable. There is still a faint appearance at the window; neither a glow, nor a gleam, nor a glimmer,---any phrase of light would express something far brighter than this doubtful perception, or sense, rather, that there is a window there. Has it vanished yet? No!---yes!---not quite! And there is still the swarthy whiteness,---we shall venture to marry these ill-agreeing words,---the swarthy whiteness of Judge Pyncheon's face. The features are all gone: there is only the paleness of them left. And how looks it now? There is no window! There is no face! An infinite, inscrutable blackness has annihilated sight! Where is our universe? All crumbled away from us; and we, adrift in chaos, may hearken to the gusts of homeless wind, that go sighing and murmuring about in quest of what was once a world."
- Nathaniel Hawthorne, The House of the seven gables