vendredi 6 février 2015

La fascination du fou

Encore cette curiosité insatiable à voir le fou. Le vrai et le génial fou. Comme si nous accédions au troplein enfermé dans la psyché humaine. Le fou honnête et nu dont les spasmes annoncent le génie. Il y a une authenticité dans la folie qu'on ne retrouve nulle part. Hamlet se laissant emporter par son propre jeu. Kinski explosant de rage pour distiller l'émotion. Joyce écrivant l'illisible langage universel pendant dix-sept ans. Does nobody understand? Ses derniers mots avant de mourir, aveugle, lui qui voyait le monde comme personne. Je crois qu'il ne voulait pas qu'on comprenne son livre, mais pourquoi il l'a écrit. Comprendre. Chercher l'inconnu contenu en soi, jusqu'aux révélations, jusqu'aux épiphanies. L'impression de pincer la corde, la fibre nerveuse de la vie même. Et dans ses vibrations sentir les possibilités du génie.

jeudi 5 février 2015

Dans le métro

Laura Jane Grace cris sa vie démente dans mes écouteurs. "No more troubled sleep, there's a brave new world that's raging inside of me." C'est lorsqu'on connaît son histoire qu'on se rend compte de la puissance d'Against Me! Avec le point d'exclamation s'il vous plaît. Autour de moi, un étudiant de Blaise - le nez dans Le Nez qui voque - et un de Marie-Êve - La Nuit d'Élie Wiesel. C'est la dernière chose que je lirais en ce moment. De mon côté, mon Laferrière me tombe des mains, sa fatigue m'ennuie mortellement. Le degré zéro de la fulgurance. Faut parfois varier ses lectures qu'ils disent et sortir du ventre des monstres. Ok. Mais pourquoi? Pour apaiser un peu la rage en soi? Attendre l'explosion de nouveaux mondes? N'importe quoi. 

Je refuse de me nourrir de poussières vaines.

Je veux rugir. Je veux cracher du feu. Je veux créer des mondes.

mercredi 4 février 2015

"In the midst of the broken consciousness of mid twentieth century suffering anguish of separation from my own body and its natural infinity of feeling its own self one with all self, I instinctively seeking to reconstitute that blissful union which I experienced so rarely I took it to be supernatural and gave it a holy Name thus made hymn laments of longing and litanies of triumphancy of Self over the mind-illusion mechano-universe of un-feeling Time in which I saw my self my own mother and my very nation trapped desolated our worlds of consciousness homeless and at war except for the original trembling of bliss in breast and belly of every body that nakedness rejected in suits of fear that familiar defenseless living hurt self which is myself same as all others abandoned scared to own our unchallenging desire for each others. These poems almost unconsciousness to confess the beatific human fact, the language intuitively chosen as in trance & dream, the rhythms rising on breath from belly thru breast, the hymn completed in tears, the movement of the physical poetry demanding and receiving decades of life while chanting Kaddish the name of Death in many mind-worlds the self seeking the Key to life found at last in our self.
- Allen Ginsberg

mardi 3 février 2015

requiem

Il y a quelques jours à peine, un des mes anciens professeurs est décédé et il n'aura jamais su à quel point il m'a inspiré.

Parce qu'il y a des moments pour écrire et qu'il y en a d'autres pour garder le silence.

lundi 2 février 2015

"La nostalgie est une forme de drogue, avec ses bons et ses mauvais côtés." Entendu cette phrase ce matin à la radio, prononcée par jsais pu qui. Il semblerait vraiment les astres et les désastres s'alignent dernièrement par rapport à cela. L'essai de Jonathan Livernois, celui d'Isabelle Daunais et cette citation ce matin témoignent de cette certaine conjoncture qui m'obsède de plus en plus. Notre rapport au passé comme une déficience freinant notre erre d'aller vers l'avenir à courtmoyenlong terme. 

Comme notre nation s'est construite d'inachèvements en inachèvements, et que cet inachèvement global, par contingence, est devenu permanence, l'on regarde vers le passé pour comprendre ce qui a mal tourné, la larme à l'oeil à l'évocations des idylliques "prochaines fois" à l'écho résonnant, au lieu de regarder vers l'avenir pour créer cette prochaine fois.

Systématiquement pris entre le passé et l'avenir, dans la permanence d'un long fleuve tranquille, c'est comme si l'on attendait que les digues poussent toutes seules.

La poésie se fait rare dans la tempête de nos émotions paralysées.

dimanche 1 février 2015

Vendredi après 12h

Tronçon crotté crade sur la Sainte et révérée Catherine entre Berri et Beaudry. Un jour sans soleil. Le blanc se superpose au gris et rien ne brille d'aucun feu. De gros badauds sentent le rancie et la pisse dans l'après-midi menant à la fin de semaine. Tout pu aujourd'hui on dirait.

Un être humaimprobable en haut de l'escalier. Il voit mon Kaddish de Ginsberg et il m'interpelle. Une voix impossible, haut perché, asexué ; j'ai dû lui demander son nom pour savoir. Il me dit qu'il est allé à San Francisco quand il avait 15 ans et qu'il est le petit petit petit neveu d'Émile Nelligan. Je le crois, naïvement peut-être, mais je ne pose pas de questions.

Il me dit qu'il écrit de la poésie et qu'il médiumnise. Lorsqu'il lit de la (bonne) poésie, les mots créent des vibrations qui lui permettent d'entrer en contact avec le poète. S'ouvre alors de nouvelles portes de nouvelles perceptions. Je le crois un peu moins.

Ses propos disent vague entre cohérence et confusion. Derrière ses grosses lunettes fumées en mal de soleil se cache l'impénétrable. Je suis las de préjuger. Je l'écoute, souriant tantôt de sa candeur, soupirant ensuite quand il se montre envahissant. Les dix cussions sont terminées et il quitte. Transmigration de l'électron libre dans la nuit qui se lève. Parce que les nuits ne font pas que tomber.

Le sax de Coltrane blow doucement pendant que l'escalier se remplit. Non, vraiment, la nuit se lève et la bière a mer. La semaine vient de muer, elle perd sa vieille peau et s'en fera une neuve pendant le week-end.

Pendant ce temps, les échanges solidifient l'amitié. Il faut tester les piliers de l'existence pour se rappeler leur force et leur importance.

On se lance un défi. Qu'on va relever. L'enjeu? Une bière qu'on boira entre amis. Sans vainqueur ni perdant. Juste des mots. Des mots. Des mots. Des mots.

vendredi 23 janvier 2015

premier jet

je marche le long de murs blessés
et dans mon errance je cherche
encore les reliefs de mes chemins
étalés totals au-devant de moi

je connais celui que je dois prendre
mais avant laisse-moi guérir 
mes gerçures de corail
laisse-moi fouiller le temps 
et reconstruire mes espoirs

il n'est pas de destin léger
pour celui qui sait qu'il va mourir
seulement les obstacles nécessaires
à son accomplissement

soumis à ces runes nocturnes
je déchiffre les mystères de mon passé
et je ne me reconnais pas
dans ces souvenirs incongrus

laisse-moi me perdre en l'histoire à venir
et être un homme
dans un instant lourd de volonté
renaître des puissances forgées
sur les ruines défuntes de mes blessures

lundi 19 janvier 2015

pas encore rassasié de lumière
je cherche dans mes poussières et mes détails
les différences qui créent les temps de ce jour simple

esseulé de neige absente
j'attends pendant que dehors
les nuages baroques fendent l'hiver

l'heure s'étire longue
rayons dans nos chairs
le front lourd d'ennui
je m'endors pour fuir l'éclatance du jour
trouver mes abandons
et de nouveaux mystères

j'écoute
dans les échos silencieux qui déploient nos sentences
notre histoire asséchée dans les fossiles de nos draves

vendredi 16 janvier 2015

Dans l'après-midi, le soleil magnifié par le prisme du verre et Vivaldi : «L'histoire est un cauchemar dont j'essaie de m'éveiller. » L'histoire le [Joyce] hante d'une présence insistante, par ses fantômes silencieux, mystérieux, et pourtant d'une éloquence écrasante ; elle le poursuit d'une angoisse insoutenable, car le désir, dans ses répétitions, s'y manifeste sans déguisement, et comme en deçà de toute censure, pour proposer l'impossible. Elle est pour lui cette écriture sans cesse recommencée qui vise à donner sens à l'« autre », à se donner pour le sens, mais qui à tout moment peut démasquer sa nudité et sa violence. 
- Jacques Aubert

jeudi 8 janvier 2015

Onceagain Finnegans

"What then agentlike brought about that tragoady thundersday the municipal sin business? Our clubhouse still rocks as earwitness to the thunder of his arafatas but we hear also through successive ages that shebby choruysh of unkalified muzzlenimiissilehims that would blackguardise the whitestone ever hurtleturtled out of heaven."


"(There extend by now one thousand and one stories, all told, of the same)" 
- James Joyce

mercredi 7 janvier 2015


J'écoute la poésie des jaguars.

lundi 22 décembre 2014

Quand Bill botte des culs en toute simplicité

"Time is the king of all men, he is their parent and their grave, and gives them what he will and not what they crave."

mercredi 26 novembre 2014

Un autre livre de terminer aux lueurs de l'aurore, au moment où les heures ne comptent pas. J'en ai lu plus de mille, je voudrais en lire dix mille autres. Je sens dormir en moi des montagnes de mots que je gravis avec ceux des autres, en attendant de trouver les traces où j'ordonnerai mes repères.  Tant de choses à dire par-delà mes hésitations ou mes silences. C'est qu'une flamme brûle dans ma tête et consume, docile, les images à naître ; trop de phrases en même temps qui se perdent dans un rêve.

mercredi 19 novembre 2014

ce matin

j'aurais aimé me lever avant que le jour naisse
écouter le silence et ses révélations
voir s'étioler la nuit     la belle évasion
voir s'étirer le bleu sombre pour devenir l'aurore
pâle     entendre tomber le pied de neige légère qui drape le sol
sentir le matin m'appartenir un bref instant
dans une odeur de café noir     de calme
solitude acceptée
                           mais j'ai dormi

lundi 17 novembre 2014

temps du jour

Et passent de petites choses simples. Dans le jour, deux chandelles sans lueurs, qu'une présence ; un fumet de thé - blanc de Darjeeling, acheté sur place, par-delà la brume ; toujours aussi bon après plus d'un an, souvenirs en masse qui reviennent, sensation proustienne. Mahler donnant du relief à l'opacité du ciel ; cette neige mouillée tombe pendant que je m'arrête un instant. Je regarde les empreintes dans la neige sur les trottoirs en bas. Et passent tous ceux que je ne connais pas. Penser à ne penser à rien, écouter et ponctuer le temps d'abandons simples.

"I will tell you why. So shall my anticipation prevent your discovery, and your secrecy to the king and queen moult no feather. I have of late, but wherefore I know not, lost all my mirth, forgone all custom of exercices ; and indeed it goes so heavily with my disposition that this goodly frame, the earth, seems to me a sterile promontory. This most excellent canopy, the air, look you, this brave o'erhanging firmament, this majestical roof fretted with golden fire, why, it appeareth nothing to me but a foul and pestilence congregation of vapours. What piece of work is a man! How noble in reason, how infinite in faculties, in form and moving how express and admirable, in action how like an angel, in apprehension how like a god : the beauty of the world, the paragon of animals! And yet to me what is this quintessence of dust?"
Hamlet, II, II

mercredi 12 novembre 2014

temps du jour

Pluie froide sous les clochers brumeux. Godspeed marque la marche - qui est le Black Emperor? L'atmosphère grisée s'immobilise. Les drones fusent et dessinent le velours de l'air, de l'air si lourd que je peux presque le prendre et fermer le poing. Prémisse des volontés à venir. La pluie en attendant le prochain relâchement. Mais novembre m'arrête, je regarde mon haleine froide et les buées du matin. Mes réflexions fuient malgré moi le présent et s'échappent au fil de mes pas dans les flaques d'eau qui reflètent les peintures d'un jour triste. 

mardi 14 octobre 2014

"Le poète est le centre puissant de la vie de son époque, avec laquelle nul autre n'a de rapports plus essentiels que les siens. Lui seul est capable d'absorber la vie qui l'entoure et de la projeter à nouveau dans l'espace parmi les musiques planétaires. Lorsque le phénomène poétique est signalé dans les cieux, il est temps pour les critiques de réviser leurs valeurs conformément à ce fait. Il est temps pour eux de reconnaître qu'ici l'imagination vient de scruter intensément, dans toute sa vérité, l'être du morne visible et que la beauté, la splendeur du vrai, vient de naître."
- James Joyce

lundi 13 octobre 2014

plus rien à faire sinon observer les feuilles rougies par le soleil
nervures et membrures soumises au vent bleu de l'automne
dans mon aveuglement s'écrivent les futures ratures
les négations accumulées d'un grand désoeuvrement

à la fenêtre donnant sur le monde
se construisent des barreaux de poussière
elle rétrécit tout comme mon regard
altéré par le filtre des vitres
couleurs mates prisme terne
la brume du matin séchée sur le verre
déforme le monde et assoie les solitudes
dans le ciel un soleil d'aléas glauques

quand j'espérais une musique
une morte note est venue chanter le temps

le présent passe médite à l'ombre des statuts
en attendant jusqu'à la mort peut-être    
                                                   si beau le mouvement des branches
qu'elles bougent vers l'arborescence
de mes regards espérants

lundi 6 octobre 2014

Au parc

Autour les mots montent assourdis par les rires puérils
et le vent assèche les petits cheveux humides
lentement. Les feuillages diaphanes du violet au vert,
violence sereine des arbres en marche, millénaires,
annoncent les dernières sueurs de l'été l'automne à venir.
Des sueurs comme celles séchées sur son corps orange
couché dans l'herbe, toutes splendeurs offertes,
allant jusqu'à faire rougir le soleil qui par pudeur
éteint avec quelques nuages l'embarras du ciel.
Lentement les cris des enfants se taisent et
désertent la fontaine rendue inutile,
qui rappelle les enfants des cris de ses flots.

Love in the asylum

                              A stranger has come
To share my room in the house not right in the head,
                              A girls as mad as birds

Bolting the night of the door with her arm her plume.
                              Strait in the mazed bed
She deludes the heaven-proof house with entering clouds

Yet she deludes with walking the nightmarish room,
                              At large as the dead,
Or rides the imagined oceans of the male wards.

                              She has come possessed
Who admits the delusive light through the bouncing wall,
                              Possessed by the skies

She sleeps in the narrow trough yet she walks the dust
                              Yet raves at her will
On the madhouse boards worn thin by my walking tears.

And taken by light in her arms at long and dear last
                              I may without fail
Suffer the first vision that set fire to the stars.

- Dylan Thomas

lundi 8 septembre 2014

"Poetry, even when apparently most fantastic, is always a revolt against artifice, a revolt, in a sens, against actuality. It speaks of what seems fantastic and unreal to those who have lost the simple intuitions which are the test of reality; and, as it is often found at war with its age, so it makes no  account of history, which is fabled by the daughters of memory."
- James Joyce

jeudi 4 septembre 2014

Je sens venir vers moi une mort sèche

Je sens venir vers moi une mort sèche
me scrutant du haut du mirador,
verticale et fière,
où elle domine les désolés,
les étangs les marécages,
et le limon des heures passées
poisseuses dans une période sans arme
sans creuset, son état fatal,
ces minutes avenir noyées dans le silence
d'une horloge de sable balayée par le vent,
balayée par son souffle de verre éclaté.

Des pierres invisibles me tailladent la peau,
le sel noir brûlant des blessures,
je sens mon écorce se peler, se défaire,
une mue horrible où je m'éteins
si près des remous houleux des tempêtes
de la promesse d'un voyage où je vis encore,
mes os se rompent, mon corps dessèche,
je suis le lit d'une rivière délaissée,
les cendres après la mèche,
mes dents se brisent sur le grand mors
et se tient toujours derrière moi cette mort sèche.

mercredi 27 août 2014

"Do I contradict myself? Very well, then I contradict myself, I am large, I contain multitudes."
-Walt Whitman

mardi 19 août 2014

extrait

Il lâcha le livre et se sentit affreusement seul. Au lieu de créer un monde de possibles, c'est plutôt un précipice que le livre creusât autour de lui, un précipice impossible. Toutes ses volontés et ses ambitions se confrontèrent à l'abysse insondable se dressant devant lui. Il ne savait plus quoi faire. Il restait là impassible ne sentant plus aucune chaleur, sinon un vent qui transportait une profonde désolation et un puissant sentiment d'isolement. Lui qui voyait pourtant en les livres les issues par lesquelles il pouvait espérer vivre et rêver, il voyait dans ce livre-là, acculé au mur, le reflet de sa propre insignifiance et sa probante incapacité. Tout autour de lui se dévoilait un énorme ventre  sombre l'avalant ; ses défenses et ses armes ne lui étaient d'aucuns secours contre la peur de l'échec qui naissait, après une longue gestation tantôt consciente tantôt inconsciente, en lui. Il n'entrevoyait plus de réalisations et de concrétisations. Toutes ses pensées se fixaient puis s'effritaient sur les parois où avaient arrêté de grimper en chemin, même pas à mi-chemin de l'ascension, toutes les vertus qu'il s'était inventé.

mercredi 13 août 2014

une scissure dans l'image

le parebrise est craqué
et mon oeil gauche tressaille
mon oeil gauche vrille et tremble
et défait l'horizon qui s'étend
à proximité
à mes pieds
à ma portée
si proche que je peux presque l'atteindre
mais qui pourtant s'éteint
dans l'incessante oscillation
de mon oeil gauche
dans les précaires nervures
de mes regards

toi mon agonie
ta beauté dans toute son impériale indifférence
ton sculptural aléa
bouillant d'acier qui marche
et qui fait craquer de ton pas altier
le parebrise avec lequel
je tente de me protéger

"Sûrement, tu as dû beaucoup penser à nous, à ce que nous avions bâti ensemble, à la façon dont nous en avons avec tant d'insouciance détruit la structure et la beauté, mais pourtant nous n'avons pas pu détruire le souvenir de cette beauté. Voici ce qui m'a hanté jour et nuit. De toutes parts je nous vois sourire cent fois en cent lieux. Je sors dans la rue, et tu y es. Je me faufile dans le lit la nuit, et tu m'attends. Qu'y a-t-il dans la vie à part l'être qu'on adore et la vie qu'on peut construire avec lui? Pour la première fois je comprends le sens du suicide... Dieu, que le monde est vide et ne rime à rien! Des jours tissés de ternes et médiocres instants se succèdent l'un l'autre suivis de nuits blanches hantées dans une routine amère : le soleil brille sans éclat, la lune se lève sans clarté. Mon coeur a le goût de cendres, et ma gorge se serre lasse de pleurer. Qu'est-ce qu'une âme perdue? C'en est une qui s'est écartée de son vrai chemin et tâtonne dans l'obscurité des routes du souvenir."
- Malcolm Lowry, Au-dessous du volcan

mardi 5 août 2014

"Il y avait quelque chose dans la puissance sauvage de ce paysage, jadis champ de bataille, qui semblait lui crier, - présence née de cette force dont tout son être reconnaissait le cri comme familier, saisi et rejeté dans le vent - quelque juvénile mot de passe de courage et de fierté, l'affirmation passionnée, pourtant presque toujours tellement hypocrite, de son âme peut-être, pensa-t-il, du désir d'être bon, de faire le bien, ce qui était juste. C'était comme s'il regardait à présent par-delà l'étendue de plaines et par-delà les volcans jusqu'aux vastes houles de l'océan même, sentant toujours dans son coeur, l'impatience sans bornes, l'incommensurable languissement."
- Malcolm Lowry, Au-dessous du volcan

dimanche 3 août 2014

temps du soir

- salir comme j'ai jamais rien sali, par saccades, par rythmiques lourdes - juste des déjections de mots, de verbes et de phrases glanés sur les redondantes distorsions de mes écoutes - dans le milieu et le mitan du temps - laisser quelque chose sans se soucier de l'erreur et de l'échec, cette formidable et féconde erreur, ce formidable et glorieux échec - et dans les corridors, les horizons du soir, dans les amas de cendres, ce sont leurs images qui composent les parois de mon cerveau, qui composent ce papier - tous mes souvenirs couplés à mes émotions dans un dégoulinant portrait, un patchwork, une jactance à la pollock, mes fureurs agglutinées en longues coulisses de sueurs graves, ça suinte encore et toujours dans les caniveaux de mon âme qui ne sait pas contenir la colère qui bout, qui ébulitionne et ébouillante mes espoirs, ma confiance, ma profonde illusion éthylique - que crache sur moi cette nuit étouffée de nuages qui masquent grossiers les étoiles, les reflets du jour qui s'essoufflent en spasmes et qui toussent, en myriades de gravures pointillistes de luminescence - j'attends encore la profonde confession du monde, j'espère construire sur les gravats invisibles des tombes, des ténébreuses tombes, de nouveaux chants, de nouveaux choeurs qui battent l'air ambiant, l'atmosphère pesant des pressants phosphènes, des lumières et des phares fatigués et pâles - les routes convergeant dans le ventre du vent - chante encore l'impossible, chante les relents du rêve inabouti d'une humanité adulescente - le souffle pétris, pris dans l'obscur voile, tombe dans les puissants champs de nos magnétismes éreintés - j'entends les rires et les iris éclorent dans un mouvement de joie qui célèbre, malgré tout, par-devers, la vie.